Spirale de guerre

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Spirale de guerre


24 mai 2002 — Un article de la dernière livraison d'Aviation Week & Space Technology (AW&ST, 13 mai 2002) vient confirmer de manière documentée la crise en cours au Pentagone, avec des plans de réductions importantes dans des grands programmes. (On s'attache surtout à AW&ST en raison du sérieux de cette publication et de la qualité de ses sources. En l'occurrence, cet article a valeur de confirmation des nouvelles qui y sont abordées.) AW&ST s'attache aux grands programmes d'avions de combat, et particulièrement au JSF, qui intéresse au premier chef les Européens. Sous le titre « USAF Reviews Plans For JSF, F-22 and U-2 », l'article passe en revue la situation et les perspectives de ces programmes.

« The Pentagon is considering cutting F-22 production by more than 100 aircraft, further reductions in Joint Strike Fighter purchases and possibly building more U-2s as a hedge against rising Global Hawk UAV costs. The proposals are part of a flurry of activity in preparation for Fiscal 2004 budget deliberations. So far, none have led to program decisions. However, Defense Secretary Donald H. Rumsfeld has let service officials know he wants to cut programs, Pentagon officials indicated. »

On voit se confirmer la tendance déjà largement documentée depuis deux ans, selon laquelle il manque des sommes très importantes (autour de $50-$70 milliards par an après les augmentations considérables récemment annoncées) pour permettre au Pentagone de fonctionner normalement. L'augmentation de $48 milliards annoncée en février n'a fait illusion qu'en Europe, où l'on a cru y voir l'annonce d'une formidable expansion des armements américains. En fait, il s'agissait d'une mesure destinée à combler les plus criants parmi les besoins existant pour combler le déficit du Pentagone. On voit bien, avec les mesures de réduction déjà prises et celles qui se préparent, que cette augmentation budgétaire est complètement insuffisante.

L'intérêt pour les Européens dans cette affaire concerne principalement le JSF. Déjà touché par une réduction de la commande de l'U.S. Navy (409 exemplaires en moins), le programme devrait l'être à nouveau par une réduction de la commande de l'USAF. Il est possible que cette réduction aille jusqu'à peu près 400-600 exemplaires sur une commande globale de l'USAF de 1.700. Les commandes nationales globales se situeraient alors pas très loin des 2.000 exemplaires, alors qu'on annonçait 3.000. La dynamique très particulière des commandes et des réductions de commande de ce type de programme, à partir de l'expérience qu'on en a, fait que le prix augmente dans une proportion plus élevée que celle du décroissement de la commande impliquant la réduction de l'amortissement de la production.

Ainsi, la décision de la Navy de réduire de 30% sa commande implique une réduction de production de 15% de l'entièreté du programme national ; cela conduirait à une augmentation de 25% du prix par exemplaire, soit $50 millions (par rapport aux $40 millions projetés actuellement). La disparité entre ces deux courbes (réduction de production, augmentation de coût) augmente au fur et à mesure que de nouvelles décisions de réduction de commande sont prises à partir d'une série déjà réduite. Ainsi, si l'USAF annonçait 400 exemplaires en moins d'une production déjà amputée des 400 de l'U.S. Navy, soit 18% de la production restante en moins, la courbe d'augmentation pourrait être entre 28% et 30%, et le prix par exemplaire pourrait passer à $65 millions et sans doute plus. On se rapprocherait du coût-butoir de $75 millions l'exemplaire, considéré par certains experts industriels comme la limite au-delà de laquelle le prix du JSF ne serait plus contrôlable.

Le problème supplémentaire posé par ces réductions est évident : ces décisions de réduction sont prises pour faire des économies mais ces économies vont être pour une part non négligeable mangées par l'augmentation de coût des avions restant en commande. On n'est plus très loin de l'“effet B-2” (passage d'une commande de 132 avions à $290 millions l'exemplaire, à 21 avions à $2,4 milliards l'exemplaire), voire de ce qui commence à être l'“effet F-22” (de 750 avions à $37 millions l'exemplaire, à 180 avions probables, à $250 millions projetés pour un exemplaire). La question intéressante est de savoir ce que vont devenir, si ces prévisions de crise se matérialisent, les non-Américains, et notamment les Européens, qui ont choisi d'entrer dans le programme JSF et d'acheter cet avion.

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