La Catalogne dissipe le Brexit Blues

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La Catalogne dissipe le Brexit Blues

Le référendum en folie de la Catalogne vient à point pour relancer une dynamique psychologique qui connaissait une mauvaise passe, une véritable dépression. Par “dynamique psychologique”, nous entendons la perception des antiSystème ou de ceux qui se disent tels en général de la possibilité d’événements qu’ils jugent favorables à leurs ambitions.

Cette attente de la “possibilité d’événements” jugés favorables à la cause antiSystème était au plus haut au printemps et à l’été 2016, avec le Brexit voté malgré la défaveur des sondages, Trump en pleine ascension jusqu’à la nomination du parti républicain et sa campagne victorieuse contre Hillary, la perspective des présidentielles françaises qui semblait pouvoir répondre au schéma des forces populistes/souverainistes perçues comme antiSystème, contre les candidats du Système, etc. Dans ce contexte, les bruits des mouvements autonomistes notamment étaient perçus systématiquement avec sympathie, sinon enthousiaste, et bien entendu c’était le cas de la Catalogne.

Le reflux est venu avec l’hiver et le printemps de l’année 2017 ; avec le constat de l’embourbement du Brexit, l’étrange tournure de l’élection française, l’évidence que Trump s’avérait un personnage incontrôlable, trahissant sans vergogne nombre de promesses de son programme ou bien agissant sans le moindre programme ni la moindre cohérence, etc. Le désordre était bien là, et plus que jamais là, mais nullement l’accomplissement des promesses que nombre d’antiSystème avait crues réalisables.

Dans ce contexte nouveau, la “dynamique psychologique” a tendu à connaître un épisode de dépression que nous baptiserions volontiers Brexit Blues tant ce vote britannique fut certainement considéré comme un symbole fondamental, générateur d’espoirs et d’enthousiasmes avant qu’il ait eu lieu et quand il eut lieu... Dans ce courant général de reflux dépressif, l’épisode du projet d’un nouveau référendum sécessionniste de la Catalogne devint accessoire, perçu sans enthousiasme ni beaucoup d’intérêt, sinon avec un scepticisme réel. Certains notaient même que cette cause pouvait être suspecte pour un antiSystème qui se respecte puisqu’il semblait s’avérer que certaines organisations partisanes de la sécession et de l’indépendance bénéficiaient de l’aide de Soros.

(Rien pour étonner, au reste : Soros est pour tous les désordres, toutes les scissions, il est partisan et exécutant de toutes les partitions comme un compositeur fou, nous dirions par idéologie aveugle et maximaliste, sinon par foi religieuse. Lui non plus, Soros, ne s’embarrasse pas trop de réflexions à long terme, et il se découvre parfois comme un allié indirect et inattendu de l’antiSystème.)

Nous parlons bien d’une “dynamique psychologique” dépendant d’une perception spécifique qui s’attache à des événements politiques immédiats impliquant des réalisations concrètes et à finalité décisive. Nous nous sommes toujours gardé de cette approche qui implique que le Système pourrait être vaincu par des forces antiSystème. Notre propos a toujours été que le Système ne peut être abattu que par lui-même, par sa poussée autodestructrice, et le rôle de l’antiSystème est d’appuyer et d’exciter cette tendance autodestructrice. Notre position a toujours été de favoriser l’élection de Trump mais surtout de ne pas attendre que Trump réalise son programme, parce qu’il aurait alors fait le jeu du Système au bout du compte.

Ainsi, au contraire de la dépression signalée plus haut, la présence d’un Trump incontrôlable, créateur d’un désordre continuel alors qu’il est installé au cœur du Système, nous satisfait complètement. De même, nous laissions venir la perspective du référendum de Catalogne sans en rien attendre de précis sinon l’espoir à tout hasard d’un éventuel effet de désordre qu’il pourrait introduire avec le plus grand bonheur dans la situation générale. C’est dire si nous sommes servis.

Il s’est passé simplement que les autorités centrales espagnoles, nécessairement au service du Système par leur position centraliste et leurs accointances inévitables en tant que représentantes du Bloc-BAO et de sa politiqueSystème (membre de l’UE, membre de l’OTAN), ont estimé que le contexte (justement la dépression de l’antiSystème) était favorable à une reprise en mains. Le raisonnement montre le même type d’aveuglement de la bêtise au front de taureau que le Système suscite nécessairement chez ses employés.

Des dispositions constitutionnelles furent prises dans ce sens, et le référendum interdit, avec comme mot d’ordre vertueusement maximaliste “force doit rester à la loi”. D’où l’intervention spectaculairement musclée de la force centraliste contre les indépendantistes catalans et contre le pays catalan en général, avec tout ce qui en a résulté, les violences, la police catalane hésitant puis refusant d’obéir à Madrid jusqu’à des affrontements avec la Guardia Civile, tout cela fortement médiatisé à cause de l’ambiguïté de la situation ; jusqu’à une vague d’indignation dans nombre de pays-frères, bien dans le style des réactions politiques aujourd’hui (jusqu’à l’affectivisme) ; enfin, jusqu’au référendum tant bien que mal, avec le symbole d’une écrasante victoire des séparatistes qui était impensable dans cette mesure deux semaines plus tôt... Et cette victoire saluée quelques heures plus tôt par cette déclaration catégorique et fort à-propos du premier ministre espagnol Rajoy qu’« il n’y a pas eu de référendum aujourd’hui en Catalogne » : il suffisait de le dire.

On peut compter sur les employés du Système pour se précipiter sur la moindre erreur tactique dès qu’elle passe à portée, car c’est bien la tactique du gouvernement central qui a permis à cet événement d’insurrection sécessionniste d’avoir lieu dans des conditions absolument inespérées pour les sécessionnistes. C’est dans tous les cas comme cela qu’on interprète l’épisode ; on avait déjà commencé à entendre, avant le référendum, des commentateurs-Système non-espagnols tonner sur la tactique du Premier ministre et rappeler les engagements franquistes de sa jeunesse.

Il résulte de ce beau désordre une situation d’impasse complète où les deux adversaires se trouvent pour l’instant en position de ne pouvoir reculer ; une impasse complète qui installe une situation crisique de très grande tension et de très belle allure, au cœur de l’Europe. Il en résulte une nouvelle crise pour l’Europe, une nouvelle crise pour le Système, et cette crise bien plus grave, bien plus insoluble que si, par exemple, le référendum avait été autorisé pour donner dans le calme un résultat modérément favorable à la sécession. Ce qui compte, c’est la tension brusquement retrouvée dans son sens positif, la “tension psychologique” brusquement retournée et sortie de son épisode dépressif, – bref, le Brexit Blues en passe d’être complètement dissipé.

 

Mis en ligne le 02 octobre 2017 à 10H57

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