• Parmi les signatures régulières que nous affectionnons et auxquelles nous prêtons grande attention sur le net, il y a celle du russe Dimitri Orlov. • Il est le créateur d’une forme de pensée que l’on pourrait désigner comme une “science de circonstance”, une “science” suscitée par les circonstances même que nous traversons et que nous décrivons et désignons nous-mêmes comme la Grande Crise de l’Effondrement du Système (GCES) : la “collapsologie”, ou “science de l’effondrement”. • Nous pensons que suivre régulièrement ses écrits est d’un intérêt qui rencontre complètement l’orientation de dedefensa.org : cela peut être fait grâce à nos excellents rapports avec Le Sakerfrancophone, qui reprend systématiquement les textes d’Orlov (en général deux par semaine) et les traduit en français. • Avec l’accord du Sakerfrancophone, que nous remercions bien chaleureusement, nous allons donc reprendre les textes d’Orlov dans cette rubrique propre intitulée “Le monde d’Orlov”. • Son fonctionnement est régi par les mêmes règles que celui d’Ouverture Libre mais cette rubrique a désormais une place structurelle dans dedefensa.org. • Le premier texte, une interview d’Orlov par Le Sakerfrancophone du 15 juin 2016, à l’occasion de la sortie en français du livre d’Orlov (Les cinq stades de l’effondrement aux éditions Le retour aux Sources) sert parfaitement de présentation de cet auteur.

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La révolution de couleur n'est plus ce qu'elle était    24/03/2018

Notre concept de réussite change avec l’âge. Quand nous sommes jeunes mais pas tout à fait mûrs, nous sommes capables de nous engager dans toutes sortes d’exploits ridicules. Plus tard, quand nous ne sommes plus jeunes du tout, un passage réussi aux toilettes se révèle une cause de célébration. La même chose vaut pour les empires vieillissants. Quand ils sont jeunes, ils détruisent les grands pays importants, mais aident ensuite à les reconstruire. Plus tard, ils se bornent à les détruire. Plus tard encore, ils tentent de détruire des petits pays faibles mais échouent même à faire cela. Finalement, de tels échecs deviennent trop petits pour être même remarqués. Avez-vous remarqué ce qui vient de se passer en Arménie ? Vraiment ? Au cas où vous ne le sauriez pas, les Arméniens sont l’une des nations les plus anciennes de la Terre. Le pays d’Arménie a commencé comme le royaume d’Urartu autour de 9000 AVANT JÉSUS-CHRIST, et persiste à ce jour, bien que la plupart des Arméniens forment maintenant une nation diasporique, comme les juifs. Jusqu’aux années 1990, l’Arménie faisait partie de l’URSS et a grandement bénéficié de cette inclusion, mais après la dissolution de l’URSS, elle est entrée dans un état de langueur. La quasi-totalité de l’industrie que les Soviétiques avaient construite en Arménie a cessé ses activités et les spécialistes qui y travaillaient se sont dirigés vers des cieux plus cléments et plus pollués. L’Arménie s’est désindustrialisée et elle est devenue en grande partie agraire, avec une économie axée sur des produits tels que les abricots, le vin et l’eau-de-vie, ainsi qu’un peu de tourisme. (Suite)

Pourquoi les USA ont quitté le JCPOA : une explication    18/05/2018

Voici une perspective autour de la décision de Trump de se retirer de l’accord JCPOA, c’est-à-dire l’accord sur le nucléaire iranien, à laquelle on n’a bien trop peu accordé d’attention. Tout n’est qu’une question d’argent. Après la révolution iranienne de 1978-1979, Jimmy Carter avait gelé les actifs de l’Iran aux États-Unis. Depuis lors, les États-Unis conservent entre 100 et 120 milliards de dollars d’actifs iraniens, qui ont généré des loyers et des intérêts. Après la signature de l’accord JCPOA, qui stipulait la levée des sanctions contre l’Iran, Washington a fait de son mieux pour se débarrasser de ces actifs, mais ils auraient dû être rendus aux Iraniens tôt ou tard… à moins que les États-Unis ne se retirent de cet accord, ce qui vient d’être fait. Il est très important de noter que ces actifs iraniens gelés sont libellés en dollars américains. Et quelle serait la première chose que les Iraniens feraient en reprenant le contrôle du magot ? Mais c’est bien sûr, ils le convertiraient hors de la devise américaine. C’est une exigence inscrite dans la loi iranienne : aucun dollar américain n’est autorisé à être détenu, et personne en Iran n’a le pouvoir de changer cela même s’il le voulait. Selon les Iraniens, les responsables américains ont plaidé auprès d’eux pour qu’ils ne liquident pas leurs avoirs libellés en dollars, mais les Iraniens leur ont dit que personne n’avait l’autorité pour changer cette loi. (Suite)

Le monde peut finir le plus stupidement du monde    11/05/2018

Nous, les humains, aimons croire que les choses arrivent pour une “bonne raison” et nous détestons penser que quelque chose de très important, comme la fin du monde, pourrait arriver sans aucune raison. Et ce que nous devrions le plus détester, c’est l’idée que le monde pourrait prendre fin pour une raison vraiment stupide, tellement stupide qu’on en pleurerait. Pourtant c’est exactement ce qui pourrait se passer. C’est une longue histoire, alors commençons. Il était une fois une tribu nomade appelée les Hébreux qui était très avancée pour son temps. Ils ont mis au point une première version de l’alphabet, la plupart du temps à partir de l’alphabet phénicien, et ils l’ont utilisé pour écrire toutes sortes de choses qu’ils avaient entendues, racontées par d’autres tribus ou venant de leur propre histoire. Les mythes, les chroniques, la poésie, les déclamations hallucinatoires, des bouts de législation et des diatribes politiques ont tous été rassemblés en un seul recueil trompeusement appelé “Le Livre”. En tant qu’œuvre littéraire, elle est assez inégale et généralement assez ennuyeuse, bien que certaines parties en valent vraiment la peine. (Suite)

Une Corée unie et 50 États-Désunis    09/08/2018

Ce qui suit est l’introduction à l’édition coréenne de mon livre, Reinventing Collapse. Alors que les Corées du Nord et du Sud parviennent finalement à entrevoir la paix et qu’il est question de réunification, le moment est bien choisi pour revisiter ma thèse selon laquelle l’effondrement des superpuissances déclenche à la fois des réunifications et des quêtes d’indépendance. Cette idée semble tenir le coup. Au cours de la guerre froide, les deux superpuissances – les États-Unis et l’URSS – ont dressé un inventaire des conflits non résolus, qu’ils ont, par accord tacite, gelés pendant toute la durée de leur existence commune. Dans certains cas, des entités ethniquement homogènes ont été divisées selon des frontières politiques artificielles, tandis que dans d’autres cas, des groupes ethniques disparates ont été maintenus ensemble par la force au sein d’une seule frontière politique artificielle. Une fois l’URSS effondrée, les entités multiethniques – la Géorgie, la Moldavie et la Tchécoslovaquie – ont fait de leur mieux pour se séparer, tandis que les entités divisées ont fait de leur mieux pour tenter de se réunifier. Alors que certains de ces conflits gelés – notamment l’Allemagne – nécessitaient que les deux superpuissances encore actives dans leurs états initiaux ou en cours de transformation intervinssent pour donner leur accord pour leur dénouement, un cas particulier – la Corée – est resté hors de cette dynamique même après l’effondrement de l’URSS, le Nord installant son propre processus d’autonomie. (Suite)

Ingérence à l’américaine    04/05/2018

Depuis novembre 2016, une bonne partie des classes bavardes aux États-Unis ont glosé sur l’“ingérence russe” dans l’élection présidentielle. Les détails ne cessent de changer, mais l’histoire reste la même : la Grande Méchante Russie a corrompu la démocratie américaine … comme si la démocratie américaine n’était pas corrompue dès le départ. Le DNC n’a-t-il pas truqué les primaires en faveur de Clinton ? Le FBI n’a-t-il pas reçu l’ordre par Obama d’arrêter d’enquêter sur Clinton qui avait mal géré les secrets d’État ? Clinton n’a-t-elle pas reçu les questions du premier débat télévisé avec Trump  avant le débat ? N’a-t-elle pas reçu des contributions de campagne de la part d’oligarques étrangers bien louches ? Et techniquement, n’aurait-elle pas remporté l’élection, si n’existait pas cet étrange processus du collège des “Grands Électeurs” venant de chaque État de l’Union et désignant en dernière instance le président ? Il semble que “l’ingérence russe”, si elle est réelle, serait loin dans la liste des défauts et des dégradations de la démocratie américaine ; sur l’échelle des situations d’urgence, la catastrophe de la “maison en feu” est plus pressante que l’incident de “souris dans le garde-manger”, non ? (Suite)

Fin de l’ère des empires maritimes    27/04/2018

Au cours des 500 dernières années, les nations européennes − le Portugal, les Pays-Bas, l’Espagne, la Grande-Bretagne, la France et, brièvement, l’Allemagne − ont été capables de piller la planète en projetant leur puissance navale à l’étranger. Comme une grande partie de la population mondiale vit le long des côtes et que la plus grande partie de cette population commerce par voie maritime, les navires armés arrivés soudainement de nulle part pouvaient mettre les populations locales à leur merci. Les armadas pouvaient piller, imposer un tribut, punir les désobéissants, puis utiliser ce pillage et ces rançons pour construire plus de navires, élargissant la portée de leurs empires navals. Cela a permis à une petite région avec peu de ressources naturelles et peu d’avantages concurrentiels au-delà d’une extrême pauvreté et d’une multitude de maladies transmissibles, de dominer le globe pendant un demi-millénaire. Les héritiers ultimes de ce projet naval impérial sont les États-Unis, qui, avec la puissance aérienne additionnelle, leur flotte de porte-avions et leur vaste réseau de bases militaires à travers la planète, sont supposés pouvoir imposer la Pax Americana sur l’ensemble de la planète. Ou, plutôt dira-t-on, “ont été en mesure de le faire” pendant la brève période entre l’effondrement de l’URSS et l’émergence de la Russie et de la Chine en tant que nouvelles puissances mondiales et leur développement de nouvelles technologies antinavires et anti-aériens. Désormais, ce projet impérial touche à sa fin. (Suite)

Triomphe FakeNews    24/04/2018

Le 14 avril 2018, les États-Unis ont tiré une salve de 103 missiles de croisière sur des cibles en Syrie ; 71 ont été interceptés ; seulement 32 ont atteint leurs cibles et n’ont causé que des dommages sans conséquence. Le coût des missiles était d’environ 185 millions de dollars. Les États-Unis ont affirmé qu’ils punissaient ainsi le gouvernement syrien pour avoir attaqué des civils avec des armes chimiques, sur la base de vidéos manifestement truquées et de preuves médico-légales inexistantes tout en ignorant que la Syrie était certifiée internationalement comme exempte d’armes chimiques. Le 7 avril 2017, les États-Unis ont tiré une salve de 59 missiles de croisière sur des cibles en Syrie ; 36 ont été interceptés ; seulement 23 ont atteint leurs cibles et n’ont causé que des dommages sans conséquence. Le coût seul des missiles était d’environ 100 millions de dollars. Les États-Unis ont affirmé qu’ils punissaient le gouvernement syrien pour avoir attaqué des civils avec des armes chimiques, sur la base de vidéos manifestement truquées et de preuves médico-légales inexistantes tout en ignorant que la Syrie était certifiée internationalement comme exempte d’armes chimiques. (Suite)

De l’importance d’avoir l’air dangereux    18/04/2018

C’est un travail difficile d’être un hégémonmondial et la seule superpuissance du monde. Vous devez garder la planète entière bien alignée. Chaque pays a besoin d’être renseigné sur sa place et de s’y tenir, par la force s’il le faut. De temps en temps un pays ou deux doit être conquis ou détruit, juste pour tenir les autres informés. De plus, vous devez vous mêler sans relâche de la politique des autres pays, truquer les élections afin que seuls les candidats favorables aux États-Unis puissent gagner, mener des opérations de changement de régime et organiser des révolutions colorées. Si vous cessez de le faire, certains pays vont commencer à vous ignorer ; le reste réalisera rapidement que vous perdez le contrôle et tous commenceront à s’émanciper. Les États-Unis sont-ils toujours la plus grande puissance du monde, contrôlant toute la planète, ou ce moment de l’histoire est-il déjà en train de passer ? Nous entendons constamment parler de la situation géopolitique : les relations entre les États-Unis et les pays de l’OTAN d’un côté et la Russie de l’autre vont de mal en pis ; il y a une guerre commerciale en cours avec la Chine ; La Corée du Nord reste un problème insoluble et un embarras. Beaucoup de gens soutiennent que nous sommes très proches d’une guerre mondiale. Mais « très proche »signifie-t-il réellement quelque chose ? Il est tout à fait possible de rester des heures avec ses orteils suspendus au bord d’une falaise et de ne jamais sauter. Le suicide est une grande décision : même pour une personne et encore plus pour un grand pays. (Suite)

Provocations et imagination créatrice    11/04/2018

Ceux qui sont chargés de mettre en scène des provocations semblent souvent manquer d’imagination créatrice. En conséquence, les incidents terroristes ont tendance à ressembler à une sorte de répétition sans fin du même scénario, avec les mêmes caractères étonnants. Par exemple, il y a une grosse explosion (ou beaucoup de coups de feu) ou une boule de feu, une scène incendiée ou un bain de sang… Ensuite on trouve… un passeport ou un permis de conduire appartenant à l’auteur présumé, en parfait état ! Et l’auteur s’avère être extrêmement bien connu des autorités ! De toute évidence, les provocateurs répugnent à admettre que leurs provocations coûteuses sont devenues éculées et banales et qu’ils devraient se creuser la tête pour avoir de nouvelles idées. Ainsi, la dernière attaque contre l’ancien espion Sergueï Skripal et sa fille Ioulia a apparemment été inspirée par l’émission de télévision américaine Strike Back(parce que les provocateurs n’ont aucune idée et ne lisent pas de livres, mais ils regardent la télé). Dans les deux cas, on a une arme de destruction massive appelée « Novitchok »(« newbie »en russe). Apparemment, elle n’est pas très efficace ; si le Novitchok était un répulsif pour les puces, les instructions se liraient comme suit : « Attrapez une puce, retournez-la sur son dos, chatouillez-la jusqu’à ce qu’elle se mette à rire, fourrez lui la poudre dans la bouche et vérifiez bien qu’elle ne recrache pas. »Une arme chimique de destruction massive appropriée devrait être capable d’anéantir toute une ville ; celle-ci n’a rendu malades que quelques personnes (dont l’une − Ioulia − est apparemment en voie de guérison). Qu’est-ce que vont ensuite inventer ces terribles Russes (et Poutine personnellement) ? Une ADM qui fait éternuer les forces ennemies de manière incontrôlable ? (Suite)

Kemerovo et les cercles de la laideur    06/04/2018

Vous avez peut-être entendu parler de l’événement tragique que je vais décrire, ou peut-être pas. Si vous en avez entendu parler en anglais, il y a de fortes chances que ce que vous avez entendu fasse partie d’un travail de sape programmé antirusse. Normalement, je serais réticent à écrire à ce sujet ; il est généralement préférable de rendre les célébrations publiques et de garder les tragédies privées. Mais dans ce cas, un grand nombre de personnes, à différents niveaux, ont tenté de tirer profit de cette tragédie et d’en tirer des bénéfices, générant un gigantesque nuage de fumée noire bien plus important que celui généré par l’événement lui-même. Cette tragédie vraiment effroyable s’est déroulée dimanche dernier, 25 mars, à Kemerovo (l’accent est mis sur la première syllabe) région de Kouzbass, Sibérie. Un incendie au centre commercial et de loisirs Winter Cherry a coûté la vie à 64 personnes, dont 41 enfants. Seuls 27 corps ont été identifiés ; d’autres attendent une analyse génétique. Le nombre de blessés est de 79, dont 12 restent hospitalisés ; 67 ont pu sortir et seront traités en ambulatoire. Les familles des victimes et chacun des blessés ont reçu 1 million de roubles du gouvernement régional (17 350 USD). En outre, le principal propriétaire du centre, l’entrepreneur Denis Chtengelov, a promis de verser 3 millions de roubles pour chaque défunt. Toutes les victimes seront également suivies par un médecin et un psychologue pour les aider jusqu’à leur guérison. (Suite)

Pourquoi tant de migrants ?    02/04/2018

Pourquoi tant de migrants ? Dans leur interprétation émouvante de In the Year 2525(sur la composition de 1969 de Zager et Evans) Laibachprédisait : « Des rivières de gens coulent comme du sang. » Il n’y a aucune raison pour nous d’attendre si longtemps ; c’est déjà en train d’arriver, et cela se passe depuis un petit moment. En 2017, plus d’un quart de milliard de personnes ont été déplacées de leurs terres natales, parcourant le globe à la recherche d’un refuge. C’est dû en grande partie à l’augmentation du nombre des États faillis. En 2013, j’avais écrit : « La Banque mondiale a publié une liste de nations manquant de souveraineté effective. En 1996, il y en avait onze ; en 2006 il y en avait vingt-six. Il ne se passe pas une année sans qu’un autre État-nation n’en soit réduit à une ligne statistique dans cette liste : l’année dernière, c’était la Libye ; cette année, la Syrie. À quelle distance se trouve la Grèce ? (…) Il est trop tôt pour dire si l’augmentation des États-nations non-viables est linéaire ou exponentielle, mais une simple projection montre que si cette tendance continue à s’accélérer au même rythme, il n’y aura plus aucune nation viable d’ici 2030 environ. »  (P. 150, The Five Stages of Collapse, New Society Publishers, 2013.) (Suite)

Un galop d'essai pour la démocratie russe    28/03/2018

Le 18 mars, la Russie a organisé des élections présidentielles. Tout le monde (enfin ceux avec un cerveau) s’attendait à ce que Poutine gagne, mais presque personne ne s’attendait à ce qu’il gagne avec une telle marge, ou avec un taux de participation aussi élevé : 67,47% des électeurs inscrits se sont présentés aux urnes ; parmi eux, 76,67% ont voté pour Poutine. Au cas où vous vous demanderiez encore si la Crimée fait partie de la Russie (croyez-moi, c’est le cas), le taux de participation était de 71,53%, et 92% y ont voté pour Poutine. Et dans la république autrefois séparatiste de Tchétchénie, le taux de participation a été de 91,54%. Des taux de participation record ont également été observés en dehors de la Russie, parmi la très grande diaspora russe. Plus de la moitié des Russes ont voté pour Poutine. (Suite)

Tuer la diplomatie    24/03/2018

Il y a le fameux aphorisme de Karl von Clausewitz : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Cela peut être vrai, dans de nombreux cas, mais c’est rarement une issue heureuse. Tout le monde n’aime pas la politique, mais quand on a le choix entre la politique et la guerre, les gens les plus sains choisissent volontiers la politique, qui, même lorsqu’elle déborde de vitriol et de corruption, reste normalement non létale. Dans les relations entre les pays, la politique est connue sous le nom de diplomatie, et c’est un art formel qui s’appuie sur un ensemble spécifique d’instruments pour retenir les pays de se faire la guerre. Il s’agit notamment de maintenir des canaux de communication pour établir la confiance et le respect, des exercices pour trouver un terrain d’entente et des efforts pour définir des accords où chacun a à gagner, sur lesquels toutes les parties s’accordent, y compris sur les instruments pour faire respecter ces accords. La diplomatie est une activité professionnelle, tout comme la médecine, l’ingénierie et le droit, qui requiert un niveau élevé de formation spécialisée. Contrairement à ces autres professions, l’exercice réussi de la diplomatie exige beaucoup plus d’attention aux questions de comportement : un diplomate doit être affable, aimable, accessible, conciliant, scrupuleux, équilibré… En un mot, diplomatique. Bien sûr, afin de maintenir de bonnes relations saines avec un pays, il est également essentiel qu’un diplomate parle couramment sa langue, comprenne sa culture et connaisse son histoire. Il est particulièrement important d’avoir une connaissance très détaillée de l’histoire des relations diplomatiques d’un pays avec son propre pays, dans le but de maintenir une continuité, ce qui permet de se fonder sur ce qui a déjà été réalisé. La connaissance complète de tous les traités, conventions et accords précédemment conclus est évidemment une nécessité. (Suite)

False-flag pour Novichok    20/03/2018

La Grande-Bretagne est prise d’une frénésie médiatique à cause de l’empoisonnement récent de l’ancien colonel russe Sergueï Skripal et de sa fille à Salisbury, en Angleterre. La Première ministre britannique, Theresa May, a demandé à la Russie de s’expliquer en prétendant qu’ils avaient été empoisonnés en utilisant un agent neurotoxique appelé “Novichok” (débutant en russe) qui était un produit de la recherche soviétique sur les armes biologiques. Il n’est plus produit et la destruction des stocks a été vérifiée par des observateurs internationaux. Cependant, sa formule est dans le domaine public et il peut être synthétisé par n’importe quel laboratoire chimique bien équipé, tel que celui de Porton Down, un laboratoire militaire de la Grande-Bretagne, qui, soit dit en passant, n’est qu’à 18 minutes en voiture de Salisbury. May n’a fourni aucune preuve pour étayer ses allégations de complicité russe dans la tentative de meurtre. Le ministère russe des Affaires étrangères a demandé à la Grande-Bretagne de fournir toutes les preuves disponibles pour étayer son accusation d’utilisation d’armes chimiques (selon la Convention sur les armes chimiques, la Grande-Bretagne doit le faire dans les 10 jours). Par conséquent, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a répondu que la Russie ne répondrait pas à de telles allégations sans fondement. (Suite)

De meilleures armes pour une planète plus sûre    13/03/2018

Beaucoup de gens semblent avoir perdu le fil quand il s’agit d’armes nucléaires. Ils pensent que les armes nucléaires sont comme les autres armes et sont conçues pour être utilisées en temps de guerre. Mais c’est une pure ineptie mentale. Selon toutes les preuves disponibles, les armes nucléaires sont des armes anti-armes, conçues pour empêcher l’utilisation d’armes, nucléaires ou pas. Par essence, si elles sont utilisées correctement, les armes nucléaires sont des dispositifs de suppression de la guerre. Bien sûr, si elles sont mal utilisées, elles représentent un risque grave pour toute vie sur Terre. Il y a aussi d’autres risques pour toute la vie sur Terre, tel que le réchauffement planétaire incontrôlé causé par la consommation incontrôlée des hydrocarbures ; peut-être devons-nous inventer une ou deux armes pour empêcher cela aussi. Certaines personnes estiment que la simple existence d’armes nucléaires garantit qu’elles seront utilisées quand différents pays dotés d’armes nucléaires se retrouveront financièrement, économiquement et politiquement in extremis. Pour en « faire la demonstration » ils mettent en évidence le principe dramaturgique de l’arme de Tchekhov. Anton Tchekhov a écrit : « Если вы говорите в первой главе, что на стене висит ружье, во второй или третьей главе оно должно непременно выстрелить. А если не будет стрелять, не должно и висеть » [« Si vous dites à l’acte I qu’il y a un pistolet accroché au mur, alors il faut obligatoirement qu’à l’acte II ou III, il fasse feu. Sinon, il ne devrait pas être suspendu là. »]. (Suite)

Make Russia Great Again”...    27/02/2018

Après un an et demi de silence, accompagné de beaucoup de bruit médiatique, autour de l'enquête de Mueller sur la collusion de Trump le Terrible avec les Russes (et leur seigneur et maître, Vladimir Poutine le pirate) afin de voler l'élection à la jeune et innocente Hillary Clinton « la scintillante », Mueller a finalement pondu un œuf. Il a inculpé 13 Russes pour vol d'identité et fraude sur le net. Il allègue qu'ils ont acheté des informations personnelles volées (numéros de sécurité sociale, noms, dates de naissance, etc.) sur Internet, les ont utilisés pour créer des comptes PayPal et Facebook, puis les ont utilisés pour acheter des publicités sur Facebook dans le but de miner la foi des Américains dans la bonté salutaire de leur démocratie. Il n'y a aucune preuve que quelqu’un dans l’équipe de campagne ou l'administration de Trump ait su que cela se produisait. Il n'y a aucune preuve que l'un des 13 Russes avait quelque chose à voir avec Poutine ou le gouvernement russe. Il n’y a aucune preuve que tout ce qu'ils ont fait a eu un effet mesurable sur le résultat de l’élection. Il y a cependant de nombreuses preuves que cet acte d’accusation ne mènera nulle part. (Suite)

Le mensonge compétitif    23/02/2018

Personne n’a jamais prétendu que dire des mensonges est un comportement sportif ou honnête. En dehors de certaines occupations très spéciales – espion, agent spécial, etc. – mentir est presque toujours une manifestation d’échec. Même dans ses formes relativement inoffensives, telles que la vantardise et l’exagération, la frime et la démagogie, c’est un bien pauvre substitut si on n’a pas une vérité favorable à dire. Ensuite, il y a différents types de feinte, par mauvaise orientation, dissimulation et omission ; que ce soit même motivé par le désir de ménager les sentiments de quelqu’un ou pour éviter un scandale, la décision de mentir est rarement une décision heureuse. Enfin, il y a ceux qui produisent et diffusent des informations fausses et trompeuses. Lorsque la société fonctionne normalement, ces personnes sont, tôt ou tard, prises la main dans le sac. Leur réputation est ruinée, leur carrière est terminée et les dommages causés sont réparés. Dans une société fonctionnant normalement, une bonne partie de ses membres ont une solide connaissance des faits, sont capables de raisonner logiquement et ont suffisamment confiance dans l’éthique des journalistes et des autres professionnels, dans l’impartialité des fonctionnaires et dans la méthode scientifique, pour leur permettre de croire que la vérité existe et qu’ils sont capables de la rétablir. (Suite)

Un “-isme” pour en finir avec les “-ismes”    16/02/2018

Il était une fois, dans ce que beaucoup de gens se rappellent maintenant comme le « bon vieux temps », une situation où il n'y avait que deux idéologies régnantes : le capitalisme et le communisme. Les capitalistes croyaient au caractère sacré des droits de la propriété privée, à la capacité magique de l'argent à être la mesure de toutes choses, et à la mystique “main invisible” conduisant le marché pour trouver des solutions optimales aux problèmes économiques. Les communistes croyaient au pouvoir de la propriété en commun, à la capacité des méthodes scientifiques rationnelles et objectives d'être la mesure de toute chose, et au pouvoir de la planification centralisée pour trouver des solutions optimales aux problèmes économiques. Les deux ont essuyé des échecs à plusieurs reprises. Le grand échec du capitalisme fut la Grande Dépression ; le grand échec du communisme fut l'effondrement de l'URSS. Il y a quelques dynamiques qui échappent à ce cadre général de l’échec. Lorsque le communisme échoue (comme en URSS, et en termes économiques plutôt qu’en termes politiques, en Chine, au Vietnam et ailleurs) il repasse la main au capitalisme (en essayant de retenir quelques éléments communistes). Et quand le capitalisme échoue, les capitalistes vont à la guerre, et le résultat c’est le fascisme. (Suite)

Juifs russes aux USA et relations Russie-USA    09/02/2018

En essayant de démêler l’état tendu actuel des relations entre les États-Unis et la Russie, un groupe mérite un niveau d’attention plus élevé, ce sont les juifs américains. C’est le groupe de population le plus important que les deux pays ont en commun : sur les 5 ou 6 millions de juifs vivant actuellement aux États-Unis (les chiffres varient selon la façon dont on mesure la « judéité »), environ un million a immigré aux États-Unis depuis l’ancienne Union soviétique, soit directement, soit après un séjour en Israël. Le gouvernement des États-Unis les a acceptés volontiers, leur accordant le statut de réfugiés ; ainsi, ils sont entrés dans la société américaine avec une identité politisée, nettement antirusse, et leur attitude antirusse a eu un effet d’influence sur l’opinion de nombreux juifs non-russes et aussi d’autres Américains. Les juifs russes sont de loin le groupe le plus éduqué qui a immigré aux États-Unis. Ils se sont très bien intégrés dans la société américaine et beaucoup d’entre eux, ainsi que leurs enfants, ont pu ainsi développer une carrière professionnelle. Leur expérience directe de la vie en Russie leur a permis de se positionner en tant qu’experts sur tout ce qui concerne le russe et, dans une large mesure, a permis à ce groupe relativement restreint d’influer négativement sur l’attitude de 322 millions d’Américains envers 144 millions de Russes au sein de la Fédération de Russie ainsi que sur la trentaine de millions de Russes résidant à l’extérieur. C’est un accident malheureux de l’histoire qu’un groupe d’environ un million de personnes ait, plus ou moins par inadvertance, aigri les relations entre un demi-milliard de personnes. (Suite)

Manuel de réparation de la doctrine stratégique US    07/02/2018

Le 19 janvier 2018, le général James Mad Dog Mattis a présenté publiquement la nouvelle stratégie de défense nationale américaine. Il a prononcé pas mal de mots, mais le résumé tient juste en deux points : 1. La guerre contre le terrorisme n'est plus. Puisque le terrorisme est maintenant un problème beaucoup plus grave dans le monde qu'il ne l'était lorsque la guerre contre le terrorisme a été annoncée pour la première fois après le 11 septembre 2001, elle n'a certainement pas été gagnée. Un autre problème est la quantité prodigieuse d'argent, de vies et de membres amputés qui ont été gaspillés dans cette quête pire que futile. Mais les Américains vont maintenant faire ce qu'ils font toujours après une mésaventure militaire : déclarer la victoire, rentrer à la maison et se recroqueviller derrière deux océans en espérant que leur mésaventure ne les suivra pas chez eux. Le nouveau message de l'Amérique aux nombreuses victimes du terrorisme est « Démerdez vous ». (Suite)