Destin tragique de dissident

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Destin tragique de dissident

Qui ne connaît pas Justin Raimondo ne connaît rien à la naissance de l’information alternative, au surgissement de ce qui allait devenir, selon notre point de vue, le système de la communication tourné en antiSystème, avec une presse antiSystème à mesure. A quelques semaines près, il y a exactement vingt ans que nous pénétrions dans ce domaine nouveau pour secouer l’insupportable narrative, mensonge-virtualiste, simulacre, qu’était devenue l’information officielle qui ne prenait même plus la peine de dissimuler. Cela se passait lors du conflit du Kosovo, qui démarra le 25 mars 1999, et Antiwar.com fut aussitôt, avec Stratfor, alors très fréquentable, la principale source d’information convenable et acceptable au milieu du marécage-cloaque extraordinaire de simulacre qui avait lieu chaque jour à Evere, lors des conférences de presse de l’OTAN. Les massacres et les ratages de l’offensive contre la Servie ne purent donc pas être réalisés complètement en toute impunité grâce à ces nouveaux-venus.

(Voyez Nietzsche au Kosovo, cette partie-là du récit qui conte les mésaventures des journalistes face au simulacre virtualiste des autorités à Evere/Bruxelles rend compte d’une expérience réelle, extrêmement vécue, avec la nausée qui convient.)

C’est bien un hommage que nous rendons ainsi à Raimondo, au moment où il fait paraître son articlele plus intrigant, le plus déroutant, le plus malheureux en un sens (article dont le propos est malheureux, mais dont nous soupçonnons que l’auteur aussi est malheureux). Dans cet article, il fait une célébration de Trump qui paraît à la fois outrancière et incongrue, comme s’il voulait autant se convaincre lui-même que nous convaincre de ce que Donald Trump n’est manifestement pas, – même s’il joue un rôle essentiel, c’est par inadvertance et nullement parce qu’il est un “grand homme”… Dire ceci de Trump, sous une forme qui semble lui donner conscience de ce qui serait son “rôle historique”, c’est vraiment lui faire la part si belle que lui-même n’y songerait pas : « C’est parce qu’ils ne comprennent pas le rôle historique que Trump joue, entrant dans un tout nouveau chapitre de l’histoire de la race humaine qui vient de s’ouvrir ».

C’est un peu similaire pour le reste. Il s’agit pour Raimondo de justifier le choix qu’il a fait d’ériger Trump en destructeur de l’ordre ancien, en America Firster vertueux et non-interventionniste ; il s’agit aussi de retrouver et d’expédier le vieil ennemi des libertariens qu’est l’étatisme sous toutes ses formes, et particulièrement sous sa forme marxiste. Ainsi effleure-t-il deux points, un accessoire et l’autre essentiel, qu’il expédie prestement :

• Le Venezuela (et éventuellement pour suivre, le Nicaragua) : si les neocons veulent leur crise, Trump la leur laisse en s’en lavant les mains, mais en exigeant en retour qu’ils le soutiennent pour sa réélection. De toutes les façons, estime Raimondo, la partie est loin d’être gagnée, et toute aggravation de la crise sans gain pour Washington sera mis au débit des Bolton & Cie. Raimondo n’a pas tort en faisant du Venezuela une crise complètement accessoire mais il aura du mal à nous convaincre que cette action ne va pas rejaillir sur Trump lui-même, pour le faire percevoir comme un président interventionniste.

• L’essentiel, estime effectivement Raimondo, c’est d’une part le retrait des forces US d’Afghanistan (considéré comme acquis par Raimondo, ce qui est aller tellement vite en besogne) ; d’autre part, les négociations qui vont avoir lieu avec Kim sur la question coréenne. Pour lui, ces deux dossiers constituent une irrésistible dynamique de “démantèlement des infrastructures essentielle de notre empire” : « Le rôle historique de Trump en tant que “nettoyeur” après le gâchis laissé par nos élites actuelles est capital pour comprendre comment nous pouvons démanteler les infrastructures essentielles de notre empire tout en menaçant le Venezuela et le Nicaragua. »... Là aussi, c’est vraiment aller très-très vite en besogne, jusqu’à vous couper le souffle.

Mais certes, il y a une explication à cette faiblesse de démonstration, très inhabituelle chez Raimondo. (Même son style est différent : des paragraphes courts avec des phrases hachées, des affirmations assénées, sans démonstration ni références, lui qui d’habitude prend son temps pour démontrer les choses en détails et dispose d’un trésor de références.) Raimondo est malade, comme on le sait depuis un certain temps. Il écrit son article de l’hôpital en même temps qu’il nous informe de la réussite de son traitement anticancéreux. (Souhaitons que cela soit vrai cette fois, – car ce n’est pas la première fois qu’il nous annonce la bonne nouvelle.) Dans ce contexte, il y a donc quelque chose de pathétique dans la démarche de Raimondo : on ne dira pas que son texte résonne comme un testament, et ce serait même le contraire : c’est le premier article original qu’il signe depuis plusieurs semaines (depuis le 17 décembre 2018), après un passage hospitalier très délicat.

C’est donc plutôt un “retour” que l’auteur voudrait faire durer, à mesure de sa guérison. Mais il s’agit bien d’un article sommaire où Raimondo tente de décrire une orientation décisive de la politique actuelle des USA, qu’il personnalise en Donald Trump lui-même, une sorte de manifeste qui dirait : “Voici ce que je crois de Donald Trump”. Le résultat est loin, très loin, d’emporter, et notre enthousiasme, et notre adhésion.

(Ni l’enthousiasme ni l’adhésion de l’auteur lui-même, finalement ? Le dernier paragraphe de soin texte, une sorte de commentaire sur la forme de ce texte, est révélateur : « Veuillez bien noter que le but est ici d’expliquer plutôt que de défendre une politique. Bien que mes opinions anti-interventionnistes soient claires, ce que je veux le plus pour mes lecteurs, c'est les aider à comprendre la situation. »)

Pour nous, il s’agit d’un cas typique du piège qui se trouve devant tous les antiSystème, d’identifier leur combat à un personnage, un homme d’État, encore plus quand ce personnage est arrivé aux plus hautes fonctions ; encore plus, est-il besoin de l’ajouter, quand le personnage est aussi fantasque que Donald Trump. Comment peut-on espérer qu’un personnage aussi extraordinairement efficace dans l’installation du désordre à Washington, à commencer par son administration, puisse en même temps construire un ordre qui puisse prétendre ouvrir « un tout nouveau chapitre de l’histoire de la race humaine » ? Cela est solliciter l’invraisemblable et l’absurdité en même temps. Raimondo était notablement plus efficace lorsqu’il s’attaquait aux puissances en place au nom de certains principes bien compris et clairement affichés. Il aurait pu faire cela avec Trump. Il a cédé à un trait de sentimentalisme que son état de santé explique aisément et rend parfaitement compréhensible. La bataille de l’antiSystème n’est nullement exempte de tragédies, de choix cornéliens, de risques de trahison de soi-même. C’est une école de fermeté et de rigueur.

Cela, dit, nous sommes les premiers à reconnaître l’utilité de Trump, mais inutile de lui en prêter plus...

dedefensa.org

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Présage d'un nouvel âge 

Contre les cris et les avertissements des mandarins de l’établissement, le président doit retirer toutes les troupes américaines d’Afghanistan. La plus longue guerre d’Amérique se termine par un accord proposé il y a des années mais qui avait été rejeté par les mêmes bureaucrates-saboteur de tout accord du Pentagone, qui aujourd’hui affichent leur mécontentement.

Pendant ce temps, Trump continue régulièrement de lancer des bordées de critiques contre l'OTAN, qui est une impasse ; plus important encore, il poursuit le processus entamé à Singapour, pour sortir du bastion constitué de longue date par le complexe militaro-industriel autour de la question coréenne. Ses rencontres avec Kim Jong-Un représentent une grave menace pour la corne d'abondance extrêmement lucrative que constituent l’argent, les carrières et le prestige de l'élite qui s’est aggloméré autour de  de ce conflit depuis longtemps gelé.

C’est de là que vient le chœur de l’opposition et, au plus les Coréens se rapprochent d’un accord, au plus des types différents d’ “@expert” (parrainé par l’État) disparaîtront inéluctablement en affirmant qu’aucun accord n’est possible.

C’est parce qu’ils ne comprennent pas le rôle historique que Trump joue, entrant dans un tout nouveau chapitre de l’histoire de la race humaine qui vient de s’ouvrir.

Pensez-y: la plupart des conflits et les luttes de pouvoir qui ligotent et paralysent notre société actuelle sont tous des produits des idées et des technologies du XIXe siècle: le marxisme ? Et cela, dans un monde automatisé ? Et puis, il y a notre propre système de capitalisme oligarchique – copinage institutionnalisé et corruption – qui a provoqué une réaction de virulence croissante – le trumpisme et ses correspondants internationaux.

Le rôle historique de Trump en tant que “nettoyeur” après le gâchis laissé par nos élites actuelles est capital pour comprendre comment nous pouvons démanteler les infrastructures essentielles de notre empire tout en menaçant le Venezuela et le Nicaragua.

Gérées par des idéologues sclérosés piégés dans un rêve du XIXe siècle, les rébellions sur ces terres marginales n’ont rien à voir avec Trump. En tout état de cause, elles auraient éclaté – et auraient été vaincues – car le marxisme ne peut s’adapter aux nouveaux modes de production et n’a aucune incidence sur les interactions politiques et sociales de la nouvelle ère.

Trump a donc laissé Bolton et ses collègues néo-conservateurs jouir de leur Moment de célébrité en échange de son soutien à sa réélection. Et peu m'importe le nombre de soldats que Bolton a écrit sur ses feuillets jaunes. Si un seul soldat américain finit par occuper le Venezuela, ce sera pour un très bref “défilé de la victoire”. Je ne compte d’ailleurs pas sur cela non plus : Maduro a l'armée et ses partisans sont des militants et des miliciens. Quant à faire chuter Daniel Ortega au Nicaragua, cela n’ira nulle part non plus.

Le communisme est tombé, mais les détritus et les destructions causées par le système se trouvent là où ils sont tombés. De l’Eastasia à l’Europe, les choses sont, comme pourrait le dire Trump, “un désastre. Ils m'ont laissé un vrai gâchis”.

Laissons les néo-conservateurs se lancer dans l'aventure du changement de régime au Venezuela, – promise à l’échec. A la fin, tout cela ressemblera à un simulacre qui se dissipera.

Tous les drames, les couleurs de changement de régime, le sens du danger et de la guerre sont aujourd’hui dans le crise vénézuélienne, et cela retient l’attention. C’est ce que Trump souhaite voir, – alors que, lors de leur réunion au Vietnam, Trump et Kim poursuivent le projet de nettoyage de la guerre froide.

Justin Raimondo 

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