Comment “nos” guerres tuent : la dimension psychologique

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Nous revenons sur un scandale latent aux USA, qui refait surface épisodiquement mais n’est guère exploité par la “presse officielle” selon l’habituelle attitude consistant à documenter le moins possible tous les signes de déliquescence du système. Il s’agit de l’“affaire” des suicides de vétérans US de la guerre d’Irak.

Plusieurs textes ont paru à la fin avril sur cette question, apportant à la fois confirmation de chiffres révélés par CBS le 13 novembre 2007 et des précisions sur les conditions dans lesquelles le Department of Veteran Affairs (DVA) avait tenté d’étouffer les suites de ces révélations. Ces révélations suivent des fuites de communications divers (e-mail) de dirigeants du DVA montrant leurs intentions de tenter d’étouffer cette affaire. On trouve des précisions sur ces derniers développements notamment dans deux textes de Jason Leopold sur le site OnLine Journal, les 22 avril et 23 avril et dans un texte sur le site WSWS.org le 26 avril.

Pour rappel et pour fixer l’ampleur du phénomène, qui prend l’allure d’un désastre social:

• Les précisions sur les suicides sont effrayantes. Le taux moyen actuel de suicides chez les vétérans d’Irak est de 18 par jour, 127 par semaines, 6570 par an. (Il s’agit de suicides de soldats ayant terminé leur service en Irak et qui ont regagné les USA, ce qui répond à la définition de “vétéran”.) D'une façon semble-t-il courante, selon les documents du DVA rendus publics par des fuites, il y a 1.000 tentatives de suicide par mois dans les établissements où sont soignés les vétérans les plus atteints, et où la surveillance devrait par définition interdire cette sorte d’attitude.

• Les dégâts psychologiques généraux causés par la guerre sont effrayants également. Jason Leopold précise : «Those [suicides] figures are now supported by a comprehensive study released by the RAND Corporation last week stating that about 300,000 U.S. troops sent to combat in Iraq and Afghanistan are suffering from major depression or PTSD, and 320,000 received traumatic brain injuries.»

Il reste très difficile de déterminer le nombre total de suicides (ceux des vétérans rentrés de la guerre et ceux de soldats au front) mais il est évidemment manifeste qu’il est plusieurs fois supérieur au nombre officiels de soldats US tués au combat en Irak puisqu’en une seule année, selon le rythme actuel, on arrive à un rythme de morts qui est près du double de toutes les pertes US officielles mortelles depuis le début du conflit.

Il semblerait évident que les morts par suicides des suites directes du conflit, à cause des circonstances et de la simultanéité des faits, devraient être comptées comme des pertes également directes du conflit. Cette règle nouvelle permettrait d’établir un fait nouveau sans précédent pour une guerre majeure: les morts par effets psychologiques de la guerre dans les forces qui ont lancé cette guerre et conquis le territoire ennemi constituent la part substantiellement la plus importante des pertes mortelles. Cela conduit à envisager ce fait nouveau fondamental de la guerre postmoderne, ou “guerre de 4ème génération” (G4G), – dans tous les cas pour les USA, ce qui est précision d'une réelle importance: cette guerre tue plus par la psychologie que par la violence directe (ces pertes par la psychologie étant évidemment le produit de la forme particulière de violence de cette guerre). Nous voyons cet enseignement capital comme une confirmation de l’omniprésence, aujourd’hui, du fait psychologique dans le phénomène de la violence et la déstabilisation de notre époque, cela du à toutes les formes de communication, que ce soit la surinformation, la subversion de l’information, le virtualisme, jusqu’aux méthodes de guerre à cause de préoccupations de relations publiques (également domaine de la communication) où tout est sacrifié à la “protection des forces” (attitude US) au prix de violences épouvantables exercées aveuglement contre l’adversaire et contre les populations civiles. Ces violences jouent un rôle considérable dans les affections psychologiques qui touchent les soldats. (Un film comme Into the Valley of Eylath montre bien le processus psychologique.)

Le phénomène de la violence, et par conséquent le phénomène de la “guerre” elle-même, méritent aujourd’hui une redéfinition complète, conformément à l’“ère psychopolitique” dans laquelle nous sommes entrés.


Mis en ligne le 6 mai2008 à 15H52

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