De Benghazi à Petraeus, en passant par une vidéo de Paula

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De Benghazi à Petraeus, en passant par une vidéo de Paula

… La clef unique, peut-être pas, mais l’une des clefs, sans aucun doute ? Il s’agit d’une vidéo de Paula Broadwell, la maîtresse de l’ex-directeur de la CIA, démissionnaire depuis le 9 novembre. Hier, en tout début de journée le 12 novembre 2012, le site WorldNetDaily (WND) “révélait” que l’explication possible de la démission de Petraeus, et l’explication plus que possible de l’attaque contre Benghazi, se trouvaient exposées publiquement, sous la forme d’une vidéo montrant une conférence de Paula Broadwell, la désormais célèbre maîtresse de Petraeus, le 26 octobre 2012 à l’université de Denver.

• Au cours de la séance de questions-réponses, Broadwell déclare essentiellement, pour ce qui est la cause de l’attaque de Benghazi : «Now I don’t know if a lot of you heard this, but the CIA annex had actually had taken a couple of Libya militia members prisoner. And they think that the attack on the consulate was an effort to try to get these prisoners back. So that’s still being vetted.»

• Elle donne également une indication sur la question de la connaissance de la situation par la CIA, et, par conséquent, sur les possibles demandes de renforcement du consulat de Benghazi par Petraeus personnellement, “dans les 24 heures” : «The challenging thing for Gen. Petraeus, is that in his new position, he’s not allowed to communicate with the press. So he’s known all of this – they had correspondence with the CIA station chief in Libya, within 24 hours they kind of knew what was happening.»

• Enfin, elle indique qu’il y a bien eu des demandes de renforcement de la défense du consulat de Benghazi (sans préciser quand), mais qu’elles furent bien repoussées : «Earlier she had said the military could have sent reinforcements. “They were requesting the – it’s called the C-in-C’s In Extremis Force – a group of Delta Force operators, our very, most talented guys we have in the military. They could have come and reinforced the consulate and the CIA annex.”»

Il évidemment remarquable que cette vidéo initiale de la conférence de Broadwell, sur YouTube, ait disparu, selon la démarche classique de retrait de la part de celui qui l’avait placée en consultation publique. Ce retrait s’est effectué ce week-end, comme le mentionne Russia Today dans un texte du 12 novembre 2012 (en soirée, à 22H39, heure russe), – et sans doute vers la fin du week-end, puisque l'article de WMD a été réalisé selon des données obtenues sans doute le samedi. Mais l’opération de damage control tardif est largement compensée, du point de vue de l’information directe, par l’apparition de publications “miroir” de la vidéo.

RT explique également les circonstances qui placent la CIA dans une position délicate, puisque ces prisonniers détenus au consulat de Benghazi, l’étaient contre les dispositions officielles, et l’ordre du président de 2009 d’interrompre cette sorte de détention. (Il s’agit de l’ordre concernant les détentions secrètes par la CIA à l’étranger, dans des prisons qui lui sont concédées, ou “sous-traitées”, par les pays “d’accueil”.)

«Until then, and even today, the CIA denies Broadwell’s claims that the CIA was holding anyone prisoner at what has long been described as a consulate building in Benghazi. Should her account prove true, however, it could mean that the agency had a secret black site prison in Libya, a fact long denied by Washington. If true, it could also mean that not only was the security of United States’ top intelligence office breached, but also may for once provide an impetus for the Sept. 11 attack.

»In the initial aftermath of the assault, the Obama administration considered an anti-Islamic filmed produced in America, ‘Innocence of Muslims,’ as the catalyst for the Benghazi attack and similar strikes in the region. After days of pressing, however, the White House eventually admitted that the assassination of Ambassador Stevens was being blamed by Washington on terrorists, 11 years to the day after al-Qaeda operatives brought down the Twin Towers… […]

»On late Sunday, Greg Miller of The Washington Post wrote on Twitter that the “CIA adamant that Broadwell claims about agency holding prisoners at Benghazi are not true.” On Sunday, a spokesperson for the CIA told The Daily Beast that the agency "has not had detention authority since January 2009, when Executive Order 13491 was issued. Any suggestion that the Agency is still in the detention business is uninformed and baseless.”»

Ces diverses péripéties offrent un éclairage plus précis sur les deux événements, – l’attaque de Benghazi et la démission de Petraeus, – en paraissant les lier jusqu’à les lier effectivement, directement ou indirectement, et en réduisant d’autant la crédibilité de la cause officielle de la démission (la liaison de Petraeus). Plusieurs observations peuvent être faites à la suite de ces divers prolongements.

• La personnalité de Paula Broadwell, sur laquelle des informations nombreuses ont été publiées. Journaliste d’investigation qui a été Prix Pulitzer, candidat malheureux à la Chambre des Représentants, éditeur de la collection Matrix Revealed et plutôt du type “dissident”, Jon Rappoport publie un texte sur son site NoMoreFakeNews.com le 12 novembre 2012, repris sur Infowars.com le même 12 novembre 2012. Il précise à propos de Boadwell : «She has a long military background. A graduate of West Point, she directed counter-terrorism studies at Tufts University. She worked with the FBI Joint Terrorism Task Force. She is no innocent…» Dans la dernière observation, on trouve la source de l’argument principal de Rappoport, qui est d’envisager que Broadwell, qui a publié une biographie type-hagiographie de Petraeus, soit un agent provocateur placée auprès du même Petraeus pour le contrôler, et éventuellement l’éliminer, par un chantage sur sa liaison avec elle-même. Au profit de qui, selon Rappoport ? Son hypothèse est que c’est au profit de la Maison-Blanche par l’intermédiaire du FBI, par lequel s’est effectué le processus d’enquête légale sur Petraeus et ses activités extra maritales “mettant en danger la sécurité nationale”.

• D’une façon plus générale, c’est rejoindre objectivement la thèse, exposée notamment par Robert Parry, de Consortrium.News, le 10 novembre 2012, selon laquelle Petraeus avait été imposé dans ses diverses fonctions successives à Obama par les centres de pression extrémistes structurant l’administration GW Bush, notamment les neocons. Dans ce cas qui est celui des partisans d’Obama, Petraeus joue le rôle du “méchant”, dont le départ devrait faciliter un tournant d’Obama, pour son deuxième mandat, vers une politique extérieure de conciliation, notamment avec l’Iran.

• Mais cette interprétation générale est handicapée voire contredite, dans le chef d’une mission de provocation précisément organisée, ou seulement bien organisée, par l’affaire de la vidéo. D’une part, cette affaire révèle une certaine improvisation : pourquoi la vidéo n’a-t-elle disparu que durant le week-end, deux ou trois jours après que la démission ait été rendue publique et que le contenu ait pu être connu à la lumière de cet événement, s’il y a eu montage contre Petraeus où Broadwell était partie prenante ? Pourquoi même a-t-elle été placée, et pourquoi Broadwell a fait les déclarations qu'elle a faites ? L'affaire de la vidéo accroit d’autre part la confusion dans l’affaire de Benghazi, sans conduire à trancher d’une façon explicite. Elle tendrait plutôt à renforcer, d’une façon générale, implicitement et indirectement, l’interprétation qu’il y a eu faute ou machination de la direction politique (l’administration Obama) dans le fait de n’avoir pas autorisé un renforcement de la défense du consulat, plutôt que faute de Petraeus de n’avoir pas pensé à un renforcement, ou accepté ce renforcement. Cette interprétation est, elle, renforcée dans une même logique par l’affaire de la mise à pied brutale du général Carter Ham le 18 octobre, après que Ham, en tant que chef d’African Command, ait envisagé de prendre sur lui d’envoyer une unité de protection au consulat de Benghazi, et ait été brutalement empêché de le faire par un ordre du département de la défense, selon semble-t-il la chaîne de commandement normale (Panetta, général Dempsey, ce qui suppose un ordre de la Maison-Blanche). (Voir le 30 octobre 2012.) Dans ce cas, effectivement, contrairement à la version précédente, c’est plutôt à l’administration Obama qu’échoit le rôle du “méchant”.

…Tout cela permettant d’observer qu’on avance dans l’affaire de la démission de Petraeus, dans le sens d’un élargissement de cette affaire et de sa “politisation” avec le lien avec l’affaire de Benghazi pratiquement confirmé, – mais cela, sans aucune certitude formelle ou/et officielle, certes. Autrement dit, le champ s’accroît et la confusion grandit à mesure. Des acteurs nouveaux pour un rôle central (le FBI, avec Broadwell) apparaissent, ou sont confirmés, pour une possible machination, sans que les choses soient fixées pour autant, et plutôt avec l’effet que le nombre de thèses possibles, ou de variations dans les thèses possibles, s’accroît à mesure. On est également confirmé, pour notre cas, dans le constat de la confusion de la situation à Washington, avec l’évidence de l’accroissement des concurrences et des machinations, et dans le constat également que l’affaire de Benghazi est un élément fondamental, une “clef” pour présenter la thèse d’un “pas en avant” peut-être décisif de cette situation de grande confusion de la politique de sécurité nationale de Washington. En d’autres termes plus généraux et plus conceptuels, notre hypothèse du “point Oméga inverti” (voir le 12 novembre 2012) en est, à nos yeux, considérablement renforcée.

On ajoutera un autre constat, – extérieur à la seule situation envisagée ici mais qui baigne absolument cette situation comme toutes les affaires publiques. Avec l’affaire de la vidéo-Broadwell, c’est le constat du rôle intempestif du système de la communication, avec la diffusion de masses d’informations et de documents, si nombreux qu’il est impossible de les contrôler tous, y compris pour des informations et des documents venant de soi-même (ou de son camp) lorsqu’on est partie prenante dans ces affaires de sécurité nationale liées à la “politique-Système” en général, et dans le sens (l’absence de sens au pied de la lettre, en vérité) voulu par le Système. La puissance du système de la communication et son caractère incontrôlable, dans ce cas perturbatrice du Système et de sa politique (aspect Janus), constituent une hypothèque formidable pesant sur toutes les opérations, machinations, etc., reposant sur la dissimulation, de plus en plus nécessaire sinon impérative selon l’évolution-Système de l’ensemble, de la vérité opérationnelle des choses. Cet aspect joue essentiellement contre le Système, évidemment parce que le Système construit toutes ses actions sur autant de narrative parcellaires qui n’ont qu’un seul ennemi, qui est “la vérité opérationnelle des choses”, qui sont toutes vulnérables par conséquent, d’une façon ou l’autre, à des interventions intempestives du système de la communication.

Mis en ligne le 13 novembre 2012 à 09H15

Mise à jour...

…Ou plutôt, mise à l’heure, pour illustrer cette chevauchée des nouvelles, heure après heure, – puisque, comme envisagée ci-dessus, dans l’affaire Petraeus, «…le champ s’accroît et la confusion grandit à mesure». Et une “chevauchée des nouvelles” qui sait habilement ou mécaniquement mêler le dérisoire, type théâtre de boulevard revu à la globalisation postmoderniste, et l’énormément stratégique jusqu’au secret de défense nationale, du moins à l’aune de nos références.

…Comme ce cas qui justifie notre intervention, s’imposant durant la matinée de ce 13 novembre 2012 comme première nouvelle de l’actualité, avec les 20.000 à 30.000 pages de correspondance électronique entre 2010 et 2012, plus ou moins intimes qui le sait, entre le général du Marine Corps John Allen, successeur de Petraeus en Afghanistan, et madame Jill Kelley, du couple Kelley ami du couple Petraeus, considérée comme une rivale dans le cœur d’acier robotisé de Petraeus, puisqu’il en a un, par la maîtresse-en-titre du même Petraeus, Paula Broadwell. Le général Allen, désigné pour devenir le commandant en chef de l’OTAN [SACEUR], doit constater que ses auditions de confirmation sont suspendues et sa nomination idem, en attendant les résultats d’une enquête de sécurité nationale diligentée à propos de la correspondance Allen-Kelley.

“Mise à jour”, mis en ligne le 13 novembre 2012 à 12H33