38’ dans un autre monde

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38’ dans un autre monde

Nos amis de WSWS.org montrent une vigilance de tous les instants pour toutes les erreurs grossières du Système qui peuvent se métamorphoser éventuellement en pseudo-“complot” et qui, dans tous les cas, révèlent des faiblesses particulièrement préoccupantes. Nous ne verserons pas de larmes de crocodile ni n’affirmerons l’une ou l’autre thèse mais nous en tenant simplement au récit que nous donne le site que nous connaissons bien : beaucoup de travail, de labeur, de précision du détail, etc., et une tendance marquée à voir partout des manigances et surtout les faiblesses du Système ; mais quoi, on ne prête qu’aux riches, et à cet égard, le Système, avec ses 1% et ses 0,1%, est singulièrement gâté... A part cela, il s’agit des étranges et terrifiantes 38 minutes vécues par la population de l’État d’Hawaii (Etat de l’Union), sous la menace de néantissement avec l’arrivée de missiles balistiques qu’on imagine nécessairement nucléaire ; et, au bout du compte, non non, “fausse alerte”... Alors, pourquoi 38 minutes ?

Tulsi Gabbard, dont on voit par ailleurs sur ce site la partie conclusive de son intervention dans l’émission This Week (ABC.News) décrit dans cette interview les 38 minutes extraordinaires à Hawaii, dans la panique et l’horreur, et qualifie cet incroyable délai pour avertir la population qu’il s’agissait d’une fausse alerte, de « faute catastrophique des autorités » (“epic failure of leadership”), dont l’explication reste à trouver.

Les autorités de l’État avaient envoyé un message d’alerte à tous les propriétaires d’un téléphone cellulaire, les journaux et les radios diffusant l’alerte en boucle samedi matin depuis 08H07, jusqu’à la diffusion sur les mêmes canaux de l’avis de fausse alerte à 08H45. Dès 08H10, le quartier-général de Pacific Command, à Pearl Harbor, savait qu’il s’agissait effectivement d’une fausse alerte et diffusait un message urgent aux services civils concernés. Ceux-ci réagirent à leur tour via-Facebook et Tweeter, mais l’essentiel, les messages téléphoniques ne furent expédiés qu’à 08H45... bref, où sont passées ces 35 minutes restantes ?

WSWS.org donne quelques détails, annonce une enquête tout en précisant qu’on étouffera ses résultats, risque sans grande conviction une hypothèse sur un “complot” décidé dans le train en marche (“pourquoi ne pas prolonger le délai d’annonce de fausse alerte pour mesurer es réactions de la population”) et se gausse amèrement (une des spécialités trotskistes) des capacités incroyables des USA, de lenteur, de mauvaise manipulation de la bureaucratie, d’inconscience et d’irresponsabilité. C’est effectivement cette lourdeur et cette lenteur d’usine à gaz, cette mollesse inconsistante du monstre qui viennent à l’esprit.

C’est également du côté du désordre qu’il faut chercher les choses, et élaborer les commentaires de cette affaire qui est passée grandement inaperçue, tombée dans les oubliettes FakeNews de la presseSystème. Il était effectivement vraiment très-difficile d’impliquer la Russie dans l'événement comme il aurait été convenable et décent de faire, – aussi était-il préférable de le réduire à un petit incident d’une province lointaine et un peu arriérée. Il ne nous semble malheureusement pas que la voix de Tulsi Gabbard suffira à éveiller l’attention de consciences évidemment anesthésiées par les formidables simulacres dessinés pour occuper les esprits et leur donner l’impression de leur toute-puissance.

Ce désordre dans la “gestion de l’urgence nucléaire” répond après tout fort logiquement à tout ce qu’on observe aux USA un peu partout, à partir de la tragédie-bouffe de “D.C.-la-folle”, y compris dans le domaine très proche de la méthodologie de la décision d’emploi du nucléaire (mode d’emploi : “Comment décider une frappe nucléaire dans des délais convenables ?”). Le nucléaire est peut être effectivement l’indicateur fondamental, le marqueur suprême de la capacité d’un empire à rester impérial ou à s’effondret, dans nos temps postmodernes.

Nous parlons du nucléaire en général, quelles que soient les circonstances, parce que le nucléaire reste le sommet indépassable de l’incursion du sapiens dans la puissance cosmique de la matière. En d’autres mots, le nucléaire est considéré ici, dans le cadre de la postmodernité, comme la symbolique et la métaphore de la capacité de la structure-empire à survivre, à réfuter les hypothèses d’effondrement, ou bien au contraire, à les confirmer et à trépasser.

Alors, acceptons la possibilité que l’affirmation du texte « Le 13 janvier à Hawaii est un tournant majeur » soit fondée, – sans nécessité d’absorber le breuvage néo-trotskiste qui suit, comme dans les textes du domaine. Dès ce choix fait, on rappellera qu’effectivement le tournant symbolique majeur de la phase de l’effondrement de l’autre empire, l’URSS, fut le drame de Tchernobyl d’avril 1986 : symbole et métaphore de l’effondrement de l’empire après un certain temps, alors que le drame avait été dans un premier temps étouffé et occulté. On ne compare pas les deux événements en puissance ni en caractère ; on les affuble des mêmes capacités de symbole et de métaphore... L’URSS n’est pas morte de ses ambitions expansionnistes et guerrières, du moins pas directement, mais bien de la mise à nu par elle-même de ses impuissances et de sa paralysie du fait de ses ambitions forcenées jusqu'à devenir forcées. Les USA, dans un même cas grandi exponentiellement, ne mourront peut-être pas, – ou ne se suicideront pas si l’on veut poursuivre la métaphore, – d’avoir déclenché un conflit nucléaire, mais peut-être de leur impuissance sénile et obèse, et obscène certes, dans la capacité de la gestion de la puissance nucléaire.

Ci-après le texte de WSWS.org publié ce 15 janvier 2018 (en version anglaise).

dedefensa.org

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Trente-huit minutes de chaos

Une fausse manupulation sur l'imminence d'une attaque de missiles balistiques (nucléaires) sur Hawaï samedi a envoyé plus d'un million de personnes à larecherche d'un abri, beaucoup pensant qu'ils n’avaient que quelques minutes à vivre avant l'incinération nucléaire. Les gens ont cherché refuge dans des tunnels routiers, des garages de stationnement souterrains et des sous-sols, et ont même caché leurs enfants dans des bouches à égouts. Il y eut des conversations téléphoniques déchirantes, comme celles que l’on a avec ses proches lorsqu’on pense vivre ses derniers instants.

L'alerte, émise par l’Agence de Gestion des Urgences de l’État d'Hawaï, a communiqué un message brutal à la plupart des téléphones cellulaires dans toute les îles de Hawaii : "Alerte d'urgence : MENACE DE MISSILES BALISTQUES EN ROUTE VERS HAWAII. CHERCHEZ IMMÉDIATEMENT UN ABRI. CECI N'EST PAS UN EXERCICE. » L'alerte a été immédiatement rediffusée par les stations de télévision et de radio locales dans le cadre d'arrangements de longue date qui placent les médias au service de l'armée en cas de guerre.

Selon les représentants de l'État, l'alerte était le résultat d'une maladresse d’un urgentiste appuyant sur le mauvais bouton au cours d'un exercice effectué régulièrement à chaque changement d’équipe de travail, toutes les huit heures. L'administration Trump a minimisé l'événement en le qualifiant d’“exercice d'État” n’impliquant pas les forces militaires nationales et les médias américains l'ont écarté comme un incident mineur.

L’événement fait l'objet d'une enquête et il est hautement improbable que les détails en seront rendus publics dans les circonstances actuels. N’importe, ce qui est déjà connu soulève nombre de problèmes politiques critiques.

Si un technicien en gestion des urgences a presssé un mauvais bouton, la cause semble probablement qu’il avait affaire à un équipement nouveau et peu familier : l’exercice lui-même a été instauré il y a seulement quelques semaines. Il y a eu des préparatifs fébriles de la part des services officiels officiels de l'État pour une éventuelle attaque de missiles nucléaires à Hawaï, alors que des tensions sont apparues entre l'administration Trump et la Corée du Nord. En avril dernier, la législature de l'État a demandé la remise à neuf des abris contre les retombées de la guerre froide, et les sirènes de raids aériens d'Hawaï ont été testées le mois dernier pour la première fois depuis plus de 70 ans.

Dans d'autres circonstances, l'alerte, qui n'a pas déclenché les sirènes d'urgence, aurait pu être immédiatement reconnue comme une erreur et identifiée comme telle par la population. Ce ne fut pas le cas, dans les conditions actuelles et suite aux menaces répétées du président Trump de déclencher “le feu et la fureur” contre la Corée du Nord, et aux avertissements selon lesquels le territoire américain, en particulier l'État d'Hawaï, pourrait être soumis à une attaque nucléaire nord-coréenne.

La semaine dernière, l'ancien président du Comité des chefs d’état-major, l’amiral à la retraite Michael Mullen, avait déclaré à la télévision nationale que le monde était “plus proche, selon moi, d'une guerre nucléaire avec la Corée du Nord et dans cette région que cela ne fut jamais auparavant”. On sait que Trump lui-même a nargué le Nord-Coréen Kim Jong-un à propos de la taille de son “bouton nucléaire”, se vantant d’en avoir “un plus gros et plus puissant que le sien, et qui marche !” Quand ils ont reçu l’alerte d’État, les résidents d'Hawaï ont supposé que la guerre annoncée par Trump avait réellement commencé.

L'aspect le plus troublant de l'événement d'Hawaï est peut-être les 38 minutes qui se sont écoulées entre l'alerte initiale, à 8h07 heure locale, et le message officiel l'annulant.

Selon la chronologie de l'événement publié par les responsables de l'État, le Pacific Command ayant en charge les forces armées de la zone, dont le quartier-général est à Pearl Harbor, a informé le service d'urgence à 08h10, seulement trois minutes après l'alerte, qu'il n'y avait pas de lancement de missile. L’Agence de Gestion des Urgences a immédiatement transmis cette information au service de police d’Honolulu. L'agence a annulé l'alerte à 08h13 et a posté un avis à cet effet sur ses comptes publics Facebook et Tweeter à 08h20. Mais aucun message personnel n'a été envoyé avant 08h45 aux plus d'un million de personnes qui avaient reçu le message d’alerte initial.

Les représentants de l'État n'ont pas encore donné de raison au retard, mais un compte-rendu de presse est très significatif à cet égard. Le Los Angeles Times, citant le porte-parole de l’Agence de Gestion des Urgences, Richard Rapoza, a écrit : “Il a fallu 38 minutes pour annuler l'alerte parce que ... l'agence devait demander l'autorisation à son interlocuteur fédéral, la FEMA (Federal Emergency Management Agency), pour désactiver le système d’alerte et envoyer un message certifiant et confirmant qu’il s’agissait d’une fausse alerte.”

Cela donne à penser que le gouvernement fédéral pourrait avoir délibérément ralenti l’annulation de l’alerte, peut-être pour utiliser l'occasion comme un test de la réaction du public à la catastrophe potentielle.

L'impact global de l'alerte à Hawaï n’a été examiné dans aucune des revues de presse. Quelle a été la réaction en Russie, en Chine et en Corée du Nord à l'annonce diffusée dans le monde entier qu'une alerte aux missiles balistiques avait été déclarée dans un État américain ? Y a-t-il eu des contacts entre Washington, Pékin et Moscou ? Des ordres ont-ils été donnés pour se préparer aux représailles nucléaires américaines anticipées contre Pyongyang ? Les forces nucléaires de ces pays ont-elles été mises alerte pour une action immédiate ?

Il y a d'autres questions. Si une telle “erreur” avait lieu dans un service ou une agence militaire impliquée dans la chaîne de commandement des opérations nucléaires, plutôt que dans le service civil de l’Agence de Gestion des Urgences, combien de temps s’écoulerait-il avant que des missiles américains doivent être lancés vers la Corée du Nord en “représailles” pour l'attaque supposée sur le sol américain ? Si un incident similaire se produisait en Russie ou en Corée du Nord, quelle serait la réaction des États-Unis à une telle alerte ?

Les événements d'Hawaï montrent à quoi ressembleraient les premières minutes d'une guerre nucléaire. Malgré les fanfaronnades de la Maison Blanche, du Pentagone et des médias, l’annonce d’un tir de missile(s) conduirait immédiatement à la panique et à une dégradation générale de la société. Un pays dont l'infrastructure ne peut supporter une tempête de neige ne pourrait guère faire face à la gestion d’une attaque nucléaire, dès ses débuts.

Surtout, les 38 minutes de terreur à Hawaï prouvent que le danger de la guerre nucléaire est réel et croissant. Ce danger n'est pas simplement le produit de l'imprudence personnelle et du militarisme chauvin du président Trump. Si Hillary Clinton avait été élue en 2016, l'emplacement de la crise militaire pourrait être différent, – la Syrie ou l'Ukraine peut-être, plutôt que la Corée du Nord, – mais la volonté de l'impérialisme américain de compenser son déclin économique et stratégique à long terme pr l’usage de la force militaire demeurerait.

C'est le président Obama qui a approuvé le réaménagement et la modernisation en cours d’un coût de $1.300 milliards de l’arsenal nucléaire US, d’ores et déjà le plus puissant du monde. Le Parti démocrate, en concentrant tous ses efforts sur la campagne antirusse, travaille à créer le climat politique pour un affrontement militaire américain avec Moscou qui mettrait immédiatement une guerre nucléaire dans les probabilités opérationnelles les plus pressantes.

Le 13 janvier à Hawaii est un tournant majeur. Quelles que soient les assurances données par la Maison Blanche ou la propagande médiatique, les gens du monde entier verront la question de la guerre d'une manière très différente. La nécessité urgente est la construction d'un mouvement anti-guerre de masse de la classe ouvrière internationale, basé sur la compréhension que la force motrice du danger de guerre est la crise globale du capitalisme. Seule l'abolition du système de profit et l'établissement d'une société socialiste à l'échelle mondiale peuvent prévenir une catastrophe nucléaire.

Patrick Martin

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