RapSit-USA2020 : L’apocalypse du 20 janvier 2021

Brèves de crise

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RapSit-USA2020 : L’apocalypse du 20 janvier 2021

Normalement, cet article aurait dû figurer dans notre rubrique Ouverture Libre, mais nous préférons l’inclure dans la série RapSit-USA2020. La cause en est évidente...

• Même si le fait de reprendre intégralement un article impliquait de l’inscrire dans la rubrique Ouverture Libre, le sujet de l’article est trop intimement lié à la crise des USA, jusque dans ses détails les plus complexes et les plus embrouillés pour ne pas solliciter sa présence dans RapSit-USA2020 ;
• qui plus est, on précisera que cet article mérite d’être cité intégralement justement parce qu’il donne une image à la fois précise et absolument inextricable du labyrinthe explosif, sinon nucléaire, où se trouvent les USA face à l’élection présidentielle du 3 novembre 2020, dans une situation de confrontation et de haine au cœur même du système de l’américanisme, – cette situation qui est, sans le moindre doute, sans aucun précédent.

C’est bien sûr WSWS.org qui met en ligne cet article, et l’on reconnaît son goût du travail rigoureux et précis. Notre impression est également que le site avait cet article prêt à partir de simulations qu’il présente des scénarios possibles autour du 20 janvier 2021 (inauguration [ou pas] du nouveau président [ou pas de nouveau président]), à partir d’un article du Washington Post, avec en plus diverses interprétations ; et cet article de WSWS.org s’est parfaitement justifié et a été adapté au tweet de Trump où le président des USA évoque la possibilité d’un report de l’élection du 3 novembre.

Le texte de WSWS.org rend bien compte de l’intensité de la situation crisique aux USA, de la montée en puissance de cette crise déjà paroxystique, de ses rendez-vous implacables imposés par un cadre juridique et institutionnel qui est comme un filet indémêlable, où l’on trouve pourtant des nœuds bloquants et autobloquants. Tout cela est décrit sur le fond absolument paniquard et affolé d’un inévitable “appel à l’armée”, à la fois pour protéger un semblant d’ordre et de légalité, à la fois pour trancher entre les deux ailes absolument irréconciliables du “Parti unique” qui a jusqu’ici conduit le système de l’américanisme. Cette perspective soulève bien des interrogations, le rôle et l'attitude de l'armée ayant été jusqu'ici incertains, vacillants, hésitants, etc. Manifestement, les généraux préfèrent larguer des bombes sur les mariages afghans que rétablir l'ordre constitutionnel à Washiongton D.C.

Ce travail très professionnel de WSWS.org méritait bien qu’on y laisse le dernier paragraphe qui est l’habituel appel à “la classe ouvrière”, pour son unité et son interevention dont on ne peut douter un seul instant qu’elle sera décisive. L’original en anglais, de Eric London, est sur le site WSWS.org, à cette même date du 31 juillet 2020.

L’option fatale de l’appel à l’armée ?

« Donald Trump a mis en doute la légitimité de l'élection de novembre hier matin, en tweetant qu'elle “sera l'élection la plus FAUSSEE et la plus FRAUDEE de l’histoire” en raison des décisions des États d'étendre le vote par correspondance pendant la pandémie de coronavirus. En conséquent, il a suggéré que le vote soit reporté : “Retarder l'élection jusqu'à ce que les gens puissent voter correctement, en toute sécurité et sans risque ?”

» Dans les heures qui ont suivi le tweet de Trump, même ses alliés républicains comme le leader de la majorité au Sénat Mitch McConnell (R-KY), Marco Rubio (R-FL) et Lindsey Graham (R-SC) ont fait part de leur opposition à la suggestion de Trump.

» Une loi fédérale adoptée par le Congrès en 1845 exige que les élections générales aient lieu le mardi suivant le premier lundi de novembre.

» Plus tard hier après-midi, M. Trump a renchéri sur son tweet précédent : “Il faut connaître les résultats le soir même de l’Election, pas des jours, des mois ou même des années plus tard !”

» Trump, qui a longtemps menacé de contester le résultat de toute élection qu’il perdrait et de rester en fonction pendant plusieurs mandats, est confronté à une campagne de réélection de plus en plus difficile selon les sondages. Cette semaine, les États-Unis ont franchi la barre des 150 000 décès dus aux coronavirus, la Californie, la Floride et plusieurs petits États ayant enregistré leur plus grand nombre de décès quotidiens à ce jour. Des dizaines de millions d’emplois ont été supprimés, tandis que le Congrès a laissé expirer les allocations de chômage fédérales supplémentaires. Bien qu’il reste trois mois avant le vote, certains sondages récents des élections nationales montrent que le soutien à Trump est inférieur à 40 %.

» La période précédant l’élection du 3 novembre et les 11 semaines qui séparent l'élection de l’inauguration du 20 janvier risquent d'être des périodes de crise politique sans précédent. L'armée, en prévision de la perspective de manifestations de masse, a publié des instructions de formation qualifiant les manifestants et les journalistes d’“adversaires”. Ces documents qui, par ordre, doivent être examinés par chaque membre des forces armées, sont une indication que l'armée se prépare à des déploiements visant à supprimer par la violence l’opposition politique.

» Mercredi, le ministère de la justice a déployé des dizaines d'agents fédéraux à Milwaukee (Wisconsin), Detroit (Michigan) et Cleveland (Ohio). Cela fait suite au déploiement de forces paramilitaires à Portland (Oregon), qui ont pris le contrôle du centre-ville et ont arrêté des manifestants sans motif valable, les jetant à l’arrière de voitures banalisées pour les interroger dans des lieux non divulgués.

» Lors d'une conférence de presse hier, Trump a menacé de déployer la garde nationale à Portland si le gouverneur démocrate de l'État ne parvenait pas à réprimer ce que M. Trump a qualifié d'activités “terroristes”.

» Le déploiement à Milwaukee, Detroit et Cleveland est significatif car il y a quatre ans, la faible participation des Afro-Américains appauvris fut un facteur majeur de la victoire à l’arraché de Trump dans le Wisconsin et le Michigan ; d’autre part, les sondages dans l'Ohio montrent que l’État est très disputé cette année. 

» Pour ajouter à l'incertitude, le Wisconsin et le Michigan ont des législatures d'État contrôlées par les républicains et des gouverneurs démocrates, ce qui signifie que les efforts pour certifier les résultats des élections dans ces États seront probablement confrontés à de longs délais judiciaires et à une obstruction partisane. La Pennsylvanie et la Caroline du Nord, deux autres États-charnières avec respectivement 20 et 15 votes électoraux, ont également un contrôle partagé des partis.

» De plus amples détails sont en train d'apparaître sur les efforts déployés par des groupes bipartites d'officiers de renseignement militaire à la retraite, d'élus et de personnalités des médias pour développer des scénarios selon les résultats possibles d'une élection contestée.

» Selon Rosa Brooks, responsable du Transition Integrity Project, trois scénarios de l’événement électoral [simulation en conditions réelles, ou “jeux électoraux” comme il existe des “jeux de guerre”] sur quatre aboutissent à une crise constitutionnelle sans précédent, plaçant le pays au bord de la guerre civile. Dans ces scénarios, Biden et Trump prétendent tous deux être le président légitime à 12h00 le 20 janvier 2021, minute à laquelle le 12ème amendement de la constitution exige que le pouvoir soit transféré de l'administration sortante à l'administration entrante.

» Le 28 juillet, le Washington Post a publié un article intitulé “Si Trump hésite, une question inimaginable surgirait : le président pourrait-il faire appel à l'armée lors d'une élection contestée ”

» L’article pose la question : “Comment les forces armées réagiraient si elles étaient entraînées dans une élection contestée ?” Avec les contestations judiciaires attendues sur la certification des votes dans plusieurs États, l'article note la possibilité que les poursuites judiciaires en cours signifient que le Congrès ne pourra pas certifier un gagnant d'ici le 20 janvier.

» Le Post écrit : “Une occurrence cruciale serait que le débat sur la contestation d’un résultat dépassât le 20 janvier, obligeant les militaires à prendre une décision implicite sur le choix de leur commandant en chef. Selon le Presidential Succession Act de 1947, Trump cesserait d'être président à midi le 20 janvier 2021 si le Congrès ne le certifiait pas comme vainqueur, transmettant son autorité de commandant en chef de l’armée au président  [Speaker] de la Chambre des représentants, devenu ainsi président pro tempore”.

» Dans un scénario développé et interprété en simulation par les participants du groupe, “la Maison Blanche pourrait demander à l'armée de protéger le président ou, plus probablement, de répondre à d’éventuelles protestations pour des raisons de ‘loi et d’ordre’, ce qui pourrait amener ce président-là à donner suite aux menaces antérieures d’envoyer des troupes régulières dans les villes américaines ou de prendre le contrôle des membres de la Garde Nationale normalement commandés par l'État”.

» Face à des ordres contradictoires, les fonctionnaires qui suivent des ordres donnés par le mauvais commandant en chef seraient susceptibles d'être arrêtés et poursuivis pour “ne pas avoir empêché une mutinerie ou une sédition”, ce qui entraîne la peine de mort si la culpabilité est reconnue, note le Post.

» Ce n'est pas seulement Trump qui peut faire appel à l'armée pour intervenir et déterminer physiquement le résultat de l'élection. Au début de cette année, le candidat démocrate présumé Joe Biden avait averti que si Trump refusait de quitter la Maison Blanche, les militaires “l’escorteraient avec une grande diligence”.

» Une participante à ces simulations et scénarios, le professeur de droit Risa Brooks de Marquette, a déclaré au Post : “À bien des égards, il semble que l'armée va devoir réfléchir à son rôle dans la politique intérieure comme elle ne le fait pas normalement”.

» Ajoutant à cette incertitude, la Constitution prévoit également que le prochain Congrès élu en novembre siège le 3 janvier 2021, plus de deux semaines avant l'inauguration du président. La plupart des sondages montrent que les démocrates garderont le contrôle de la Chambre basse, ce qui place le Speaker démocrate, actuellement Nancy Pelosi (D-CA), en ligne pour assurer l'intérim.

» Mais si l’élection est retardée ou si des contestations judiciaires produisent suffisamment de sièges vacants au Congrès pour empêcher une Chambre contrôlée par les Démocrates d'élire un président avant le 20 janvier, le président pro tempore du Sénat deviendrait président par intérim. Ce poste est actuellement occupé par Chuck Grassley (R-IA), mais le contrôle du Sénat lors des prochaines élections est incertain. Si l’élection aboutit à une égalité 50-50 au Sénat, la Constitution n'a pas de réponse à la question de savoir qui deviendra président pro tempore (et donc président par intérim), puisqu'il n'y aura pas de vice-président élu pour présider un Sénat à égalité.

» Pour ajouter encore à la confusion, si l’élection est retardée, il ne resterait que 65 sénateurs (ceux qui ne seront pas soumis à l'élection cette année), et la majorité de ceux qui resteront seront des démocrates. En plus de la possibilité que les républicains quittent Washington pour ne pas sièger et ainsi empêcher les démocrates d’atteindre un quorum permettant de voter, les gouverneurs des États peuvent également décider de nommer des sénateurs pour combler les 35 sièges vacants. Étant donné que les républicains contrôlent la majorité des gouvernorats, le poste de président pro tempore du Sénat, – et donc de président par intérim, – pourrait rester à pourvoir.

» Tout étant sujet à contestation juridique, il est possible qu'au 20 janvier, personne ne sache qui est le président.

» Dans ces conditions d'immense crise politique, les deux grands partis feraient appel aux militaires pour devenir les arbitres du pouvoir d’État. Les participants à ces scénarios comme “jeux électoraux” admettent complètement la possibilité que différents chefs d’unités de combat obéissent aux ordres de différents commandements et qu’il est alors possible que différentes unités de l’armée soient déployées pour s’affronter, en particulier dans le district de Colombia (Washington D.C.), où le contrôle de fait des différents organes de pouvoir est le plus important et d’où le président exerce le commandement de la Garde nationale.

» Dans ce contexte, un article d'opinion du New York Times, rapidement oublié, de l'ancien sénateur Gary Hart (D-CO) prend une plus grande importance. Dans son article du 23 juillet, Hart écrivait que lui et l'ancien sénateur Walter Mondale (D-MN) avaient “récemment pris connaissance d’au moins une centaine de documents autorisant des pouvoirs présidentiels extraordinaires en cas d'urgence nationale, des pouvoirs quasi dictatoriaux sans contrôle du Congrès ou du pouvoir judiciaire”.

» Hart précise : “Nous pensons qu'ils peuvent inclure la suspension de l'habeas corpus, la surveillance policière, l’intrusion dans les domiciles, l'arrestation sans mandat judiciaire, les arrestations collectives, voire massives, etc.”

» Sans l'intervention de la classe ouvrière, quelle que soit la faction de la classe dirigeante qui prend l'initiative, l'establishment politique sera poussé plus loin vers la droite, en s'appuyant sur les militaires et en risquant l'instauration d'une dictature militaire. Dans la course entre Biden et Trump, il n'y a pas de faction progressiste. »

 

Mis en ligne le 31 juillet 2020 à 10H40