Tusk contre la Pologne-marionnette de Poutine

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Tusk contre la Pologne-marionnette de Poutine

L’UE presse la Pologne selon une tension belliciste grandissante, comme il sied à ce pacifique et démocratique rassemblement  de volontés populaires qu'est l'Europe institutionnelle, bureaucratique et progressiste-sociétale. La guerre se fait notamment à coups de tweet. La première attaque tweetée pour la séquence est venue ce dimanche, de la part du Polonais Donald Tusk, président de l’UE, qui est d’un parti et d’une tendance politiques polonaises adversaires de l’actuelle majorité, et du gouvernement conduit par la Première ministre Beata Szydlo. Tusk est un libéral, européiste et globaliste ; Szydlo est du parti Droit & Justice (en polonais : Prawo i Sprawiedliwość, PiS) de la droite nationaliste, extrêmement méfiant de la machinerie européenne jusqu’à être aisément qualifié d’“eurosceptique”.

• Dimanche, Tusk tweetait donc : « Dispute stridente avec l’Ukraine, isolement au sein de l’Union Européenne, transgression des règles du droit et de l’indépendance judiciaire, attaques contre le secteur privé et la presse libre : stratégie de Droit & Justice ou plan du Kremlin ? Trop proches pour ne pas éveiller les soupçons. »

On comprend que le détail qui n’est pas passé inaperçu concerne bien entendu le mot sur “le plan de Kremlin” (c’est-à-dire, “la main de Poutine”), qui laisse entendre que le parti Droit & Justice fait le jeu de la Russie, ou bien, pire encore, accepte d’en être la marionnette contre quelque obscure promesse ou l’on ne sait quelle rétribution, et pour quel but sinon celui de détruire l’Union Européenne....

On sait que la haine poutinienne et l’attaque russe constante contre l’Europe constituent les thèmes favoris et les explications lumineuses de tous les dirigeants des institutions européennes à propos de tout ce qui ne marche pas comme l’UE le souhaite. C’est un exemple de ce que le journaliste Robert Parry, de ConsortiumNews désigne, le 16 septembre 2017, sous le titre de « Le Russiagate se propage en Europe », en s’appuyant notamment sur les récentes attaques de la Première ministre britannique Theresa May, prenant à partie le Kremlin pour tout ce qui ne va pas au Royaume-Uni, éventuellement et y compris le mauvais temps à venir, et peut-être bien jusqu'à la précision de l’une ou l’autre tempête de neige qui bloquerait les autoroutes de Sa Très-Gracieuse Majesté.

• On comprend donc assez aisément que madame Beata Szydlo n’ait pas apprécié le tweet du président de l’UE, et elle y a répondu du tac au tac dans la soirée du même 19 novembre où Tusk avait envoyé son propre et premier missile : « Comme président du Conseil de l’UE, Donald Tusk n’a rien fait pour la Pologne. Aujourd’hui, il utilise sa position pour attaquer le gouvernement polonais et la Pologne. »

Il faut dire que l’attaque de Tusk est sans précédent par sa violence conceptuelle puisque, comme on l'a vu et en seulement quatre mots, il parvient à impliquer sans besoin de rien expliquer que le gouvernement polonais est la marionnette du Kremlin. Il faut dire également qu’il y a une guerre de l’UE contre la Pologne sous son actuel gouvernement de la droite nationaliste. Après la Commission Européenne qui l’attaque depuis l’année dernière devant les instances juridiques européennes pour diverses mesures juges contraires aux “normes démocratiques” édictées par la Commission, elle-même modèle du genre, c’est le Parlement Européen (PE) qui est entré dans la bataille vendredi en votant pour qu’une de ses commissions examine le cas de la Pologne dans le but éventuel de lui appliquer l’Article 7 qui la priverait de son droit de vote au Conseil. Selon le PE, tel que le vote de vendredi le dit, la Pologne « pose un risque sérieux de mettre en cause les valeurs de l’UE ».

• Cette bataille atteint une grande intensité au niveau de la communication avec le tweet de Tusk, alors que l’UE est soudainement privée d’un de ses piliers les plus puissants avec l’Allemagne qui entre dans une période de léthargie du fait de sa crise politique qui interdit au gouvernement “expédiant les affaires courantes” de Merkel, avec une Merkel de plus en plus isolée, de peser de son poids habituel. Or, habituellement, l’Allemagne est là pour intervenir avec toute son influence entre l’UE et la Pologne, deux points de pouvoir où elle a d’habitude une présence considérable.

Le bataille est d’une intensité d’autant plus grande (suite) que le protagoniste entré en scène dimanche avec sa bombe tweetée ne cherche pas nécessairement de but politique élevé, ni de défense de principe, etc., bref toute l’honorable salade habituelle. Tusk attend plutôt qu’on lui serve une simple salade politicienne puisque, en brave président du Conseil de l’UE, il recherche déjà un point de chute pour la fin de son mandat en 2019, et la fin de son mandat correspondant à merveille à des élections prévues en Pologne pour 2019 également. Tusk surgirait alors, tel le chevalier blanc qu’on imagine, pour prendre la tête de l’opposition aux nationalistes et tenter de faire un banco à la fois polonais et européen, en éliminant la racaille nationaliste et en ramenant la Pologne dans le droit chemin européiste.

• ... Tout cela nous a éloigné du verbatim du tweet de Tusk, qui est tout de même le plat de résistance de cette réflexion, essentiellement par l’accusation qui y est faite d’affirmer que le gouvernement Droit & Justice est la marionnette du Kremlin. L’on sait bien par ailleurs que ce gouvernement, émanation à l’origine du mouvement politique des jumeaux Kaczyński, est fondamentalement et viscéralement antirusse comme tout nationaliste polonais classique. Cela rend l’accusation de Tusk particulièrement étrange, tout en mettant en évidence la contradiction inhérente de la politique suivie par Droit & Justice.

L’actuel gouvernement polonais défend en effet une position culturelle de sociétale traditionnelle, avec notamment une hostilité affichée à tout ce qui est LGTBQ et tout ce qui va avec, où l’on retrouve tant de “valeurs“ chéries par l’UE. Cette position traditionnelle est accompagnée d’une sorte de souverainisme qui affirme à la fois une indépendance politique qui s’oppose au supranationalisme de l’UE, un penchant pour une affirmation de l’État contre les forces du secteur privé transnational, etc. Pour cela, et pour trouver une alliance qui devrait en principe le renforcer face à l’UE, le parti Droit & Justice a poussé aux feux d’une politique extérieure et de sécurité proaméricaniste et otanienne, ce qui est un comble pour une politique souverainiste d’indépendance nationale. Mais comment faire autrement dans le désordre actuel du monde où plus d’un homme/d’une femme politique ne distingue plus les moyens et les buts de son action ?

L’allié naturel de Droit & Justice, allié culturel, sociétal, voire politique pour ce qui est de la défense des traditions et du principe de la souveraineté devrait être justement la Russie qui développe une politique générale dans ce sens ; la Russie, par ailleurs objet d’une haine sans retour des nationalistes polonais... Au contraire, l’“allié” américaniste, qui ne cherche que des points d’appui militaire et se fiche des querelles picrocholines de l’UE, a une politique de transgression permanente de la souveraineté, et, malgré Trump, une politique progressiste-sociétale qui est le contraire de ce que veut Droit & Justice.

Rien n’est démontré dans cette situation qui satisfasse notre goût rationnel du rangement politique cohérent ; par contre  nous est faite une fois de plus la confirmation du désordre général qui touche le bloc-BAO où les situations ne peuvent s’apprécier selon un seul paramètre et une seule référence, mais selon plusieurs paramètres et références, souvent contradictoires sinon contraires. Il s’agit alors de raisonner stratégiquement, sinon selon les références métahistoriques les plus hautes, en fonction des situations du Système et de l’antiSystème ; lesquelles situations se traduisant pour les directions politiques et les commentateurs par l’identification et les positions des différentes idéologisations par rapport à la postmodernité ou à la modernité-tardive d’une part, par rapport à ses répliques traditionnelles ou néo-traditionnelles d’autre part.

L’application tactique de ces fonctions stratégiques ou métahistoriques-hautes sont fonction de l’habileté des acteurs et de l’opportunité des situations. Il est évident, pour le cas polonais, que l’entêtement antirusse passionné de Droit & Justice d’une part, d'autre part les manœuvres politiciennes d’un Tusk qui représente le politicien opportuniste par excellence (avec tout de même un grand-père, Joseph, qui fit partie de la réserve des “escadrons de la mort” de la SS allemande), ne permettent en aucune façon de parvenir à la moindre vérité-de-situation qui permettrait de comprendre le sens et la puissance de cette sorte de débat.

 

Mis en ligne le 21 novembre 2017 à 19H01

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