1920 : Chesterton et le féminisme guerrier

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1920 : Chesterton et le féminisme guerrier

En 1920 Chesterton visite l’Amérique et y voit poindre nos désastres : le crépuscule des libertés, le contrôle de notre santé, la dictature humanitaire et féministe, la tartuferie paritairement correcte, le contrôle technoscientifique. On ne craint pas encore l’antisémite ou l’intégriste, on craint alors le communiste (pourtant installé à Moscou par l’argent des banques US) ou le buveur d’alcool. Et on le contrôle, parce que dans le paradis des libertés dont se moquent alors d’autres génies comme Kafka (Amerika) ou Céline (le Voyage), on ne lésine jamais sur les moyens.

Avant nos fouilles humiliantes dans les aéroports, Chesterton décrit le passage aux douanes de la nouvelle inquisition. Et je laisse tel quel son bel anglais limpide :

It would be easy enough to suggest that in this America has introduced a quite abnormal spirit of inquisition; an interference with liberty unknown among all the ancient despotisms and aristocracies.

Chesterton préfère d’ailleurs la douane – et la police - jordanienne à la douane américaine. A la même époque il écrit son Auberge volante sur l'islamisation de l'Angleterre.

Vient la grande phrase digne du génie de la formule de l’auteur du nommé jeudi : les libertés que nous perdons sont les libertés personnelles. L’homme n’est plus libre de son corps ou de sa santé avec l’arrivée de la prohibition ; il n’est plus maître de sa vie quotidienne.

But to-day personal liberties are the first liberties we lose. It is not a question of drawing the line in the right place, but of beginning at the wrong end. What are the rights of man, if they do not include the normal right to regulate his own health, in relation to the normal risks of diet and daily life?

Chesterton annonce le contrôle de nos libertés par des entreprises privées.

Les libéraux comme Hayek ou Friedman ne voulaient pas nous dire que rien n’empêche une entreprise de se mettre au service du servage : il suffit de la payer pour cela. On privatise le fascisme comme la taule ou l’électricité, c’est aussi simple que cela.

Ce totalitarisme de tous les instants annonce bien sûr l’Etat mondial. Il s’appuie aussi sur la technique du Panopticon. Chesterton voit venir notre destruction aux bons soins des machines :

He tells us that our national dignities and differences must be melted into the huge mould of a World State, or else (and I think these are almost his own words) we shall be destroyed by the instruments and machinery we have ourselves made.

L’Etat mondial et son ordre nouveau, Chesterton les voit bien sûr émerger en Amérique avec sa fabrication du citoyen unique :

Now it is not too much to say that Mr. Wells finds his model in America. The World State is to be the United States of the World... The pattern of the World State is to be found in the New World.

Le mot pattern est toujours difficile à traduire : on lit le dessein, le dessin, le modèle ; il vient pourtant de notre bon vieux mot patron. Le patron – restons français - de l’ordre mondial se produit via l’américanisation de la planète et par la télévision, les médias et l’homogénéisation de toute la consommation. Les vieilles nations seront détruites et une seule nation toute neuve naîtra partout, sans détermination dirait le ministre Peillon.

The idea of making a new nation literally out of any old nation that comes along. In a word, what is unique is not America but what is called Americanization.

Le nouvel ordre homogène n’a pas trop besoin de violences militaires (encore que l’impérialisme messianique et humanitaire dénoncé une génération avant par le savant John  Hobson soit toujours en guerre), parce qu’il est d’inspiration féminine et féministe. Avant que Madonna ou Hillary Clinton ne se mêlent d’humanitaire, Chesterton pressent que le totalitarisme des temps nouveaux sera basé sur de bons sentiments, le politiquement correct de nos chers vieux médias. Philippe Muray a repris la formule (garderie) : l’ordre global est une banale nursery où on nous casse les pieds et tape sur les doigts !

And as there can be no laws or liberties in a nursery, the extension of feminism means that there shall be no more laws or liberties in a state than there are in a nursery. The woman does not really regard men as citizens but as children. She may, if she is a humanitarian, love all mankind; but she does not respect it. Still less does she respect its votes.

Il a bien raison ; la démocratie féministe ne respectera pas nos votes. Voyez le Brexit.

On parle de l’ignoble théorie du genre à cause de laquelle des parents martyrs vont en prison en Allemagne et ailleurs. C’est la sauce scientifique, de cette science aux ordres d’essence  postmoderne qui ne cesse de nous mentir et de nous détruire, qui est ici insupportable. Chesterton encore, cinquante ans avant la théorie du genre :

Now a man must be very blind nowadays not to see that there is a danger of a sort of amateur science or pseudo-science being made the excuse for every trick of tyranny and interference.

Nicolas Bonnal