• La série des “Carnets” abrite, dans dedefensa.org, les écrits de commentaires personnels d’invités du site. • Sur ce qu'on nomme “les réseaux” ou “la toile”, il s'agit  de ce qu'on désignerait en général comme un blog. • Les “Carnets”, ce sont donc les blogs des invités de dedefensa.org dont nous jugeons, en plein accord avec eux et à l'avantage et à la satisfaction de chacune des parties, qu'ils peuvent devenir des collaborateurs réguliers du site. • Il n'y a pas de limites aux sujets abordés et pas de sujets précisément assignés à ces collaborateurs : les seules exigences concernent la forme et la décence du propos, la responsabilité dans le développement du propos. • Sur le point très important du fond des textes, nous disons que dedefensa.org donne comme règle de ces “Carnets” une orientation générale des domaines abordés trouvant ses aises dans celle dont le site fait à la fois l'usage et la promotion. • Pour autant, il y a une règle impérative qui domine toutes les autres. • Il n’est pas assuré que tous les propos des invités soient dans le sens de ce qu’écrit et pense dedefensa.org, et il ne peut en aucun cas y avoir assimilation, de ce qu’écrivent nos invités avec la signature du site : l’invité est seul responsable intellectuellement de ses propos. • Il s'ensuit, cela va de soi et selon la formule consacrée, que les propos dont nous parlons n’engagent en rien et en aucune façon dedefensa.org, essentiellement bien sûr dans ce domaine intellectuel et de l'opinion. • Ces éventuelles différences et divergences ne seraient pas nécessairement signalées mais elles le seraient en cas de publicité dans ce sens ou de toute autre nécessité, avec conséquences ou pas c'est selon. • Le site décide, espérons-le en bon accord avec ses invités, des conditions diverses et de l’application des règles énoncées ci-dessus de publication de leurs écrits. • Les Carnets de Nicolas Bonnal sont tenus par l'écrivain, essayiste et commentateur dont on peut trouver une présentation dans le Journal-dde.crisis de Philippe Grasset, le 2 octobre 2016.

• Les livres de Nicolas Bonnal sont disponibles sur sa page Kindle/Amazon à l'adresse URL suivante:

 https://www.amazon.fr/Nicolas-Bonnal/e/B001K7A4X0

Comment l’empire US plagie l’empire romain

  lundi 16 janvier 2017

L’empire américain procède et progresse par la pratique du signe : dollar, films, fastfood, musique, mode, constructions, supermarchés, télé, feuilletons, ce qu’on voudra. Pour reprendre l’expression de Roland Barthes l’Amérique est un empire des signes. Les Mythologies de Barthes avaient d’ailleurs comme par hasard une cible américaine, du chewing-gum à la conquête spatiale en passant par l’anticommunisme ou la sempiternelle et hypomaniaque rage antirusse.

Les mêmes signes qui ont servi ici à anéantir les nationalités qui venaient d’Europe composer cet empire servent à anéantir les nationalités outremer, à mettre fin à l’histoire et sa diversité, et ce où que ce soit, à coups d’experts et de banquiers, d’humanitaires ou de tueurs-saboteurs.

L’empire américain se présente volontiers comme un convertisseur pacifique et bienveillant, ce qui ne l’a pas empêché d’utiliser une violence sans égale dans l’histoire du monde : coups d’Etat à la carte, destruction de l’Europe sous les bombes (la thérapie de choc), anéantissement de l’Allemagne et du Japon, rasage gratis de la Corée ou du Vietnam. On ne parle pas de ce que cet empire fait subir aux Arabes depuis soixante ans avec la complicité des traîtres de la tribu de Riyad.

Ceci dit, le petit Obama qui se lance comme un gosse mal élevé dans une campagne puérile contre la Chine ou la Russie, avant de sortir par la petite porte de l’Histoire, devrait au moins savoir une chose : l’empire américain n’a rien d’original !

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La reculade de Trump et le chaos américain

  vendredi 13 janvier 2017

Et une reculade, une ! Le nouveau président américain a choisi de faire plaisir au parterre sociétal. Ne sait-il pas que quand on choisit le déshonneur on a le déshonneur et la guerre ?

A moins que cette reculade ne soit qu’une pirouette tactique, entre deux Tweets pour sauver 300 emplois ? A ce propos Trump ferait mieux de découvrir Walter Isaacson. Dans son livre sur Steve Jobs, ce dernier évoque une discussion entre Obama et les techno-lords qui tiennent la cuisine du monde libre. Il est impossible de rapatrier nos usines en Amérique, dit Steve Jobs à Obama (qui va bientôt être privé de golf pour antisionisme) : nous n’avons pas assez d’ingénieurs. Les usines Apple sont en Chine parce que la Chine a la plus grande population au monde d’ingénieurs et de travailleurs qualifiés. Donc pas de rapatriement de jobs (c’est le cas de le dire). On continuera à faire le barman ou de vivre des bons de nourriture comme cinquante millions d’Américains.

J’ai hésité pendant tout mon livre sur Trump  entre optimisme et pessimisme. Un ton populiste dans un pays parano et branché sur le web était facile à prendre ; mais la trahison des intérêts des partenaires de golf en était une autre, comme je l’expliquais. L’autre jour Paul Craig Roberts écrivait que Trump était en train de plier. Eh bien c’est fait.

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Comment l’occident zombie survit à sa mort

  mardi 10 janvier 2017

« Pour être tué, il faut vivre. »

 

Vladimir Poutine et la Russie dominent, mais l’occident se maintient avec sa dette, son hypocrisie, ses casseroles coloniales. Dix techno-lords US sont plus riches que tous les africains. Bruxelles agonise en nous volant argent et liberté.

Jean Baudrillard parla d’hystérésis (1) pour décrire ce monde. Il évoquait même je crois cette barbe qui continue de pousser au poil de menton du cadavre.

Qu’est-ce qui n’est pas mort en Occident ?  Qu’est-ce qui ne relève pas encore du phénomène zombi ? Les économies hallucinées (James Kunstler), les cent mille milliards  de dettes qui ne terrorisent que les naïfs (on ira tous à un million de milliards de $, imprimez !), les nations abolies, fusionnées, les peuples remplacés ou stérilisés, les religions profanées, tout en fait, y compris la terre et son atmosphère (voyez comment vivent la Chine ou l’Inde de notre René Guénon pour rire un peu), relève de la parodie, de la mort défigurée et du mort-vivant. Le public se reconnaît du reste dans ce type abominable de série yankee : les morts qui font semblant de vivre. Je continuerais durant des pages, si je ne craignais de me répéter. Le mouvement autonome du non-vivant, disait-on du mouvement matériel en ces temps aéroportés et précipités.

Je ne suis pas plus pessimiste que cet historien progressiste, qui est passé de mode en ces temps divagants, palabreurs et parkinsoniens. Michelet s’étonne en son temps de républicanisme alors prometteur, de l’hystérésis  médiévale, du maintien incompréhensible, des siècles durant, du clergé et de la féodalité, maintien  qui aboutit aux violentes révolutions qu’on connaît.

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1898 : comment les USA violèrent Cuba et les Philippines

  samedi 07 janvier 2017

On a beaucoup parlé de Cuba à cause de la mort de Fidel Castro, on parle aussi des Philippines, devenues rétives avec un président considéré incontrôlable par « l’opinion » occidentale.

J’ai déjà rappelé la formule de l’historien Joseph R Stromberg : « il n’est pas une situation dans le monde que l’intervention du gouvernement américain ne puisse aggraver ». Stromberg a une deuxième loi : « tous les pays que les Américains veulent sauver les détestent. » Et de citer Cuba, l’Irak, le Nicaragua, la terre de l’United Fruit…

Quelle ingratitude tout de même !

Prenons l’exemple de Cuba et des Philippines que Mr Stromberg a étudié dans un texte exceptionnel (1). Cuba, terre du castrisme ; les Philippines, terre du président rebelle Dutarte. Dans les deux cas, une vieille présence impériale américaine (bases et bordels, puis usines textiles), dans les deux cas une exaspération nationale - et ce que le vieux JF Revel nommait l’hystérie anti-américaine. Dans les deux cas aussi une longue occupation américaine, une interminable occupation américaine.

Voyons ce qui s’est passé. En 1898 la pression montre outre-Atlantique pour, une fois la Frontière passée sous contrôle et les derniers indiens évacués dans de minuscules et sordides réserves, décrocher de nouveaux marchés.

Alors on gamberge.

On envahit l’île d’Hawaï et on détrône la pauvre reine Liliuokalani avec une poignée de marines (car la révolution orange n’a pas attendu Soros) ; Hawaï devient un « état américain » peu après. Le logement et le vêtement US déciment la moitié de la population (voyez Jared Diamond).

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Jules César et les méfaits du commerce en général

  jeudi 05 janvier 2017

Dans le monde moderne, on nous répète souvent que la Russie joue le rôle de Sparte et l’Amérique celui d’Athènes. Cela tombe bien.

Pourquoi nous a-t-on cassé les pieds, ce peu viril président US en tête, avec ce traité de commerce transatlantique ? Pourquoi sommes-nous à ce point obsédés par ce commerce et par ces traités de commerce ? Pourquoi cet ivre libre-échange qui commence à nous les casser menu, qui a créé l’Europe actuelle, marquée par la déconstruction de notre patrimoine et de nos vraies valeurs ? Quelques rappels.

Une des phrases-clés du légendaire film Blade runner (1) est : « le commerce est notre seul but à la Tyrrell corporation. » Et le lugubre leader ajoute (il fait penser à Gates, Venter ou Elon Musk) : « plus humain que l’humain telle est notre devise ».  Remplacer l’homme de A à Z. Lisez à ce sujet les pages lumineuses de PhG sur le racisme mystérieux de ces anglo-saxons qui finit par s’appliquer à toute l’humanité qu’ils veulent remplacer.

Je cite d’ailleurs Philippe :

« Le suprémacisme qui s’est emparé des psychologies anglo-saxonnes à partir des années 1945 est l’enfant incontestable et direct du système du technologisme, une affirmation de supériorité fondée sur une sorte de puissance intrinsèque de la technologie, quelque chose qui est exsudé par le Système, qui est accouché par lui, qui impose sa loi hégémonique, avatar ultime à prétention politique du déchaînement de la Matière ».  « Le “racisme anglo-saxon”, désigné par nous comme une catégorie spécifique de la sociologie de la culture, etc., n’est qu’un brouet préparatoire… (2)»

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La sagesse de Sénèque en 2016 de notre ère

  mardi 03 janvier 2017

Précepteur de Néron, Sénèque fut bien placé pour savoir que les bons conseils n'ont pas de bons suiveurs. Pourtant, à vingt siècles de là, et dans les temps postmodernes, désabusés et désertiques où nous vivons, nous ne pouvons que nous émerveiller de la justesse de ses analyses, de ses observations, parfois de ses conseils, comme si Sénèque, à l'instar d'un Montesquieu, d’un Arioste ou d'un la Boétie faisait partie de ces penseurs qui cogitent dans ce que Debord appelait le présent éternel. En lisant Sénèque, on croit lire le journal d'un grand contemporain.

Je lui laisse la parole :

Sur les temps obsédés par l'argent et par l'insatisfaction : "les riches sont plus malheureux que les mendiants; car les mendiants ont peu de besoins, tandis que les riches en ont beaucoup".

Sur l'obsession des comiques et de la dérision, si sensible depuis les années Coluche et Mitterrand : "certains maîtres achètent de jeunes esclaves effrontés et aiguisent leur impudence, afin de leur faire proférer bien à propos des paroles injurieuses que nous n'appelons pas insultes, mais bons mots."

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Drieu la Rochelle et le grand remplacement en 1918

  vendredi 30 décembre 2016

En 1921 Drieu la Rochelle publie un beau et grand livre, Mesure de la France, déjà étudié ici. Il est préfacé par Daniel Halévy. Drieu n’y va pas de main morte avec la France et sa république déjà crépusculaire.

Voici ce qu’il écrit, que je relierai à la riche notion de Grand Remplacement – on comprendra pourquoi :

« Pendant cinq ans la France a été le lieu capital de la planète. Ses chefs ont commandé à l'armée des hommes, mais son sol a été foulé par tous et par n'importe qui. Tout le monde est venu y porter la guerre : amis et ennemis. Les étrangers s'y sont installés pour vider une querelle où tous, eux et nous, avons oublié la nôtre.

Notre champ a été piétiné. Sur la terre, notre chair ne tient plus sa place. L'espace abandonné a été rempli par la chair produite par les mères d'autres contrées. »

C’est le début du grand remplacement ! Un autre à l’avoir compris est Céline sur lequel je compte publier quelque chose cette année. Il ne voit plus un Français à Paris en 1918-1919 et même l’inoffensif Marcel Proust comprend confusément quelque chose. Tiens, citons Proust pour une fois :

… les rares taxis, des Levantins ou des Nègres, ne prenaient même pas la peine de répondre à mes signes… »

On le met en prison Proust aussi ? Plus un blanc à Paris ! De quoi se plaint Camus ?

Drieu insiste sur cette profanation de la vieille France :

« Mais après la Marne, l'ennemi s'est planqué dans notre terre. Il s'y est vautré, la défonçant à grands coups de bottes. Et nous ne l'en avons pas arraché. Si nous étions restés seuls, que serait-il arrivé ? »

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Comment l’établissement anglo-américain créa Hitler

  mardi 27 décembre 2016

Si pour reprendre la vulgate imbécile Vladimir Poutine a fait élire Donald Trump (pourquoi ne pas désigner le changement climatique ?), on va rendre la politesse, mais avec des preuves. Les élites anglo-américaines ont fabriqué le nazisme.

Guido Giacomo Preparata dans son passionnant Conjuring Hitler explique comment les élites anglo-saxonnes (l’establishment anglo-américain de Carroll Quigley) ont utilisé le nazisme pour détruire la vieille Europe et empêcher l’unification eurasiatique. L’obsession de la diplomatie anglo-américaine est le contrôle de l’île-monde de McKinder ; on manipule l’hostilité germano-russe du Kaiser à Merkel et on maintient sa suprématie.

On le lit dans un anglais simple qui attend un traducteur.

“A detailed analysis of the emergence of Nazism might disclose that the Nazis were never a creature of chance. The thesis of the book suggests that for 15 years (1919–33), the Anglo-Saxon elites tampered with German politics with the conscious intent to obtain a reactionary movement, which they could then set up as a pawn for their geopolitical intrigues.”

On veut donc après la guerre un mouvement réactionnaire et antisémite en Allemagne, susceptible d’être utilisée comme pion :

« When this movement emerged immediately after World War I in the shape of a religious, anti-Semitic sect disguised as a political party (that is, the NSDAP), the British clubs kept it under close observation, proceeded to endorse it semi-officially in 1931 when the Weimar Republic was being dismantled by the Crisis, and finally embraced it, with deceit, throughout the 1930s. This is to say that although England did not conceive Hitlerism, she nonetheless created the conditions under which such a phenomenon could appear…”

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Le Satiricon de Pétrone et la contre-civilisation antique

  vendredi 23 décembre 2016

Le Satiricon est souvent ramené à l’orgie romaine sauce Fellini. Or la réalité est autrement plus intéressante. Sur l’éducation romaine, voici par exemple ce que Pétrone a écrit :

« Donc, à mon sens, le résultat le plus clair des études est de rendre nos enfants tout à fait stupides : de ce qui se présente en réalité dans la vie ils n'entendent rien, ils ne voient rien. On ne leur montre que pirates, les chaînes à la main, attendant leurs victimes sur le rivage ; que tyrans rédigeant des arrêts pour commander aux fils d'aller couper la tête de leur père ; qu'oracles préconisant, pour chasser la peste, l'immolation de trois vierges ou davantage; que phrases s'arrondissant en pilules bien sucrées : faits, et pensées, tout passe à la même sauce… (Satiricon, I à IV)»

Pétrone dénonce la rhétorique, cette reine perturbante de l’Antiquité et de la politique. Il comprend avant Nietzsche que l’éducation, la répétition scolaire et universitaire tueront l’inspiration :

 « Si vous me permettez de le dire, ô rhéteurs, c'est vous les premiers. Artisans de la ruine de l'éloquence. Vos harmonies subtiles, vos sonorités creuses peuvent éblouir un instant ; elles vous font oublier le corps même du discours qui, énervé, languit et tombe à plat. La jeunesse s'entraînait-elle à déclamer, quand Sophocle et Euripide trouvèrent le langage qu'il fallait au théâtre ? Existait-il des maîtres pour étouffer dans l'ombre de l'école les talents naissants quand Pindare et les neuf lyriques renoncèrent à lutterdans le même mètre avec Homère? »

Il faudrait retourner à la nature :

« Et, sans appeler les poètes en témoignage, je ne vois pas que Platon ni Démosthène se soient livrés non plus à ce genre d'exercices. La grande et, si j'ose dire, la chaste éloquence, méprisant le fard et l'enflure, n'a qu'à se dresser sans autre appui que sa naturelle beauté. »

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L’Arioste, la poudre à canon et la Fin des héros

  mercredi 21 décembre 2016

J’ai déjà évoqué ici-même l’abrutissement technologique du Pokémon, établissant une parenté avec plusieurs contes cruels de Villiers de l’Isle-Adam. La crétinisation par la technique est un fait avéré de l’histoire, alors qu’on nous la présente toujours comme un facteur de progrès. A force de manger du fruit de l’arbre de la connaissance (pour reprendre l’image de Kleist dans son théâtre des marionnettes), on finit notoirement abêti. Avec neuf heures de connexion média par jour, je ne vous dis pas mes contemporains (pourquoi ce mépris ? T’es facho ?)…

On peut aussi être moins amusé que Villiers, et dénoncer après Bernanos et ses robots un avilissement par la technologie, un anéantissement même de notre contre-civilisation (Philippe Grasset) manipulée par des techniciens hors de pair et des généraux furieux à la Curtis Le May.

Nous passons tout le temps tout près de la guerre ; et nous savons que cette guerre voulue par les Huns et le sénat américain exterminerait tout et qu’elle n’amènerait rien du point de vue de la culture, de la gloire ou de la civilisation. Car on n’est plus au temps de la Guerre des Gaules ou de celle de Cent ans. Les bombardements américains et les artilleries allemandes auront mis fin à toutes les civilisations et à toutes les parfumeries qui pouvaient subsister.

Un des premiers à s’en être rendu compte est l’Arioste. On est au seizième siècle, et ce génie comprend tout de suite qui est le responsable : l’artillerie, la poudre à canon, la machine infernale. Et elle amène la fin du Monde.

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Démosthène et la débandade démocratique athénienne

  vendredi 16 décembre 2016

La démocratie est pour nous ce qu’il y a de plus beau, de plus pur, de meilleur ; surtout la démocratie athénienne, qui pour Thucydide ne passe pas pour un régime de paix, mais d’oppression thalassocratique (Thucydide est d’ailleurs ciblé par le pion Popper).

Démosthène passe pour « l’orateur de la démocratie athénienne ». Car il est à la fois l’homme du merveilleux démocratique et de la décadence démocratique.

Mais pour Démosthène la démocratie est aussi ce qu’il a de plus décadent, de plus lâche, de plus déclinant. Alors pourquoi la défendre, alors qu’elle abaisse le citoyen et que devant elle s’élève un bel invincible empire qui permettra grâce à Philippe et Alexandre à la civilisation hellénique de se répandre aux quatre coins de l’Asie ?

Tout de même, il arrive à Démosthène d’être étonnamment moderne, je dirais même contemporain. Qu’on en juge de ces lignes que j’ai dénichées dans les fameuses Philippiques.

Sur la lâcheté commune et l’indifférence de tout le troupeau :

« De toutes les fautes nombreuses et depuis longtemps accumulées qui ont rendu notre situation mauvaise, la plus funeste, la plus embarrassante aujourd'hui, c'est votre aversion pour les affaires. Vous y consacrez les courts moments où, assis en ce lieu, vous écoutez les nouvelles; après quoi, chacun se retire sans y réfléchir, sans même en garder la mémoire ».

Tartarin de Tarascon et la conspiration touristique

  mardi 13 décembre 2016

a théorie de la conspiration suppose un complot, des méchants, des  sociétés (ou leur religion, leur représentation mentale) et une dimension, forme a priori de la sensibilité, le temps. Or il nous semble que c’est faire injure au vrai objet des conspirations technologiques modernes, que d’ignorer la terrible efficacité de ces conspirations contre l’espace, contre le décor, contre la terre. D’ailleurs Guénon s’est trompé, c’est l’espace qui a été tué et rongé, et remplacé, pas le temps (on peut toujours le plier, le ranger). La pseudo-société traditionnelle et ses géniaux Juvénal ou ibn Khaldun savait à quoi s’en tenir sur tel âge d’or ; le temps –le temps qui court -  est toujours le même, ignoble, bâtard et désastreux. Mais la terre était belle. Mais elle avait encore un territoire, un espace, et cet espace a disparu dans le monde dit moderne, dans le techno-scope où nous évoluons. Guénon le dit d’ailleurs dans le Règne de la quantité ! C’est l’histoire de Don Quichotte et de ses moulins : quelque démon conspire et le sol se dérobe enfin sous ses pieds.

« …ce doit être la vérité, que ce sage Freston, qui m’a volé les livres et le cabinet, a changé ces géants en moulins pour m’enlever la gloire de les vaincre : tant est grande l’inimitié qu’il me porte ! Mais en fin de compte son art maudit ne prévaudra pas contre la bonté de mon épée. »

Mais lisons Wikipédia, notre bon vieux Wikipédia, qui met tout (n’importe quoi donc) à la portée de tout (et non plus de tous).

« Se référant à une fable de Borges écrite sous le nom de Suarez Miranda, remettant en cause aussi bien la notion classique de l'auteur, que celle de la chronologie nécessaire à toute histoire des idées (les nouvelles d'un auteur pouvant ainsi influencer un auteur antérieur), Baudrillard a affirmé que dans notre société actuelle, le simulacre avait remplacé l'original, comme dans une nouvelle de Borges, la carte de l'Empire se substituait au territoire lui-même. Baudrillard a éprouvé, en particulier dans les années 1990, ses théories à l'aune, non pas du réel puisque celui-ci a disparu, mais des événements médiatiques successifs. »

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Une révolte de légionnaires racontée par Tacite

  dimanche 11 décembre 2016

Les romanichels et les stars veulent plus de réfugiés ? Les stars hollywoodiennes votent pour Hillary ? Les stars ne veulent pas de Trump ? Nos acteurs subventionnés ont honte d’être français ?

Petite explication.

Tacite l’admirable… Voici comment il nous dépeint une agitation politique, celle des légionnaires, si proches, finalement, d’une révolte des étudiants, d’un printemps arabe, d’une péripétie mondaine. On devine l’importance du théâtre et du spectacle comme facteur de subversion et de manipulation des sociétés ; ce qu’ont rappelé Jean Chrysostome ou saint Basile dans leurs sermons.

C’est dans le livre 1 des Annales, chapitre XVI et XVII, qu’on a mal lu (et traduit) à l’école… Nous sommes sous Tibère.

« Telle était à Rome la situation des affaires, quand l’esprit de révolte s’empara des légions de Pannonie ; révolte sans motif, si ce n’est le changement de prince, qui leur montrait la carrière ouverte au désordre et des récompenses à gagner dans une guerre civile. »

Le printemps légionnaire va éclater. Il vient de l’inactivité et de l’oisiveté, si propices à déclencher des troubles. La mutinerie débute comme une fable d’Esope. Et là intervient un acteur. On sait le rôle que jouent les acteurs dans les révolutions (Couthon, Collot en France), le rôle subversif du théâtre et du spectacle moderne.

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Le grand remplacement à travers les âges

  jeudi 08 décembre 2016

On va en fâcher quelques-uns. Mais cela ne fera pas de mal de distinguer le bon grain de l'ivraie et de cesser de fantasmer inutilement, à coups de Français de souche, de beaufs du dimanche ou de Séraphin Lampion ; car la réalité ordinaire du Français est celle-là.

On va expliquer pourquoi maintenant ce culte du Français de souche nous gave, avec quelques auteurs un peu plus sûrs que Renaud Camus et les geignards de Fdesouche.com .

Sur la question de l'immigration, Benjamin Stora a certainement plus raison que tous les experts fascisants réunis. On savait tous au lycée, bien avant la propagande socialiste et mondialiste, qu'un tiers des Français avait déjà des origines métèques dans les années 70, avant la nouvelle vague migratoire.

Nous sommes métissés de grecs, d'arabes, de polonais, d'italiens - eux-même métissés depuis des millénaires avec tout ce qui traînait dans la Méditerranée ! Juvénal décrit déjà une invasion syrienne, accusant dans la satire III « l'Oronte syrien de se déverser dans le doux Tibre » (Jam pridem Syrus in Tiberim defluxit Orontes,  Et linguam, et mores...) !

Le dix-neuvième précipitant le déclin français, surtout démographique, le grand remplacement commence dès Louis-Philippe. L’industrialisation du Second Empire accélère le processus, et les guerres de Napoléon III et de la République dépeuplent la France de son élite physique et nordique.  Madison Grant souligne que la taille des appelés a baissé de quatre pouces après les guerres napoléoniennes.

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Tolkien et la menace démocratique occidentale

  mardi 06 décembre 2016

Hillary Clinton est démocrate. Que Tolkien n'ait pas été démocrate n'étonnera personne, même ceux qui s'efforcent de montrer que son œuvre ne signifie rien.  En réalité il semble même que son message paradoxal et invisible ait a priori annoncé le Brexit, la volonté hauturière de l'élite celtique et anglo-saxonne de fuir le monde moderne (y compris au bas niveau hippie), et ce d'autant que ce monde moderne se manifestait dans sa chère Angleterre et dans ses dominions, Amérique comprise. Le récent réveil des peuples anglophones (australien y compris) qui coïncide avec la parution de mon Salut par Tolkien (éditions Avatar) ne fait que démontrer cette volonté du grand auteur de fuir le monde des stations-service, des sit-in, des centres commerciaux, des favelas et des interviews. Il a défendu la Tradition, c'est tout. Mais il n'y est pas allé par quatre chemins, comme je l'ai démontré dans le chapitre XIV de mon livre où je cite en anglais sa correspondance (des fois qu'on m'accuserait encore de manipuler le message...).

On écoute le maître sur la démocratie :

« I am not a ‘democrat’ only because ‘humility’ and equality are spiritual principles corrupted by the attempt to mechanize and formalize them, with the result that we get not universal smallness and humility, but universal greatness and pride, till some Orc gets hold of a ring of power – and then we get and are getting slavery. »

La démocratie mène à la tyrannie (Platon). La démocratie mène à l'ochlocratie via le nazisme (Hans Gunther). La démocratie mène même à Donald Trump (ne riez pas !).

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Inclusion : Philippe Grasset et notre contre-civilisation

  samedi 03 décembre 2016

Ce texte sur le dernier livre de Philippe Grasset ne sera pas un article ; j’en suis de toute manière bien incapable. Le livre de PhG est le plus important paru depuis des décennies en France et il se comparera à Debord ou aux meilleurs Baudrillard. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit.

Ce dont il s’agit c’est de sauver son âme du Titanic glacé qu’est devenu notre civilisation ; Titanic si glacé qu’il n’a plus besoin de couler. Il faut chauffer les paroles dont a parlé Rabelais.

On commence par Hamlet.

Hamlet explique à Rosencrantz que le Danemark est une prison.

Then is the world one, répond l’autre pour une fois plus inspiré (Acte II, sc. 2).

Ce que Hamlet appelle The Distracted Globe (TDG), après avoir écouté le fantôme (I, 5), ce mot global donc, et toutes ses connotations néo-totalitaires, PhG en parle très bien, en parle extraordinairement à sa page 200 :

« La rotondité de la terre permet de suggérer que l’espace physique prend la forme d’un symbole de l’inéluctabilité de la modernité comme maîtrise du monde (on dira plus tard globalisation du monde, ce qui veut dire sous forme pléonastique globalisation du globe et confirme que le globe terre n’est pas seulement un phénomène physique, et qu’il est également le symbole à la fois de la maîtrise et de la fermeture du monde par la modernité). »

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Pourquoi les minorités jouent le jeu du système

  jeudi 01 décembre 2016

92% des noirs ont voté Clinton ; 92% des musulmans ont voté pour Hollande en 2012 au deuxième tour. C’est même grâce à eux qu’il est passé... La question est : pourquoi ces minorités brimées (victimes du racisme, du sentiment d’insécurité, de la misère sociale…) votent comme les barons de Wall Street, les stars hollywoodiennes et les émirs du Qatar ? Pourquoi les minorités jouent le jeu du Soros (le cercueil, en grec ancien) et des milliardaires ?

Il faut comprendre ici que ce n’est pas la gauche contre la droite (les musulmans, de gauche ?), ni le « choc des civilisations » à la noix (où sont passées nos civilisations ? Enfin !), mais le système contre toute société.

Emmanuel Todd a récemment évoqué à propos des élections US un mercenariat électoral pour les démocrates. C’est très bien dit, maître, c’est même courageux de votre part. Il aurait pu ajouter (il n’aime faire les choses qu’à moitié, mais ne le décourageons pas) que la même attitude prévaut en France. Todd hurle après les cathos zombie qui font de sales coups aux musulmans, il oublie de rajouter que ces musulmans votent comme un seul homme pour le PS qui tue ou déplace un million de musulmans en Libye et ailleurs (on ne parlera pas de Juppé). Le PS se maintient et retournera aux affaires en faisant voter ses minorités, dût-il pour cela comme Obama/Hillary remplir la France de minorités et de réfugiés.

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Le salut par Fillon et le légitimisme

  mardi 29 novembre 2016

Un ennemi surpris est à demi vaincu. (Sun Tse)

 

La victoire de Fillon, sursaut de la France chrétienne et légitimiste, a surpris la maréchaussée médiatique ; elle a donc aussi surpris le néo-FN et ses cadres «comme il faut», qui bien que « comme il faut », n’ont pas su se faire recevoir à sciences-po. Il faut croire que le fait d’avoir chassé JMLP et ses «déplorables» dans les conditions que l’on sait n’a pas suffi. Depuis longtemps le néo-FN a choisi le déshonneur, et l’on est content d’apprendre qu’il a récolté la guerre et le déshonneur avec l’UEJF et les sicaires du PS.

Fillon suppose pour ce néo-FN une autre sérieuse épine dans le talon-aiguille. Voilà quelqu’un qui a su remettre le pétulant Copé à sa place (voyez la diatribe du gardon Askolovitch), qui a pris ses distances avec les humanistes islamistes, et qui a proposé un plan de bonne entente avec la Russie. Tout cela évidemment coupe l’herbe sous le pied au néo-FN d’autant qu’on n’y sent pas d’hostilité a priori contre la famille chrétienne ou cette France un peu routinière dont le néo-FN a prétendu se moquer avec son quarteron de gays en goguette, de rappeurs retraités ou de maniérés commentateurs de Chevènement.

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La route de la servitude selon La Boétie

  samedi 26 novembre 2016

Jamais nous n’avons été autant surveillés,  menacés, humiliés, remplacés, écrasés d’impôts, et jamais nous n’avons été aussi platement soumis, que ce soit dans un hideux immeuble, dans un aéroport, dans un monstre de croisière. Plus je vois cela, plus je m’émerveille. Et plus je m’émerveille, plus je me fais traiter de factieux et de conspirateur.

Cela m’apprendra. On est trop bon pour moi. Je finirai comme les libyens, hagard sur les sables pour m’apprendre.

Il n’y a pas besoin de théorie de la conspiration. Le peuple n’est pas un gentil innocent, une victime naïve. Le peuple aime naturellement être mené à l’étable ou à l’abattoir. Telle est l’éternelle leçon de la Boétie qui s’extasie devant l’infinie capacité des hommes à s’aplatir devant l’autorité. Chouchou des libertariens et de mon très cher Murray Rothbard, l’adolescent prodige s’écœure lui-même en écrivant ces lignes, en rappelant ces hauts faits :

« Il n’est pas croyable comme le peuple, dès lors qu’il est assujetti, tombe si soudain en un tel et si profond oubli de la franchise, qu’il n’est pas possible qu’il se réveille pour la ravoir, servant si franchement et tant volontiers qu’on dirait, à le voir, qu’il a non pas perdu sa liberté, mais gagné sa servitude. Il est vrai qu’au commencement on sert contraint et vaincu par la force ; mais ceux qui viennent après servent sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte. »

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Montesquieu et la naissance du crétinisme médiatique

  jeudi 24 novembre 2016

Que Donald Trump aura fait couler d'encre odieuse et imbécile ! Que Fillon est méprisé, que le vénéneux Juppé est encensé ! Que le Brexit fut sous-estimé !

Mais pourquoi la presse française – ou même anglo-saxonne - est-elle si nulle ? Un peu d'histoire.

En 1721 Montesquieu publie les lettres persanes, ouvrage destiné à être bouquiné par le public décalé, jouisseur et rigolard de la Régence. Le livre est lu par une « élite » qui est déjà celle d’aujourd’hui, bourgeoise, collabo, humoriste.

Le bouquin devient un classique, sans que l’on ait compris pourquoi, au milieu de cette littérature du dix-huitième siècle décadent, si proche de nos marottes et de nos caprices de vieux. Le livre recycle le style journalistique venu d’Angleterre, comme toute la décadence française et même européenne, le matérialisme et la superficialité. A la même époque, dans un article passionnant (je l’ai étudié ailleurs), Jonathan Swift se demande par quoi on va remplacer le christianisme en Angleterre ; ou comment le bourgeois british aux affaires pourrait se nourrir d’enfants irlandais (en 1846 ce même bourgeois libéral le prendra au mot). C’est le même bourgeois libéral qui veut déclencher une guerre contre la Russie – pour protéger ses Indes ou la Turquie ottomane - durant tout le dix-neuvième siècle ! Car le gouvernement anglais obéit à sa presse, remarque Tocqueville dans ses Souvenirs. Surtout quand il s’agit de faire la guerre à la Russie.

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