Trotsky et la domination US de l’Europe (II)

Les carnets de Nicolas Bonnal

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Trotsky et la domination US de l’Europe (II)

Obama prix Nobel de la paix nous mène à la guerre nucléaire en Europe. Bravo !

J’ai déjà évoqué Trotsky et la soumission européenne à Wall Street. Pour lui cette soumission se fait via les banques centrales et les partis socialistes. Mais j’ai trouvé un autre texte sur cette question. Les extraits cités ici sont du texte L’Europe et l’Amérique, prononcé le 15 février 1926. On le trouve sur le très complet site marxists.org.

Sur le droit divin et surnaturel US à contrôler le monde, Trotsky écrit sur un ton railleur :

 « Auparavant, la doctrine de Monroe déclarait : " L'Amérique aux Américains, l'Europe aux Européens " ; maintenant, la doctrine de Monroe signifie l'interdiction pour les autres de s'ingérer dans les affaires de l'Amérique, mais non l'interdiction pour l'Amérique de s'immiscer dans les affaires des autres parties du monde. L'Amérique aux Américains, et l'Europe aussi ! »

Sur le contrôle US de l’ONU, devenu caricatural sous les tyranniques années Goldman Sachs-Obama :

« Le capital américain est en dehors de la S. D. N. Mais cela n'empêche pas le capital américain de tirer les ficelles de la S. D. N., ni la Fédération américaine de tirer à elle la bureaucratie réactionnaire de l'Internationale d'Amsterdam. »

L’Amérique tire parti des guerres qu’elle déclenche en Europe, ou dont elle se même pour la briser :

« Avant la guerre, l'Amérique était la débitrice de l'Europe. Cette dernière était, pour ainsi dire, la principale fabrique et le principal entrepôt de marchandises du monde. En outre, elle était, grâce surtout à l'Angleterre, le grand banquier du monde. Ces trois supériorités appartiennent maintenant à l'Amérique. L'Europe est reléguée à l'arrière-plan. La principale fabrique, le principal entrepôt, la principale banque du monde, ce sont les Etats-Unis. »

Les historiens libertariens (Sanborn, Raico) ont expliqué comment Roosevelt a empêché une solution européenne de l’hitlérisme en 1938.

Trotsky ajoute que les USA veulent unifier l’Europe et il rappelle le bilan dément du traité de Versailles, dû à la France, à l’Angleterre, et aux USA :

« Le traité de Versailles a créé en Europe 17 nouveaux Etats et territoires plus ou moins indépendants, 7.000 kilomètres de nouvelles frontières, des barrières douanières en proportion et, de chaque côté de ces nouvelles frontières, des postes et des troupes, En Europe, il y a maintenant un million de soldats de plus qu'avant la guerre. Pour arriver à ce résultat, l'Europe a anéanti une masse formidable de valeurs matérielles et s'est appauvrie considérablement ».

Trotsky rappelle que le Reich allemand avait été moins dur avec l’URSS que les alliés avec l’Allemagne. Puis il souligne déjà l’ineptie des experts économiques dans les économies en crise du système occidental :

« Les économistes bourgeois ont exhumé des archives les théories les plus réactionnaires de l'époque de l'accumulation primitive ; c'est dans le malthusianisme et l'émigration qu'ils voient les remèdes efficaces contre le chômage… Maintenant qu'il est atteint de caducité, de sclérose, le capitalisme tombe idéologiquement en enfance et revient aux vieilles méthodes empiriques. »

Il souligne en riant l’exception française qui n’avait pas attendu de Gaulle pour se manifester (ah, Poincaré…), mais s’est terminée avec le navrant binôme Sarkozy-Hollande (en attendant Juppé…) : 

« La France s'entête et regimbe. Mais elle mettra les pouces. Il lui faudra stabiliser sa devise, c'est-à-dire passer la tête dans le nœud coulant de l'Amérique. Chaque Etat attend son tour au guichet de l'oncle Sam. »

La venue de l’euro aura bien accéléré ce processus euphorisant.

Bien avant Naomi Klein (relisez sa Thérapie de choc) Trotsky, comprend les intérêts économiques du capitalisme de catastrophe :

« On commence par détruire, puis on restaure. Et pour l'une et l'autre opération, on touche un courtage honnête. Seul, le tremblement de terre au Japon a manifestement eu lieu sans la participation du capital américain. »

C’était cent ans avant Fukushima donc.

Il souligne l’hypocrisie pacifiste du bellicisme US :

« Les conflits militaires sont inévitables. L'ère de l'américanisme pacifiste qui semble s'ouvrir en ce moment n'est qu'une préparation à de nouvelles guerres monstrueuses… »

Dans les années vingt, tout le monde doit de l’argent aux USA. Trotsky constate que nous sommes dirigés par des percepteurs :

« Et le plan Dawes ?... Et lorsque la baisse du franc et autres désagréments obligèrent Poincaré à se retirer, l'Américain vint et présenta son plan de pacification de l'Europe, Il acheta le droit de diriger l'Allemagne pour 800 millions de marks, dont la moitié d'ailleurs fut donnée par l'Angleterre. Et pour cette misérable somme de 400 millions de marks, la Bourse de New-York a imposé son contrôleur au Peuple allemand. »

Trotsky définit alors ce qu’est un chef d’Etat en Europe depuis cette époque :

« Qu'est-ce en somme que Mr. Baldwin ou le roi George ? Tout simplement un percepteur en chef des impôts de l'Amérique dans la province qui a nom Europe (Rires), un agent chargé de faire rentrer les paiements des peuples européens et de les expédier aux Etats-Unis. »

Pour échapper à la tyrannie du capital américain, Trotsky explique qu’il resterait cette solution : une alliance eurasienne (Europe, URSS, Chine, Inde libre) en marge ou contre les USA :

« Le bloc des peuples d'Eurasie sera inébranlable et, avant tout, invulnérable aux coups des Etats-Unis. Nous ne nous dissimulons pas la puissance de ces derniers. Allié à l'Orient insurgé, le prolétariat révolutionnaire européen arrachera au capital américain le contrôle de l'économie mondiale et posera les fondements de la Fédération des peuples socialistes du monde entier. »

Un siècle après on n’est toujours pas tiré d’affaire. Répétons le maître, comme disait Prévert :

« L'ère de l'américanisme pacifiste qui semble s'ouvrir en ce moment n'est qu'une préparation à de nouvelles guerres monstrueuses… »

La paix, c’est la guerre ? On connaît !

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