L’organisation AIPAC, type-“crime organisé”, joue sa tête

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«I know Rosen and I know Aipac» glisse MJ Rosenberg dans son texte du 20 novembre 2010 sur Aljazeera.com, texte repris de Foreign Policy Matters, de l’organisation Media Matters Action Network. Rosenberg nous parle de Steve Rosen, ancien n°2 du lobby sioniste AIPAC, qui est aujourd’hui engagé dans une féroce bataille légale contre son ancien employeur. Rosenberg est affirmatif et radical : «AIPAC [is] fighting for survival […] Fighting for its life was not what Aipac expected to be doing in 2011. But that is precisely what it will be doing, taking precious time away from its regular agenda. With the flailing lobby distracted by a legal battle with a former employee, peace may just have a chance.»

Ainsi, AIPAC est menacé d’une catastrophe, face à son ancien n°2, furieux d’avoir été licencié, – “viré” serait le terme approprié, tant la chose fut brutale et dans des conditions à la fois impitoyables et couardes. Cela n’a rien à voir avec l’idéologie, l’engagement politique, la protection de la cause sacrée de la politique belliciste du gouvernement israélien, et au contraire tout avec les mœurs standard du gangstérisme américaniste et de sa structure en “crime organisé”… Il sera difficile à AIPAC, dans cette occurrence, de hurler à la mort et à l’antisémitisme.

«Aipac case is grinding its way through the courts and could well destroy the lobby without ever making its way on to the front page. Aipac is under siege, and is spending millions to stay alive. But that will not be easy – even if Steve Rosen ultimately accepts a payoff from the organisation and refrains from telling what he knows. […]

»I doubt there is a single person who knows Rosen and/or Aipac who does not believe Rosen is telling the truth about simply doing his job. I know Rosen and I know Aipac. And if there is any daylight between the two, I have never seen it.

»Unfortunately for Aipac, Rosen has 180 documents which could prove that Howard Kohr, Aipac's executive director, and probably the Aipac board as well, knew exactly what Rosen was doing. Worse, Rosen is now in court demanding that Aipac pay him $20mn or he will release everything he has.

»The ugliest aspect of the case so far is that Aipac has decided to win by destroying Rosen personally. I have no use for the guy and consider him to have been, in his time, instrumental in helping to destroy Israel's chances at achieving peace with the Palestinians. Rosen was so effective as a peace-wrecker that in 1992 Israeli Prime Minister Yitzhak Rabin himself told Aipac to fire Rosen. He did not want Rosen to be in a position to thwart Israel's efforts to make peace with its neighbours. In the years since, he has been a key advocate of war with Iraq and, even now despite his disgrace, is an agitator for war with Iran. He is also an extreme Islamophobe, now teamed with Daniel Pipes at his anti-Muslim hate organisation.

»Nonetheless, I think Aipac's game here is pretty despicable. Desperate that its true modus operandi not be revealed, Aipac has set out to silence Rosen by exposing his sexual activities. (Rosen notes, in response, that Howard Kohr is no choir boy either.) This is causing great merriment throughout Washington, but the merriment should not just be over the "dirty parts".

»There is great cause for celebration in Aipac's fight to stave off extinction because a bleeding, flailing Aipac is far less dangerous than an Aipac riding high (which is where it usually rides)… […] [T]hanks to Rosen, Aipac is spending $10mn of its donors' money on legal fees. Its top people are working with lawyers virtually nonstop. And the whole place is in the grips of fear – fear that one former employee who has the goods on Aipac will bring the whole house down…»

Notre commentaire

@PAYANT La beauté du cas est que nous sommes quittes, dans cette affaire, de tous les scories insupportables du virtualisme idéologique et terroriste qui accompagnent le cas israélien, et particulièrement le cas israélien aux USA par l’intermédiaire du lobby AIPAC. Rosen a été accusé d'espionnage (pour le compte d'AIPAC et d'Israël), AIPAC a sauvé Rosen et s'est sauvé lui-même dans ce cas. Puis AIPAC a jugé le cas Rosen embarrassant et l'a licencié brutalement sous le prétexte fallacieux qu'il ne faisait pas son travail (influence en faveur d'Israël). La fureur de Rosen, désormais, ne connaît plus de borne, et l'affaire est passée au niveau du règlement de comptes. (Détail révélateur : c'est essentiellement la presse juive US qui a rendu compte de l'affaire, la presse-Pravda n'abordant que très récemment le cas, avec une terreur non dissimulée d'avoir à relayer le discrédit de cette organisation sacro sainte qu'est AIPAC.)

Du coup, AIPAC, aussi bien que Rosen apparaissent pour ce qu’ils sont : une nébuleuse évoluant selon des mœurs de gangsters, plongés dans des affaires d’espionnage et des affaires de fric, avec diverses gâteries complémentaires comme les accusations concernant les “écarts sexuels” des uns et des autres. La grande liturgie sur l’antisémitisme qui menace la civilisation est fourrée dans un tiroir poussiéreux et n’a plus aucune efficacité, et elle en perd d’autant le faible crédit qu’elle pouvait encore avoir auprès de quelques âmes pures et humanitaristes flottant encore dans l’éther de notre belle époque.

Cette affaire éclaire un peu plus, si besoin était, le caractère foncièrement gangstérien du système de l’américanisme. Dans ces méthodes, dans son fonctionnement, dans ses mœurs, AIPAC n’est en rien d’une nature différente que ce qu’on nomme aux USA “le crime organisé”. Le crime est certes universel mais la notion de “crime organisé” dans une situation civile apaisée, proclamée comme démocratique et sous contrôle de la légalité publique (c’est-à-dire en mettant à part les situations de trouble et de confusion dans certains pays où s’installe également le “crime organisé”), cette notion est une spécificité US ; on y voit des bandits, ou gangsters, réunis en association à peine informelle et répondant à des règles extrêmement strictes, pratiquant bien entendu leurs activités illégales de toutes les sortes possibles, mais pourtant ayant pignon sur rue, une apparence légale, une bonne réputation à laquelle tout le monde feint de croire, une technique de recyclage de l’argent illégal dans des investissements capitalistes et légaux (“blanchiment”), entourés d’une armée d’avocats et prévoyant dans leur budget considérable un poste très important consacré à la corruption de tous les personnages officiels possibles. (L’historien Thaddeus Russell, bien entendu fort peu conformiste et plutôt de tendance anarchiste, a développé la thèse, d’ailleurs presque avec bienveillance en la citant comme une marque de quasi progressisme dans le cadre de l’américanisme, que le “crime organisé” a joué un rôle fondamental dans le développement de la “civilisation” (?) américaniste : «I presented evidence that without organized crime, we might not have jazz, Hollywood, Las Vegas, legal alcohol, birth control, or gay rights, since only gangsters were willing to support those projects when respectable America shunned them….» [Dans HuffingtonPost, le 19 octobre 2010]). Cette étrange perspective fait du crime, à condition qu’il soit “organisé” et prenne des précautions en harmonie avec le conformisme américaniste, une sorte d’institution complètement acceptable et honorable dans l’architecture américaniste.

Ainsi peut-on accepter la comparaison qui nous conduit à faire d’AIPAC une organisation exactement similaire au standard du “crime organisé”. Ses activités sont en partie illégales, comme l’espionnage au profit d’Israël, la corruption systématique, la diffamation sous toutes ses formes, les pressions dont certaines prennent la forme de menaces physiques, le racket dans sa façon de récolter des fonds dans certains cas auprès des juifs américains, et tout cela est recouvert du formidable manteau de la vertu idéologique qu’on sait conforme aux normes américanistes du temps. AIPAC est sans aucun doute la seule organisation lobbyiste qui ait atteint un tel degré d’organisation qu’on puisse effectivement parler de “crime organisé” lui permettant une parfaite intégration dans le système de l’américanisme. Cela explique, par contraste logique, que sa situation actuelle est effectivement très grave ; en effet, la menace la plus forte pesant contre le “crime organisé” est la sécession de l’un des membres importants de l’organisation, disposant de preuves importantes sur les activités illégales de l’organisation, décidé à utiliser avec brio toutes les procédures juridiques à sa disposition, comme c’est aujourd’hui le cas de Rosen. Le lobby AIPAC lutte donc pour sa survie, en même temps qu’il mettra toute sa puissance d’influence pour empêcher qu’une autre organisation prenne sa place, ce qui aurait comme résultat net d’entraver gravement le processus d’influence israélien aux USA pendant toute la durée de cette affaire, – sans préjuger de la situation qui en sortira.

Si AIPAC succombe effectivement, ce ne sera pas pour la plus scandaleuse de ses activités qui est cette incroyable et permanente ingérence corruptrice dans les affaires de sécurité nationale des USA, mais pour une affaire accessoire sordide, une bataille d’intérêts et de susceptibilité entre gangsters. De même, Capone fut coincé et envoyé au pénitencier, perdant définitivement toute sa puissance, non pas pour punition des crimes innombrables qu’il avait commis ou ordonné de commettre, mais pour fraude fiscale, comme vous et moi. Ainsi en va-t-il de l’organisation sociale et de la justice dans le pays de l’American Dream.


Mis en ligne le 24 novembre 2010 à 11H25

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