Après Hawaï, le Japon

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Après Hawaï, le Japon

Les alertes se suivent et se ressemblent : fausses, tout simplement. Ce fut le cas samedi dernier à Hawaii, cela a été le cas avant-hier au Japon. Les circonstances sont évidemment différentes mais le fond de la chose est assez similaire. Simplement, les Japonais ont été plus rapides à rendre compte de leur erreur (ou de leur “erreur” ? On verra...). Il a fallu cinq minutes à la chaîne publique japonaise NHK entre l’envoi d’un message sur son site, sur ses comptes tweeter et sur sa téléphonie mobile, et le démenti penaud (ou “abject”, dit WSWS.org) du présentateur de la chaîne. Le texte de WSWS.org ci-dessous vous conte l’incident dans ses détails et insiste de plus en plus, après une première hypothèse samedi pour Hawaii, sur la possibilité d’incident(s) délibérément provoqué(s) :

« Il n’est pas exclu que l’une ou l’autre des fausses alertes ait été délibérément orchestrée pour créer un climat de peur et d’appréhension face à la “menace nord-coréenne”. L’année dernière, une campagne de propagande acharnée a été menée dans les deux pays pour dépeindre le petit pays appauvri avec son arsenal nucléaire limité comme la plus grande menace internationale. »

Par ailleurs la même argumentation (la campagne intense de dénonciation de la Corée du Nord et les préparatifs supposés de conflit) est avancée pour une autre explication, celle-là bien plus assurée et s'imposant quoi qu'il en soit du reste : la tension nerveuse et la pression des contraintes matérielles pour la mise en place de certaines conditions de sécurité en cas de conflit, ou pour la préparation d’un conflit. (« Le fait même que deux fausses alertes puissent avoir lieu en moins d’une semaine, après des décennies sans panique, met en lumière les préparatifs avancés pour une guerre avec la Corée du Nord et les grandes puissances nucléaires telles que la Chine et la Russie. »)

 L’idée était déjà suggérée pour la fausse alerte de Hawaii, avec la mise en place très hâtive de certains systèmes depuis quelques mois, alors que monte la tension avec la Corée du Nord et que Trump éructe ses menaces. Dans une chronique qu’il publie aujourd’hui, Justin Raimondo rapporte cette explication du chef du système de sécurité et d’alerte qui vient d’être mis en place, et qui a expliqué le fait que le coupable n’était pas nommé du fait qu'on avait conclu que ce coupable n’était pas responsable : « En étudiant la nature et la cause de l'erreur qui a conduit à ces événements, nous avons conclu que le véritable problème n’était pas que quelqu’un ait fait une erreur mais bien que nous ayons procédé en sorte qu’il était très aisé qu’une simple erreur pouvait entraîner des conséquences très graves. Le système aurait dû être beaucoup plus robuste, et je ne veux pas qu’un individu paie pour un problème systémique. »

La chronique de Raimondo est surtout consacrée aux faiblesses de la réaction à la fausseté de l’alerte, ces fameuses 38 minutes entre l’alerte et le démenti. Raimondo précise que l’intervention personnelle de la vaillante Tulsi Gabbard, qui a téléphoné à Pacific Command dès le déclenchement de l’alerte, qui a obtenu deux minutes après l’alerte la confirmation de sa fausseté, qui a aussitôt tweeté qu’il s’agissait d’une fausse alerte, a évité une panique beaucoup plus grave que celle qui a eu lieu. Ainsi se confirme-t-il bien que la fausse alerte, si elle n’a pas démontré les intentions bellicistes de Kim, a montré l’état délabré des divers systèmes de sécurité, au moins à Hawaii, et cela suivant une pente générale de la situation des USA (« Notre village Potemkine », titre Raimondo).

On observe ainsi deux constantes qu’entraînent ces situations finalement faussement faussaires puisque les fausses alertes révèlent les vraies situation : d'une part, la tension nerveuse considérable que crée la montée de la tension de communication, avec des hauts et des bas dans la communication belliciste travestie en politique et en stratégie venue essentiellement des USA ; d'autre part, la mise en évidence, avec conséquences, de la vétusté des situations infrastructurelles, dans tous les cas aux USA, par l’intermédiaire de la démonstration faite à Hawaii.

Ci-dessous, le texte que WSWS.org donne le 18 janvier 2018, d’après un original anglais du 17 janvier 2018.

dde.org

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Japon : fausse alerte au missile

Mardi, seulement quelques jours après une fausse alerte à Hawaï au sujet de l’approche d’un missile, le radiodiffuseur public japonais NHK a semé la panique dans la population avec un avertissement erroné au sujet d’un missile lancé depuis la Corée du Nord. Un message corrigeant l’erreur a été envoyé cinq minutes plus tard.

Les autorités des deux pays ont à chaque fois accusé une personne isolée d’avoir fait une erreur. Cependant, les deux fausses alertes d’une attaque de missile ne sont pas qu’une coïncidence. Elles sont le produit des tensions extrêmes sur la péninsule coréenne, dont les États-Unis et son allié le Japon sont les principaux responsables.

La NHK a publié mardi une alerte sur son site Web et a envoyé un avertissement aux téléphones mobiles et via Twitter qui disait : « La Corée du Nord semble avoir lancé un missile. Le gouvernement exhorte les gens à s’abriter à l’intérieur des bâtiments ou sous terre. »

Cinq minutes plus tard, l’hôte en ligne de la NKH a présenté une correction et des excuses abjectes. « Cela est arrivé parce que l’équipement pour envoyer un flash d’information sur Internet avait été mal utilisé », a déclaré le présentateur. « Nous sommes profondément désolés. » Aucun autre détail n’a été fourni.

Le fait même que deux fausses alertes puissent avoir lieu en moins d’une semaine, après des décennies sans panique, met en lumière les préparatifs avancés pour une guerre avec la Corée du Nord et les grandes puissances nucléaires telles que la Chine et la Russie. Des systèmes de surveillance et d’alerte sont en cours de construction, ou sont ressortis des placards où on les avait mis après la guerre froide et améliorés, dans le cadre d’un rapide renforcement militaire mené par les États-Unis en Asie.

En novembre, les autorités d’Hawaï, où est basé le Commandement du Pacifique de l’armée américaine, ont annoncé des essais mensuels du système de l’ère de la guerre froide qui déclenche une tonalité d’alerte d’attaque au moyen de sirènes. L’Agence de gestion des urgences a déclaré qu’elle mettrait la population au courant de ses actions pour « préparer notre État à une menace nucléaire ».

Sous le gouvernement du Premier ministre Shinzo Abe, le Japon a également renforcé son appareil de protection civile et incité des exercices civils pour se préparer à une attaque au missile. Abe a exploité la confrontation avec la Corée du Nord pour justifier la remilitarisation du Japon et sa volonté d’éliminer les contraintes légales et constitutionnelles sur l’utilisation des forces armées.

Il n’est pas exclu que l’une ou l’autre des fausses alertes ait été délibérément orchestrée pour créer un climat de peur et d’appréhension face à la « menace nord-coréenne ». L’année dernière, une campagne de propagande acharnée a été menée dans les deux pays pour dépeindre le petit pays appauvri avec son arsenal nucléaire limité comme la plus grande menace internationale.

En fait, malgré toutes ses fanfaronnades, le régime de Pyongyang, qui a face à lui la plus puissante armée du monde, dotée de milliers d’ogives nucléaires, a toujours insisté sur le fait qu’il avait besoin d’armes nucléaires comme moyen de défense. L’administration Trump a toutefois déclaré qu’elle ne permettrait pas à la Corée du Nord d’avoir un missile nucléaire capable de frapper l’Amérique continentale et a averti à plusieurs reprises qu’elle utiliserait tous les moyens, y compris les attaques militaires, pour empêcher cela.

Ce sont en effet les menaces belliqueuses de Trump de faire pleuvoir « le feu et la furie » sur la Corée du Nord et de « détruire totalement » ce pays de 25 millions de personnes qui démontrent que les États-Unis sont prêts à utiliser des armes nucléaires pour parvenir à leurs fins. En même temps, les États-Unis intensifient leurs efforts pour appliquer une « pression maximum » pour que Pyongyang capitule devant les demandes de Washington pour qu’il détruise ses armes nucléaires, ses missiles et ses installations associées et se soumette à des inspections hautement intrusives de son armée et ses industries.

Le secrétaire d’État américain Rex Tillerson a convoqué conjointement avec la ministre des Affaires étrangères du Canada, Christia Freeman, une réunion à Vancouver de 20 pays pour discuter des moyens d’intensifier la pression sur la Corée du Nord. La Chine et la Russie ont refusé d’y assister, déclarant que l’événement était non représentatif et contre-productif.

Dans leurs remarques d’ouverture, les ministres des Affaires étrangères ont noté les récents pourparlers entre les deux Corées et la participation de la Corée du Nord aux Jeux olympiques d’hiver du mois prochain en Corée du Sud. Cependant, tous ont insisté sur le fait que la Corée du Nord doive se dénucléariser et ont exclu tout assouplissement des sanctions qui paralysent son économie.

Tillerson a réitéré le fait que les États-Unis « n’accepteront pas une Corée du Nord dotée d’armement nucléaire » et a appelé à des mesures plus sévères. « Nous devons augmenter les coûts du comportement du régime au point que la Corée du Nord devra venir à la table pour des négociations crédibles », a-t-il dit. La Corée du Nord est déjà le pays le plus diplomatiquement et le plus économiquement isolé du monde, subissant des interdictions sur la plupart de ses exportations et de lourdes restrictions à l’importation de pétrole et d’autres biens.

Tillerson a spécifiquement appelé les pays à augmenter l’interdiction maritime des navires menant des échanges illicites avec la Corée du Nord. Les États-Unis pourraient bien exiger une forme de blocus naval – une mesure demandant la saisie de ces navires dans les ports qui aille bien au-delà de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU du mois dernier.

Le général Jonathan Vance, chef de l’état-major de toutes les forces armées canadiennes, a laissé entendre que la recherche et la saisie de navires en haute mer étaient en cours de discussion. Il a déclaré qu’il avait « la capacité militaire à l’intérieur des forces armées » de participer à tous les efforts visant à faire appliquer les sanctions contre la Corée du Nord. Un blocus naval serait lui-même un acte de guerre provocateur qui pourrait précipiter un conflit plus large.

Allant de pair avec des demandes américaines de mesures plus sévères, les États-Unis accélèrent les préparatifs d’une guerre d’agression, et non de défense, contre la Corée du Nord dans les mois à venir. Alors que les États-Unis ont reporté des exercices conjoints majeurs avec la Corée du Sud pour la durée des Jeux olympiques d’hiver, le Pentagone multiplie les exercices militaires à domicile.

Le membre du Congrès Mac Thornberry, qui préside la Commission des Services Armés de la Chambre des représentants, a déclaré aux journalistes : « L’administration étudie très sérieusement ce que seraient les options militaires en Corée du Nord. » Il a ajouté que la formation en cours était « très sérieuse ».

Un long article du New York Times de mardi était intitulé « L’armée américaine se prépare tranquillement pour le dernier recours : la guerre avec la Corée du Nord ». Il a fait savoir que « La portée et le calendrier des exercices suggèrent un effort renouvelé pour préparer l’armée du pays à ce qui pourrait être l’horizon avec la Corée du Nord.

« À Fort Bragg, en Caroline du Nord, le mois dernier, 48 hélicoptères de combat Apache et des hélicoptères cargo Chinook ont décollé lors d’un exercice qui consistait à déplacer des troupes et du matériel sous des tirs d’artillerie pour attaquer des cibles. Deux jours plus tard, dans le ciel au-dessus du Nevada, 119 soldats de la division aéroportée de l’armée parachutèrent depuis des avions de transport militaire C-17 à la faveur de l’obscurité dans un exercice simulant une invasion étrangère.

« Le mois prochain, dans les postes de l’armée à travers les États-Unis, plus de 1 000 soldats de la réserve s’entraîneront à mettre en place des “centres de mobilisation” qui déplacent rapidement les forces militaires à l’étranger. »

L’article soulignait que les États-Unis envoyaient plus de troupes des Forces spéciales en Corée du Sud pendant les Jeux olympiques, ce qui « pourrait être la formation d’une force opérationnelle coréenne semblable à celles qui combattent en Irak et en Syrie ».

Le signe le plus inquiétant du fait que les États-Unis se préparent à une guerre catastrophique avec la Corée du Nord est l’accumulation de bombardiers stratégiques dans ses bases de Guam, dans le Pacifique occidental. CNN a rapporté hier que l’US Air Force avait déployé encore six bombardiers B-52 sur la base aérienne Anderson de Guam pour rejoindre trois bombardiers furtifs B-2 envoyés plus tôt ce mois-ci pour remplacer les bombardiers B-1. Contrairement au B-1, les bombardiers B-52 et B-2 sont équipés pour transporter des armes nucléaires.

Peter Symonds, WSWS.org

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