L’apocalypse à l’humeur de Trump 2.0

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L’apocalypse à l’humeur de Trump 2.0

Ce n’est pas la première fois qu’on peut lire une telle introduction à un texte sur la situation générale créée en Syrie entre les USA et la Russie, à la suite de l’attaque US du 6 avril : « Les tensions entre les États-Unis et les principales puissances impérialistes européennes et la Russie sont au plus haut niveau depuis la guerre froide. Le danger d’un conflit militaire entre les deux plus grandes puissances nucléaires n’a jamais été aussi grand. » On peut dire qu’une telle perspective est envisagée sérieusement depuis le début de la crise ukrainienne (voir le 3 mars 2014). Chaque fois, l’affirmation est ponctuée d’un “Cette fois, la possibilité est très grande” ; nous ne manquerons donc pas d’ajouter cette remarque pour le cas présent.

Ce qui rend la situation si particulièrement inédite, et donc si précisément dangereuse, c’est l’apparition brutale d’un facteur inattendu en la personne de ce que nous nommons Trump 2.0 (post-trahison). Il s'agit du virage politique complet virage (calculé autour de 180°) effectué par le nouveau président US dans des conditions d’un cynisme sans doute inconscient (sans réalisation de la chose en raison d’une psychologie très particulière) et surtout d’une impudence extrême quoiqu’également inconsciente sans doute, pour les mêmes raisons. C’est surtout ce que nous jugeons être l’aspect d’inconscience de cette psychologie que nous jugeons également être si particulière qui rend la situation extrêmement inédite et particulièrement délicate. Pour cette raison, il nous semble que les craintes d’une très grave situation d’affrontement doivent être un peu plus considérées, ou plutôt encore plus sérieusement appréciées.

Nous nous reportons à un site qui n’est jamais avare des prédictions apocalyptiques pour ce qui est des conflits, bien que son travail se fait en général selon des règles de rigueur et de sérieux, – le tout assaisonné en général d’un ou deux derniers paragraphes appelant à l’unité des travailleurs du monde entier pour emporter la victoire finale. (Nous gardons un de ces deux derniers paragraphes, par courtoisie.) Il s’agit de WSWS.org, le site de lVème Internationale (trotskiste), qui envisage la situation au Moyen-Orient et en Syrie créée par l’intervention US. Il est objectivement évident que l’idée selon laquelle « Le danger d’un conflit militaire entre les deux plus grandes puissances nucléaires n’a jamais été aussi grand » ne peut être contestée, dans la mesure où des forces US et des forces russes sont engagées sur le même théâtre d’opération, dans des situations extraordinairement complexes desquelles peut surgir soudainement un antagonisme ouvrant un enchaînement. Cette situation objective existait auparavant, depuis septembre 2015 et l’intervention russe, mais elle avait été aussitôt contrôlée par deux facteurs :

• Un accord précis de coordination de l’engagement des forces des deux côtés pour éviter un accident, en enchaînement accidentel, etc. L’idée générale restait que, malgré de multiples avatars notamment dus aux complexités considérables de la situation opérationnelle US (avec parfois des engagements entre groupes soutenus par des agence et ministères US différents), les orientations US et russe ne se voulaient pas à finalité antagoniste. Le pouvoir politique d’alors (Obama) exerçait une certaine restriction sur l’évolution des militaires US, dans tous les cas du point de vue de leur autonomie à partir d’un certain degré d’engagement. Les Russes, eux, évoluaient complètement dans le cadre légale d’un accord avec les autorités officielles de la Syrie, soit le président Assad.

• La fin de la présidence Obama et l’affirmation de plus en plus évidente de la candidature Trump, du temps de Trump 1.0 affirmant vouloir refuser toute intervention extérieure et rechercher une coopération maximale avec les Russes. Cela impliquait, du côté russe, une restriction maximale dans toutes leurs actions, dans tous les cas par rapport aux forces US qui restaient de leur côté dans une situation d'incertitude et de désordre.

Ces deux freins maintenaient le chaudron syrien dans une sorte d’équilibre étrange et évidemment instable où les deux principales puissances œuvraient plus ou moins pour une coopération entre elles, – quoiqu’avec d’innombrables bavures certes, mais une tendance générale à l’arrangement. Tout cet édifice s’est effondré brutalement en une nuit, avec l’extraordinaire transmutation de Trump 1.0 en Trump 2.0 et l’attaque du 6 avril contre une base syrienne ; une attaque minimaliste sinon symbolique, avec quelques avatars inquiétants du côté US, des résultats négligeables, et une retenue apparente des Russes (sauf sans doute pour une intervention électronique, cause essentielle des avatars US). Les suites ont été quasi-instantanées, et elles ont été confirmées par la visite de Tillerson à Moscou ; elles sont, elles, beaucoup plus graves que les conditions de l'attaque du 6 avril :

• Les Russes se sont retirés de l’accord de coordination, ce qui signifie qu’ils ne s’estiment plus tenus par aucune restriction vis-à-vis des forces US, notamment aériennes. Théoriquement, ils sont dans une position où ils ne jugent plus que selon leurs intérêts opérationnels (et en partie de ceux de leurs alliés syriens et iraniens), ce qui implique la possibilité d’engagements.

• Les Russes n’ont plus aucune confiance dans la partie américaniste, et encore plus avec Trump. La situation des rapports USA-Russie est jugée pire aujourd’hui que sous la présidence Obama, ce qui est un retournement complet de ce qu’on attendait. Le facteur du caractère et de la psychologie de Trump est très fortement pris en compte, selon un jugement d’imprédictibilité et de dangerosité extrêmement élevé. Les Russes jugent qu’il y aura très rapidement d’autres attaques chimiques type-false flag pouvant déclencher une attaque US, à laquelle il y a une grande possibilité qu’une riposte sera opposée. Poutine n’a désormais plus d’espace pour la conciliation, avec un tel partenaire ; sa position intérieure, à moins d’un an de l’élection présidentielle en Russie l’oblige à une fermeté supplémentaire, outre le jugement objectif de la situation.

• Nous ferions volontiers l’hypothèse, – que nous étayerons par ailleurs, – que la psychologie de Trump 2.0, déjà mentionné, est un facteur stratégiquement aggravant et absolument insaisissable de l’inquiétante situation actuelle. En raison de cette situation, un autre avis généralement répandu parmi les commentateurs est que cette situation actuelle est opérationnellement équivalente à celle de la crise des missiles de Cuba de 1962, avec les deux circonstances aggravantes de l’absence de rationalité de certains des acteurs principaux (Trump 2.0) et la volonté de Poutine de n’être pas un nouveau Krouchtchev qui sortir de la crise en paraissant avoir cédé aux USA (bien que certains arrangements secrets tendaient plutôt à une situation d’équivalence, ou de “match nul”).

Bref, jamais l’humeur n’a été aussi sombre (voir aussi, par exemple, James George Patras, « Tillerson in Moscow: Is World War III Back on Track? »). On peut donc lire l’article très factuel de Barry Grey, de WSWS.org, de 14 avril 2017.

dedefensa.org

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À quoi ressemblerait une guerre américano-euro-russe ?

Depuis les frappes de missiles du 6 avril, l’administration Trump a émis de nouvelles menaces contre la Syrie et de nouveaux ultimatums à Russie pour qu’elle mette fin à son soutien au régime de Bashar al-Assad. Mercredi, le président Trump a défendu les frappes non provoquées et a qualifié Assad de « boucher ».

Les puissances du G7 au cours du week-end se sont alignées derrière les frappes américaines et son prétexte : l’affirmation totalement non prouvée selon laquelle le gouvernement syrien a mené une attaque aux armes chimiques dans une ville tenue par les rebelles. Ils ont approuvé la poussée renouvelée de Washington pour renverser Assad, seul allié arabe de Moscou au Moyen-Orient.

La Russie a riposté en intensifiant son soutien militaire à Assad. Vendredi dernier, elle a cessé sa coordination avec les États-Unis afin d’éviter des rencontres entre les avions de combat américains et russes et a annoncé qu’elle améliorerait les défenses antimissiles syriennes, qui incluent déjà des batteries radar / missiles S-400 et S-300 avancées. Elle a détourné une frégate avec des missiles de croisière vers la Méditerranée orientale. Et elle a publié une déclaration conjointe avec l’armée iranienne avertissant qu’elle réagirait avec force à tout nouvel acte d’agression contre la Syrie.

L’imprudence de la politique américaine a été soulignée par le secrétaire à la Défense et le général retraité James Mattis, qui ont déclaré aux journalistes mardi que la Syrie paierait « un prix très très fort » s’il y avait une autre attaque chimique, ce qui est sans doute déjà préparé par la CIA et ses intermédiaires liés à Al-Qaïda en Syrie. Mattis a donné l’assurance que la situation ne serait pas « hors de contrôle », en partant de l’hypothèse que la Russie « agirait dans son intérêt supérieur », c’est-à-dire qu’elle reculerait.

Ce qui est le plus étonnant, c’est la quasi-absence de toute discussion dans les médias américains et européens du danger d’une guerre entre les États-Unis et la Russie et les conséquences d’un tel événement. Que se passera-t-il si un avion américain est abattu par une installation anti-aérienne russe ou un avion russe ? On ne peut qu’imaginer les demandes frénétiques de représailles que cracheront la presse et des politiciens des deux pays.

Combien de millions de personnes mourront-elles dans les premières minutes d’un échange nucléaire entre la Russie et les États-Unis ? Ni le New York Times, ni le Washington Post, le Wall Street Journal, le Times de Londres, Le Monde, le Frankfurter Allgemeine Zeitung ni le Sydney Morning Herald n’osent même soulever ces questions.

Il y a cependant eu des commentaires révélateurs dans certaines publications plus spécialisées. The Conversation a publié un article du 7 avril « Pourquoi la frappe aérienne américaine contre la Syrie menace profondément d’un conflit militaire avec la Russie » soulignant que le danger d’un choc entre les États-Unis et la Russie est beaucoup plus élevé qu’en 2013 parce que depuis la Russie a établi une présence militaire ferme en Syrie.

« Donc, si le nouveau but du gouvernement Trump est l’élimination d’Assad du pouvoir », déclare l’article, « cela ne pourrait se faire que par une confrontation majeure avec la Russie ».

Russia Beyond the Headlines (la Russie au-delà des titres a publié) a publié un article le 7 avril décrivant trois scénarios possibles suite à l’attentat des États-Unis contre la Syrie. Le premier et probablement le plus probable est le « conflit armé entre la Russie et les États-Unis ». Tôt ou tard, note l’article, la « logique de confrontation obligera la Russie à répondre avec force ». Il cite un expert de la sécurité internationale russe qui avertit que « nous ne pouvons pas tout à fait exclure l’utilisation d’armes nucléaires ».

Un article du 7 avril sur le site Defense One explique qu’un assaut américain contre la Syrie opposerait pour la première fois dans la « lutte contre le terrorisme de plusieurs décennies » les États-Unis à une « armée réelle, moderne et bien armée » menant à une guerre « d’une échelle exponentiellement plus grande ».

Steven Starr, un scientifique important de Physicians for Social Responsibilityet associé à la Nuclear Age Peace Foundation, spécialiste des conséquences environnementales destructrices de la vie de « l’hiver nucléaire », explique qu’une fois un échange nucléaire entre Washington et Moscou commencé, le nombre de morts sera dans les dizaines de millions dans la première heure, et ce ne sera que l’horrible début.

Les deux pays ont entre eux 3500 armes nucléaires stratégiques déployées et opérationnelles qu’ils peuvent détoner en une heure. Ils disposent de 4600 armes nucléaires en réserve et qui sont prêtes à être utilisées. Compte tenu de ce grand nombre de méga-armes, il est fort possible que la plupart des grandes villes des deux pays soient touchées. Starr estime que 30 pour cent des populations américaine et russe seront tuées dans la première heure. Quelques semaines plus tard, les retombées radioactives en tueront encore 50 % ou plus.

L’hiver nucléaire, une période glacière causée par l’impact environnemental de la guerre nucléaire « provoquera probablement la mort de faim de la plupart des êtres humains de la planète dans deux ans ».

Ensuite, il existe la possibilité d’une détonation à haute altitude déclenchant une impulsion électromagnétique (EMP) qui détruit les circuits électroniques sur une surface de dizaines de milliers de kilomètres carrés. « Une seule détonation sur la côte est des États-Unis détruirait le réseau électrique et provoquerait une fusion du cœur de toutes les centrales nucléaires affectées par l’EMP. Imaginez 60 Fukushimas se produisant en même temps aux États-Unis. »

C’est le scénario de fin de monde qui est préparé derrière le dos de la population américaine et mondiale par les criminels assoiffés de pouvoir et de profits du Pentagone et de la CIA, avec le soutien total des deux parties et de l’establishment politique et médiatique. Les habitants des villes de New York à Boston à Philadelphie à Detroit, de Chicago et jusqu’à Los Angeles et San Francisco seront probablement effacés en quelques minutes du début d’une telle guerre.

Quels les préparatifs ont été faits ? Quel est le plan de survie ? Il n’y en a pas. Le silence des médias et des politiciens n’est pas un oubli. Ils savent que si cette perspective devient un sujet de discussion publique, le choc produira des convulsions sociales incontrôlables.

L’étonnante imprudence de l’élite dirigeante a une source objective. C’est la crise mondiale du système capitaliste, qui trouve sa plus forte expression dans le déclin économique à long terme des États-Unis. Même pendant la guerre froide, il restait dans les sections dominantes de la classe dirigeante une certaine précaution. Maintenant, le ton agressif sans relâche des médias et la diabolisation constante du président russe Poutine semblent presque être calculés afin de provoquer un conflit militaire. Il y a, en fait, une faction importante au sein de l’élite dirigeante et de l’État qui est tout à fait prête à le faire.

Cette perspective horrible ne peut pas être évitée par des appels aux autorités établies. Toute l’histoire du 20 siècle, avec ses guerres catastrophiques, montre que le seul moyen de prévenir la guerre est le mouvement de masse de la classe ouvrière. Les travailleurs et les jeunes doivent affronter l’urgence de la situation en organisant des manifestations de masse visant à construire un mouvement anti-guerre international s’appuyant sur la classe ouvrière pour mettre un terme à l’impérialisme et au capitalisme. [...]

Barry Grey

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