BHO, les Noirs et 2012

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Dans la stratégie de réélection de l’habile BHO, les Noirs, – pardon, la communauté africaine-américaine, – sont perçus comme quasiment un “électorat captif”. Il ne doit pas faire de doute qu’ils voteront en masse pour le président africain-américain. Mais est-ce bien sûr ? N’est-ce pas faire une analyse empreinte de racisme que de préjuger qu’on votera pour un candidat à cause de la couleur de sa peau et sans autre considération, alors que l’élection de 2008 de BHO est censée nous avoir prouvé que, dans l’American Dream version postmodernisée, le racisme n’a plus sa place ?

Nous avons donné un petit écho à une déclaration du professeur de Princeton, africain-américain, Cornel West. Voici maintenant une vigoureuse dénonciation de cette déclaration, ou plutôt du personnage qu’est West, par un autre Africain-Américain, ancien des Black Panthers et dont on peut apprécier qu’il a gardé, lui et à la différence de nombre de ses amis, nombre de ses convictions. Larry Pinkney a refusé la récupération par le Système, et c’est au nom de cette position qui n’est pas courante qu’il lance son attaque contre West (dans Intrepid Report, le 8 avril 2011).

«In a nauseating display of opportunistic alacrity, Cornel West, while being interviewed by Marina Portnaya of Russia Today television (broadcast on April 4, 2011), had the unmitigated audacity to state that Barack Obama is “becoming a pawn of big finance and a puppet of big business,” as if he somehow did not realize three years ago that Barack Obama is a “puppet” and a “pawn,” and he was even then, back in 2008, an obvious Wall Street, corporate-backed “puppet” and “pawn!” It was Cornell West himself who was among those ‘intellectuals’ who urged everyday people to “critically support” Obama, which terminology is, in and of itself, a ridiculous contradiction in terms—something like the the phrases ‘military intelligence’ or ‘friendly fire.’ One does not support, “critically” or otherwise (no matter what his or her color), a person who is a systemic creation and has no de facto motivation other than personal ambition; and it defies all reason to assume that Dr. West, this pontificating, academically well adorned intellectual, was somehow intrinsically unaware of this.

»Moreover, Cornel West, in this Russia Today interview, without so much as flinching, stated that people in this nation in these years under Obama have been “sleep walking.” Yet, Dr. West, opportunistically neglected to point out that he himself is among those who are responsible for what he described as the present “sleep walking” state of mind of the ‘American’ people. He needs to clearly and consistently acknowledge his own role in helping to facilitate and bring about this mental/political stupor [i.e. “sleep walking”], and its concomitant dangers and horrors.

»Finally, Dr. West, when asked to explain his heretofore political support for Obama (which was in addition to that of an inordinate and enormous amount of known corporate financial support) gave the utterly pathetic response that many “ordinary people gave him [Obama] money too” as if that justified his actions. Dr. West’s response failed to mention that the support for Obama from “ordinary people” was, in part, due to his (and others of a similar ilk’s) support for the man that he now conveniently characterizes as having become “a pawn of big finance and a puppet of big business.” What cynical opportunism and manipulation!

»Perhaps, the so-called “radical democratic awakening in the American Empire” to which Cornel West made reference in the Russia Today interview, will include an “awakening” to how persons such as himself sold out the needs, hopes, and dreams of everyday Black, White, Brown, Red, and Yellow people nationally and globally. The severe damage that alleged “leaders,” including Cornel West, have done to everyday people of all colors is not negligible and is extremely reprehensible. There is absolutely no excuse for it. Will Dr. West put his finger in the air again to sense which way the political winds are blowing? Is yet another political flip-flop in the making on the part of Dr. West?

»Politically conscious people await Cornel West’s acknowledgement and public self-criticism for his dastardly role in facilitating the “sleep walking” and the pimping of the pain of the everyday ‘American’ people. If there is even any possibility for redemption of, or trust for him, he must do this. He cannot pretend that he has stood with the people all along. He has not.

»Now that Barack Obama has announced that he will run for re-election with his billion dollar campaign war chest, thereby blatantly checkmating any in the Democrat Party who might have envisioned challenging him, it is, more so than ever before, incumbent upon everyday people to seek, and creatively build, serious alternatives to the death grip of the corporate Democrat and Republican Parties. We must begin at the local level while simultaneously building a national everyday people’s network.

La violence du propos est remarquable. Elle marque le degré de mépris et de fureur de la frange révolutionnaire des Noirs américains, notamment ceux qui conduisirent les grandes entreprises activistes et extrémistes des années 1960 et 1970, vis-à-vis des “renégats” de leurs mouvements récupérés par le Système. (On observe la même attitude de la part des très rares activistes de mai 68 ayant conservé leurs convictions révolutionnaires, – un Hocquenghem, jusqu’à sa mort, – vis-à-vis des cohortes (“de cloportes”, serait-on tentés d’écrire pour la rime) de créatures récupérées par le Système, type Cohn-Bendit, Kouchner, July & compagnie.) Par ailleurs, les extrémistes noirs, issus de l’enseignement de meneurs tels que Malcolm X, avaient parfaitement compris l’impossibilité absolue, quasi transcendantale, de faire le moindre compromis avec le Système, la nécessité tout aussi absolue de l’extrémisme radical, de la rupture, etc. Cela conduit à des positions exceptionnellement radicales dans tous les domaines, – parfois même au risque d’erreurs diverses dénoncées par un Système dont on sait toute l’innocence virginale en fait d’actions brutales et autres vilenies, – mais, dans tous les cas, positions radicales témoignant certainement d'une cohérence responsable de la pensée. En attendant, Larry Pinkney a beau jeu de rappeler ce qu’il écrivait en 2008 à propos de Barack Obama…

«Early in the year 2008, The Black Commentator published as its cover story a piece titled, Barack Obama and the Euphoria of Madness, which stated in relevant part that, “Many Black Americans and our Brown and Red sisters and brothers, will, I fear, come to be deeply disappointed in Barack Obama, once he demonstrates who he really is. There will be no peace or justice under an Obama presidency, should such come to pass. Even the majority of white Americans, with the exception of the corporate liberals and conservatives, may yet come to realize that Obama’s interests are corporate interests; they are not the needs and interests of everyday people, who represent the overwhelming majority of this nation and the world . . . Now, more than ever, is the time to be critical thinkers, not blind followers.”»

D’autre part, il y a l’aspect plus actuel, plus “opérationnel” et efficace dirait-on, que reflètent ces péripéties, – les déclarations de West et la furieuse réaction de Pinkney. Tout cela indique une certaine fermentation des divers milieux intellectuels africains-américains vis-à-vis d’Obama, fermentation dominée par le fait manifeste d’une immense déception de ces milieux devant le gouvernement d’Obama. Qu’un West affirme de tels jugements, qui justifient largement la réaction furieuse de Pinkney, constitue également un signe convaincant de cette fermentation marquant une hostilité grandissante vis-à-vis d’Obama.

Que West ait, selon Pinkney, trahi ignominieusement le mouvement radical noir initial constitue éventuellement un fait, mais plutôt pour l’histoire passée que pour le temps présent ; que West réagisse comme s’il était lui-même “trahi” par Obama, quelle que soit l’impudence de cette position par rapport à ce qu’en juge Pinkney, représente un événement d’actualité important, qui montre l’évolution des intellectuels noirs à cet égard. Du point de vue de la seule efficacité politique, de l’évolution politique d’ici 2012 et la candidature Obama, cela peut présager la possibilité que la communauté africaine-américaine ne soit plus totalement l’“électorat captif” qu’on signalait plus haut. Ce qui importe pour l’instant est moins la reconstitution d’un mouvement noir radical et antiSystème, que l’apparition d’une opposition noire à Obama… Dans les circonstances générales qu’on connaît, une telle évolution est, indirectement mais nettement, une évolution antiSystème plus réaliste et plus efficace que l’éventualité de la reconstitution de tel ou tel “mouvement noir radical et antiSystème”. Du point de vue antiSystème, le but principal devrait être, pour l’instant, la défaite d’un Obama devenu, pour des raisons diverses, une parfaite créature du Système. Ce qui se passe au travers de ce qu’on décrit ici alimente effectivement une telle possibilité.


Mis den ligne le 11 avril 2011 à 06H19