Notre-Pape rock’n’roll

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Notre-Pape rock’n’roll

27 août 2017 – Je ne consacre que très moyennement de mon intérêt aux choses de l’Église, pour diverses raisons dont la plupart sont très banales et pour la cause centrale qui résume le tout que l'orientation de ma réflexion n'avait et n'a nul besoin d'accorder une grande place à cette question, sinon pour le constat de la trahison de son destin par l’Église, et par conséquent son échec et sa chute inéluctable. Je m’arrête au “message papal” de François dont il fut question hier, non parce qu’il est important et malgré qu’il le soit évidemment, mais parce qu’il est absolument symbolique et, dirais-je, il est comme ricanant et persifleur, à la façon que devient le rire-sourire de ce pape évangélique et postmoderne lorsqu’on l’observe avec certaines idées en tête. Je veux dire qu’il y a dans ce rire-sourire comme une sorte de rictus ricanant qui est comme un mot de passe, lorsqu’on accomplit, sans le vouloir et au contraire avec la conscience bonne, l’œuvre du Malin en prétendant faire œuvre chaste de vertu. C’est le cas ici, certes.

... C’est dire que je n’en veux pas à François qui, comme les sapiens sapiens, a sa part de vertu et sa part d’ombre, et qui n’est mauvais quand il l’est que par proximité du Mal et jamais, jamais absolument à cause du Mal en dedans-lui-même (en-dedans François, veux-je dire). Il reste donc à constater qu’avec ce “message papal” sur les migrants-réfugiés, et compte tenu des nombreuses imbrications et des diverses complexités de perception et de communication, François fait une démarche de type progressiste-sociétal, qui le place, – je cite dedefensa.org pour ne pas me répéter en quelque sorte, – 

« ...aux côtés des “philosophes” de la Silicon Valley, de l’activisme de George Soros, des grands cœurs riches et libéraux d'Hollywood, de la presseSystème US telle qu’elle se déchaîne actuellement dans l'hystérie haineuse, de la bienpensance de toutes les grandes entreprises multinationales qui savent valser d'un pays l'autre pour s'adapter aux salaires et des moralistes sans fin des bureaucraties sans fin des institutions européennes ; sans parler, – mais enfin parlons-en, de la gauche-néo-caviar/nouvelle cuisine, certes... »

Dans la conclusion de la Deuxième Partie (« Passerelle eschatologique et Christianisme ») du Tome-II de La Grâce de l’Histoire, on saute du XVIIIème siècle à la situation présente de l’Église qui me semble, à l’instant et dans sa description, particulièrement bien illustrative du “message papal” de François ; d’où cette idée de citer cette conclusion dont le thème principal est la “troublante similitude” entre la chute (l’effondrement) du Système et la chute (l’effondrement) de l’Église : « On ne peut se départir d’un malaise, une fois qu’il vous a saisi dans ses griffes, devant cette occurrence qui semblerait rassembler ces deux entités fondamentales, comme si même un marché pouvait avoir été conclu entre les deux, je dirais presque “comme deux marchands de tapis”... » Que ce rassemblement se fasse sur le soutien et la promotion fiévreuse de ce mouvement progressiste-sociétal qui est la référence générale de l’opérationnalisation de la postmodernité engagée dans sa bataille ultime, rien de plus tactiquement logique pour les deux entités, – le Système et l’Église, – qui se sont parfaitement comprises et entendues sur la stratégie à suivre.

Dans cette conclusion, un exemple appuyait la thèse, celui de l’Art Contemporain (AC) auquel l’Église, dans sa hiérarchie même, apporte le soutien le plus vibrant. On comprend qu’on pourrait aisément remplacer l’AC par la thématique migrants-réfugiés du “message papal”, – même esprit, même cuisine, même sens presque sublime de l’irresponsabilité, – ou comment “être de son temps” en s’en lavant les mains... On trouve aussi des allusions à d’autres parties du récit (Renaissance, XVIIème, XVIIIème siècles) qui renvoient à la logique du récit de La Grâce. Je les y laisse en avertissant qu’on peut passer sans trop s’en préoccuper, mais j’ai par contre coupé les quelques paragraphes spécifiquement consacrés à l’AC pour mieux permettre l’assimilation du “message papal” du 21 août à la considération générale. J’espère que, pour autant, il me sera beaucoup pardonné et qu’on me dispensera de l’excommunication qui devrait normalement conclure cette hypothèse blasphématoire. Au fond, je ne suis pas un mauvais type, Votre Sainteté.

PhG

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La connivence Système-Église

« ...En effet, ce passage dule récit portant ici sur la “passerelle eschatologique” entre le XVIIème siècle et notre XXIème siècle, de ce siècle au nôtre selon un rapprochement inattendu alors qu’il plaît tant à l’esprit courant de se croire exclusivement enfant du XVIIIème, il n’est pas illogique de mentionner une appréciation succincte sur ce XXIème siècle, du point de vue du Christianisme comme nous l’avons évoqué, c’est-à-dire par rapport à la progression du Mal. Parcourant ces lignes à nouveau, avant la première publication dite “en ligne”, à l’été 2013, puis les ajouts à mesure des corrections et relectures successives, la tentation s’est ajoutée à la logique d’y mettre quelques considérations sur les événements les plus récents, les plus conjoncturels, les plus éloignés de la réflexion qui cherche profondeur et durée plutôt qu’éclat et fugacité ; et ceci, sans nul doute, nullement pour déflorer cela, bien entendu... La tentation existe parce que ces événements ne contredisent en rien le fait central du propos de cette partie du récit ; malheureusement, ils le renforcent, l’éclairent d’une lumière sinistre et suscitent un jugement de la plus grande bassesse sur le sort de l’Eglise de Rome ; et leur éclairage est d’autant plus à prendre en considération que ces temps du XXIème siècle sont de facture métahistorique, et que les événements le sont nécessairement avec eux d’une façon telle qu’ils en ont acquis un autonomie qui les fait grandioses et sublimes..

» Il y a une troublante similitude entre le sort de cette Église emportée dans une crise de dissolution qui fait craindre l’effondrement, cette situation qui semble être devenue finalement sa façon d’être sinon sa raison d’être et plus du tout une cause effroyable et détestable, et le Système lui-même, lancé sur une course similaire. On ne peut se départir d’un malaise, une fois qu’il vous a saisi dans ses griffes, devant cette occurrence qui semblerait rassembler ces deux entités fondamentales, comme si même un marché pouvait avoir été conclu entre les deux, je dirais presque “comme deux marchands de tapis” ; ce marché, pour tenter de freiner cette chute effrayante en additionnant et combinant ce qui leur reste de forces. L’Église apporterait au Système représentatif de notre contre-civilisation, ce qu’on nomme lestement “un supplément d’âme”, ou d’apparence d’âme, comme on donne une caution, comme pour sembler lui donner un sens ; le Système offrirait à l’Église une pseudo-sûreté en lui reconnaissant une sorte de magistère moral, exprimé essentiellement dans le vacarme du système de la communication, par le prestige de l’institution papale, par la fascination éprouvée pour l’institution papale, si évidente lors de l’élection d’un nouveau pape (cas de mars 2013 justement, après les circonstances inhabituelles et nécessairement troublantes de la démission de Benoît XVI)… Les deux s’adoubant ainsi l’un l’autre feraient de cette hypothèse d’une sorte de marché une chose malheureuse, qu’on pourrait juger à juste titre d’une extrême bassesse. Il n’est pas question d’ajouter ici une critique de circonstance portée contre le Christianisme ; il est question d’observer en approchant par des incidences significatives que le Christianisme, qui a semblé se contracter dans l’Église elle-même, n’oppose aucune résistance sérieuse à un courant qui met en cause l’essence même de son origine, – ce courant qu’il a lui-même contribué à créer, d’une façon si regrettable ; au contraire, il continuerait à y contribuer par souci de tactique sans la moindre élaboration, mais quoi, persevere diabolicum quoi qu’il en soit. Cela nous conduit à une remarque d’importance, encore plus en y ajoutant le constat de la longue période que nous avons observée et en considérant ce qu’a été le combat constant de l’Église.

» L’hypothèse théorique et spéculative du rapprochement du Christianisme avec la force du Système qui est nécessairement athée par rapport à la spiritualité renvoyant au Principe et à l’Unique, cette hypothèse qui devrait être qualifiée de “satanique” du point de vue de l’Église ne se dément pas d’elle-même parce que nous percevons d’une façon assez évidente cette chose inattendue et terrible que ce rapprochement n’est pas nécessairement contre-nature. De là notre conclusion, pour nos futures réflexions, à propos de ce destin terrestre de l’Église, passant par son manquement à l’accomplissement de sa Mission au Temps des Ccathédrales, puis ce qui a suivi, – conclusion suivant laquelle l’Église s’est bien plus préoccupée des croyances, des religions et des particularités y compris et même surtout internes concurrentes d’elle-même telle qu’elle se conçoit, qu’elle a constamment soupçonnées, combattues, dénoncées, tenté d’amadouer à son avantage, etc., que des forces anti-spirituelles et modernistes engagées pourtant dans la furieuse et hurlante bataille contre le Principe qui a accompagné le “déchaînement de la Matière”. On en déduirait effectivement que l’alliance évoquée ici est moins “contre-nature” qu’elle ne paraît, et alors son principe (en réalité anti-principe, si l’on peut dire)  qui ne serait pas rejeté accomplirait complètement le destin catastrophique du Christianisme en rendant compte de l’acceptabilité des soupçons les plus profonds. [...]

» … On trouve aisément chez les uns et les autres (Jean Baudrillard, Aude de Kerros) des références à une dimension luciférienne de l’AC qu’on peut distinguer aisément dans les conditions où il est développé, où il est exploité, où il est promu et exposé, où il se prétend transcendance alors qu’il en est l’inversion pure. (« Il y a une forme initiatique du Rien ou une forme initiatique du Mal », écrit Baudrillard à son propos.) Ce constat n’est l’enfant d’aucune exagération particulière ni même de la moindre émotion emportée dans le chef de ceux qui le font ; l’évidence du regard et de la plume suffit.

» Sur ce point précis pris comme un exemple, ne nous attardons pas à une approche critique, à un jugement, à une digression éventuellement enflammée ; en vérité, il n’est pas nécessaire de juger et de critiquer, encore moins de s’enflammer comme j’ai failli faire dans les lignes qui précédaient, barrant et supprimant décidément tel ou tel mot de fureur ; cela n’est pas nécessaire tant ce phénomène de l’AC avec ses liens avec l’Église est dans la norme d’une époque et qu’il s’y inscrit si normalement dans son imposture tranquille. Le point important pour notre intérêt dans ce cas est bien que tout se passe comme ce phénomène qu’on décrit était également dans la norme de l’Église “dans son temps”, et cela d’autant plus, il faut le répéter, que l’AC n’est pas l’objet et le moyen d’une dissidence, d’une contestation au sein de l’Église mais qu’il reçoit l’onction sans réserve de la hiérarchie. (Ici, il est opportun de signaler que nous parlons de la France, – encore une fois cas emblématique, – essentiellement parce que l’État joue un rôle central dans la culture dans ce pays et que le “partenariat”, le “sponsoring” État-Église est un facteur clef du statut de l’AC comme ce phénomène que nous voulons décrire ici comme exemplaire.) Ainsi l’AC dans ses rapports avec l’Église, avec la religion catholique en tant qu’institution, par conséquent avec le Christianisme, constitue une situation archétypique de la postmodernité, dans un domaine essentiel qui est le sujet de notre réflexion.

» Cette situation postmoderniste de l’Église montre que l’Église entend plus que jamais, selon l’expression déjà offerte et tant de fois déployée plutôt qu’employée d’“être de son temps”, même si ce temps pourrait être, devrait être défini selon son point de vue et selon son langage à la fois théologique et symbolique comme complètement “le temps de Satan”. Cette proposition, sous forme sloganique comme l’on serait tenté désormais de dire “satanique”, – “‘être de son temps’, c’est être satanique”, – si elle répond à ce souci présenté comme honorable et nécessaire d’incarnation qui a toujours caractérisé le Christianisme à partir de son apparition au cœur de l’empire de Rome, démontre désormais, dans ces conditions précisément, le risque réalisé et également incarné d’en accepter, d’en intégrer tous les caractères jusqu’à l’inversion finale plutôt que de les influencer. Le résultat est celui de la fusion et de l’intégration, ce moment de la chimie intellectuelle de la modernité agissant comme peut le faire la pression d’une addiction indescriptible et d’une fascination extraordinaire, où la cause devient conséquence ; et la cause du “vouloir être de son temps”, c’est, à ce moment accepté puis intégré, d’abandonner toute vision critique de son temps pour être effectivement “de son temps” ; c’est-à-dire, pour l’Église et malgré sa tournure vénérable et ses ors d’au-delà du millénaire, complètement modelée par son temps et devenue conséquence de son temps et accouchée par son temps ; évidemment, il ne peut être question de porter quelque critique que ce soit contre les augustes entrailles desquelles on est né. L’aventure de l’étrange mariage de fascination entre l’Église et l’AC vue comme exemplaire montre que nous y sommes, et même au-delà… Même si les dimensions des évènements diffèrent immensément, l’esprit est commun et l’on peut avancer l’image que l’AC est comme une seconde Renaissance pour l’Église, une façon postmoderne de jeter sa gourme, sans éclat certes mais cette fois définitivement...

» D’une façon encore plus générale, nous sommes conduits à une autre conclusion, certes à la lumière de l’aventure chrétienne mais avec le Christianisme considéré comme les autres religions telles qu’elles existent au sein du Système, pour la situation de ce début du XXIème siècle où la religion d’une façon générale est brandie partout comme acteur principal, à proscrire et à détruire, ou à magnifier c’est selon. Cette conclusion généralenous détourne de l’idée générale , c’est que le fait de la religion considérée comme comme force et comme structure dont on a rappelé l’idée courante qu’elles sont celles d’un “acteur principal” du temps courant, mais est devenue au contraire un outil dans un gigantesque ébranlement du monde qui la dépasse ; et nous disons, certes, bien plus ébranlement du monde qu’affrontement ; et la religion outil et rien d’autre, et certainement pas acteur sinon par inversion ; et la religion outil de l’ébranlement du monde, c’est-à-dire outil du désordre, au contraire de ce qu’elle prétend être et de ce qu’elle devrait être... … En un sens, si l’on inclut dans notre développement sur le Christianisme et dans ce bref coup d’œil sur la situation “actuelle”, les agitations des autres grandes religions monothéistes, ce à quoi l’on assiste aujourd’hui ne serait nullement tout ceci qu’on agite pour l’illusion de l’“être de son temps”, rien de tous ces arguments de publiciste, de spécialiste de la communication comme il en pullule, – ni un affrontement de religions [de “civilisations”, moins encore !], ni une affirmation des religions, – mais au contraire une  déroute complète des religions monothéistes qui ont toutes plus ou moins eu un rôle, et surtout le rôle exclusif du spirituel, dans l’accouchement de notre civilisation devenue contre-civilisation ; et les religions en faisant le pendant et devenant, parallèlement à la civilisation dont elles ont accouché ou qu’elles ont acceptée et du point de vue de la transcendance, rien de moins que contre-religions. Cette déroute complète accompagne celle du Système que ces religions ont contribué à créer, sans doute le plus involontairement qui soit, par le seul fait de leur affirmation monothéiste ; parce que, selon cette approche, cette affirmation monothéiste apparaît méthodologiquement inspiratrice de l’exclusivisme hermétique du Système et même de la source dont il procède (le déchaînement de la Matière grosse de lui dès qu’elle se manifeste), de leur jaillissement et de leur existence même…

» Alors, par la nature même de la situation que nous décrivons, vient à l’esprit le constat que le sacré a perdu tout droit et tout espace où il pourrait prétendre à la hauteur qu’on lui prête. Conduit à être l’adversaire de l’initiation et de la religion qui, s’exhibant à ciel ouvert dans cette période qui est celle du triomphe du Mal, ne peuvent être par conséquent qu’initiation et religion tombées sous l’empire affreux du Mal, le sacré se trouve, comme dans les temps terribles de l’occupation des nations envahies, comme la France elle-même, dans la nécessité devenue glorieuse de prendre le maquis, d’entrer dans la clandestinité. Ainsi extrait “de son temps” alors que l’Église s’y complaît, le sacré est partout (nécessairement, puisqu’il s’agit du sacré) et nulle part (sa plongée dans la clandestinité). Il peut être rencontré, par surprise ou par inadvertance, dans les situations et les choses les plus modernes, tout en en étant complètement étranger. Le sacré peut-être rencontré dans la séquence d’un film, dans un regard étranger, dans une connivence de circonstance, parce que l’omniprésence du Mal ne laisse d’autre possibilité que cette imprévisibilité. Le sacré est diffus, partout et nulle part, et c’est à l’individu qui se trouve dans sa quête de le reconnaître. Dans ce tableau absolument bouleversé, qui ne répond à aucune cohérence ni cohésion, la religion n’est plus une garantie en rien, elle est devenue une sorte de piège que l’être en quête de sacré doit éviter de toutes les façons. Ainsi en sommes-nous arrivés à la ruse ultime du Mal qui est de rendre impossible la reconnaissance du sacré selon les voies courantes du sacré ; pire encore, pour aller au bout de cette ruse du Mal dans cette époque où règne le Mal, le sacré est devenu un hors-du-monde et un hors-du-mode des vies, indigne selon les autorités officielles et les autorités spirituelles non seulement de respect mais d’attention, d’intérêt, rejeté qu’il est de la simple citoyenneté du monde. Ainsi en est-il de la situation de notre temps, – notre “temps courant”…

» Nous nous en tenons là dans cette incursion dans notre “temps courant”, avec quelques à propos de questions et des remarques qui laissent à penser, qui nous solliciteront par conséquent à nouveau, non sans noter combien cette “passerelle eschatologique” qui a fait le thème de circonstance de cette partie du récit possède de bien diverses facettes, et diverses façons de s’affirmer. Effectivement, elle vient jusqu’à nous pour nous interpeller à propos de son propre destin.

» Justification du propos

» Allons plus avant en retrouvant notre chronologie qui, paradoxalement, nous ramène en arrière. Ce qui nous a guidé dans cette partie du récit en proposant, comme nous l’écrivons à son début, “de penser le Christianisme comme si la divine origine de ce phénomène constituait une vérité acquise et admise sans énervement de l’esprit”, c’est notre inquiétude et notre incompréhension originelle à propos des conditions extraordinaires de ce que nous estimons être une catastrophe affectant le destin du Christianisme. Comment une entité de si haute intelligence et de spiritualité si fervente, manifestement inspirée par une injonction divine, si puissante, si admirablement construite, si incontestable dans son magistère de la civilisation inspirée par elle, par conséquent à la fois maîtresse et responsable des évènements se développant sous son empire, comment le Christianisme a-t-il pu laisser se développer la modernité, parfois jusqu’à s’en réjouir pour mieux confondre ses soi-disant adversaires et  ses diffamateurs souvent intéressés, parfois même semblant s’y complaire après tout ? Notre réponse est que le Mal, qui est pour nous à la fois la modernité et le déchaînement de la Matière qui a obtenu cette transformation (la modernité)  l’a ranimé décisivement sous la forme d’une entité, le Mal qui a manifestement exercé toute son influence pour permettre cette déviation vient pour une part de lui-même, du Christianisme ; non pas le Mal comme création du Christianisme précipité dans sa décadence jusqu’à l’inversion certes, mais comme proximité du Christianisme conduisant, pour les âmes les plus inquiètes et contre les espérances sans fin mises dans cette célébration du divin, jusqu’à sa confusion avec le Christianisme lui-même. (Plotin : « …[M]mais les autres, ceux qui participeraient de lui [du Mal] et s’y assimileraient, deviennent mauvais, n’étant pas mauvais en soi»… LLe Christianisme, conduit par ses errements terrestres à s’assimiler au Mal, “sans être mauvais en soi” mais ayant agi terrestrement de cette façon que tout s’est passé comme si le Mal jaillissait de lui-même [du Christianisme]. On reconnaît la ruse centrale du Mal et son efficacité sans cesse renouvelée.)

» Le Christianisme, dans son opérationnalité terrestre et au contraire de son essence purement accordée à la transcendance, s’est révélé perméable au Mal opérant sous sa représentation de la modernité parée des atours du progressisme, où la vertu séculière se paie du sacrifice, sinon de la liquidation pure et simple (le mot plus rude est mieux à sa place) des principes transcendantaux. Cela fut essentiellement accompli par le biais d’une psychologie complexe, impétueuse et sûre d’elle-même, extraordinairement efficace mais trop maîtresse de ses effets jusqu’à la passion pour eux, pour voir que son brio l’entraînait à favoriser les germes de ce qui deviendrait, pour le Christianisme, l’inversion de lui-même. Ce brio était paradoxalement la faiblesse même, et cette psychologie d’apparence si puissante dissimulait cette faiblesse effectivement mortelle pour la destinée envisagée, sa vulnérabilité à la pression et à la pénétration du Mal. Le Christianisme terrestre se jugeait peut-être de trop belle extraction, de trop haute lignée et de transcendance trop affirmée pour mener à bien sa fortune terrestre sans prêter imprudemment le flanc aux entreprises d’un Méphistophélès habile à se dissimuler ; pour entreprendre ses opérations terrestres, c’est comme s’il était venu de trop haut ; emporté par la sûreté de son origine, il trébucha. Par conséquent et pire encore, le Christianisme chuta… Sans doute faut-il songer à lui pardonner, tant son origine semble marquée de vertus superbes, mais pour autant on se retiendra de le féliciter car les grandes vertus ont leurs responsabilités dans la conduite indigne de leur destin où elles se fourvoient parfois, et elles doivent être prêtes, s’il est nécessaire, à en répondre d’une certaine façon. Le Christianisme reste l’enfant de ses origines magnifiques mais l’on ne peut s’empêcher d’avancer l’hypothèse qu’il ne fut pas insensible à l’orgueil dont il sait pourtant, lui le premier semble-t-il nous dire, qu’il est un pêché. Lui qui sut prendre chez les Anciens ce qui lui importait pour réussir ses entreprises et installer son esprit au plus haut possible, il aurait pu s’inspirer d’eux en toute confiance, sinon en tout humilité, pour se garder de l’hybris. Il ne l’a pas fait et, pour cette raison, il a trahi les Anciens et ses origines, installant une déviation catastrophique et unique dans l’histoire du monde, unique dans tous les cas pour le cycle en cours de l’Histoire-haute, la métahistoire qui nous conduit ; tant pis pour lui...

» D’un point de vue plus général, que l’on pourrait qualifier de cyclique justement, ce destin malheureux et fautif du Christianisme doit finir par trouver sa place dans l’arrangement général des choses et du monde. On peut en effet observer que, selon notre approche, le Christianisme prend, volens nolens, une part fondamentale au développement des choses de cette façon que le Mal sous la forme du Système prenne sa place en pleine lumière et nous apparaisse dans toute sa puissance maléfique, avec le “déchaînement de la Matière”, sans plus rien dissimuler de sa surpuissance de dissolution et ainsi préparant sa course autodestructrice ; en favorisant involontairement mais décidément le développement du modernisme, qui donne un cadre historique cohérent à l’évolution considérée avec le “déchaînement de la Matière” ; en imposant par les conditions de sa propre Chute une dimension métahistorique promise à transformer le destin que nous vivons de l’apparente promesse moderniste transformée en impasse de la modernité, en l’inéluctable issue eschatologique que nous devinons ; enfin, en nous délivrant, par sa déviation sinon son inversion même, de son exclusivité parfois dictatoriale de la représentation terrestre des accointances divines par lui-même, et en ouvrant le champ par conséquent à une nouvelle liberté dans la quête de l’ineffable, du moins pour ceux que la chose intéresse. Pour admettre ce schéma, effectivement, il faut admettre décidément la séparation du Christianisme de ses origines glorieuses et si hautes, pour considérer sa branche terrestre devenue tronc central, son aventure purement exotérique et séculière, comme un destin promis à se gâter au contact des aventures terrestres, un destin sacrifié à la mise en évidence du Mal, pour assurer son identification puis sa destruction. A la lumière de notre enquête, il nous semble que le Christianisme accomplit parfaitement cette mission-là (qui n’a tout de même nul besoin de majuscule). Plus qu’aucune autre dynamique historique, il a su mettre en évidence les ambitions du Mal autant que le Mal lui-même, avec sa représentation principale qu’est la moderni, et y répondant par sa propre Chute conduisant à l’issue eschatologique... »

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