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• Une étude d’in institut d’études économique allemand, par ailleurs proche de l’AfD, étudie la possibilité d’une victoire de Marine Le Pen puis d’Alice Weidel. • Pourraient-elles ensemble réformer l’UE ?
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Nous savons déjà que nous traversons une époque extraordinaire, — jugement assez peu original, — mais nous comprenons qu’elle est un peu plus extraordinaire à cause de la convergence de votes essentiels sur une période de trois petites années. Viennent d’avoir lieu deux votes essentiels, également avec des résultats qui animent un peu plus la dynamique extraordinaire dont nous parlons :
• la défaite magistrale, véritable massacre sans exemple, du parti républicains aux midterms et de la politique de trahison du programme MAGA du président Trump ;
• les élections israéliennes qui ont pour l’instant abouti à un premier pas vers l’élimination de Netanyahou comme premier ministre israélien, autre événement d’une très grande importance.
« Le président israélien a choisi Gadi Eisenkot, le plus puissant rival du premier ministre Benjamin Netanyahu, pour essayer de former un nouveau gouvernement, après une élection qui n'a laissé ni l'un ni l'autre homme avec une voie claire vers le pouvoir. [...]
Après sa nomination, Eisenkot aura 28 jours pour obtenir les 61 voix nécessaires pour un gouvernement. S'il n'est pas à la hauteur, Herzog peut fournir une prolongation de 14 jours avant de devoir offrir le mandat à quelqu'un d'autre.
Si aucune des deux parties ne réussit, Israël se dirigera vers de nouvelles élections. Le pays a organisé cinq élections entre 2019 et 2022 en raison d'impasses répétées. »
Jusqu’ici, nous ne sommes pas déçus : il y a déjà du grain à moudre pour accélérer le changement, le désordre ; le tourbillon crisique et toutes ces sortes de choses. Un prochain rendez-vous électoral est à la fois extraordinairement incertain et extraordinairement important. Beaucoup de choses puivent se passer, mais si l’on s’en tient aux structures temporelles officielles, nous serons débarrassés de Macron et il y aura un nouveau président, — ou une présidente puisque c’est là que nous voulons en venir. Toujours selon ces mêmes “structures temporelles” quasiment officielles, les sondages favorisent Marine Le Pent d’une façon écrasante.
Faisons comme si tout se passait normalement, — risque considérable dans une France et une Europe en train d’exploser, mais qui ne risque rien... — et poursuivons notre enquête. Traçons un fil tout aussi temporel vers une autre élection, allemande celle-là, pour 2029, en constatant la position d’une puissance proche de celle du RN en France, de l’AfD allemande de Alice Weidel. Aussitôt vient à la logique de l’esprit : et si ces deux-là, si proches malgré les postures de circonstance, s’alliaient dans un symbole d’une force tout aussi extraordinaire, —les deux premières femmes à la tête des deux plus grandes puissances d’Europe.
Note de PhGBis : « En plus des très nombreux et extrêmement divers obstacles, il y a le fait d’ores et déjà acquis que Weidel n’est que co-présidente de l’AfD. Mais nous devrions penser, comme le fait PhG, que le brio et le talent oratoire, l’allure et le caractère, l’énergie et la beauté à la fois altière et respectable de l’Allemande, devraient consolider sa position médiatique de leadership pour des positions de direction suprême. »
Un institut allemand, l’‘l’Institut für konservative Wirtschaftspolitik’ (IKW), proche de l’AfD, — ce qui implique que l’hypothèse envisagée ne paraît nullement absurde à ce parti, — a fait une étude du cas Alice-Marine. Jurij C. Kofner en a fait un article et la site de la revue ‘éléments’ en a publié la traduction française sous le titre « Alice Weidel et Marine Le Pen : comment l’Allemagne et la France pourraient refonder l’Union européenne ». Le texte de Kofner est présenté par ‘éléments’.
Une éventuelle arrivée au pouvoir de l’AfD et du Rassemblement national pourrait bouleverser en profondeur les rapports de force au sein de l’Union européenne. L’Allemagne et la France partagent non seulement des projets de réforme similaires, mais disposent également de la puissance financière nécessaire pour imposer des changements de grande ampleur. Nous publions un article paru dans le magazine « Freilich ». Son auteur, Jurij C. Kofner, est économiste à l’Institut für konservative Wirtschaftspolitik (IKW – Institut de politique économique conservatrice) et conseiller spécialisé dans les questions économiques, énergétiques et numériques auprès du groupe parlementaire de l’AfD au Parlement de Bavière. Une mise au point salutaire.
L’AfD et le Rassemblement national ont présenté, presque simultanément, de nouveaux projets de réforme de l’Union européenne. Une nouvelle étude de l’Institut de politique économique conservatrice (IKW) le montre : les convergences institutionnelles l’emportent très nettement sur les divergences. Et, ensemble, l’Allemagne et la France disposent d’un pouvoir de négociation considérable.
Qu’un parti de droite comme le Rassemblement national (RN) français défende les instruments européens de protection du climat et la poursuite de la politique de décarbonation mérite, d’un point de vue conservateur, de sévères critiques. De même, il convient de porter un regard critique sur l’absence de félicitations de Marine Le Pen après la victoire électorale de l’AfD, conduite par Ulrich Siegmund, en Saxe-Anhalt. Il reste à espérer que ce silence s’explique par des considérations tactiques électorales liées aux ressentiments antiallemands qui subsistent en France. Mais tel n’est pas le sujet de notre nouvelle étude.
Les rapports de force politiques évoluent. Lors de l’élection présidentielle française de 2027, le RN pourrait enfin conquérir l’Élysée. Les sondages créditent Marine Le Pen d’environ 34 à 36 % des voix au premier tour. Les récentes violences survenues en marge de manifestations, entre autres de migrants, augmentent considérablement ses chances de succès. En Allemagne également, la puissance électorale de l’AfD pose désormais la question de son éventuelle accession au pouvoir sous la direction d’Alice Weidel.
D’un point de vue de politique réaliste, il faut donc envisager dès aujourd’hui les différentes configurations que pourrait prendre la coexistence d’un gouvernement fédéral allemand dirigé par l’AfD et d’un gouvernement français conduit par le RN. Les deux partis aspirent à une réforme fondamentale de l’Union européenne, mais défendent des intérêts nationaux différents. Notre étude examine comment ces orientations pourraient déboucher sur un programme commun de réformes.
Le 14 octobre, Marine Le Pen a présenté son projet européen. Le 21 octobre, Alice Weidel a exposé à Strasbourg les propositions de réforme du groupe Europe des nations souveraines (ESN). Le principal enseignement de notre étude est clair : les convergences institutionnelles l’emportent très nettement.
Les deux projets entendent réduire drastiquement le pouvoir politique de la Commission européenne. Celle-ci devrait désormais se cantonner pour l’essentiel au rôle de secrétariat administratif des États membres. Les décisions seraient de nouveau prises par les gouvernements et les parlements nationaux.
Les deux formations s’accordent également sur la réduction du budget européen, le refus de nouvelles dettes communes, la restitution de nombreuses compétences aux États membres et l’arrêt de toute nouvelle aide financière à l’Ukraine. Dans le même temps, le marché intérieur, l’union douanière, les échanges commerciaux transfrontaliers et les projets communs de recherche seraient préservés.
Un rapprochement important concerne l’euro. Alors que le RN défend depuis plusieurs années son maintien, le document de l’ESN envisage désormais, pour la première fois, une réforme de l’union monétaire existante sans poser comme préalable une sortie de l’euro. Des règles de stabilité plus strictes et une responsabilité financière assumée par chaque État devraient permettre de préserver les avantages économiques de la monnaie commune sans perpétuer l’actuelle union de transferts financiers.
L’objectif peut donc se résumer ainsi : une coopération économique sans État central européen.
Les principales divergences concernent trois domaines.
Premièrement, la politique monétaire. Alors que l’AfD défend une Banque centrale européenne (BCE) attachée à la stabilité monétaire, Marine Le Pen souhaite que sa politique de taux d’intérêt et d’achat d’obligations tienne davantage compte de la croissance et du coût de financement des États.
Deuxièmement, la politique fiscale. Le RN se prononce en faveur d’une harmonisation partielle, à l’échelle européenne, de la fiscalité des entreprises et des taxes sur la consommation. L’AfD rejette, pour sa part, toute nouvelle compétence fiscale de l’Union européenne.
Troisièmement, la politique climatique. Alors que l’ESN souhaite supprimer le Pacte vert, le système d’échange de quotas d’émission et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF, ou CBAM), Marine Le Pen entend conserver certains instruments européens de lutte contre le changement climatique, essentiellement, en arrière-plan, pour des raisons de politique industrielle visant à protéger les producteurs français.
Ces divergences sont importantes, mais elles n’excluent pas une réforme commune de l’Union européenne.
Le pouvoir de négociation financier des deux pays est particulièrement révélateur. Selon les calculs de l’Institut de l’économie allemande de Cologne (IW Köln), l’Allemagne représentait en 2024 près de 54 % de l’ensemble des contributions opérationnelles nettes versées par les États contributeurs nets au budget de l’Union européenne. La France y ajoutait près de 20 % supplémentaires.
À eux deux, ces pays assuraient donc 73,5 % de ces contributions, soit près des trois quarts !
Berlin et Paris disposent ainsi d’un levier financier considérable. Une position commune de leurs gouvernements au Conseil européen pourrait bloquer l’adoption de nouveaux cadres financiers pluriannuels ou de décisions relatives aux ressources propres de l’Union, et permettre d’exiger des concessions de grande ampleur.
La dépendance financière de nombreux États membres confère aux deux principaux contributeurs nets un pouvoir de négociation substantiel.
Sur la base d’une expertise juridique réalisée pour l’IKW par le Dr Gunnar Beck, notre étude examine trois modèles de réforme.
Première voie : la réforme limitée. Les traités européens existants sont maintenus, mais la bureaucratie, le budget et la réglementation sont réduits.
Deuxième voie : la grande réforme des traités. L’Union européenne fait l’objet d’une refonte fondamentale. Des compétences sont restituées aux États membres et la Commission perd son autonomie politique. L’euro pourrait être maintenu sous une forme réformée.
Troisième voie : la refondation européenne. L’Union européenne actuelle cède la place à une Communauté européenne de prospérité et d’intérêts, reposant sur le marché intérieur, l’union douanière et des coopérations volontaires entre États souverains.
Les lignes rouges diffèrent d’un pays à l’autre. Pour l’AfD, la poursuite d’une politique européenne de décarbonation obligatoire, la création de nouveaux impôts européens et toute nouvelle centralisation seraient absolument incompatibles avec son programme.
La France, quant à elle, subit de fortes contraintes financières : une dette publique proche de 120 % du PIB, un déficit budgétaire de 5,1 % et un ratio entre les charges d’intérêts de la dette et les recettes fiscales avoisinant 10 %. Tout futur gouvernement français, y compris de droite, devrait donc chercher à limiter ses coûts de financement. C’est pourquoi Marine Le Pen souhaite renforcer le rôle de la BCE.
C’est ici que pourrait se dessiner le compromis décisif que nous proposons en tant qu’institut.
L’Allemagne accepterait de faire un geste envers la France en matière de baisse des taux d’intérêt et d’interventions limitées de la BCE sur les marchés des obligations souveraines, sans pour autant consentir à une responsabilité financière commune illimitée ni à un financement monétaire permanent des États.
En contrepartie, la France renoncerait à une réglementation climatique européenne contraignante, à des impôts communs à l’Union européenne et à l’harmonisation fiscale. Chaque État national déciderait alors souverainement de sa politique de réduction des émissions de CO₂.
Les intérêts de l’industrie française pourraient être pris en compte au moyen de mesures de protection commerciale et de préférences européennes dans les marchés publics. On pourrait également envisager une taxe numérique ciblée sur les grandes plateformes internationales, majoritairement américaines.
Pour l’Allemagne, le principal bénéfice résiderait dans la mise en œuvre des réformes fondamentales de l’Union européenne : moins de centralisme, moins de bureaucratie, des charges financières réduites et la reconquête de la souveraineté nationale, tout en renforçant simultanément la position de l’Europe face à nos partenaires géopolitiques américains, chinois et russes.
Telle est précisément la mission de notre étude de l’IKW : fournir aux responsables de l’AfD et du RN les éléments nécessaires pour identifier leurs convergences, leurs lignes rouges, leur pouvoir de négociation et les compromis réalistes envisageables.
Il appartient désormais aux deux parties d’engager le dialogue et de négocier l’avenir de l’Europe. Car cet avenir pourrait être plus proche que nous ne le pensons.
Jurij C. Kofner