La Russie et les USA sont-ils en guerre ?

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La Russie et les USA sont-ils en guerre ?

Les événements militaires se sont précipités en Syrie, avec le franchissement de l’Euphrate par l’armée syrienne qui tient désormais 85% du territoire nationale alors qu’elle en avait été réduite largement à moins de 50% aux pires moments du conflit. De victoires tactiques en victoires tactiques depuis l’intervention russe, on en est arrivé à un événement stratégique. Il était admis que les Russes s’arrêteraient à l’Euphrate, limites de la Syrie orientale sous influence US, si l’entente tacite avec les USA se concrétisait ; cela n’est pas le cas, les USA ayant poursuivi une politique chaotique, marquée par un décalage complet entre les intentions politiques d’entente sporadiquement affirmées et un comportement sur le terrain toujours aussi hostile au gouvernement syrien. La confusion et le morcellement des pouvoirs expliquent en partie cela, l’entraînement de la politiqueSystème avec sa tendance expansionniste-belliciste faisant le reste.

Le résultat, avec le redressement syrien, a été une série de revers des divers proxies US, et donc des forces US elles-mêmes jusqu’à l’événement du franchissement de l’Euphrate qui inaugure une nouvelle situation stratégique. Adam Gurrie, dont nous reprenons ci-dessous le texte (le 26 septembre 2017 dans TheDuran.com), explique bien la situation générale en Syrie où l’on arrive à un point crucial, et notamment par la succession des revers US en Syrie par ce constat :

« Dans ce sens, alors que la situation est plus dangereuse que jamais avec la possibilité d’une confrontation directe entre les USA et la Russie sur le terrain, l’orientation générale montre que ce sont les USA qui perdent continuellement du terrain. Les USA sont passés d’une politique de “regime change” brutal [à Damas], à une politique de “regime change” en douceur, à une politique de maintien d’une semi-occupation permanente de la Syrie orientale sans “regime change“ à Damas, à l’actuelle situation où ils en arrivent à se trouver débordés par la Syrie et la Russie dans leurs positions en Syrie orientale. »

Adam Gurrie offre une analogie historique intéressante avec l’évolution de la guerre de Corée de 1950, sauf pour la phase initiale et en s’en tenant à la phase du redressement US et sud-coréen de l’automne de 1950 jusqu’à l’intervention chinoise qui renversa complètement le sort de l’offensive réussie de MacArthur, avec le débarquement d’Inchon et le franchissement du Yalu (38ème parallèle). Dans cette analogie de phase qui ne vaut certes que pour la situation militaire exprimée symboliquement, les Syriens tiennent le rôle des Nord-Coréens et les Russes celui des Chinois.

« De la même façon que l’offensive du printemps 1951 durant la Guerre de Corée, qui repoussa les troupes US et des alliés en-deçà du 38ème parallèle, l’offensive syro-russe sur Dei ez-Zor pourrait piéger les forces US et les obliger à abandonner l’essentiel de la Syrie orientale jusqu’à la frontière irakienne.

» Avec 85% du territoire d’ores et déjà sous le contrôle du gouvernement, une victoire symbolique pour la Syrie est en train de se dessiner. La question tactique est de savoir jusqu’où les USA et les divers groupes qu’ils contrôlent sont prêts à figurer dans la bataille et quelles pertes ils peuvent accepter de subir. La question fondamentale n’est donc plus de savoir si les USA sont en guerre avec la Russie en Syrie, mais bien de savoir comment les USA répondront à leur revers inévitable. »

Comme l’on sait, la contre-offensive chinoise du printemps 1951 se termina par une stabilisation et une guerre d’usure jusqu’aux accords de Pan Mun-Jon de cessez-le-feu, mais non sans l’épisode dramatique de la disgrâce de MacArthur. Ce n’est pas tant le revers du printemps qui motiva la décision de Truman, que l’insubordination de son commandant-en-chef de théâtre qui insistait furieusement et quasi-publiquement pour utiliser l’arme nucléaire contre la Chine. Il y a là, bien entendu, au niveau du symbole, une situation qui fait mesurer toute la force de l’enjeu actuellement déployé en Syrie entre la Russie et les USA. Certains commentateurs se montrent à cet égard extrêmement inquiets, craignant le pire (un affrontement direct entre les USA et la Russie), parfois pour certains (le Saker US) dans des conditions désavantageuses pour la Russie qui ne nous paraissent pas nécessairement justifiées au regard des performances générales US, et de la confusion extraordinaire qui caractérise la situation du pouvoir à “D.C.-la-folle”.

Ce qui apparaît significatif, par contre, c’est le changement de la politique militaire russe en Syrie, passant d’un soutien conditionnel (conditionné par la pseudo-entente tacite avec les USA) à un soutien clairement affirmé. Ce changement de politique a aussitôt été acté sur le terrain par une intervention massive et un engagement logistique sans retenue des Russes pour faciliter radicalement le franchissement de l’Euphrate et l’installation d’une tête de pont de l’armée syrienne sur la rive orientale. (Garrie : « Malgré des attaques constantes de Daesh, les ingénieurs militaires russes ont construit un pont sur l’Euphrate à Deir ez-Zor, capable de permettre le passage de 8.000 véhicules par jour, y compris des camions lourds et des chars. [...] [...C]ette construction très rapide d’un tel ouvrage sur ce fleuve est justement appréciée comme une performance technique remarquables effectuée dans des conditions exécrables... »)

Notre point de vue est qu’il s’agit là, outre les conditions opérationnelles spécifiques, du résultat de l’évolution de la direction russe, et Poutine très explicitement, vis-à-vis de la direction et de la politique US, – ce que nous avions désigné comme « Le mépris de Poutine pour les USA-houligans ». Cela implique effectivement un risque d’affrontement direct entre la Russie et les USA, notamment à la lumière de l’avertissement donné officiellement par les Russes aux forces US contre tout engagement des secondes contre les premiers, le 21 septembre. (DEBKAFile, qui n’est pas optimiste ni pour la position US, ni pour la position israélienne, juge cet avertissement russe comme d’une exceptionnelle gravité : « Une menace d’une telle fermeté n’a plus été lancée au Moyen-Orient depuis des décennies. Il faut, pour retrouver l’équivalent, remonter à l’avertissement de Moscou à Israël en 1956 de cesser immédiatement l’invasion du Sinaï, ou sinon... »)

Il y a donc de quoi alimenter toutes les préoccupations possibles, une fois de plus et une fois encore plus proche que tout ce qui a précédé de la possibilité ultime. Cela doit nous conduire à d’autant plus précisément remarquer qu’un tel moment paroxystique est aujourd’hui inévitable dans nombre de cas, comme ici en Syrie, à cause du désordre et de la confusion extraordinaires caractérisant les spasmes du géant américaniste en cours d’effondrement et aujourd’hui fort préoccupé par le football américain. On ne peut écarter ad vitam aeternam l’épreuve du nœud gordien.

Ce qui est également remarquable est que cette situation en Syrie se déroule, sinon dans l’indifférence générale, du moins dans une assez grande discrétion ; et nous ne voyons pas dans cela une volonté de dissimulation, une manipulation ou quelque chose du genre, mais bien la conséquence de la situation de désordre chaotique où de tels pics paroxystiques sont, pourrait-on dire, du business as usual (pour ne pas dire politics as usual, qui serait alors mieux rendu par disorder as usual).

Les événements se passent de toutes les façons de notre attention et de notre intérêt, encore plus de notre consentement. Ils se manifestent à leur seule discrétion. Nous sommes suffisamment occupés par nos querelles sociétales, notre dynamisme à nous auto-congratuler de la perfection du simulacre de la postmodernité globalisée, notre constante fascination pour la place centrale que sapiens sapiens occupe dans l’édification de l’œuvre constructive de la destruction du monde.

dedefensa.org

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How will the US respond to its inevitable loss in Syria?

In spite of coming under constant attack from ISIS, Russian military engineers have build a bridge across the Euphrates in Deir ez-Zor, which is capable of handling 8,000 vehicles per day including large trucks and tanks.

While the rapid construction of the strong river bridge is being rightly touted as a remarkable achievement against considerable odds, it also represents an important strategic and even geo-political development in the wider context of the Syrian conflict.

Prior to the battle for Deir ez-Zor, there were whispers that Russia had consigned itself to remain west of the Euphrates in respect of its anti-terrorist battles in Syria. Implicit in this theory was that Syria would not venture east of the Euphrates, which had generally been a US and US proxy dominated area.

Officially, Syria has always maintained that it seeks to liberate “every inch” of its territory and that further more, all uninvited foreign powers and unofficial militias (such as the SDF) are illegal entities which are classed as enemies of the Syrian Arab Republic.

Far from leaving Syria to fight alone east of the Euphrates, Russia is now actively assisting Syrian troops east of the river in Deir ez-Zor. Thus, the building of the bridge increasingly confirms that Russia will stand alongside the Syrian Arab Army and Air Force as it continues to push east and north, liberating legal Syrian territory from terrorist groups and foreign occupiers.

It is no coincidence that the Syrian-Russian push east of the Euphrates has come at a time when there is mounting evidence of tripartite battlefield and intelligence collusion between ISIS, the Kurdish led US proxy militia SDF and US forces.

Nor is it a coincidence that it is becoming increasingly apparent that mutual enemies of both Syria and Russia were responsible for leaking information to ISIS which resulted in the targeted killing of the martyred Russian officer Valery Asapov.

While Russia has never deliberately targeted US proxies apart from jihadist groups, now it seems that all US proxies, including jihadist groups are systematically targeting Syrian and Russian troops. This is all the more apparent when one understands that Raqqa has been partly abandoned by the US and SDF in order to move troops and supplies to Deir ez-Zor.

There is no morally justifiable strategic reason for the US to be doing this. If there was truly something even approaching a mutual understanding about the US and its proxies along with Syria and its allies fighting ISIS in a semi-coordinated fashion, the US could continue to concentrate on Raqqa, where little real progress has been made, while Syria and Russia concentrate on Deir ez-Zor, where considerable progress has been made in spite of attacks from both ISIS and the SDF.

The only strategic reason for the US to move its proxies to Deir ez-Zor at such a time is to compete for territory with Syria and its allies and this is of course what is blatantly happening.

In June of this year, Russia stated that its forces would target any US or allied aircraft west of the Euphrates unless such moves were coordinated with Syria and her genuine partners. What was not said and what legally did not need to be said, is that Syria and her allies have the full right to operate in all parts of Syria, including east of the Euphrates. If the US thought that Russia would some how reject international law and stop Syria from exercising its right to liberate all of its territory, the US was simply being foolish.

Syria has strategically liberated parts of Syria in their order of manifest importance. It was only a matter of time before areas east of the Euphrates and Deir ez-Zor in particular, would be the next terrorist domino for Syria to push over.

Any wishful thinking on the US part that Russia would either abandon or go against Syria in this unfolding struggle, was delusional. In reality, the US may well have been leading Russia on with words of ‘cooperation’ that never amounted to a great deal, knowing that it was in fact inevitable that as soon as Syria reached the Euphrates, Syria’s Russian ally would cross the river with Syrian troops.

In this sense, while things are ever more dangerous in respect of a direct US-Russian confrontation, in the wider sense, it is the US that is losing ground. The US has gone from a policy of hard regime change, to one of soft regime change, to one of a presumed semi-permanent occupation of eastern Syria without regime change in Damascus, to the current position of being outflanked by Syria and Russia, even in eastern Syria.

The next possible move for the US might be to concentrate on northern areas dominated by Kurdish militants and radicals, but the precedent being set in Iraq at this very moment may lead the US to question the wisdom of such a position.

With Iraqi and Turkish troops conducting joint military exercises and with Turkey promising an economic embargo against Kurdish regions of Iraq at best and a full scale military intervention if this does not hold back secessionists, the US may realise that if it thinks it can carve Syria up along Kurdish nationalist lines, that Turkey will not sit idly and watch it happen, not least because Turkey’s relationship with Syrian Kurds is even worse than its relations with Iraqi Kurds which at one time was surprisingly good. In this sense, if the US goes full-throttle for Syrian Kurdish separatism, the US would retain her current opponents in Syria while gaining many angry new ones, including and especially NATO member Turkey.

Just as the 1951 Chinese Spring Offensive during the Korean War, pushed US allied troops back below the 38th parallel, the current Syria-Russian offensive in Deir ez-Zor could begin to squeeze the US out of much of eastern Syria and back to the Iraqi border.

With 85% of Syria already back under government control, a strategic and symbolic victory for Syria is already in the making. The question is, how much are the US and her proxy forces willing to fight back and expend further blood in this process?

The bigger question therefore no longer reads, “Is the US at war with Russia in Syria”? The question now is, “How will the US respond to its inevitable loss”?

Adam Garrie

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