Scénarios pour l’après-tragédie-bouffe

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Scénarios pour l’après-tragédie-bouffe

Pendant deux ou trois semaines, peut-être plus qui sait avec notre mémoire qui flanche, nous avons vécu sous une avalanche de “révélations” portant sur les aventures pseudo-sexuelles, – en général nullement consommées d’après ce qu’il semble, – de Donald Trump, remontant jusqu’à la nuit des temps. Cette attaque extraordinaire d’unanimisme, d’inflation sans frein, de compétition dans l’emportement de ne cesser d’en rajouter, et tout cela du fait de la presse-Système, est d’une telle ampleur qu’on finit pas s’interroger sur l’efficacité de la chose et souvent s’abîmer dans le baroque grotesque. Devant une Christiane Amanpour (CNN) pour une fois hilare, Sergei Lavrov, parlant anglais et répondant une question sur le “Pussy Moment” de l’élection (« Can I just try one last question ? One last question. A bit cheeky but I’m going to ask you. Russia has its own Pussy Riot moment. What do you think of Donald Trump’s Pussy Riot moment ? »), dit ceci qui détendit grandement l’atmosphère : « Well, I don’t know what this would... English is not my mother tongue, I don’t konw If I would sound decent. There are so many pussies around the presidential election on both side that I prefer not to comment on this... »

Le phénoménal parti-pris de la presse-Système a même conduit le Wall Street Journal, pourtant fleuron de cette même presse-Système, à publier un article furieux sur le thème du “assez c’est assez” ; ZeroHedge.com note cela le 14 octobre : « Even the Wall Street Journal is now fed up with the biased media coverage of the 2016 Presidential election as revealed by a scathing article written by Kimberly Strassel, a member of their editorial board.  As Strassel points out, it’s almost impossible to turn on the TV without hearing about Trump’s “lewd” comments while coverage of Hillary “uniformly ignores the flurry of bombshells” inherent in the various WikiLeaks, FOIA releases and FBI interviews.

» “If average voters turned on the TV for five minutes this week, chances are they know that Donald Trump made lewd remarks a decade ago and now stands accused of groping women. But even if average voters had the TV on 24/7, they still probably haven’t heard the news about Hillary Clinton: That the nation now has proof of pretty much everything she has been accused of.

» ”It comes from hacked emails dumped by WikiLeaks, documents released under the Freedom of Information Act, and accounts from FBI insiders. The media has almost uniformly ignored the flurry of bombshells, preferring to devote its front pages to the Trump story. So let’s review what amounts to a devastating case against a Clinton presidency”. »

Bref, le côté bouffe, qui va avec l’incroyable ostracisme touchant au somme du grotesque du candidat Trump commence à s’essouffler, à s’user, à devenir éventuellement contre-productif. Cela se passe d’autant plus que, dans cette tragédie-bouffe, à côté du côté bouffe il y a un côté tragédie. Bien entendu, on serait tenté d’y mettre les accusations des interférences avec la Russie, avec au lointain les bruits de guerre ; mais là encore, nous n’avons pas encore quitté le côté bouffe, tant les accusations d’interférences contre les Russes sont basées d’abord sur des montages presque instantanés, venus des services de communication-bouffe de Clinton, ce qui les réduit aussitôt au domaine “bouffe”.

(Curieusement ou bien de façon significative, ce n’est pas dire que les Russes n’interfèrent pas, là-dessus nous n’en savons rien ; mais la méthode employée, qui consiste à accuser systématiquement la Russie de toutes les infamies et calamités de la campagne, y compris du mauvais temps, produit effectivement cet effet-bouffe. Si les Russes le voulaient, – et peut-être le veulent-ils ou le voudront-ils, – ils pourraient effectivement intervenir, mais la chose serait tellement vite dénoncée, et toujours par les mêmes bateleurs de la communication, que naîtrait aussitôt le soupçon d’un montage contre eux, une fois de plus, et pour nombre de gens la démonstration pradoxale de leur innoncence.)

Tout cela est pour introduire l’idée que le “bouffe” s’puise et que des hypothèses et prévisions se tournant plutôt vers le côté tragique de la formule font leur réapparition. Au reste, le comportement des acteurs centraux n’est pas pour rien, y compris le durcissement de Trump, y compris les soupçons pesant sur d’éventuelles manœuvres de l’administration Obama. Nous allons citer ici deux sources qui tiennent compte de ce durcissement en revenant sur des prolongements tragiques après le 8 novembre, selon que Trump est battu (premier cas), selon que Trump est vainqueur (second cas). Ce retour sur de telles hypothèses, – il y a eu déjà, — montre la persistance de l’aspect tragique de cette élection sinon son renforcement, tout comme il confirme sa complète exceptionnalité, celle d’une élection présidentielle sans aucun précédent ni équivalent.

• Le premier cas est exposé par WSWS.org, qui retrouve un de ses dadas favoris, qui est la “fascisation” de la campagne de Trump. On prendra ce jugement pour ce qu’il est, c’est-à-dire avec à l’esprit l’obsession trotskiste pour ce genre de jugement, d’autant plus que WSWS.org s’est attaché ces derniers temps à attaquer Clinton pour sa corruption extraordinaire et les intérêts capitalistiques qu’elle représente, et qu’il est temps par conséquent de revenir sur Trump selon l'idée que tout le monde est détestable puisque personne n'est trotskiste. Lequel Trump, il est vrai, a terriblement durci sa rhétorique. Le 14 octobre, WSWS.org rend compte de ses récentes interventions et fonde son argumentation prospective sur l’hypothèse que la campagne Trump va de plus en plus dénoncer les fraudes probables sinon déjà certaines qui l’empêcheraient de l’emporter, ainsi recommande-t-il à ses partisans de surveiller les bureaux de vente et développe une rhétorique qui, selon WSWS.org, implique le recours à la violence après le 8 novembre en cas de défaite...

« In a speech delivered by Donald Trump to an audience of thousands in West Palm Beach, Florida, the Republican candidate turned his campaign in a more distinctly fascistic direction. Presenting himself as both the savior of America and the victim of a ruthless political and economic establishment, Trump sought to connect deep-seated social anger among masses of people with an “America First” program of anti-immigrant xenophobia, militarism, economic nationalism and authoritarianism.

» Responding to the latest allegations of sexual abuse, Trump proclaimed that he is being targeted by international bankers, the corporate-controlled media and the political establishment who fear that his election will undermine their interests.

» He offered as an alternative his own persona—the strong-man leader who is willing to bear the burden and make the sacrifices necessary for a pitiless struggle against such powerful adversaries. Trump warned that the November 8 election would be the last opportunity for the American people to defeat the powerful vested interests that are supporting Hillary Clinton. The clear implication of the speech is that if Trump loses the election, the struggle against the political establishment will have to be carried forward by other means: in other words, by force and violence.

» Unlike other Trump speeches, which have largely consisted of rambling and disconnected improvisations, the West Palm Beach address, followed several hours later by no less explosive remarks at a mass rally in Cincinnati, was carefully prepared. Trump read from a teleprompter, and the argument was delivered coherently. »

• La deuxième intervention est de Martin Armstrong, le célèbre économiste connu pour sa méthodologie originale. Armstrong base son texte (le 13 octobre) sur la question extrêmement tragique, également populaire dans les commentaires, de la Troisième Guerre mondiale (« Are we Being Prepared for World War III? »). A ce point, comme pour l’hypothèse fasciste de WSWS.org, ce qui nous intéresse est la prospective immédiate sur le terme de l’élection, que fait Armstrong qui croit dans la victoire de Trump mais qui pense que tout sera fait pour lui interdire l’accès à la Maison-Blanche, notamment une déclaration de fraude des élections par Obama et une suppression des résultats (l’accusation de fraude étant bien évidemment portée contre la Russie, ce qui implique l’hypothèse de la Très-Grande-guerre qui est l’objet de tant de supputations).

« The choice for president has never been so bad. The latest polls show 63% of voters said Clinton is overly secretive, 55% said she was corrupt, and 52% said she was “extremely liberal.” This is very interesting since the only presidents since 1900 to be elected with greater than 60% of the popular vote were Lyndon Johnson in 1964  after the Kennedy Assassination,  61.05%,  Franklin Roosevelt in 1936 with 60.80%, Richard Nixon in 1972 with 60.67%, and Warren Harding in 1920 with 60.32%. Therefore, Hillary beats everyone with the highest rating of distrust.

» The polls are being rigged as they were in Britain for BREXIT. But plan B is clearly being put into play already preparing the public for the accusation that should Trump win, the election will be called a fraud because of Russian hackers. The Washington Post, a big Democratic Party mouth piece, ran the story that Russian hackers target the Arizona primary. CNBC is carrying the story that Russia will hack the elections. Obama has outright accused Russia of targeting the Democratic National Party (DNC) claiming two Russian hackers were discovered. This is the story being carried even by the BBC, yet the specialist called in was Shawn Henry, the chief security officer at company called in Crowdstrike, who is himself a former executive assistant director of the FBI.  It was even bantered about in the second debate between Hillary and Trump. The New York Times is jumping in also carrying the story. Reuters is now reporting that there is no question that Russia was behind the hacker at the DNC.

» Democrats are now warning foreign governments and hackers that cyber attacks against the U.S. will be treated like any other, even if it leads to war... [...]

» I cannot stress strong enough that there is no way they will allow Trump to enter the White House. It appears that should he win, like BREXIT against the odds and the polls, Obama will not leave and the election will be declared a fraud. Obama will most likely step down and hand it to Joe Biden. Our models are showing November as a rather important turning point and this seems unusual insofar as that it would be limited to merely an election. Something else may be in the wind. »

La campagne a pris un tel tour, avec les révélations, attaques, contre-attaques dans des domaines si inattendues, avec un emportement général dans les critiques, l’unilatéralisme extravagant de la presse-Système et sa mise en cause systématique qui s’ensuit, y compris de l’intérieur d’elle-même (voir le WSJ), avec les critiques largement démontrées des méthodologies faussaires des diverses statistiques, sondages, etc., que ce qui domine d’habitude une campagne passe complètement au second plan. Si l’on prend l’exemple des sondages, qui sont aujourd’hui très favorables à Clinton, on s’aperçoit qu’ils ne jouent qu’un rôle secondaire sinon accessoire et qu’ils n’ont guère d’effets sur la rythme de la campagne. (En des temps plus normaux, de tels sondages conduiraient à une campagne presque de routine, admettant que le vainqueur est connu(e) d’avance. Ces temps ne sont pas normaux.)

Ces conditions font que les positions les plus extrêmes et les plus marginales en temps normal prennent le centre de la scène. On s’intéresse moins aux résultats qu’à l’accusation par avance de fraude, qui existe comme on l’a vu dans les deux cas : si Clinton l’emporte, Trump dénoncera la fraude généralisée du Système, si Trump l’emporte, les Russes seront immédiatement jugés coupables d’interférences frauduleuses. Tout est à peu près considéré de cette façon, si bien qu’effectivement les cas extrêmes de la situation au lendemain de l’élection deviennent également les cas les plus considérés, voire les cas les plus probables. On laissera de côté, dans les deux exemples donnés, les appréciations théoriques fondamentales (Trump devient fasciste, Obama passe la présidence à son vice-président), surtout le “fascisme” de Trump qui ressort des obsessions de WSWS.org ; ce qui importe, c’est le climat ainsi créé, dont on envisageait l’hypothèse il y a quelques mois comme une possibilité assez incertaine, et qui semble devenir une possibilité très forte, sinon une probabilité : le refus du résultat par chacun des candidats s’il est vaincu, et la recherche d’une voie alternative pour détruire ce résultat (le désordre dans la rue, le “coup d’État interne, etc.), avec ici et là des prévisions diffuses et menaçantes qui renvoient à une possibilité d’une autre crise brutale (une guerre notamment, ou quelque autre événement brutal : le « ...cela semble inhabituel à tel point que cela ne devrait pas se limiter à une simple élection. Quelque chose d’autres est en préparation » de Armstrong).

Ce qui est important dans cette situation, c’est la transformation opérée qui fait désormais percevoir que l’élection ne suffit plus comme événement d’une saison aussi tendue, aussi fortement crisique. La dialectique des candidats s’est parfaitement adaptée à cette situation, notamment celle de Trump qui tend de plus en plus à passer au-dessus de la presse (presse-Système), des sondages, etc., pour transformer sa candidature en une sorte de référendum. Il affirme de plus en plus que cette élection est celle du bouleversement catastrophique de l’Amérique, ou bien de sa sauvegarde selon qui l’emportera, et Clinton ne dément pas, de son côté, cette perception simplement en identifiant différemment les enjeux (l’Amérique placée devant la “menace fasciste”, “raciste”, etc., se refermant sur elle-même). Les enjeux ainsi développées sont d’ailleurs loin d’être sollicités et ils apparaissent de plus en plus comme reflétant véritablement l’immense débat de civilisation en cours un peu partout, surtout dans le bloc-BAO, et désormais plus fortement aux USA que nulle part ailleurs. Ainsi rendent-ils crédible cette idée que l’élection ne suffira pas, parce qu’avec une telle perspective existentielle on ne peut plus se contenter de résultats aussi contestables, entachés de divers soupçons, etc. ; le raisonnement contraire est aussi valable et renforce l’argument : c’est parce que l’élection est complètement existentielle pour les USA, que tous les moyens de fraude, de tromperie, de déloyauté et de propagande sont employés pour obtenir un résultat favorable, et pour rendre ce résultat contestable et donc nul et non avenu.

On comprend alors aisément qu’il est difficilement concevable qu’une telle atmosphère, avec ses effets vertigineux et extrêmement puissants sur la psychologie, puisse se contenter du résultat d’une élection par avance contestée des deux côtés. Plus que jamais, et de plus en plus à mesure qu’on approche du 8 novembre, le 9 novembre au matin ouvre une période d’incertitude totale, une terra incognita aux États-Unis. On ne choisira aucune des hypothèses développées ci-dessus, qui ne sont données que comme exemples de la façons dont la période post-8 novembre est désormais envisagée avec autant, sinon plus d’intérêt que le 8 novembre lui-même.

 

Mis en ligne le 15 octobre 2016 à 09H57

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