Jaurès et Barrés

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Jaurès et Barrés

Marine a-t-elle infléchi la ligne de son père comme le disent certains commentateurs? Sur le long terme on s’apercevra sans doute que non. Non pas que Jean Marie soit devenu amoureux du petit peuple de France, des petits, il fait partie de l’élite au moins par sa fortune, mais plutôt que, vieillissant, comme tout vieux à la veille de sa mort, il approche une certaine repentance, une certaine remise en cause de ce qu’il a été, de ce qu’il a fait. Il mourra riche mais ses derniers mots seront sans doute une pensée tendre pour sa fille qui a bien compris que pour être élue il faut compter avec tout le peuple, que le petit peuple et le moyen peuple, c’est quand même la majorité et que donc, ça commence toujours par là. Pour être élu il faut que la masse vous élise, il faut être "de gauche". Après… on verra! Le raisonnement vaut et a valu pour tous ceux qui se sont fait élire par le peuple. Napoléon III, ancien carbonari italien, révolutionnaire écrivant en prison "l’extinction du paupérisme" et finissant empereur! Le général de Gaulle maurassien-barrésien mais surtout parfaitement conscient que les Français étant des veaux (comme les autres peuples), il faut un coup d’état pour être "élu". Mitterrand, catho de droite amoureux de francisque devenant "socialiste" et "ami" du parti communiste, pour installer 14 ans durant sa morgue à la présidence, etc… N’oublions pas que jeune, disons très jeune, car il n’est pas si vieux le gamin, Macron était socialiste militant, avait le cœur à gauche !

Ces considérations générales, posent en d’autres termes l’élection que nous venons de vivre. L’union de Barrès et de Jaurès, qui aurait dû se faire entre l’électorat de Mélenchon et celui de Marine le Pen pour que les choses changent, ne s’est pas faite si bien qu’on a toujours un "socialiste" banquier à la tête de l’état, une tête d’œuf grande-école, un bourgeois transgressif et fier de l’être, qui prétend en plus, mettre de la moralité dans la politique, de la transparence, de l’honnêteté alors que la politique est le domaine par élection, c’est le cas de le dire, de la langue de bois, du mensonge nécessaire et du fric. Si de bonnes âmes critiquent la façon américaine d’élire les présidents grâce aux dollars des banques et des grandes firmes qui coulent à flot, qu’ils réfléchissent un instant à la manière dont Macron a été élu, pardon, vendu. S’il avait dû payer la propagande gratuite que lui ont fait les télévisions, les radios, les hebdomadaires et les quotidiens, cela ce serait compté en millions d’euros! C’est la différence d’avec les Usa, les Amerlos sont fiers de voir la démocratie vendue selon la règle du business, les Français sont fiers que leur régime ait inventé la notion de "compte de campagne" à ne pas dépasser, oubliant la pub gratuite faite par tous ceux qui ont intérêt à ce que, à toutes les époques, le Peuple élise des Macron.

Quand verra-t-on en France se mettre ensemble, ceux qui auraient intérêt à le faire pour gouverner? Sans doute jamais tant l’idéologie est chez nous seconde nature. Mélenchon, malgré des appels du pied discrets, n’a jamais voulu une seule seconde envisager cette éventualité et je parie qu’il a voté Macron par "haine du fascisme" mais il ne le dira pas par honte de ce qu’il est: un traitre fort sympathique et bon dialecticien. Lordon, l’idéologue spinosiste du Capital, l’économiste marxiste de talent, idem. "Merci patron" l’intello combatif de gauche, a voté lui aussi voté Macron. Ils y croient tous au péril brun ou font semblant! Lorsque Sapir, il y a deux ans, a précautionneusement, émis l’hypothèse qu’il faudrait bien un jour s’unir si on voulait quitter l’euro, l’Europe et l’Otan, il fut accusé du péché mortel de vouloir s’unir au diable extrême droite. L’humoriste Dieudonné a fait la même remarque il y a quelques jours en disant, bien sûr par boutade: mélenchonistes et lepénistes si vous vous étiez unis, vous seriez aujourd’hui au pouvoir! Et c’est vrai, et ça l’est d’autant plus si l’on regarde les programmes des deux potaches: ils sont frères siamois, chose bien sûr que Méluche conteste car pour lui cette idée est pire qu’un crime, une faute de pensée, alors que Marine est plutôt d’accord sur le fait qu’il y a de nombreux points commun entre eux. Mais Mélenchon est si bête que dans son interview avec Natacha Polony l’autre soir, il tremblait à l’idée qu’il aurait pu et dû être au deuxième tour avec bien sûr la mission divine de battre la Pen, cette fasciste, cette raciste congénitale, qui alors aurait été sa rivale. Croit-il sincèrement que dans ce cas le peuple de France lui aurait accordé 51% des voix, que les abstentions n’auraient pas été plus grandes que ce qu’elles furent, réduisant l’élu à être un mal élu qui aurait été chassé du pouvoir à la première difficulté comme Trump va l’être aux Usa ?

Non, il faut se rendre à l’évidence, ni Le Pen ni Mélenchon n’auraient pu être élus, les Français ne sont pas mûrs pour ça, pas prêts à ça, pas prêts à tout remettre en cause, à avoir de l’audace, à prendre des risques. Les Français sont vieux, fatigués, craintifs. Ils font semblant de se réjouir qu’à la cantine scolaire -gratuite évidemment selon le principe "socialiste"-, leurs enfants dussent manger bio, que, lorsque le smog étouffe Grenoble ou Paris il faudrait prendre des mesures drastiques contre la circulation automobile, mais ils n’en croient pas un mot. Ils ne sont pas prêts à les prendre ces mesures drastiques dans la plupart des domaines, ne sont pas prêts à admettre que l’école, par exemple, doit d’abord apprendre aux élèves à lire, écrire et compter, en d’autres termes que le ministère de l’Education Nationale redevienne ministère de l’Instruction Publique et pas le lieu où se concoctent les niaiseries idéologiques qu’on déverse dans les jeunes cerveaux. Ils ne sont pas prêts, autre exemple, à souhaiter que le ferroutage devienne une priorité nationale, qu’on arrête de construire des autoroutes, qu’on cesse de privatiser les services publics, qu’on commence à sortir du nucléaire, etc, etc, etc.

Quand on parle avec eux, ils sont prêts à refaire le monde, s’insurgent contre l’abrutissement des élites, les non-sens et les absurdités des décisions prises par ceux qui nous gouvernent mais dans l’isoloir, ils ont leurs trois sueurs et posent un petit caca.

Reste la législative. Méluche croit être celui qui imposera la cohabitation. Je le lui souhaite mais je crains qu’il ne rêve. Les Français sont fatigués, lâches, craintifs, vieux, tout ce qu’on voudra, mais cartésiens d’abord. Ils vont donner la majorité à Macron, vont faire confiance au Fils puisqu’ils ne croient plus au Père, comme ils se sont enthousiasmés pour le jeune Bonaparte après que le père eût été sacrifié. Le Fils tiendra-t-il les promesses faites au Grand Siècle lundi ? Aura-t-il la Vigueur que donne la Grande Pyramide à 666 facettes? le Bon Œil? Et finira-t-il quand même à Waterloo? On va voir.

Marc Gébelin

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