Attaquer la Chine, – pour en finir !

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Attaquer la Chine, – pour en finir !

• Les temps-devenus-fous, selon notre anthième courant de la séquence, s’imposent essentiellement aux États-Unis, dont le sort intérieur en forme de catastrophe ontologie n’effleure guère les plumes des commentateurs des pays-vassaux, – y compris français, pour le coup. • Alastair Crooke détecte, dans la tectonique de la Grande République, une désespérance porteuse des plus graves dangers et des aventures les plus folles. • A cet égard, la terrible quinzaine de la déroute afghane fut un affreux révélateur, qui illustre la terrible prophétie de Lincoln : « En tant que nation d’hommes libres, nous devons éternellement survivre, ou mourir en nous suicidant. » • Les penseurs les plus lucides de la destinée américaniste observe que cette destinée ne peut s’accomplir que dans l’expansionnisme impérial, que cet expansionnisme a connu un terrible coup d’arrêt à Kaboul, qu’il ne reste alors plus qu’un coup de poker apocalyptique : la Chine. • A l’ombre des futurs sous-marins soi-disant australiens, la Chine comprend cela et peaufine son armement nucléaire pour le pire des possibles.

25 septembre 2021 – Chaque semaine, chaque jour, l’’“actualité secrète”, c’est-à-dire notre “information métahistorique” totalement ignorée des élites officielles et autres responsables-Système et souvent bien mal appréhendée par nombre de commentateurs dissidents, – chaque instant l’“actualité secrète” nous renvoie aux États-Unis. La crise que traverse cette puissance n’est justement pas une crise-traversée mais une crise devenue structure crisique qui a remplacé toutes les structures jusqu’alors en place, c’est-à-dire la crise traversée et accomplie jusqu’à son terme parce qu’elle enferme définitivement le destin ainsi considérée (celui des États-Unis, justement).

Ainsi la structure crisique nous renvoie, pour ceux qui suivent, de l’une à l’autre de ses composants (les diverses crises)... Aujourd’hui, l’actualité du jour y convie, la crise des frontières a atteint un point de rupture avec cette lettre des gouverneurs des 26 États républicains demandant une rencontre urgente avec le président Biden à la Maison-Blanche, dans les 15 jours à compter du 20 septembre pour prendre les mesures nécessaires à la protection de la sécurité nationale dans lechef de la frontière Sud face aux migrants, – une sorte d’ultimatum implicite, si vous voulez... Qui en parle sérieusement ? En Europe ? En France ? Imaginez le concert ricanant, furieux et terrifié des éditoriaux et des communiqués, de Londres à Rome et de Madrid à Bruxelles en passant par Stockholm et Paris bien sûr, si une situation pareille touchait la présidence russe ?

Retour d’un tour opérationnel de la Garde Nationale de l’État d’Hawaï en Afrique, où elle a combattu les groupes terroristes se formant autour d’Al Qaïda et de Daesh, l’ancienne députée Tulsi Gabbard (elle a le grade de commandant dans l’US Army/La Garde Nationale) a tweeté toute l’alarme qu’elle éprouve devant la situation sur la frontière Sud des USA qu’elle qualifie (pour FoxNews) comme « non seulement une crise humanitaire, mais plus encore, une crise de sécurité nationale » :

« La politique des ‘Portes Ouvertes’ Biden/Harris est un véritable désastre. Elle doit cesser immédiatement. Les principaux bénéficiaires sont les gangs, les cartels, et les trafiquants d’êtres humains. La Politique Trump de bloquer les migrants aux frontières marchait bien et doit être rétablie. »

Gabbard se dit toujours démocrate et dénonce les usual suspects, du DeepState aux politiques partisanes qui gangrènent le parti démocrate (avec complicité intermittente de certains républicains), paralysent le Congrès et offrent un terrain d’élection aux influences les plus déstructurantes. Rien de nouveau dans tout cela, dans cette marche aveugle vers l’effondrement, mais il faut noter au moins pour cette semaine la dynamique de l’énormité effarante de la crise migratoire sur la frontière Sud du pays.

Les commentateurs US dissidents, qu’ils soient d’une orientation politique ou d’une autre, ceux qui perçoivent cette avancée crisique catastrophique, luttent avec acharnement mais ne peuvent que répéter sans arrêt les mêmes choses, au gré de ces crises “structurantes”, sorte de structuration de la déstructuration des États-Unis, qui se poursuivent parallèlement, comme coordonnées, comme organisées, – et Dieu sait que nous ne songeons pas une seconde, et de moins en moins, à un “complot” parce que la sottise humaine et sa vulnérabilité aux influences déstructurantes qui dépassent ses propres manigances sont aujourd’hui dans le mode vertical et ascensionnel explosif, vers de plus en plus haut. Plus on monte vers les sommets, les “puissants”, les “Maîtres du monde”, plus ce phénomène de la sottise manipulée dans le sens déstructurant grandit et se renforce dans l’inorganisation la plus complète d’un hybris devenu colossal épisode maniaque d’une maniaco-dépression qui semble avoir acquis des caractères collectifs, avec les conséquences qu’on devine sur les événements.

Ainsi Larry Johnson, ancien officier de la CIA, l’un des commentateurs du colonel Lang, écrit-il que « Joe Biden est en train de créer le désastre d’un “perfect Storm” pour l’Amérique » :

« Avez-vous déjà vu le film ‘The Perfect Storm’ ? Il raconte l'histoire de l’‘Andrea Gail’, un navire surpris par un ouragan monstrueux. Tous les membres de l'équipage ont péri, ainsi que le pilote d’un hélicoptère de sauvetage des garde-côtes. Je pense que Joe Biden fait naviguer notre nation, l’Amérique, dans cette même sorte d’un “ouragan parfait”. La différence entre le naufrage de l’‘Andrea Gail’ et le péril qui guette l’Amérique est que le capitaine du navire ne savait pas qu’il naviguait dans un ouragan. Joe Biden et son équipe d’épaves choisissent de mettre l'Amérique en danger. »

Dans sa dernière intervention du 24 septembre, l’excellent commentateur britannique Alastair Crooke aborde lui aussi la question de la dynamique crisique catastrophique qui frappe les États-Unis. Il choisit le retrait également catastrophique d’Afghanistan comme pivot de sa réflexion, jugeant qu’il s’agit là d’un tournant majeur que les événements imposent à la “politique” impérialiste et interventionniste des USA.

« Washington ne sait pas trop quoi faire après la fin chaotique de la guerre “éternelle” des États-Unis. Certains à Washington regrettent amèrement d’être sortis d'Afghanistan et plaident pour un retour immédiat ; d’autres veulent simplement passer à autre chose, c'est-à-dire à la “guerre froide” avec la Chine. Les exclamations horrifiées marquant la réaction initiale de l’establishment et l’expression de sa douleur face à la débâcle du retrait de Kaboul indiquent à quel point l’accent presque obsessionnel mis sur la nécessité de “contenir la Chine” apparaît comme une retraite humiliante aux faucons américains, habitués à des interventions globales et illimitées.

» Il s’agit bien d’une déroute. “Rome” laisse ses “provinces lointaines” à leur propre sort, et même son cercle restreint de loyalistes est rétrogradé à une indifférence “aimable”. Il s’agit d’un repli vers le “centre”, d’un déploiement en “cercle défensif des chariots”, pour mieux rassembler les énergies en vue d'une attaque contre la Chine.

» Il y a les régions complaisantes que les Américains ont occupées après la Seconde Guerre mondiale (le Japon et l'Allemagne psychologiquement effacés), et puis il y a l’empire mondial américain, qui existe chimériquement partout où la puissance commerciale et culturelle des États-Unis s’étend, et plus concrètement dans son patchwork d’États clients et d'installations militaires.  Ce troisième cercle impérial est considéré par de nombreux Américains comme la réalisation la plus remarquable, le triomphe du mythe de la ‘City of Light’.

» La scène finale de l’ère post-11 septembre, la folie chaotique de l’aéroport de Kaboul, a cependant clairement donné une forte impression de fin de l’Empire romain.  Oui, l'échec en Afghanistan a peut-être eu lieu loin de Rome, mais quelque chose de plus profond plane aujourd'hui dans l’air : un nouvel âge, une nouvelle ère.

» Les défaites sur des frontières lointaines peuvent avoir des conséquences profondes, – au cœur du noyau impérial, – car le sentiment d'un déclin impérial accéléré se répercute sur les arguments nationaux, élargissant des fossés idéologiques déjà béants.

» Un consensus national bien ancré peut changer très lentement, puis, sous la bonne pression, éclater d’un seul coup. Et de bien des manières subtiles et parfois chaotiques, ce déclenchement du changement est venu de Trump. Ni colombe ni systématicien, il a néanmoins rendu le réalisme et l'anti-interventionnisme à nouveau quasi respectables.

» Elbridge Colby, qui était dans le Pentagone de Trump pour aider à concevoir sa stratégie de défense nationale, a publié un nouveau livre, ‘The Strategy of Denial : American Defense in an Age of Great Power Conflict’, qui plaide en faveur d'une politique étrangère qui laisse clairement et résolument derrière elle l'ère post-9/11 (11-septembre). Le cercle extérieur de la “périphérie” se réduit à une gestion de la nécro-technologie par-delà l’horizon, et les “provinces proches de l'empire”, comme l’Europe, sont considérées comme des “attractions” par rapport à l’événement principal, – la Chine. Se concentrer sur l'Iran ou la Corée du Nord, dit-il, est tout simplement malavisé. »

Alastair Crooke poursuit et développe sa description en nous offrant une vision qui s’accommode parfaitement de cette nouvelle “Stratégie du Déni” proposée par Colby. Il suffit, après tout, de nier la réalité qui nous offre le spectacle de l’effondrement de Kaboul pour affirmer au contraire que la puissance des États-Unis est plus grande que jamais ; notamment sa puissance à ramener à elle “le monde entier” contre la Chine, comme l’envisage Biden pour son “sommet des démocraties” du mois de décembre à Washington :
« Premièrement, selon le “nouveau consensus”, la meilleure façon pour l’Amérique d’affaiblir la Chine est de faire en sorte que ce soit “le monde contre la Chine”, – en la confrontant à une large coalition transnationale, basée sur la lutte de valeurs entre la démocratie et l'autoritarisme.  Oui, mais cela répète l'erreur qui sous-tend la politique du 11 septembre, – à savoir supposer que le reste du monde admire toujours la démocratie libérale américaine et aspire à l’imiter.  Regardez ce qui s’est passé en Afghanistan. Le monde a changé, – la déférence envers les valeurs occidentales en soi s’est évaporée. »

... Qu’importe cette “évaporation”, puisque Biden a choisi, sous la houlette directrice et impérative de son conseil de la communication qui lui fait office de gouvernement et d’équipe sanitaire chargée d’encadrer un patient particulièrement atteint, de tout baigner dans le déni comme stratégie. Tout cela n’a qu’un intérêt relatif du point de vue de la vérité-de-situation, et par conséquent également la démarche, le phrasé et l’art oratoire du triste et pauvre Biden dont il faut sincèrement, humainement, dénoncer le calvaire qu’il endure. Au moins, le président Wilson devenu impotent sur la fin de son mandat en 1918-1919, n’était pas obligé de paraître puisque sa femme se chargeait de tout.

“Tout cela n’a qu’un intérêt relatif” concernant l’appréciation de la situation et les actes attribues à Biden à cause de la situation intérieure des États-Unis. Cette situation est bien plus, beaucoup plus importante pour justifier la tentative désespérée de la “Stratégie du Déni” tant elle tend à devenir si chaotique, si incohérente, si méprisante pour le réel, qu’il est devenu extrêmement ardu, malgré l’extraordinaire déploiement de la communicationSystème, d’en dissimuler les effets extraordinaires. Or, une “Stratégie du Déni” rassemblant le “reste du monde” contre la Chine ne peut raisonnablement avoir l’allure d’un simulacre sérieux que si le producteur essentiel (les USA) semble avoir encore la possibilité de produire quoi que ce soit.

Par conséquent et devant ces évidences qui sont beaucoup plus perçues aux USA que partout ailleurs dans le bloc-BAO (certaines puissances hors-bloc, – la Russie et la Chine, bien entendu, – partageant cette même lucidité), la “Stratégie du Déni” devient presque un “déni de stratégie”. Sur ce point, Alastair Crooke a trouvé une excellente référence, qui donne un jugement d’une très vaste ampleur sur les fondements métahistoriques de la Grande Crise aux USA. Il s’agit, selon le titre de son article dans ‘The American Conservative’ selon  lequel « Le débat sur l'identité nationale américaine est sept fois maudit », de la thèse  décrite par Darel Paul, professeur de sciences politiques au Williams College ; il s’agit de l’interrogation sur l’existence même des États-Unis, sur l’ontologie de la chose en tant que “nation” permettant de fonder une “identité nationale”, c’est-à-dire la condition de sa résilience face au plus grave de tous les dangers immédiats et décisif que produit cette crise mettant à jour l’inexistence, la néantisation constante de ce simulacre de départ.

Il va sans dire que Paul rejoint notre propre conception, exposée à de nombreuses reprises, et qu’on retrouve dans notre ‘Glossaire.dde’ du 10 mars 2016 sur « L’empire de la communication », reprenant notamment un de nos textes de 1999, – signe de la continuité de la chose hypercrisique.

Darel Paul : « “Les États-Unis constituent-ils même une ‘nation’ ? Dans le sens d'une ascendance commune (la racine de ‘nation’ est le latin ‘nasci’, naître), – clairement non. La crainte généralisée d’un tel sens ethnique de l’identité américaine suscite une hostilité considérable à l’idée même de nationalisme. La plupart des élites américaines préfèrent des mots comme ‘patriotisme’... Le problème de cette conception du patriotisme est qu’il s’agit d'un ciment extrêmement friable [aisément ‘déstructurable’]. L’histoire récente des États-Unis en offre de nombreuses preuves. Plutôt que des objets d'accord, – la liberté, l’égalité, les droits individuels et l’autonomie de gouvernement des États sont au contraire [aujourd'hui] des objets de discorde.

» “Nous en arrivons ici à la véritable symbiose de l’Amérique. Depuis la fondation du pays dans les feux de la guerre, les États-Unis ont été un empire républicain expansionniste incorporant toujours de nouvelles terres, de nouveaux peuples, de nouveaux biens, de nouvelles ressources, de nouvelles idées. Cet ‘empire de la liberté’, comme l'appelait Thomas Jefferson, ne connaissait pas de limites ... L'expansion militaire, commerciale et culturelle continue depuis Jamestown et Plymouth a cultivé l’agitation, la vigueur, l’optimisme, la confiance en soi et l’amour de la gloire pour lesquels les Américains sont connus depuis longtemps. Le ciment de l'Amérique a donc toujours été ce que Niccolò Machiavelli appelait la ‘virtù’ au service d'un ‘commonwealth en expansion’. Une telle république est toujours en tumulte, mais un tumulte qui, s’il est bien ordonné, trouve sa gloire...

» “Le mouvement vers l’avant devient ainsi l’élément vital d'une telle polis. Sans lui, le but des liens civiques d’unité est inévitablement remis en question. Une Amérique qui n’est pas un glorieux empire républicain en mouvement n’est pas l’Amérique, point final. Cette partie du mythe américain, Lincoln n’en a rien dit à Gettysburg.

» “Depuis les années 1960, la gloire de l’empire américain de la liberté s’est ternie. Depuis le milieu des années 2010, elle fait l'objet d'une attaque interne intense et soutenue. Les échecs de l'objectif national au Vietnam, en Irak et en Afghanistan sont amplifiés par l’échec de la globalisation à générer une richesse commune pour ses composants. Si les Américains ne sont pas unis pour une grandeur républicaine expansionniste, à quoi servent alors toutes ces races, ces croyances, ces cultures disparates ? Si la croyance que l’autonomie de gouvernement [des États de l’Union] disparaîtrait sans l’unité centralisatrice américaine pouvait être plausible en 1863 ou en 1941, il lui est devenu bien difficile de seulement survivre en 2021.”

» Cette lutte contre la Chine a-t-elle un sens ?  L'Amérique, dont le système économique et financier est aujourd'hui très précaire, peut-elle se permettre d’acculer la Chine à une situation économique défavorable ? L’Amérique, qui a délocalisé une grande partie de sa capacité de production en Chine, pour un profit à court terme, peut-elle se permettre de découpler ?  Les chefs d'entreprise américains partagent-ils vraiment l'opinion selon laquelle la consolidation (inévitable) du pouvoir économique en Asie met en péril la prospérité américaine, et que cette consolidation ferait voler en éclats l'ordre impérial basé sur le dollar ?  C’est possible. Ils en ont peur. »

... Et la peur est une bien mauvaise conseillère.

Au hasard de la Stratégie du Déni

Il nous apparaît évident que ces conditions générales des États-Unis, cette déroute extérieure et ce chaos crisique allant crescendo à l’intérieur, alors qu’un ennemi fondamental, – l’Ennemi de ces temps-devenus-fous, – est identifié, désigné et voué aux gémonies du simulacre stratégique (Stratégie du Déni), constituent un “perfect storm” bien entendu américaniste, aussi mondial par conséquent. Il est d’une évidence avérée que les Chinois l’entendent ainsi.

L’affaire des sous-marins à propulsion nucléaire (le mot est lâché) fourgués à l’Australie par le business américaniste écartant avec une brutalité inouïe les illusions françaises, joue un rôle important de détonateur. Elle se renforce de la mise en place du traité de facto AUKUS. S’il s’agit d’une part de l’opérationnalisation du simulacre de la Stratégie du Déni d’un point de vue stratégique ordonnée à cause de l’immense impuissance de la surpuissance américaniste prétendant à une stratégie rationnelle, il s’agit d’autre part d’une formidable affirmation communicationnelle qui teinte aux oreilles chinoises dans cette époque de toute-puissance de la communication... Justement parce que l’option nucléaire entre dans le jeu, ultime reliquat d’une puissance (celle de d’anéantissement) devenue impuissance dans tous les autres domaines opérationnels.

« Entre la Chine et les États-Unis, la guerre nucléaire n’est pas une option », déclare imprudemment l’amiral Vandier, chef d’état-major de “la Royale”, la Marine Nationale française. Il sacrifie aux lieux communs des temps bénis où existait la rationalité extrême de l’anéantissement réciproque qu’impliquait la possibilité d’un conflit nucléaire. Ce lieu commun représente le “Stratégiquement-Correct” de nos temps-devenus-fous, qui présuppose la survivance de la rationalité extrême pour ce qui est du conflit nucléaire. Il ignore l’état de l’hystérie caractérisant la direction américaniste avec un président atteint de sénilité, avec les différents acteurs du pouvoir ignorant autant la Constitution que le serment de défense de la Constitution, et plus simplement dit la folie de nos temps-devenus-fous.

Colby dit que Lincoln n’a rien dit du mythe américain lors de son “adresse” fameuse de la bataille de Gettysburg ; peut-être l’avait-il dit, vingt-cinq ans plus tôt, lorsqu’il était jeune parlementaire, dans cette citation que nous ne cessons de répéter parce que justement, elle dit tout, et que, dans le cas que nous évoquons, elle dit tout d’une manière effrayante :
« Si la destruction devait un jour nous atteindre, nous devrions en être nous-mêmes les premiers et les ultimes artisans. En tant que nation d’hommes libres, nous devons éternellement survivre, ou mourir en nous suicidant. »

Il ne nous semble pas que les Chinois, certes d’une manière rationnelle mais aussi fermement affirmée, ait raté ou mal compris cette affaire des sous-marins nucléaires australiens. Ils ont réagi exactement dans ce sens et dans le domaine, sans barguigner. Ils ont réagi de deux façons jusqu’ici, en deux temps, à la façon habituelle de la subtilité en matière de communication, de faire parler des acteurs de bonne réputation, sans mandat officiel absolument établi, mais néanmoins...

• Lors d’une émission télévisée australienne diffusée à une heure de grande écoute le 22 septembre, il y a eu la déclaration à la fois prudente et sensationnelle d’un célèbre expert chinois, rompu dans les relations avec la communication anglosaxonne, Victor Gao, vice-président du Center for China and Globalization et ancien traducteur du président chinois Deng Xiaoping. Gao ne présente rien moins que la possibilité-probabilité (au choix) de la décision stratégique de mettre l’Australie parmi les cibles d’une attaque nucléaire chinoise en cas de guerre nucléaire. Gao est abrupt même s’il refuse d’employer les termes expressément : les sous-marins a propulsion nucléaire, même présentés comme non-armés d’armes nucléaires, sont considérés comme un objectif potentiel dans une guerre nucléaire. Ils sont considérés d’une manière expéditive et brutale comme le moyen d’un viol de l’accord de non-prolifération du nucléaire, et donc traités comme tels.

« Gao a carrément averti que l’accord [AUKUS], qui verra Washington donner à Canberra la technologie des sous-marins nucléaires, fait de toute l'Australie une cible pour une attaque nucléaire :

» "Le moment décisif sera celui où, si l'Australie est armée de sous-marins nucléaires produits localement, elle perdra le privilège de ne pas être visée par des armes nucléaires d'autres pays", a prévenu M. Gao.

» Il a ensuite lancé un appel aux “23 millions d'Australiens” qui vivront désormais dans l’angoisse, si l’accord est conclu dans les années à venir, d’une “éventuelle guerre nucléaire” à leur porte et au-dessus de leurs villes. »

• Une seconde intervention, deux jours plus tard, est celle d’un ancien diplomate influent, l’ambassadeur Sha Zukang, qui a été ambassadeur de Chine à l’ONU. A la lumière des us & coutumes de Pékin, une telle personnalité, même à la retraite, ne peut parler dans une conférence publique, sur de tels sujets brûlants, sans l’accord, sinon l’encouragement de la direction chinoise. En effet, Zukang a abordé rien de moins que la possibilité que la Chine abandonne sa doctrine  de “non-frappe en premier” vis-à-vis des USA, dans sa politique nucléaire ; il précise que cette idée serait écartée si les  USA abandonnait l’idée du renforcement australien, ou s’il signait un accord de non-frappe en premier avec les USA, – deux perspectives absolument improbables dans les circonstances actuelles et à venir selon ce qu’on en distingue.

« Le discours, qui a été rapporté par le ‘South China Morning Post’, a appelé les dirigeants chinois à “affiner” leur politique nucléaire afin de faire contrepoids à la campagne de pression en cours menée par Washington et ses alliés dans la région indo-pacifique. Cet appel fait suite à la dénonciation par des responsables chinois du projet des États-Unis de livrer au moins huit sous-marins à propulsion nucléaire à l'Australie. [...]

» “La pression stratégique sur la Chine s'intensifie alors que [les États-Unis] ont construit de nouvelles alliances militaires et qu'ils augmentent leur présence militaire dans notre voisinage”, a-t-il déclaré.

» Pour l'essentiel, Sha a précisé que la Chine devrait conserver sa politique de “non première frappe” pour la plupart des pays, mais qu'elle pourrait commencer à penser différemment pour les États-Unis. Cette doctrine pourrait ne pas s'appliquer entre la Chine et les États-Unis, sauf si les deux nations “négocient un accord mutuel sur le non-recours en premier aux armes nucléaires, ou si les États-Unis cessent de prendre des mesures négatives qui sapent l'efficacité des forces stratégiques de la Chine”. »

L’idée de l’abandon de la doctrine d’une “non-frappe en premier”, donc de la possibilité d’une “first-strike” que les USA ont déjà agitée pour leur compte (contre tout pays jugé “agresseur potentiel” [Russie et Chine]) est l’illustration de circonstances extrêmes de la réflexion stratégique. Il s’agit de l’évocation d’une démarche extrêmement déstabilisante (alors que la perspective d’un accord avec les USA pour éviter un tel développement est clairement utopique). Il s’agit en fait, selon notre point de vue, de l’attitude d’un gouvernement chinois qui mesure parfaitement la situation de chaos aux USA, la situation de la direction politique, et également la situation extrêmement trouble et dangereuse des relations entre les militaires et le pouvoir politique comme on l’a vu avec les initiatives du général Milley avec la direction militaire chinoise.

L’analyse chinoise prend en compte les hypothèses les plus extrêmes, considérant, à l’inverse de l’amiral Vandier, que la guerre nucléaire “est une option”, même si elle est folle et complètement irrationnelle, ou plutôt, justement parce qu’elle est folle et irrationnelle, comme facteur de pression communicationnelle. On retrouve dans ces péripéties que certains jugeront terrifiantes en en faisant porter la responsabilité aux Chinois, alors que AUKUS passe comme une lettre à la poste en général dans la “communauté internationale”, – même pour la France finalement, malgré quelques efforts pour prendre ses distances avec les ambitions de la Stratégie de Déni américaniste. Au reste, on rappellera qu’il y a quelques mois déjà (le 16 avril, Biden d’ores et déjà regnante), il y avait déjà eu une démarche, – américaniste cette fois, ce qui éclaire l’actuelle posture chinoise, – concernant la possibilité d’un affrontement nucléaire avec la Chine :

« Il y a cependant un aspect de la politique nucléaire sur lequel Washington est transparent, et cela a été clairement exprimé lorsque le président Biden a rencontré le Premier ministre japonais Yoshihide Suga à la Maison Blanche le 16 avril. Leur déclaration commune, intitulée “U.S.-Japan Global Partnership for a New Era”, est à ce jour l’indication la plus significative que Biden a résolument approuvé la volonté de longue date de Washington de s’engager éventuellement dans une guerre nucléaire. Ce document glaçant ne donne aucune indication qu’il puisse y avoir un jour une possibilité de compromis avec la Chine sur quelque sujet que ce soit et il est conflictuel au plus haut point concernant ce que Biden et Suga savent très bien être une pierre angulaire de la politique internationale de la Chine : son affirmation de souveraineté sur les îles de la mer de Chine méridionale... »

On admettra que tout cela se marie bien avec le constat lugubre que Crooke fait de l’atmosphère régnant aux USA. La Chine est assez fondée de penser à une possibilité catastrophique venue des USA, à cause de cette rencontre funeste entre le terrible désordre intérieur et la terrible déroute extérieure. L’“empire de la liberté” aux abois ne peut accepter une réduction dramatique de sa puissance qui, selon la conception justifiée de Darel Paul, signifierait la fin des Etats-Unis. On se retrouve alors devant une course à l’effondrement qui offre l’alternative catastrophique que nous avons déjà évoquée à plusieurs occasions, depuis qu’il apparaît clairement que les USA sont en déclin accéléré :

• Un effondrement intérieur, passant notamment par un effritement des États de l’Union à l’occasion des multiples mésententes-impasses qui caractérisent les rapports du gouvernement central avec un nombre important de gouverneurs, ce qui agirait nécessairement, en la fractionnant, sur la politique extérieure, et éventuellement sur les pouvoirs de la direction (du président) d’utiliser l’arme nucléaire. On, a déjà vu que, pour d’autres raisons (état de santé de Biden), il existe une pression interne au Système pour que les pouvoirs nucléaires ne soient plus confiés au seul président, mais dépende d’un collège de dirigeants, ce qui constitue un obstacle considérable à la décision éventuelle d’emploi opérationnel du nucléaire ;

• Une situation de conflictualité majeure entre les USA et la Chine, qui pourrait aisément déboucher sur un conflit qui ne pourrait pas nécessairement être nucléaire au premier stade, mais dont on sait qu’il y a de fortes chances, dans les cas envisagés, que les USA se trouvent en position de défaite ; une alternative dans ce terme de l’alternative s’impose : soit cette défaite produit à Washington et aux USA que l’on en revient peu ou prou au premier cas de l’alternative, soit l’affrontement passe au nucléaire.

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