Fillon vu de Moscou

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Fillon vu de Moscou

Un article de Moscow Times, qui n’est certainement pas une publication aveuglément du parti de Poutine, donne une appréciation détaillée et qui nous semble significative de la perception qu’on a, à Moscou, de l’installation extraordinairement rapide et imprévue de Fillon sur le devant de la scène politique française, avec du coup une position de force pour aborder l’élection présidentielle de 2017. Le ton même de l’article, – publié le 25 novembre mais plus que jamais d’actualité, comme le souligne Russia Insider le 30 novembre, – tend à nous faire penser que, pour les milieux politiques russes, les officiels et ceux des experts, Fillon est une sorte de “divine surprise” dont l’élection en mai 2017 est très fortement possible sinon probable. L’intérêt de cet article est évidemment l’appréciation de Fillon de l’extérieur, essentiellement pour sa politique extérieure éventuelle et supposée, les principes qui la guident, et plus précisément pour le domaine des relations entre France et Russie.

En fait, l’auteur(e) part de l’hypothèse d’un second tour Fillon-Le Pen, considérant que dans ce cas c’est comme on dit du “win-win” pour Moscou selon les positions des deux candidats vis-à-vis de Moscou. Puis l’on passe au seul Fillon, cela indiquant d’une façon assez nette 1) que les milieux d’où viennent ces appréciations considèrent Fillon comme le vainqueur probable sinon assuré ; et 2) que cette issue ne préoccupe nullement la direction russe, bien au contraire. Certes, les Le Pen (Marine et Marion) ont eu de nombreux contacts avec la Russie ces dernières années, avec divers déplacements à Moscou, au contraire de Fillon, mais aucune n’a rencontré Poutine alors que Fillon a des rapports personnels très affirmés avec lui, remontant à ses années de Premier ministre.

L’appréciation de la politique intérieure de Fillon est rapidement mentionnée, sans trop s’y attarder, pour passer à l’essentiel, – la politique extérieure. On notera tout de même que, dans cette vision russe, Fillon est mentionné comme un “admirateur affirmé” de Thatcher mais sans guère de conséquence pour le jugement général puisqu’il est tout de même classé comme “conservateur social”, avec une forte composante traditionnelle — ce qui n’était certainement pas le cas de Thatcher, en aucun cas, puisqu’avec elle, dans son action, son possible aspect “traditionnel” ne jouait aucun rôle et son conservatisme était en général très brutal, et il ne l’était que pour le bénéfice des acteurs économiques, nullement pour la dimension sociale...

L’article insiste sur les liens de Poutine avec Fillon, les deux ayant été en même temps Premiers ministres de leurs présidents respectifs Medvedev et Sarkozy, et le ton du commentaire nous conduisant à ressentir l’affirmation d’une plus grande proximité de Poutine avec Fillon. Jusqu’ici, on a fait grand cas des liens Poutine-Sarko, mais avec l’entrée en piste de Fillon il vient à l’esprit que les deux personnalités (Poutine et Fillon) s’accordent bien mieux que dans l’autre cas (Poutine et Sarko) : il y a une proximité de comportement, sinon de caractère, qui n’existait pas dans le cas de Poutine avec Sarko ; proximité d’une certaine réserve, d’une volonté d’absence de démonstration, mais tout cela compensé (si l'on peut parler de “compensation” là où il pourrait y avoir “complément”) par une affirmation de netteté, de droiture et de fermeté dans les engagements.

A la différence de ce qui a été souvent répété dans la campagne concernant précisément les liens entre la France et la Russie et spécifiquement eux, la chose la plus évidente et la plus importante pour l’analyse dans cet article concerne la position de Fillon sur la Syrie, effectivement assez ou très proche (selon l’analyste consulté) de celle de la Russie. Ce point, effectivement peu évoqué lors des conversations électorales des deux derniers mois en France représente un facteur plus déstabilisant qu’aucun autre pour la doxa-narrativiste dominante dans les salons parisiens.

On notera un passage de cette analyse où Pavel Chinsky, directeur de la Chambre de Commerce franco-russe à Moscou et consulté comme expert sur le cas, développe une observation détaillée qui relie le cas Fillon à un autre cas qui est en plein débat aux USA, celui du général Flynn, qui vient d’être nommé directeur du NSC et conseiller du président Trump pour les questions de sécurité nationale... Ces affirmations, malgré leur caractère imprécis quoique portant sur des cas précis, alimenteraient dans notre esprit l’hypothèse selon laquelle Flynn est d’ores et déjà en contact avec les Russes sur la question syrienne, selon une position très proche de celle des Russes (alors qu’une autre analyse, à Washington, estime que Flynn est au contraire très proche des neocons) : « “Sur la Syrie, Fillon a une position très similaire à celle du [conseiller de sécurité nationale de Trump] Michael Flynn. Flynn, qui a assisté à un gala au côté de Poutine [à la célébration du dixième anniversaire du réseau RT, en décembre 2015 à Moscou], avait auparavant affirmé que les affirmations d’une attaque chimique commise par le gouvernement syrien [en août 2013] concernaient un ‘falseflag’. »

... Mais il y a surtout l’Europe. L’article considère bien entendu que Fillon a une attitude moins affirmée que Le Pen puisqu’il n'envisage en rien une sortie de l’euro ni, encore moins, une sortie de l’UE. Un autre expert, Mikail Troitskiy, observe : « “Si la Russie veut vraiment que l’UE éclate, alors Le Pen est l’option la plus intéressante’, dit Troitskiy. Mais l’UE restant son principal partenaire commercial, la Russie subirait de graves conséquences si l’UE éclatait politiquement et économiquement. » Cette appréciation, qui correspond au standard de la vision centriste de l’UE à Moscou, tient peu compte de la vérité-de-situation qui est en train de s’élaborer avec l’émergence de Fillon et les conséquences en France sur la perception, et donc sur la psychologie collective conduisant à l’élaboration de la politique, de la situation de l’UE et de la France dans l’UE dans les nouvelles perspectives qui sont ouvertes. C’est dire qu’on pourrait raisonner selon l’hypothèse que l’élection de Fillon comme candidat, dans les conditions où elle a eu lieu, a ouvert une brèche fondamentale dans la psychologie et la perception collectives, en France mais aussi dans certains cas hors de France pour évaluer la situation française, à propos de la question de l’UE.

A cet égard, on mentionnera un article paru avant-hier 28 novembre dans EUObserver, publication qui reflète la “ligne européenne“ aussi bien que la perception des événements telle qu’on la rencontre à Bruxelles, dans les milieux de l’UE. Le titre lui-même est déjà indicatif de la tendance : « La vision de l’UE de Fillon : la France conduisant une “Europe des nations” ». Inutile d’épiloguer sur le choix de la formule fameuse, et gaullienne autant que gaulliste bien entendu, puisque venue de De Gaulle lui-même... C’est-à-dire l’anathème pur et simple à Bruxelles, de la sorte, et multiplié par dix, qui conduisit Juncker, dans un moment plus arrosé qu’à l’ordinaire, à se réjouir du Brexit, puisque le vote faisait sortir de l’UE un État-Membre attaché vaille que vaille au principe de la souveraineté (du côté de l’Europe, parce que du côté du “grand-large“, vers les USA, c’est une autre affaire). Fillon avec en bandouillère “l’Europe des nations”, c’est l’horreur pure pour Bruxelles, engagé dans une fièvre, voire un délire de supranationalité fédéraliste à visage découvert depuis une bonne dizaine d’années. L’article donne la parole à Vivien Parusot, qui dirige à Bruxelles le bureau régional de l’IFRI parisien, qui transmet ce message sur les conceptions de Fillon : « Fillon n’est pas considéré comme un grand [partisan de l’Europe]. Bien qu’il ne soit pas pour “moins d’Europe“, Fillon ne soutient pas l’idée d’une plus grande intégration, il est en faveur d’une UE intergouvernemental. »

En d’autres temps, cette position eut été un moindre mal pour la forteresse européenne de Bruxelles, et en vérité le rythme, la puissance et l’élan de la bureaucratie européenne, avec l’allant de ses chefs assurés de leurs certitudes diverses et sans personne pour les contredire, n’en eussent fait qu’une bouchée. Aujourd’hui, c’est tout le contraire : la bureaucratie européenne, et surtout ses dirigeants, sont dans une situation pathétique ; ils découvrent eux-mêmes, chaque jour, leur déconnexion totale de la réalité, leur incapacité de prévoir le développement d’un courant qui les terrifie et les événements que ce courant suscite au sein des plus grandes puissances du bloc-BAO  (l’élection de Trump, mais aussi l’apparition de Fillon). Les membres de l’UE sont de plus en plus divisés et, surtout, surtout, ne craignent absolument plus de montre leurs divisions, et même au contraire jugent de bonne politique de les afficher... Et tout cela se joue autour des problèmes sur lesquels Fillon a construit sa victoire (souveraineté, identité, etc., – bref, souverainisme versus globalisme).

Si elle avait l ieu dans les conditions d’une victoire indubitable, et plus encore contre Le Pen, l’arrivée de Fillon-“Europe des nations” causerait des effets incalculables. Fillon arriverait d’une France qui, par le deuxième tour opposant deux candidats qui ont chacun des rapports étroits avec ce courant, aurait montré qu’elle est largement à majorité souverainiste. Il arriverait d’une France probablement chauffée à blanc par une campagne qui aurait sans guère de doute tourné autour de la question européenne, ou plutôt de la crise européenne, avec pour la première fois la politique internationale jouant un rôle central dans le débat de l’élection (Pertusot : « En France, la question de l’UE est toujours considérée comme un débat de politique internationale »).

Dans de telles conditions, une victoire de Fillon serait une perspective très intéressante dans la mesure où elle conduirait à notre sens à des effets, notamment au niveau européen, qui pourraient être encore plus dévastateurs que l’arrivée d’une le Pen parce que Fillon ne se présente pas comme un “imposteur” qu’on peut diaboliser ou charger d’une “repentance” de sa diabolisation, mais comme un homme justement venu du Système. Il n’est pas assuré que l’élection d’une Le Pen amène très vite l’éclatement de l’UE, mais il nous semble au contraire que l’élection d’un Fillon propulsé par le courant sont il se réclame et qu’il a contribué à mettre en lumière en s’u insérant victorieusement, pourrait conduire très vite à l’éclatement de l’UE qui s’avèrerait bien entendu irréformable, – c’est-à-dire une véritable “implosion”, de l’intérieur.

En attendant cette intéressante expérience, on lira ci-dessous le texte de l’article signalé plus haut, du Moscow Times du 25 novembre. (Nous avons réduit le titre pour des raisons techniques, mais aussi pour écarter une faute d’inattention assez bégnine mais qui donne une forte impression et qu’on peut donc ainsi écarter … le titre original : « Why France Will Definitely Have A Pro-Russian Government in April ».)

dedefensa.org

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Why France Will Have A Pro-Russian Government

When Russian President Vladimir Putin unexpectedly canceled his trip to Paris last month, it looked as Franco-Russian relations had reached new lows. President Francois Hollande spoke of Russian war crimes; in Syria and condemned the Kremlin's policy in Aleppo.

Yet as Francois Fillon may win the French Republican primaries, relations between Paris and Moscow could be set to thaw in 2017. Like many Western elections this year, primaries for the French Republican party ahead of next year's presidential vote have provided political upset and uncertainty. The winner was man that few considered a serious contender: Francois Fillon. After managing to knock his old boss, former French president Nicolas Sarkozy, out of the race, Fillon will face a final run-off with the party's other presidential hopeful, Alain Juppe, this Sunday.

If Fillon wins the party leadership contest, he will face France's far right candidate Marine Le Pen in the spring 2017 election. The prospect is a win-win situation for Vladimir Putin, with both Fillon and Le Pen previously proving themselves to be friendly toward the Kremlin.

Russia's pro-Kremlin media has been rejoicing at the possibility of Francois Fillon taking over the Elysee. Moscow's propagandist-in-chief Dmitry Kiselyov lauded Fillon a “friend of Russia” In his weekly show, while Russian newspapers are rushing out headlines to boast that Paris may soon change its policy towards Moscow.

A man with personal ties to Putin

Francois Fillon is on first-name terms with Putin. Both men were Prime Ministers during the Sarkozy and Medvedev presidencies, when Franco-Russian relations flourished. Fillon has stressed that Russia is a “crucial partner” for France, and has promised to lift European sanctions imposed on Moscow following the 2014 Crimea annexation. Putin, meanwhile, has called Fillon “outstanding.”

During their debate on Thursday, Juppe even accused Fillon of receiving support from Moscow, saying he was "a little surprised" Putin had "chosen his candidate".

“Putin respects Fillon and, in Russia, respect goes a long way,” says Pavel Chinsky, director of Moscow’s Franco-Russian Chamber of Commerce.

Fillon represents the conservative branch of the French right – both socially and economically. He is an open admirer of Margaret Thatcher and has been accused of being anti-gay and anti-abortion (he voted against the decriminalisation of homosexuality in 1982 and more recently against adoption rights for same-sex couples). He also describes himself as a practising Catholic.

His social conservatism has been welcomed by Russia's ruling elite and the country’s media. Yet the Kremlin is far more pleased with Fillon’s foreign policy rhetoric – namely in the Middle East and Eastern Europe.

Praise for Moscow’s Syria policy

Fillon has previously had some warm words for Moscow's role in Syria, claiming that Syria's Bashar al-Assad could form part of a solution to the country’s ongoing civil war. He has also stressed that defeating Islamic fundamentalism should take priority over forcing Assad to leave office. When Putin cancelled his Paris visit, Fillon denounced Hollande's Middle East strategy. “Islamic totalitarianism,” he said, means that “we needs lots of allies, including Russia.”

“On Syria, Fillon is very similar to America's Michael Flynn [president-elect Donald Trump's incoming national security adviser],” says Chinsky. Flynn, who once attended a Moscow gala alongside Putin, has previously claimed that allegations of chemical attacks by the Syrian government were a “false flag.”

Russian political analyst Mikhail Troitskiy warns that the Syria rhetoric of politicians such as Donald Trump and Francois Fillon do not indicate a real chance for cooperation in Syria. “Criticism might subside, but uniting forces is doubtful,” he says. Whoever has governed France, he says, has historically sided with Sunni Muslims- and is likely to continue supporting moderate Syrian rebels.

Abandoning Kiev?

Fillon has also expressed support for Moscow in the ongoing Ukrainian conflict, which he claims was “provoked” by the West. “Under Fillon, France would join an alliance of EU member states who support lifting Western sanctions on Russia,” says French analyst Nicolas Tenzer.

Yet France's position on Ukraine is likely to depend on Germany's Angela Merkel's position come spring next year. Fillon could follow a similar path to Francois Hollande, who have never been a vocal enthusiast for Western sanctions, but has remained aligned with Brussels nonetheless. EU consensus on sanctions could also strengthen if the United States under Donald Trump becomes more detached from Europe, Troitskiy says.

The Le Pen factor

The elephant in the room remains French far right candidate, Marine Le Pen. Fillon's conservatism may see him woo some of her supporters, but the Front National is painting his liberal economic policies as harmful to the average Frenchman.

Moscow's ties with the Le Pen are much stronger — and far more visible – than those with Fillon. Marine Le Pen's niece and rising political star Marion Le Pen traveled to Russia and met with United Russia officials earlier this month. The Front National has made no secret of its financial debts to Russia: Marine Le Pen has openly admitted to accepting Russian money to finance her campaign.

Yet which candidate would ultimately be the Kremlin's preferred choice? “If Russia really wants the EU to fall apart, then Le Pen is optimal,” says Troitskiy. But while the EU remains Russia’s largest trading partner, Moscow will still have to bear the consequences if the EU collapses politically and economically.

Putin has never met personally with Marine Le Pen, who has been held at bay at lower levels of Russian bureaucracy, says Vladimir Frolov, a political expert based in Moscow. "Fillon is not a marginal politician of the far right. He is part of the French and European establishment. He is much more effective in forwarding the Russian agenda within the EU then Le Pen would ever have been," says Frolov.

The prospect of Francois Fillon reaching office still remains a distant possibility. Yet as his rival Alain Juppe struggles to persuade French voters that a vote for Fillon is a vote for the Kremlin, he is being increasingly compared to America's defeated Hillary Clinton. And with former-President Sarkozy now endorsing Fillon, Moscow can only look on with bated breath. "As the things stand now it is Christmas seven days a week for the Kremlin," Frolov says.

Moscow Times

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