Le Congrès au secours de l’OTAN

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Le Congrès au secours de l’OTAN

Le Congrès US, par le biais de la Chambre des Représentants, a engagé une offensive (ou “contre-offensive” si l’on suit la vision FakeNewsiste) pour défendre l’OTAN menacée par les griffes de Trump selon la narrative ; ou bien, faut-il dire, pour adopter un autre point de vue qui est à notre sens celui de la vérité-de-situation, pour interdire à Trump de mener à bien son projet de retrait des USA de l’OTAN qu’il n’a jamais très sérieusement envisagé, dans tous les cas jusqu’à maintenant, – ce qui pourrait changer grâce à cette manœuvre. Voici le compte-rendu du début de cette manœuvre du Congrès (« Le Congrès s’apprête à interdire à Donald Trump de se retirer de l’Otan »), essentiellement à lm'initiatiuve des démocrates, à l’initiative du lot d’anciens officiers de la CIA et de l’appareil de la sécurité nationale en général qui ont été recasés comme nouveaux députés démocrates pour pouvoir mieux “amicalement contrôler” les susdits démocrates au Congrès

« Par 357 voix contre 22, la Chambre des représentants du Congrès américain a voté [mardi soir] un projet de loi visant à empêcher Donald Trump de sortir de l'Otan, s’il en venait à envisager une telle décision, a annoncé Defense News. Le site du Congrès n'a pas encore mis à jour le résultat de ce vote par les représentants.

» Le Congrès n'est pas en mesure d'interdire formellement au Président de se retirer de l'Alliance, mais il est à même de bloquer l'utilisation de fonds fédéraux à cette fin. Les députés avaient déjà recouru à la même tactique pour empêcher Barack Obama de fermer la prison militaire de Guantanamo.

» Tout en affirmant son soutien à l'Otan, le projet de la Chambre des représentants, appellent les membres de l'Alliance à dépenser pour sa défense 2% de leur PIB, comme l'a réclamé Donald Trump. Le document approuve également la poursuite du financement de l'Initiative de dissuasion européenne dirigée contre la Russie.

» Pour constituer véritablement une loi, le projet doit être voté par les deux chambres du Congrès des États-Unis et être signé par le Président. Donald Trump peut y opposer son veto, que le Congrès pourrait surmonter en totalisant un nombre suffisant de voix.

» Depuis son entrée en fonction, Trump a critiqué à plusieurs reprises ses alliés transatlantiques de ne pas s'acquitter de leurs obligations en matière de dépenses au sein de l'Otan. »

Ce compte-rendu est de Sputnik.News, et il renvoie effectivement à un article de Defense News qui donne plus de détails. On passera sur les déclarations de principe, vibrantes d’intelligence patriotique, des instigateurs de la manœuvre et l'on s’attachera, repris du texte de Defense News, au décompte du vote et à l’un ou l’autre commentaire intéressant.

Le texte est présenté par un titre (« La Chambre vote à une écrasante majorité pour empêcher le retrait des USA de l’OTAN ») qui arrive à introduire deux inexactitudes (c’est plus joli que “mensonges”) dans une si courte phrase : d’abord, la majorité n’est pas “écrasante” comparée aux votes habituels, type-zombie du Soviet Suprême, de la Chambre dans ces matières, – ce qui laisse à penser éventuellement ; ensuite, le vote n’empêche en rien le retrait, certainement pour le temps présent et même pour les seules conditions dont se prévaut le Congrès. Quand on connaît les affinités de Defense News, on comprend que la publication a été gentiment pilotée par l’amical soutien des nouveaux membres de la Chambre placés par l’appareil se sécurité nationale.

« Dans un vote bipartisan 357-22, la Chambre dirigée par les démocrates a [voté] la Loi de Soutien à l'OTAN, qui interdirait l'utilisation de fonds fédéraux pour se retirer de l'alliance vieille de 70 ans. Vingt-deux républicains ont voté non, tandis que 28 républicains et 26 démocrates se sont abstenus.[...]

» Le vote a suivi l'annonce que le plus haut diplomate américain pour l'Europe avait démissionné après seulement 16 mois en fonction. Le secrétaire d'État adjoint aux Affaires européennes et eurasiennes, Wess Mitchell, quittera son poste à la mi-février.

» Le représentant Tom Malinowski, Démocrate du New Jersey, l’un des coauteurs du projet de loi, a qualifié le Congrès de “seul organe de contrôle” [de l’action du président] disponible après le départ des anciens généraux  Jim Mattis en tant que secrétaire à la Défense, HR McMaster le conseiller à la sécurité nationale du président, John Kelly son chef de cabinet, et d’autre part de Nikki Haley ambassadrice, des USA aux Nations Unies. “Ils sont tous partis maintenant, nous sommes tout ce qu’il reste, et il est donc urgent que le Congrès joue son rôle constitutionnel et prenne cette mesure”, a déclaré Malinowski, ancien diplomate américain et nouveau membre du Congrès, qui est également membre de la commission des affaires étrangères de la Chambre. »

On connaît les circonstances semées de FakeNews et d’alarmes hystériques qui ont conduit les zélés du Système à conclure que Trump manigançait un retrait de l’OTAN. On sait que nous doutons grandement que, dans le meilleur des cas et en considérant la situation actuelle sans préjuger des choses extraordinaires et inattendues qui pourraient surgir, Trump puisse songer à une telle décision. (« Quant à dire que Trump songerait à une telle décision, on en rêverait. Mais, pour préjuger de ce qui adviendrait des réactions de démence furieuse, et à moins de le faire dans ce but, – cela serait la meilleure politique du monde !, – Trump est trop prudent et calculateur, et, comme on dit si à propos, pas assez fou pour prendre ce risque politique... »)

Ainsi, la beauté de cette initiative extraordinaire de la Chambre cornaquée directement par les employés de sécurité nationale du Système, est qu’elle pourrait faire naître véritablement là où il n’y a pas grand’chose une crise sur cette question de l’OTAN sans que la Chambre (le Congrès) soit véritablement dans une très bonne position (au contraire, par exemple, de la question du Mur sur la frontière mexicaine où son action entrave directement le projet de Trump).

(Dans plusieurs textes, dont celui-ci de septembre 2018, le site WSWS.org a largement détaillé comment la communauté du sécurité nationale, mélange de CMI et de DeepState, avec la CIA en tête, tout cela au service du Système, avait glissé une poignée non négligeable de candidats issus de ses rangs pour la représentation démocrate majoritaire à la Chambre. Ces élus, dont Malinowski cité plus haut fait évidemment partie, ont pour tâche de veiller à la défense des intérêts du parti de la guerre et de “piloter amicalement” des élus démocrates qui ne sont pas toujours attentifs à toutes les finesses et dédales des questions de sécurité nationale. Les démocrates, qui sont plus que jamais le parti le plus belliciste, ont évidemment accepté avec empressement cette aide salutaire.)

Les déclarations de Malinowski sont intéressantes dans le sens où elles officialisent dans lechef des “complotistes” 1) que Trump doit être absolument contrôlé et surveillé, et que plusieurs hommes avaient été placés pour cela dans son cabinet ; et 2) que les trois généraux (nous sommes moins preneurs de Nikki Haley, qui est beaucoup plus une folle isolée sans liens réels avec les généraux) étaient spécifiquement là pour assurer cette surveillance. Nous avons toujours douté, et continuons à douter de l’efficacité du dispositif, mais nous savons dans tous les cas, désormais de façon officielle, qu’il y avait dispositif. Que cela soit dit haut et fort ne plaira certainement pas à Trump et à sa vanité narcissique, et l’on peut penser que, de ce point de vue également, les déclarations de Malinowski ne sont pas psychologiquement des plus habiles. (Voir plus bas.)

... Cela, d’autant que la position de la Chambre, – du Congrès si le Sénat suit la Chambre, ce qui assez probable sans aucun doute, – n’est pas si simple. Plusieurs remarques expliquent notre scepticisme général sur une initiative qui, en elle-même et quelle que soit son issue, représente une incursion extraordinaire et hautement préjudiciable dans le domaine des compétences de l’exécutif.

• Il ne s’agit pas d’une interdiction faite à Trump de prendre une telle décision (retrait de l’OTAN), car en la matière il a tous les pouvoirs constitutionnels pour la prendre. Il s’agit d’un stratagème pour l’empêcher en théorie de prendre cette décision, ce qui place le Congrès dans une position inconfortable de transgression au moins de l’esprit de la Constitution par rapport au pouvoir de l’exécutif.

• Le Congrès a déjà utilisé ce stratagème qui se réduit au refus, tout à fait légal, du financement de tel ou tel acte, comme dans le cas de Guantanamo ou celui du Mur de la frontière Sud des USA (et interdiction implicite de transfert de fonds d’un poste à l’autre de la part de l’exécutif). Mais tous ces cas sont internes (aux USA) et impliquent nécessairement des dépenses. Le cas de l’OTAN est différent. On pourrait imaginer qu’en cas d’affrontement aigu, un Trump si incontrôlable et si dépendant de certains travers personnels, s’entête et décide d’aller dans le sens qu’il évoquait jusqu’alors sans être vraiment, ni sérieux ni décidé ; il est alors aisé de trouver des voies dilatoires comme, par exemple, une politique “de la chaise vide” à l’exemple de De Gaulle avec la CEE dans les années 1960, sur la politique agricole. Trump pourrait décider que les officiels US dépendant de son autorité (l’ambassadeur US, le SACEUR [commandant en chef des forces alliées], etc.) n’exercent plus leurs fonctions à l’OTAN, ce qui paralyserait l’Organisation. Ce ne serait peut-être pas très orthodoxe, mais on a vu le peu de cas que Trump fait des engagements internationaux.

• Ainsi est-on ramené au domaine psychologie, exacerbé par le FakeNewsisme intoxiquant ceux-là même qui l’exercent, provoquant chez eux des sur-réactions comme l’est ce vote. Ils s’engagent sur le terrain très mouvant d’une psychologie (celle de Trump) dominée par la vanité et le narcissisme, secondées par un caractère retors sinon vicieux, et nullement encombré de scrupules. On aurait alors déclenché une grave crise, à l’OTAN et à “D.C.-la-folle”, dans une occurrence où, à notre sens nous le répétons, il n’y a pas péril en la demeure. Comme on le sait c’est un scénario autodestructeur déjà bien rodé à “D.C.-la-folle”, où les antitrumpistes sont sans doute bien plus fous d’une paranoïa montée sur un simulacre, que celui qu’ils accablent de soupçons et de sarcasmes.

 

Mis en ligne le 24 janvier 2019 à 10H35

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