Balade de la CIA à Moscou

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Balade de la CIA à Moscou

• Un C-17 guerrier et agressif de l’USAF vole dans le ciel russe et atterrit incognito sur un aéroport secondaire de Moscou. • C’est la visite-surprise du directeur de la CIA John Ratcliffe, venu prendre le thé avec son homologue. • Qu’en pense Korybko ?

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27 août 2026 (18H15) – Voici à nouveau notre “meilleur ennemi” pour les prévisions et les appréciations sur la position de Poutine et de la Russie dans la guerre en Ukraine. Mais il semblerait qu’Andrew Korybko se rapproche jusqu’à presque devenir un “ami acceptable” après la visite du directeur de la CIA Ratcliffe à Moscou, pour quelques heures pas plus, et à bord d’un considérable C-17 aux couleurs guerrières de l’USAF ; on en était à se demander si l’avion ne portait pas également un char ‘Abrams’ de l’US Army, — vous savez, ceux qui font des ravages en Ukraine, — pour conduire Ratcliffe à son rendez-vous.

Avec qui, d’ailleurs ? Poutine, bien entendu. Eh bien, nous avons tout faux. Le porte-parole de Poutine Pechkov est venu ce jour-là, sa figure habituellement tristement arrogante devenue sombrement hostile, annoncer que, non non, le Kremlin n’était pas au courant, ni du vol et de l’atterrissage du C-17, ni du déplacement en ‘Abrams’ de Ratcliffe dans les rues de Moscou. Il n’y a même pas eu un de ces coups de téléphone chaleureux de Trump à Poutine, ou vice-versa, pour parler de cette chouette visite, Trump balançant d’ailleurs négligemment que c’était une visite « de routine ». Vous savez bien, Ratcliffe va régulièrement passer quelques jours de repos à Moscou, c’est bien connu, comme d’autres vont “aux eaux”.

Autrement dit, Korybko semble bien adopter la version de ‘Politico’ et du ‘Wall Street Journal’ selon laquelle Ratcliffe venait avertir les Russes qu’ils n’auraient pas intérêt à attaquer quelque pays de l’OTAN ou l’autre, ces gens si modérés de l’OTAN, cette paisible organisation pour les sorties en forêt des scouts en camouflage du jeu de cache-cache. Et là-dessus, Korybko semble avoir été prêt d’ajouter : “Tout de même, faut pas pousser”.

Nous, on trouve que c’est vraiment du show-Trump, d’envoyer son directeur de la CIA en C-17 avec sa peinture de guerre type-Cheyenne en pleine révolte contre les “hommes blancs”, et cela en plein ciel diabolique des Russes. Eh, malgré l’Iran et le reste, “the show must go on” et donc c’est du Trump, — mais d’ailleurs, pas vraiment inédit...

Note de PhG-Bis : «  Je rappellerais pourtant et en effet aux vieilles croutes d’antan qu’un autre directeur de la CIA, William J. Casey, grand pote de Reagan, lui-même (Reagan) grand pote de quelques grands du crime organisé, avait l’habitude de se balader dans un C-141 (le C-17 d’alors), mais peint dans une originale couleur noire-brillante  spéciale-CIA. Casey avait dirigé la CIA de 1981 à 1986 (mort en 1987 d’un cancer), au moment où la CIA s’était engagée à fond dans le commerce et le transport tout ce qu’il y a de plus honorables de drogue diverses, — dont l’opium échangé contre les missiles ‘Stinger’ livrés aux moudjahidines afghans, — et que le C-141, dont la CIA, non pardon l’USAF, avait une flotte considérable, se chargeait parfois du transport donnant-donnant. Bon, j’dis ça j’ai rien dit. »

Et c’est ainsi que Korybko commence à l’avoir très mauvaise. Il mentionne les cas de l’infinie patience de Poutine depuis le début de cette “Opération Militaire Spéciale” par rapport aux actes d’ingérences des pays de l’OTAN et d’attaques contre la Russie.

« Poutine a fait preuve d'une telle patience face aux provocations indirectes du bloc via l'Ukraine au cours des quatre dernières années et demie que beaucoup ont cru qu'il était prêt à faire de la Russie le nouveau “Christ des Nations”. »

Eh bien non, pas du tout, il n’ira pas jusque-là nous affirme Korybko, qui termine sa remarque christique par cette précision :

« ...toutefois, il pourrait se montrer bien moins patient face à des provocations directes de la part de l'Alliance, qui aurait tout intérêt à y réfléchir sérieusement. »

Auparavant, il avait d’ailleurs écrit dans le même sens qui explique le non-accueil fait à Ratcliffe et le visage si-sombre de Pechkov, — et d’ailleurs, tout cela suivi de méchantes frappes et d’une poussée agressive en Ukraine montrant bien qu’il ne faut pas le prendre pour une bille, — ni Poutine, ni Korybko. On y ajoutera des avertissements extrêmement précis adressés à trois pays de l’UE, le fameux trio Allemagne-France-UK, apportant ainsi une confirmation d’une information donnée par le président de la France selon laquelle la guerre avec la Russie est assez prochaine sur notre agenda.

« À cet égard, tout comme la « guerre d'usure » du milieu de l'été a contraint Poutine à une légère « escalade pour désescalader » le conflit avec l'Ukraine, une future provocation émanant directement de l'OTAN pourrait l'amener à agir de la même manière à son encontre. »

Ainsi la CIA et son C-17 temporaire ont essuyé, dans cette mission sur consigne d’un Trump toujours imbattable dans ses cabrioles, quelque chose qui ressemble à un bras ou à un doigt d’honneur, comme il vous plaira.

Quant à la fine tactique de “l’escalade pour désescalader”, expression venu des think tanks de nos amis washingtoniens, disons qu’on attend pour voir comment s’y prendre quand on a touché le plafond de l’escalade et qu’il faudrait encore une fois “escalader pour désescalader”. Mais quoi ! Se moquer est facile, expliquer pourquoi est difficile, — sauf depuis qu’est apparue la GrandeCrise qui semble raviver la confondante intelligence comique de nos faisant-fonction de dirigeants.

Nous nous permettons d’utiliser, pour des raisons techniques, un autre titre que le « Est-ce que la Russie complote pour tester la résolution de l’OTAN ? »

dde.org

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Qui complote contre qui ?

« Est-ce que la Russie complote pour tester la résolution de l’OTAN ? C’est en réalité l’OTAN qui pourrait bientôt mettre à l’épreuve la détermination de la Russie. »

Politico a rapporté, en citant des responsables anonymes, que le voyage surprise du chef de la CIA, John Ratcliffe, en Russie visait principalement à mettre en garde Moscou contre toute tentative de tester la détermination de l’OTAN par des actions cinétiques non précisées visant les pays baltes. Cette démarche faisait suite à un avertissement lancé fin mai par l’équivalent russe de la CIA, indiquant que le pays était prêt à riposter contre la Lettonie si celle-ci autorisait l’Ukraine à utiliser son territoire pour lancer des attaques de drones contre la Russie. Par la suite, fin juin, les États-Unis auraient averti la Pologne que la Russie pourrait préparer des provocations à son encontre.

Un mois plus tard, fin juillet, un missile de croisière russe a pénétré accidentellement dans l’espace aérien polonais, très probablement en raison de brouillages électroniques. Isolée, cette succession d’événements semble accréditer la thèse de Politico selon laquelle la Russie projetterait de tester la détermination de l’OTAN ; toutefois, le contexte global contredit cette interprétation. Depuis le début de l’année, des drones ukrainiens ont traversé l’espace aérien balte pour frapper Saint-Pétersbourg ; par ailleurs, au milieu de l’été, les États-Unis — et, de manière surprenante, la France — ont lancé une nouvelle « guerre d’usure » menée par l’Ukraine contre la Russie.

Bien que l’opération d’influence de 40 jours voulue par Zelenski ait lamentablement échoué dans les régions de Kharkiv et d’Odessa, elle a tout de même infligé des dommages tangibles aux infrastructures énergétiques, logistiques et militaires russes. Parallèlement, l’Allemagne — leader de fait de l’UE — a poursuivi son réarmement rapide, tout comme le bloc européen dans son ensemble. Ce déséquilibre — marqué par la détérioration des infrastructures russes susmentionnées alors que les capacités de ses rivaux européens continuent de croître — explique pourquoi « l’UE représente une menace bien plus crédible pour la Russie que l’inverse ».

Quoi qu’il en soit, si ce constat a incité des “faucons” comme Sergey Karaganov à préconiser une frappe préventive russe contre l’OTAN (qu’il s’agisse d’une attaque conventionnelle de faible envergure ou d’une frappe nucléaire massive d’emblée), Vladimir Poutine a fermement rejeté ces appels au début du mois de juin. Bien qu’il ait été contraint, depuis le milieu de l’été, d’adopter une stratégie modérée d’« escalade pour désescalader » le conflit avec l’Ukraine, Poutine n’a aucun intérêt à attaquer l’OTAN, ce qui risquerait de déclencher précisément l’escalade incontrôlable qu’il cherche à éviter.

Parallèlement, l'ancien haut responsable du renseignement russe Andreï Bezroukov a averti en juin que l'Occident visait à neutraliser la triade nucléaire de son pays par procuration, via l'Ukraine, dans le cadre de ce qui pourrait finalement s'avérer être une « nouvelle guerre » de plusieurs décennies à son encontre ; d'où la nécessité de rétablir d'urgence la dissuasion. À cet égard, tout comme la « guerre d'usure » du milieu de l'été a contraint Poutine à une légère « escalade pour désescalader » le conflit avec l'Ukraine, une future provocation émanant directement de l'OTAN pourrait l'amener à agir de la même manière à son encontre.

Que la provocation vienne des pays baltes, de la Pologne, d'une opération sous faux drapeau ukrainienne lancée depuis leur territoire ou de tout autre point du front occidental de ce nouveau « cordon sanitaire » formé autour de la Russie au cours de l'année écoulée, Poutine pourrait autoriser une réponse cinétique, fût-elle modérée. Il aurait pu mettre à l'épreuve la détermination de l'OTAN au moment de l'afflux d'armes vers l'Ukraine — juste après le début de l'opération spéciale et avant que le bloc ne consolide ses positions — mais il a choisi de ne pas le faire pour éviter de risquer une Troisième Guerre mondiale.

On peut donc soutenir que toute action cinétique de la Russie contre l'OTAN constituerait une réponse à une mise à l'épreuve de la détermination russe par l'Alliance, et non une initiative unilatérale et non provoquée de la Russie visant à tester l'OTAN. Poutine a fait preuve d'une telle patience face aux provocations indirectes du bloc via l'Ukraine au cours des quatre dernières années et demie que beaucoup ont cru qu'il était prêt à faire de la Russie le nouveau « Christ des Nations » ; toutefois, il pourrait se montrer bien moins patient face à des provocations directes de la part de l'Alliance, qui aurait tout intérêt à y réfléchir sérieusement.

Andrew Korybko