Tartarin de Tarascon et la conspiration touristique

Les carnets de Nicolas Bonnal

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Tartarin de Tarascon et la conspiration touristique

La théorie de la conspiration suppose un complot, des méchants, des  sociétés (ou leur religion, leur représentation mentale) et une dimension, forme a priori de la sensibilité, le temps. Or il nous semble que c’est faire injure au vrai objet des conspirations technologiques modernes, que d’ignorer la terrible efficacité de ces conspirations contre l’espace, contre le décor, contre la terre. D’ailleurs Guénon s’est trompé, c’est l’espace qui a été tué et rongé, et remplacé, pas le temps (on peut toujours le plier, le ranger). La pseudo-société traditionnelle et ses géniaux Juvénal ou ibn Khaldun savait à quoi s’en tenir sur tel âge d’or ; le temps –le temps qui court -  est toujours le même, ignoble, bâtard et désastreux. Mais la terre était belle. Mais elle avait encore un territoire, un espace, et cet espace a disparu dans le monde dit moderne, dans le techno-scope où nous évoluons. Guénon le dit d’ailleurs dans le Règne de la quantité ! C’est l’histoire de Don Quichotte et de ses moulins : quelque démon conspire et le sol se dérobe enfin sous ses pieds.

« …ce doit être la vérité, que ce sage Freston, qui m’a volé les livres et le cabinet, a changé ces géants en moulins pour m’enlever la gloire de les vaincre : tant est grande l’inimitié qu’il me porte ! Mais en fin de compte son art maudit ne prévaudra pas contre la bonté de mon épée. »

Mais lisons Wikipédia, notre bon vieux Wikipédia, qui met tout (n’importe quoi donc) à la portée de tout (et non plus de tous).

« Se référant à une fable de Borges écrite sous le nom de Suarez Miranda, remettant en cause aussi bien la notion classique de l'auteur, que celle de la chronologie nécessaire à toute histoire des idées (les nouvelles d'un auteur pouvant ainsi influencer un auteur antérieur), Baudrillard a affirmé que dans notre société actuelle, le simulacre avait remplacé l'original, comme dans une nouvelle de Borges, la carte de l'Empire se substituait au territoire lui-même. Baudrillard a éprouvé, en particulier dans les années 1990, ses théories à l'aune, non pas du réel puisque celui-ci a disparu, mais des événements médiatiques successifs. »

On va citer Borges qui a écrit ce texte merveilleux dans une langue impeccable et simple (recueil El Hacedor) :

. . . En aquel Imperio, el Arte de la Cartografía logró tal Perfección que el mapa de una sola Provincia ocupaba toda una Ciudad, y el mapa del imperio, toda una Provincia. Con el tiempo, esos Mapas Desmesurados no satisfacieron y los Colegios de Cartógrafos levantaron un Mapa del Imperio, que tenía el tamaño del Imperio y coincidía puntualmente con él. Menos Adictas al Estudio de la Cartografía, las Generaciones Siguientes entendieron que ese dilatado Mapa era Inútil y no sin Impiedad lo entregaron a las Inclemencias del Sol y de los Inviernos. En los desiertos del Oeste perduran despedazadas Ruinas del Mapa, habitadas por Animales y por Mendigos; en todo el País no hay otra reliquia de las Disciplinas Geográficas”.

Les cartes remplacèrent le monde, les cartes furent le monde. On comprend pourquoi l’objet borgésien fascina Baudrillard. Et on citera un Grand d’Espagne, de cette Espagne qui découvrit et inventa le Monde, et qui (il s’agit de Balthazar Gracian) dans le Criticon décline le nouveau monde à venir, faux et basé sur la machine et la scène du théâtre :

“Esto dijo al entrar en una de sus más célebres ciudades, gran Babilonia de España, emporio de sus riquezas, teatro augusto de las letras y las armas, esfera de la nobleza y gran plaza de la vida humana.”

Le monde en fait n’est plus qu’une métaphore, une périphrase, un décor de mots et de compléments du nom. C’est aussi souvent une anaphore. C’est l’illusion comique de Corneille aussi qui démarre en trombe sur les vers suivants et provocants :

« Ce mage, qui d'un mot renverse la nature,

N'a choisi pour palais que cette grotte obscure.

La nuit qu'il entretient sur cet affreux séjour

N'ouvrant son voile épais qu'aux rayons d'un faux jour,

De leur éclat douteux n'admet en ces lieux sombres

Que ce qu'en peut souffrir le commerce des ombres. »

Mais revenons à Gracian, qui use et abuse aussi dans son île froidement plagiée par Eco, du GN théâtre du monde :

“La fiesta era una farsa con muchas tramoyas y apariencias, célebre espectáculo en medio de aquel gran teatro de todo el mundo.”

La tramoya (j’explique bien sûr le seul terme incompréhensible au lecteur francophone) est une pièce de machinerie théâtrale (Gracian est obsédé aussi par la maquina del mundo). Elle désigne aussi le piège. C’est que notre jésuitique baroque est déjà liquide, athée et machinal (voyez Don Juan). Cette terrible révélation sera finalement noyée dans le décorum illusoire du trompe-l’œil ecclésiastique, mais elle prépare la révolution industrielle et le devenir-marchandise ou le devenir-falsification du monde. Baudrillard (qui ne fait que reprendre Feuerbach)  a raison : le faux précède le vrai, la copie précède la réalité, et c’est du théâtre shakespearien, espagnol ou français que va surgir le vrai-faux monde de la modernité. Poil au nez, ajoutera Cyrano, premier combattant de cette ère postchrétienne et post-réelle (lui aussi fait croire qu’il a été sur la lune !). Mais venons-en à la Suisse, à Tartarin en Suisse et au magnum industriel du destin touristique. Destinée, quel beau mot…

Tartarin dans les Alpes donc, chapitre V :

« La Suisse, à l’heure qu’il est, vé ! monsieur Tartarin, n’est plus qu’un vaste Kursaal, ouvert de juin en septembre, un casino panoramique, où l’on vient se distraire des quatre parties du monde et qu’exploite une compagnie richissime à centaines de millions de milliasses, qui a son siège à Genève et à Londres. Il en fallait de l’argent, figurez-vous bien, pour affermer, peigner et pomponner tout ce territoire, lacs, forêts, montagnes et cascades, entretenir un peuple d’employés, de comparses, et sur les plus hautes cimes installer des hôtels mirobolants, avec gaz, télégraphes, téléphones !…

– C’est pourtant vrai, songe tout haut Tartarin qui se rappelle le Rigi.

– Si c’est vrai !… Mais vous n’avez rien vu… Avancez un peu dans le pays, vous ne trouverez pas un coin qui ne soit truqué, machin comme les dessous de l’Opéra ; des cascades éclairées à giorno, des tourniquets à l’entrée des glaciers, et, pour les ascensions, des tas de chemins de fer hydrauliques ou funiculaires. »

L’eau et les fluides, les machines et l’hydraulique, les éclairages savants, le théâtre à effet, l’opéra si orphique. C’est Boboli sur la montagne (toute la fin de mon roman sur les Territoires protocolaires). Mais la confession révolutionnaire ne bouleverse pas Tartarin, qui avait déjà une mauvaise impression. C’est qu’on est à une époque où la technique transforme vraiment le monde. La rapide transformation du monde par le chemin de fer, le métal, les vacances des riches, par tout le bataclan d’une société toujours moderne et contemporaine, va retirer toute la poésie du monde ; cette poésie se réfugiera dans les recueils de poésies romantiques, eux-mêmes démodés à court terme –Andersen le regrette dans l’un de ses meilleurs contes). Quelle conspiration tout de même : le monde vrai remplacé par un faux monde animé par des machines. Encore mieux que du cinéma. Mais Daudet avait ainsi terminé dans les lettres de son Moulin à paroles son meilleur conte, Maître Cornille. Le moulin (encore lui, cousin éloigné du dark satanic mill de William Blake) se devait de  faire semblant, devenant une attraction villageoise avant de terminer en attraction touristique (ou en résidence secondaire et baraque recyclée). Le moulin de Cornille est un premier simulacre, mais c’est un simulacre gentil qui fonctionne à votre bon cœur.

La Suisse des Anglais, de Byron, des Shelley et de Frankenstein (l’homme artificiel !) était déjà trop bien peignée, trop bien meublée. Le pays avait donné sa place au décor, la montagne à l’ameublement. Daudet reprend l’idée du décor de théâtre baroque, qui doit recréer l’illusion de la réalité, à supposer que cette réalité n’eût jamais existé. Car au moyen âge on ne décrivait jamais un paysage ; lisez Chrétien de Troyes, comme il est discret... Ce paysage, existait-il d’ailleurs ? Y a-t-il un paysage dans la salle ? Ou n’y a-t-il que de l’esprit d’homme ?

Daudet encore, qui comprend avant les producteurs hollywoodiens (eux aussi sont de la conspiration !) qu’il faut créer de l’événementiel, du risque, de l’attentat même (Tartarin croisera sous peu des nihilistes russes, excusez du peu !) pour motiver le chaland et faire venir le client :

« Toutefois, la Compagnie, songeant à sa clientèle d’Anglais et d’Américains grimpeurs, garde à quelques Alpes fameuses, la Jungfrau, le Moine, le Finsteraarhorn, leur apparence dangereuse et farouche, bien qu’en réalité, il n’y ait pas plus de risques là qu’ailleurs.

– Mais, l’année dernière encore, l’accident du Wetterhorn, ces deux guides ensevelis avec leurs voyageurs !…

– Il faut bien, té, pardi !… pour amorcer les alpinistes… Une montagne où l’on ne s’est pas un peu cassé la tête, les Anglais n’y viennent plus… Le Wetterhorn périclitait depuis quelque temps ; avec ce petit fait-divers, les recettes ont remonté tout de suite. 

Créer des incidents, de petites guerres dans un faux-monde baroque (ou néobaroque) sacrément pomponné et ennuyeux. Mais ne dirait-on pas le nôtre ? C’est d’ailleurs un sujet de Chesterton (« l’agence de l’aventure et de l’inattendu » dans le Club des métiers bizarres, qui inspirera le bon scénario du film The Game). Cette agence est payée pour vous distraire et pour vous affoler. De vrais sévices secrets. Un petit attentat pour vous réveiller, vous faire mieux voter ?

L’histoire n’est pas terminée ! Les terroristes attaquent ! C’est le meilleur moyen de créer de la valeur. Au 11 septembre succéda un bas taux d’intérêt, une bulle boursière et surtout une interminable et atroce hausse des prix de l’immobilier. Au faux risque succéda une fantastique et fausse création de richesse. The Donald se paya une tour philippine (du président Marcos) pour un million en 1996. Aujourd’hui elle en vaut 400. Mais elle a subi un lifting, comme la carte de Borges.

Cent ans avant Umberto Eco, sa guerre du faux et les amuseurs ludiques de la pensée postmoderne, Daudet en humoriste génial nous crée un monde factice, et il dessine la Suisse comme un parc d’attractions, un Disneyworld pour riches britishs délurés (en attendant les qataris). Et que deviennent les gens, que deviennent les peuples de paysans, les valeureux suisses profonds descendants du guerrier Guillaume Tell ? Réponse : des employés de la prospère entreprise touristique cotée à Londres ou à New York ! On l’écoute :

« Quand vous voyagez dans la Suisse allemande, des fois vous apercevez à des hauteurs vertigineuses un pasteur prêchant en plein air, debout sur une roche ou dans une chaire rustique en tronc d’arbre. Quelques bergers, fromagers, à la main leurs bonnets de cuir, des femmes coiffées et costumées selon le canton, se groupent autour avec des poses pittoresques ; et le paysage est joli, des pâturages verts ou frais moissonnés, des cascades jusqu’à la route et des troupeaux aux lourdes cloches sonnant à tous les degrés de la montagne. Tout ça, vé ! c’est du décor, de la figuration. »

Le pasteur n’est pas un berger. Dont acte. Que le pasteur-prêcheur soit un truqueur, un hâbleur professionnel, ce bon Marx nous le dit scandalisé, lorsqu’il reprend les observations de Beaumont, le copain de classe de Tocqueville en Amérique (ce n’est pas un continent plus très vierge, c’est déjà la salle de conférences de la modernité non mais).

Beaumont nous dit aussi qu’on est ignorant de la nature quand on est dans l’industrie (industrie est selon Perrault cette qualité du chat botté qui finit par meurtre, appropriation et mensonge) :

« Voyez le paysan français, d'humeur gaie, le front serein, les lèvres riantes, chanter sous le chaume qui recèle sa misère, et sans soucis de la veille, sans prévoyance du lendemain, danser joyeux sur la place du village.

« On ne sait rien, en Amérique, de cette heureuse pauvreté. Absorbé par des calculs, l'habitant des campagnes, aux États-Unis, ne perd point de temps en plaisirs ; les champs ne disent rien à son cœur ; le soleil qui féconde ses coteaux n'échauffe point son âme. Il prend la terre comme une matière industrielle ; il vit dans sa chaumière comme dans une fabrique. »

Le paysan français corrigea vite le tir. Dettes, engrais et pollution.

C’est aussi en Amérique qu’on nous vendra la nostalgie comme matière industrielle, l’insatisfaction comme marchandise, dit Debord, à qui nous allons bientôt y revenir. Mais en passant par Daudet qui évoque la conspiration marchande (la seule qui compte et qu’on oublie ma foi) :

« Seulement, il n’y a que les employés de la Compagnie, guides, pasteurs, courriers, hôteliers qui soient dans le secret, et leur intérêt est de ne pas l’ébruiter de peur d’effaroucher la clientèle. »

Le déclin du paysage accompagne celui de la foi et de l’esprit. Le simulacre du paysage accompagne le simulacre de la religion que décèle Feuerbach bien avant Nietzsche. Marx cite donc Beaumont dont le bon livre est bêtement ignoré (et ce n’est pas pour critiquer Tocqueville !) :

« La prédication religieuse est devenue un article de commerce, et le négociant failli de l’Évangile s'occupe d'affaires tout comme le prédicateur enrichi. Tel que vous voyez à la tête d'une congrégation respectable a commencé par être marchand ; son commerce étant tombé, il s'est fait ministre. Cet autre a débuté par le sacerdoce -, mais, dès qu'il a eu quelque somme d'argent à sa disposition, il a laissé la chaire pour le négoce. Aux yeux d'un grand nombre, le ministère religieux est une véritable carrière industrielle. » (Beaumont, p. 185-186.)

La falsification du monde devrait être le sujet de la conspiration, dont il est le secret le mieux gardé. Debord a bien écrit dessus dans ses inusables Commentaires :

« Comme on pouvait facilement le prévoir en théorie, l’expérience pratique de l’accomplissement sans frein des volontés de la raison marchande aura montré vite et sans exceptions que le devenir-monde de la falsification était aussi un devenir-falsification du monde. Hormis un héritage encore important, mais destiné à se réduire toujours, de livres et de bâtiments anciens, qui du reste sont de plus en plus souvent sélectionnés et mis en perspective selon les convenances du spectacle, il n’existe plus rien, dans la culture et dans la nature, qui n’ait été transformé, et pollué, selon les moyens et les intérêts de l’industrie moderne. »

Avant Debord et même un peu avant Daudet, Ludwig Feuerbach remarquait lui dans son Essence du christianisme (livre presque agacé par les cathos très bourgeois de son temps) :

« Pour ce temps-ci, il est vrai, qui préfère l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité, l’apparence à l’être, cette transformation est une ruine absolue ou du moins une profanation impie, parce qu’elle enlève toute illusion. Sainte est pour lui l’illusion et profane la vérité. On peut même dire qu’à ses yeux la sainteté grandit à mesure que la vérité diminue et que l’illusion augmente ; de sorte que le plus haut degré de l’illusion est pour lui le plus haut degré de la sainteté. Depuis longtemps la religion a disparu et sa place est occupée par son apparence, son masque, c’est-à-dire par l’Eglise, même chez les protestants, pour faire croire au moins à la foule ignorante et incapable de juger que la foi chrétienne existe encore, parce qu’aujourd’hui comme il y a mille ans les temples son encore debout, parce qu’aujourd’hui comme autrefois les signes extérieurs de la croyance sont encore en honneur et en vogue. »

Feuerbach complète très bien Daudet Alphonse.

Nous aurons vu que :

• La carte de Borges remplace le territoire.

• Le simulacre de Baudrillard remplace la réalité.

• La copie religieuse de Feuerbach remplace aussi la réalité.

• La conspiration paranoïaque du Quichotte remplace les ailes du moulin.

• Le décor truqué de l’opéra remplace la Suisse profonde touristique. Dumas décrit une Alhambra faite de poussière, qui aujourd’hui ressemble à un hôtel de luxe américain.

• Les attentats remplacent l’histoire, la peur de l’histoire cette histoire. C’est une règle de la tactique Saul Alinski.

• Si tout cela n’est pas une conspiration, et autrement plus grave que toutes les autres encore, qu’est-ce que ce sera donc ?

• Les vraies conspirations, on n’en parle jamais ; elles sont sous notre nez.

Et comme on citait Dumas, qui savait déjà ce qu’il voyait, à savoir un simulacre d’Alhambra:

« … le temps n’est pas éloigné, madame, où l’Alhambra ne sera plus que poussière. Le miracle de la création humaine, ce songe solidifié par la baguette d’un enchanteur et qu’on appelle la cour des Lions, craque, se fend, menace de choir, et serait déjà tombé même sans les étais dont on l’a soutenu. Priez pour la cour des Lions, madame, priez pour que le Seigneur la maintienne debout, ou priez tout au moins pour que si elle tombe, on ne la relève pas. J’aime mieux un cadavre qu’une momie ».

C’est bien pourquoi il faut lire les génies : grâce à Dumas nous saurons dorénavant que nous rendons visite à des momies.

Bibliographie

Borges – Obras completas, El Hacedor

Baudrillard (Jean) – Simulacres et simulation

Beaumont (Gustave de) – Marie ou de l’esclavage en Amérique

Bonnal (Nicolas) – Les territoires protocolaires (Ed. Michel de Maule) ; les mirages de Huaraz (ibid.)

Cervantès (Miguel de) – Don Quichotte

Chesterton – Le club des métiers bizarres (sur l’agence de l’aventure et de l’inattendu)

Corneille – L’illusion comique

Daudet (Alphonse) – Tartarin dans les Alpes

Debord - Commentaires

Dumas (Alexandre) – de Paris à Cadix

Feuerbach (Ludwig) – L’essence du christianisme

Gautier (Théophile) – Voyage en Espagne

Gracian (Balthazar) - Criticon

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