Cortez et ses vaisseaux en flammes dans le port du Pirée

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Cortez et ses vaisseaux en flammes dans le port du Pirée

Nous avons cherché dans notre moteur de recherche interne, qui n’est pas de la prime jeunesse et doit en rater plus d’une, l’expression terra incognita employée et référencée spécifiquement par nous-mêmes en tant que telle, dans la rubrique adéquate. La première fois que l’expression apparaît (sous forme de titre), c’était le 17 août 2007 et cela correspondait à la première “réplique sismique en amont” remarquable et spectaculaire (panique bancaire au Royaume-Uni d’août 2007) de l’effondrement de septembre 2008. Ce temps de septembre 2008 (faillite de Lehman Brothers, ou 9/15) marque pour nous la deuxième phase paroxystique (la première étant 9/11, celui de 2001 et de GW) de la grande crise d’effondrement du Système, c’est-à-dire véritablement une deuxième crise dans la Grande Crise, ou encore (puisque la subdivision continue en-dessous en différentes crises sectorielles ou chaînes crisiques), une deuxième Grande Crise dans la Très-Très-Grande-Crise (d’effondrement du Système). (*) Il s’agissait du commentaire d’une appréciation d’un “jeune psychologie des crises boursières” offrant la définition de la “psychologie de crise” en trois phases ... Nous caviardons abondamment le texte cité pour ne pas l’identifier dans l’esprit du lecteur à l’événement d’août 2007, pour mieux l’apprécier d’une façon générale et l’adapter à notre propos en y introduisons les évènements de la séquence grecque qui est notre sujet.

«... La première [phase] voit le démarrage de la crise : une poussée de panique devant certaines nouvelles, annonces, etc., en général une réaction brutale devant des événements imprévues sur le court terme mais réaction d’intensité rapidement assez contrôlable. [Choc de l’élection de Syriza en janvier 2015 comme “réplique sismique en amont”, annonçant l’ébranlement sismique du référendum]. Puis vient une phase où les uns et les uns tentent de reprendre le contrôle des choses en expliquant les événements ayant provoqué la première phase. La chute se poursuit mais plus ordonnée. [Période des négociations février-juin 2015, là aussi comme “réplique sismique en amont” de la phase échevelée des derniers échanges entre l’annonce du référendum et le référendum.] [...] C’est la deuxième phase où l’on espère que la “raison” (le calme) va reprendre le dessus. [...] La troisième phase, quand la “crise” devient vraiment une crise, c’est quand le mouvement s’accélère après que les réalités (les chiffres) aient été mises à jour [référendum et résultats] [...] “C’est là où la psychologie entre sur un territoire inconnu [terra incognita], et c’est là où nous nous trouvons”, conclut notre jeune psychologue.»

Il est bon que nous ayons trouvé cette référence pour août 2007, en réalité préfigurant et anticipant (“secousse sismique en amont”) septembre 2008, c’est-à-dire pour nous la “deuxième Grande Crise dans la Très-Très-Grande-Crise (d’effondrement du Système)” (**), qui contient aussi bien, en plus des financières, les crises du “printemps arabes”, les crises sociétales, la crise ukrainienne et le reste, etc. Il est bon, il est excellent et révélateur, qu’il soit plus question finalement, dans cette citation, de psychologie que des questions financières, de la dette, de l’économie, etc. La psychologie est le relais fondamental, par la perception, de l’intérieur de nous-mêmes avec l’immense crise qui secoue notre monde, et le moteur par conséquent des réactions collectives qui, seules, peuvent nous sauver selon des voies comme on dit “impénétrables”. Il est bon, il est excellent et révélateur, que le terme terra incognita relie les deux références, cette vieille expression qui témoignait dans les temps anciens que le monde, le temps, l’histoire et leurs soubresauts, bref que notre destin cosmique et le Destin en soi sont le Mystère du Tout. Ainsi en est-il après le grand événement d’hier, dont nous croyons sans surprise ni originalité qu’il l’est, grand et même très grand, d’abord à cause des chiffres (60% + contre moins de 40%) qui le transcendent au point qu’on peut dire qu’on est passé de la possibilité difficile d’une “voix collective divisée”, c’est-à-dire d’une cacophonie que serait la non-voix d’une nation divisée en deux (résultats prévus très proches l’un de l’autre), à la certitude puissante et superbe d’une voix collective d’une nation qui peut prétendre aisément, pour ce cas, parler pour une voix collective de l’Europe, et même pour une voix collective du reste. Drôle d’ironie que l’aspect quantitatif du vulgaire décompte des votes ait acquis une dimension qualitative infinie... Juste retour des chose que tout ce qui a débuté de notre aventure en Grèce il y a près de trois millénaires y trouve un point de rupture fondamental, un nœud gordien, – et sans doute, certainement y aura-t-il d’autres, – puisqu’il est question d’une civilisation devenue contre-civilisation, accouchée d’un Système, productrice de crises d’anéantissement entropique, – et ainsi, par le choc ainsi opéré notamment ce 5 juillet, posant et répétant à l’espèce et au monde, par les voix terribles de ce qui les nimbe, les entoure, les menace et les domine, éventuellement vient à leur aide selon les forces dont on parle, la question suprême de la Cause Première.

Terra incognita, donc ... Le philosophe-Commissaire Jean-Claude Juncker avait trouvé, dans son esprit primesautier et résolument luxembourgeois, et sous sa plume à lui de son conseiller à la com’ sans aucun doute, une formule qu’il avait dit avec le sens du définitif, – quelque chose comme : s’ils votent “non”, “les Grecs choisiront le suicide par peur de la mort”. On peut retourner la chose en la modifiant, et dire qu’en votant “non” comme ils l’ont fait, “les Grecs ont choisi la terra incognita par refus du suicide”, ce qui est après tout une leçon de dignité, de courage et d’audace, et de sagesse par conséquent. Encore faut-il savoir que nous parlons, dans cette paraphrase empruntée à la plume anonyme du Commissaire-philosophe, certes des Grecs mais aussi selon la logique de la remarque du précédent paragraphe des Européens, des gens du bloc BAO, mais aussi de tout ce qui compose notre contre-civilisation en crise et notre Grande Crise d’effondrement du Système. Il serait bien erroné de séparer la “crise grecque” (disons la crise-grecque-II après la crise-grecque-I commencée en 2010 et terminée le 25 janvier 2015, et entrant dans sa nouvelle phase crise-grecque-III), de la crise européenne évidemment, de la crise ukrainienne, de la crise avec la Russie, de la crise Daesh/EI dont les derniers projets seraient (selon DEBKAFiles du 5 juillet 2015) d’attaquer le Sphinx et les Pyramides de Chéops, et qui masse des forces pour attaquer l’Égypte par le Sud en venant de Libye et du Sinaï tout en plaçant Israël sous la menace d’une attaque conjointe, – enfin il serait bien erroné de séparer la “crise grecque” de tout le reste, et tout le diable et son train. Il s’agit de fixer les choses extraordinaires dans leur contexte, quand ce contexte est justement la cause que ces choses sont extraordinaires.

Là-dessus, et nos lecteurs nous connaissant sans doute un peu, il ne faut pas attendre de nous quelque analyse, supputation, prévision prospective, compte et décompte, sur les péripéties à venir, celles qui sont à attendre et celles qui nous surprendront tous, une fois de plus, dans les semaines, dans les jours, peut-être dans les heures qui viennent. D’autres que nous le font, et parfois fort bien, c’est-à-dire bien mieux et infiniment plus à propos que nous ne saurions le faire. Il n’y a dans cette remarque aucun goût de la mesure des réflexions qui importent plus ou des réflexions qui importent le moins, aucune volonté d’établir une graduation ; si certains en trouvent, c’est leur affaire ; les esprits font leur travail, qui est différent le plus souvent et fort logiquement, et c’est fort bien ainsi.

Tout de même ceci : une des deux remarques que nous jugerions intéressante de faire dans ce contexte “opérationnel”, c’est bien entendu que cette crise-là, même si elle se poursuit en bonne part sur le terrain économique et financier, est définitivement politique et restera politique, avec toutes les conséquences qui s’ouvrent à cet égard et lui donnent la dimension qui importe. Elle ne peut plus se résoudre du point de vue financier et économique, mais du seul point de vue politique, parce que le peuple (les peuples) a (ont) parlé dans les circonstances extraordinaires qu’on a tentées de décrire et que les hommes politiques n’ont plus qu’à marcher, avec la pression insistante du canon du revolver de la légitimité populaire retrouvée au creux de leur dos ; on imagine les horizons qui s’ouvrent ainsi, à faire entrer la politique dans ce débat et à rendre ce débat uniquement politique malgré le travail épuisant des experts-Système pour tenter de colmater l’énorme voie d’eau avec les chiffons un peu moisis de leur théologie économique triomphante.

La seconde remarque concerne le constat d’une technique habituelle, “opérationnelle” elle aussi, qui est la marque des crises, et le signe que nous sommes bien au cœur de notre Grande Crise... Il s’agit de le “stratégie Cortez”, à laquelle les pressions incessantes, inarrêtables, irrémédiables, du Système qui ne peut fonctionner que selon sa nature totalitaire jusqu’à son autodestruction, forcent toutes les résistances, toutes les contestations, en les transformant en antiSystème et en les faisant monter à leur propre extrême pour l’inévitable phase de ce qui est un “combat à mort”. (Ce qui était observé dans ce texte du 4 février 2015 : «[...L]a stratégie de la Grèce se réfère, elle, à la ‘coercive déficiency’ qui rappelle aussi bien la théorie de la dissuasion nucléaire française dite ‘du faible au fort’ que la stratégie ‘du dos au mur’ du conquistador Cortez (brûler ses navires pour ne pas avoir la tentation de rembarquer en cas de difficultés dans l’aventure qui s’engage).»)

Ce qu’il nous importait absolument de faire, à nous, dans notre rapide travail de constat analytique, c’est de placer l’événement du 5 juillet dans le flux terrible, furieux et irrésistible, dans le cours diluvien de la crise eschatologique dont nous ne serons pas quittes tant que toute la série nécessaire des plus grands évènements ne se sera pas produite jusqu’à son terme extrême. Le référendum grec et surtout la forme de son résultat sont une indication que cette série est toujours, plus que jamais en cours de production, que la Grande Crise d’effondrement du Système se poursuit, de plus en plus rapide, temps contracté, histoire emportée dans sa dimension métahistorique, – puisque ce référendum d’un si petit pays, si grand par son histoire, est bien l’un de ces évènements...

Salut donc aux vaillants soldats de Cortez qui ont brûlé leurs vaisseaux au large du port du Pirée, réputé pour son charme dans les temps anciens. Platon, Socrate et Aristote doivent papoter ferme, là-haut, d’où ils nous observent.

Notes

(*) Voir par exemple nos textes du Glossaire.dde [17 novembre 2012 et 10 décembre 2012] où cette classification d’une nouvelle phase de la Grande Crise, au lieu de se contenter de ce rôle, ouvre littéralement une “nouvelle crise” dans la Grande Crise, dans la nouvelle identification d’une crise que nous donnons... Cet emploi extrêmement fréquent et dans une optique si complexe du terme “crise” rend nécessaire, puisque nous avons décidé de conserver l’emploi du terme, un constant raffinement d’une redéfinition du terme. Nous écrivions ainsi le 21 juin 2015 :

«A ce point d’entamer notre commentaire général sur les pièces substantielles exposées jusqu’ici, et portant toutes témoignage d’une situation à la fois extraordinairement bloquée et paralysée dans son opérationnalité, extraordinairement monotone et répétitive dans son argument, extrêmement agitée et mystérieuse dans ses péripéties, extraordinairement tendue et explosive dans sa psychologie, nous voulons nous référer à la dernière “Chronique du 19 courant...” de Philippe Grasset (le 19 juin 2015), et également à l’intervention d’un lecteur, monsieur Alain Vité, dans le Forum du même texte, du même 19 juin 2015. Notre lecteur juge contestable l’emploi du concept de “crise” pour décrire la situation et lui préfère les concepts de “dégénérescence profonde”. [...]

«... Il est certain, il est évident, il est éclatant que le concept de “crise” que nous employons nécessite au moins un complet réexamen, une définition entièrement bouleversée par rapport à la situation que nous connaissons. Pour autant, nous ne voulons pas l’abandonner pour définir cette situation, au contraire ; nous voulons même avancer que, effectivement “au contraire”, ce n’est pas le concept de “crise” qui est en cause ici, mais le concept de “temps historique”, c’est-à-dire le temps opérationnel qui conditionne toute “crise”. Ce concept de “temps historique” a, à notre sens, subi des transformations extraordinaires jusqu’à la contraction la plus extrême, en même temps qu’un affrontement s’est établi entre l’histoire courante, l’“histoire-tout-court” qu’on (que le Système) voudrait paralyser dans son état présent, et la métahistoire qui, elle, échappe complètement aux manigances des ‘sapiens’-Système et se trouve dans le cours d’une accélération absolument fantastique. Il est évident que nous plaçons le phénomène de “crise” nécessairement revisité dans le plan métahistorique et rien que cela. Si vous écoutez les acteurs de l’“histoire-tout-court”, les Hollande, BHL, ‘neocons’ et Cie, il n’y a pas de Grande Crise d’effondrement du Système mais, au contraire, un Système triomphant grâce aux “valeurs” et, à part un petit avatar ici ou là, une voie sublime ouverte sur l’avenue des Valeurs Postmodernes découchant avec une sorte d’Arc de Triomphe inverti qui serait comme un symbole de l’Art Contemporain... Cette basse-cour ne nous intéresse pas puisque seul nous intéresse le Système et qu’elle n’en est que la défécation permanente qu’un peu d’eau de la chasse efface. (Il faudrait soigner cette diarrhée, les gars.)»

(**) Il fut même question de la deuxième “Grande Crise Férale” deuxième édition, ou GCF2 (d’après le mot “féral”, «du latin fera, bête sauvage : se dit d'une espèce domestique retournée à l'état sauvage») … GCF2 depuis l’automne 2008 après GCF1 venant de 9/11, le tout imbriquée dans la Grande Crise d’effondrement du Système, ou désigné pour l’occasion de cet article GCCC (“Grande Crise de la Contre-Civilisation”, ou “Great Counter-Civilization Crisis”). (Voir le 4 août 2011.)


Mis en ligne le 6 juillet 2015 à 10H46

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