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25/01/2010 - La grâce de l'histoire
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Le texte ci-dessous est la Première Partie de l’essai métahistorique de Philippe Grasset La
grâce de l’Histoire, dont la publication sur dedefensa.org a commencé le
Commençons par une analogie, – d’ailleurs à peine sollicitée, à ce point qu’on croirait qu’on parle pour le temps présent. Dans la citation ci-dessous, deux éléments seulement (remis en caractère normal), les deux qui permettent une datation qui dévoilerait le pot aux roses, ont été modifiés, – et demandons-nous aussitôt si, vraiment, ces phrases ne méritent pas d’avoir été écrites hier, aujourd’hui, demain matin du jour où le lecteur a abordé ce récit, dans ce temps historique où cet ouvrage est écrit et publié. Voici la chose.
«Enfin, quant à ma phrase même, elle exprime une impression de [2009] et annonce le développement qui la suit et est chargé de lui donner un sens. Je la considère comme une sorte de photographie. Le titre même de l'étude (‘La crise de l'Esprit’) et l'ensemble des idées qu'elle contient me semblent montrer assez clairement que j'entends décrire une “phase critique”, un état de choses opposé fortement à celui que l'on représente par les noms de “régime” et de “développement régulier”. Le problème de la [première] décade me paraît donc se préciser ainsi : sommes-nous vraiment dans une phase critique? A quoi le connaît-on? Cette maladie peut-elle être “mortelle”? Pouvons-nous, oui ou non, imaginer de telles destructions matérielles et spirituelles, ou de telles substitutions, non fantastiques mais réalisables, que l'ensemble de nos évaluations d'ordre intellectuel et esthétique n'ait plus de sens actuel? »
… La “chose” a exactement 90 ans. Lecteur, vous remplacez “2009” par “1919” et “première décade” par “deuxième décade”, et vous avez un commentaire de Paul Valéry sur la phrase fameuse («à ma phrase même») qui ouvre son texte de réflexion La crise de l’Esprit, écrit en avril 1919 : «Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles…»
Cette proximité est singulière mais elle n’est nullement isolée. Valéry, écrivant six mois après la fin de cette catastrophe épouvantable que fut la Grande Guerre, ne fait que rendre compte, avec son talent et sa finesse intellectuelle, d’un sentiment fort commun, et commun parce qu’il est répandu plutôt qu’il n’est bas. C’est l’honneur de ce temps historique, celui de Valéry, d’avoir embrassé avec une lucidité brutale, comme surgie de la terre saccagée, la dimension eschatologique, c’est-à-dire le dépassement des dimensions seulement humaines, qui caractérise la crise du monde révélée à l’occasion du conflit. C’est ce temps historique qu’il nous importe d’identifier et de décrire dans sa profondeur pour en faire l’axe de notre réflexion, le chaînon vital qui nous permettra d’identifier le grand flux historique qui nous importe et nous emporte, parce que nous n’en trouvons aucun autre qui soit aussi fondamentalement précurseur, à la fois miroir, enseignement et leçon pour notre propre temps historique ; parce qu’il y a beaucoup à en recueillir, de l’expérience qui s’y est concentrée, pour enrichir nos esprits et raffermir nos caractères ; parce que ce temps historique, enfin, nous apparaît comme un lien d’une pureté et d’une force sans égales entre la source terrible de notre crise et notre crise elle-même.
La période de l’immédiat après-guerre, dans une époque que nous datons exactement (nous nous en expliquerons évidemment) de 1919 à 1933, représente un singulier avertissement historique. On croirait, sans excessive dramatisation, qu’il s’agit d’une “réplique” sismique à rebours de notre propre temps historique, annonciatrice de notre temps, avec infiniment plus de lucidité et de talent qu’en notre temps. Cette période, avec ses sources et ses racines, ses affluents et son expansion jusqu’à nous, mérite une appréciation spécifique, en organisant l’observation historique d’une façon radicalement différente de ce qui a été fait jusqu’ici, – ou plutôt, de ce qui a été fait à partir de cette borne que nous avons fixée à 1933. On proposera une image pour la décrire et ce serait celle d’une sorte de pivot autour duquel un puissant et tragique courant historique qui s’est affirmé dans la Grande Guerre s’enroule pour prendre son ultime élan qui le conduit jusqu’à nous. Dans cette façon d’entendre le sens des choses, en les rangeant d’une manière qui correspondît aux exigences de leur aboutissement, qui prend toute son ampleur et toute sa force dans notre temps historique, nous rejetons les exigences convenues de la récriture de ce qu’on a transformé en “science historique”. Il existe sans aucun doute quelque chose qui ne peut être qualifié que de “montage” de la science historique, sans doute involontairement bien plus que volontairement mais qu’importe, pour ôter à cette période sa puissance prophétique et sa lucidité qu’on dirait contemporaine, si la lucidité existait encore parmi nous ; et l’on comprend aussitôt la cause du “montage”, puisque ce que fait cette période 1919-1933 n’est rien de moins que de prononcer, par avance, la condamnation terrible du système que nous avons développé jusqu’ici, comme l’on installe une bombe universelle à retardement. On prendra garde de ne pas faire un complot de ce montage, car il est conduit sans conscience de la chose, par ignorance délibérée, par arrangement avec les consignes ; nous n’avons pas affaire à des esprits tordus mais à des esprits courts, que l’exigence historique de considération universelle du monde effraie, que l’entraînement de la grande Histoire essouffle, qui se réfugient sous l’aile apaisante du conformisme comme le lardon ne rêve que de regagner le ventre tiède de sa mère.
Nous devons placer la période dans la perspective qui importe, qui l’explique et la justifie à la fois. Pour répondre à cette sollicitation, nous offrons une perspective qui rompt avec celle qui est généralement considérée. La récriture suscitée par le système acharné à brouiller les pistes a été employée avec zèle et alacrité pour dissiper tous les motifs possibles d’une quelconque inquiétude, du moindre doute possible à propos de la vertu de ce même système ; c’est pour cela qu’on récrit l’histoire, de nos jours, pour ce devoir de vertu qu’on nomme “devoir de mémoire” ; c’est cela dont il faut se débarrasser comme d’une peste de l’esprit, pour déchaîner l’esprit et reconquérir l’audace du jugement. Cette époque, qui a perdu la vertu nécessaire du sens, ne sait plus quel sens donner à son histoire, y compris de savoir si l’Histoire a un sens et si ce sens est celui d’une substance spirituelle ou d’une agitation temporelle. Ses jugements sur son passé sont à mesure, faits pour conforter son présent et rien d’autre, et cela dans l’ignorance que ces jugements sont comptables de la nécessaire critique qui doit être imposée à toute démarche aussi peu soucieuse de s’inscrire dans la continuité du temps. Ce qui nous importe est d’en venir à cette critique, toutes affaires cessantes.
(Nous emploierons souvent ce mot, “système” [“La récriture suscitée par le système..”], car c’est bien la situation qui nous caractérise ; nos esprits sont enfermés dans une prison sans barreaux, dont les gardiens, c’est-à-dire nous-mêmes, parfois gardiens de nous-mêmes, veillent à nous répéter les consignes d’un système général qui représente la nouvelle et cette fois “définitive” vertu du monde ; tous les empires proclamés millénaires, de Commode à Hitler en passant par Napoléon, sont tombés dans ce travers où ils croyaient assurer leur pérennité. Comme ses prédécesseurs mais beaucoup plus puissamment qu’eux, ce système est à la fois une organisation et un mécanisme – mortel sans aucun doute, comme les autres. Il induit une pensée et introduit certaines instructions orwelliennes qui interviennent surtout dans les nuances de l’activité intellectuelle, pour ne pas trop effrayer la sensibilité des plus vertueux ; l’efficacité de ces “instructions”, pour être mesurée et acquise sur le terme, n’en est pas moins redoutable ; la plus remarquable de ces “instructions”, celle qui mène le monde dans la mesure où, selon notre thèse, la pensée générale du monde est réglée désormais par la communication et l’information que véhicule cette communication, est celle qui dit que l’originalité révolutionnaire du jugement se niche dans le conformisme de la pensée. Il s’agit du stade suprême de la pensée de type orwellien, qui dépasse la démarche orwellienne où l’inversion de valeur porte sur les objets de la pensée ; la forme même de la pensée est elle-même objet de l’inversion orwellienne, avec ce paradoxe intellectuel monstrueux de l’identification de l’enfermement conformiste en une libération révolutionnaire.)
Notre approche fait de la Grande Guerre un événement fondamental, non pas intrinsèquement par sa violence, par ses conditions épouvantables, par le malheur engendré, mais d’abord par sa signification qui dépasse le sens politique et historique courant, celui qui attache en général les historiographes assermentés. Cette signification est métapolitique et métahistorique, pour former l’essence de l’événement ; la violence, les conditions épouvantables et le malheur engendré ont pour rôle de mettre en évidence cette signification, et nullement de la constituer. Au contraire d’une opinion largement répandue, et répandue de la façon intéressée qu’on aura vite comprise, nous proposons et disons que la Grande Guerre doit être détachée de la prison des événements qui suivirent, ceux du XXème siècle, pour être reliée directement à la période qui importe, la nôtre, comme l’on fait d’une passerelle du malheur ; nous proposons et disons que, dans cette perspective, la Grande Guerre est un événement dont la signification et le sens sont formidables, révolutionnaires et bouleversants. Ces caractères extraordinaires font qu’il importait d’abord, pour l’historiographie de notre époque qui nous enchaîne à l’idéologie des événements du XXème siècle et réduit l’Histoire à mesure, que la Grande Guerre fût aussitôt neutralisée dans sa signification profonde, qu’elle fût étiquetée comme insensée et sans signification, sinon celles de la “folie des hommes” et de la “sottise des généraux” ; tout cela de la même façon qu’on a ignoré comme on oublie un mauvais souvenir, une fois la période close, l’importance visionnaire de 1919-1933.
Pour poursuivre notre œuvre de réhabilitation en précisant les conditions de la chose, il faut ajouter que les principaux protagonistes de la période de 1919 à 1933 se trouvent en Europe, en France essentiellement, et que l’objet de leur attention est principalement l’Amérique. De même retrouvait-on la France comme principal acteur de la Grande Guerre, mais acteur dont, bientôt, l’importance du rôle fut niée, à mesure de la déstructuration intellectuelle de l’interprétation de la Grande Guerre dans le sens qu’on a mentionné. Durant la Grande Guerre, l’autre acteur principal, avec la France, c’est l’Allemagne ; durant 1919-1933, c’est l’Amérique ; l’identité change, mais nullement la substance de la chose, qui passe de l’Allemagne à l’Amérique, face à la France qui reste dans son identité propre et forte, qui est sa principale caractéristique. La Grande Guerre, comme 1919-1933 après elle, ne fait qu’hériter d’un courant dont la source directe est identifiable à la fin du XVIIIème siècle. Nous ne remontons pas plus en arrière dans l’Histoire dans notre propos principal ; outre que ce choix est effectivement le fondement de ce propos, ce serait de surcroît accepter implicitement la thèse générale qu’il n’y a qu’une civilisation et une continuité à mesure depuis les origines de ce que l’Occident considère comme sa civilisation ; cette continuité, au contraire, nous la mettons en question. Nous préciserons décisivement notre pensée à ce propos à la fin de cet essai, après avoir montré la spécificité révolutionnaire de la période que nous observons. Qu’on sache que l’esprit songe à ce réarrangement et que nos propositions n’ont de sens que si l’on garde comme commentaire cette évidence que tout cela n’est pas né de rien, que ce qui a précédé l’y prépare dans le sens que nous identifions. On verra que nous proposons l’idée que cette rupture du tournant du XVIIIème au XIXème siècle est une rupture sans pareille, quelque chose qui rompt littéralement l’Histoire, comme on casse, d’un coup sec et brutal, une tige de bois, et qu’autour de cet événement le reste s’explique aussi clairement qu’un torrent furieux qui s’engage dans une gorge profonde. C’est à ce point que l’on pourrait parler, et que nous en parlerons, d’une nouvelle “civilisation”.
La Grande Histoire, dont nous entendons aujourd’hui les grondements comme ceux d’un torrent irrésistible, est une chose d’une immense simplicité, facile à embrasser une fois que le voile est soulevé, évidente à peser dès que l’on en sent le souffle, lumineuse enfin lorsqu’elle est sortie de la gangue de tous les artifices dont la charge la raison humaine réduite à l’ambition de notre seule vanité, et si profondément dévoyée par elle. Cette simplicité est un caractère constant, retrouvé aujourd’hui comme en 1919, hors des entiers battus par les complexités d’apparat de la pensée contemporaine. C’est cette tâche de lever le voile qu’il nous importe de mener à bien.
La Grande Guerre a éclaté parce que la réalité géographique, ethnologique et psychologique de l’Europe était précipitée dans le déséquilibre, parce que la dynamique déterminée par ses composants et exprimée dans sa politique et son économie était devenue insupportable. L’Europe était entraînée dans une dynamique de déstructuration. (“Déstructuration”, qui est l’opération précisée et détaillée d’une “déconstruction” menée dans les parties essentielles, est un mot qu’on retrouvera souvent dans ces pages.) Le phénomène de l’immédiat avant-guerre jusqu’à la Grande Guerre pourrait solliciter l’analogie de la catastrophe tellurique ; il ressemble à ce phénomène de la croûte terrestre qui se craquelle, se fend et éclate enfin sous la pression des forces du feu déchaînées par le cœur en fusion du monde. Les guerres européennes, entre 1815 et 1914, ont des causes humaines et terrestres, référencées, compréhensibles même si elles sont condamnables, exprimées par diverses plumes même si elles ne sont pas à mettre entre toutes les mains. La Grande Guerre – comme peut-être 1870, qui l’annonce – diffère de tout cela. Découvrant la rareté de ces “sources”, comme ils disent, des causes de la guerre, les historiographes assermentés se trouvent emportés dans le scepticisme soupçonneux ; lorsqu’ils rencontrent la suggestion, qui sied parfaitement aux exigences du système, que cette guerre n’a aucun sens, les voilà qui exultent ; l’explication et eux, on ne se quitte plus. Pour mon compte, c’est à l’inverse que je vais aussitôt ; sans cause conjoncturelle décisive, convaincante, exclusive, cette guerre est évidemment compréhensible par une immense cause structurelle ; l’immensité de la catastrophe en répond.
De quelle explication s’agit-il ? La Grande Guerre de 1914-1918, jusqu’à son terme, en 1919 (les Traités), achève un cycle marqué par la montée d’une puissance industrielle et technologique, au point où les composants du phénomène forcés par les pressions paroxystiques de cette situation ne peuvent plus se côtoyer ni, bientôt, se supporter. Les observations les plus remarquables sur cette sorte de “mystère historique” qu’est la cause du déclenchement de la Grande Guerre, ce soi-disant “mystère historique” justifiant après tout pour les historiographes que la guerre soit interprétée comme n’ayant aucun sens, m’ont paru toujours être de l’ordre du psychologique. Cet ordre seul rend compte de la marche inéluctable, et malheureusement justifiée par la puissance même du processus, vers la guerre. L’argument est d’une puissance irrésistible.
«En 1933, l'excellent Jules Isaac (des fameux livres scolaires Malet et Isaac) consacra une étude détaillée aux origines de la guerre. Il écrivit, parce que l'historien était aussi témoin, et même acteur, et que, retour de la guerre, il devait cela à son ami Albert Malet, tombé en Artois en 1915. “Quand le nuage creva en 1914, quel était le sentiment dominant parmi nous [en France] ? La soif de revanche, le désir longtemps contenu de reprendre l'Alsace-Lorraine ? Tout simplement, hélas, l'impatience d'en finir, l'acceptation de la guerre (quelle naïveté et quels remords !) pour avoir la paix. L'historien qui étudie les origines de la guerre ne peut négliger ce côté psychologique du problème. S'il l'examine de près, objectivement, il doit reconnaître que, depuis 1905 (à tort ou à raison), on a pu croire en France que le sabre de Guillaume II était une épée de Damoclès.”» (1)
Il semble alors qu’il y a une force historique qui s’apparente à la fatalité dans la venue du conflit, un sentiment à mesure éprouvé pour la venue du conflit, et d’ailleurs cette fatalité accueillie comme telle, souvent avec résignation (en France), souvent avec enthousiasme (en Allemagne). La psychologie, que nous avons sollicitée pour nous présenter une appréciation de l’inéluctabilité du conflit, ne fait, en cette occurrence, que rendre compte de la pression fondamentale de cette force historique, dont elle est complètement habitée. Le mouvement, l’élan terrible et irrésistible se nourrit aux courants les plus fondamentaux de l’Histoire. Pour bien le mesurer et embrasser sa substance, notre description doit se référer à ces mêmes forces. Notre remontée dans l’Histoire suivra donc une géographie des événements qui nous est particulière, qui cherche à prendre en compte l’essentiel en le dégageant des scories de l’accessoire qui font les choux maigres des historiographes de tous les temps, particulièrement des nôtres, plongés dans la tâche noblement rétribuée de justifier les médiocrités du présent par l’interprétation sollicitée des accidents du passé. (Cela est également nommé, – c’est une deuxième définition : “devoir de mémoire”.)
Il s’agit, à l’origine volontairement bornée de notre interprétation, de la Grande Révolution, la Révolution française de 1789. L’importance bouleversante de cet événement n’est en vérité niée par personne, ni par ses adversaires ni par ses amis. La Révolution apparaît comme une fracture de l’Histoire, un cri immense qui interrompt un cours qu’on pouvait juger assuré, qui lance vers le Ciel un défi sans précédent. Non seulement la Révolution brise un monde mais elle tranche, comme l’on guillotine, une conception du monde. Avec elle, l’idée de compromis est bannie de la pensée et l’on ne peut plus imaginer que quelque retour sur le passé soit jamais possible. Ce radicalisme extrême est la forme même de l’événement, comme l’on dit, pour un écrivain, que le style c’est l’homme.
La Révolution française est si radicale qu’elle devrait s’arrêter à son paroxysme, c’est-à-dire convier l’Histoire à se conclure dans ce Moment décidément indépassable. La consigne tabula rasa n’autorise plus rien après elle, comme si l’Histoire était saisie dans cet instant où l’absolu de l’Histoire achevée, ou le néant historique c’est selon, a été atteint. (C’est dire si la Révolution française, malgré son qualificatif, est un événement qui empoigne, embrase et brise jusqu’à la rupture toute une époque et tout un temps historique.) Il ressort de ce constat, qui paraîtra un peu excessif aux historiographes mais qui ne déplairait pas aux héros de la Révolution emportés par Elle, et donc justement les “sources” de ces mêmes historiographes, que la Révolution dépasse l’histoire telle qu’on nous la présente, qu’elle participe évidemment de l’Histoire la plus haute, que c’est bien à cette hauteur qu’il faut la considérer si l’on veut en mesurer la substance. Ce simple fait, que la Révolution appartient à l’Histoire, et donc se place dans son cours, même si c’est le plus haut et le plus tempétueux, fait justice finalement de la Révolution ; puisqu’elle appartient à cette haute Histoire, c’est qu’elle n’est pas parvenue à imposer “la fin de l’Histoire” et à devenir elle-même sa propre Histoire achevée ; elle n’est pas parvenue à terminer cette haute Histoire, à la clore avec elle-même et, par conséquent, c’est elle-même qui est vaincue. Ainsi défaite et sortie des considérations des hommes qui la parent de toutes les vertus et de tous les vices, ainsi débarrassée des considérations idéologiques qui la déforment et la déchirent, ainsi vidée de sa substance pseudo-révolutionnaire, la Révolution devient la simplicité même, avec la brutalité qui l’accompagne ; elle devient un événement qu’il s’agit de décrire dans le seul langage des grandes forces de l’Histoire. Malgré sa férocité, son alacrité nihiliste et sa spécificité qu’on a signalée, elle n’est finalement qu’un pion dans une mécanique qui la dépasse. Disons que c’est un honneur, et qu’elle aura l’honneur d’y être insérée.
Comme Joseph de Maistre, on conviendra aisément de la nécessité de la Révolution, et, pour mieux dire, de sa fatalité. Puisqu’on la considère comme une part nécessaire d’une dynamique fondamentale de l’Histoire, on déclare son inéluctable nécessité. Dans cette nécessité qui est celle d’un outil de l’Histoire, l’utilité de la Révolution est dans sa puissance ; elle est dans sa capacité de brisance (comme d’autres parlent de “capacité de nuisance” – et, dans le cas de “brisance”, le mot est directement lié au phénomène de l’explosif – «capacité d’un explosif à fragmenter plus ou moins une masse donnée de matières disposées autour de lui» – ce qui rend parfaitement compte de notre propos). Sa puissance est garante qu’elle peut effectivement briser des structures ; sans elle, ces structures sembleraient indestructibles ou ne pourraient être défaites que sur le terme, ce qui ôterait à cette opération la dynamique qui en fait l’essentiel.
Il y a une grande force de fascination pour qui l’observe et la comprend, dans la marche puissante et mécanique de la Révolution, on dirait “systémique” au sens qu’on entend le qualificatif aujourd’hui (dans “crise systémique”), essentiellement dans l’élan initial des années 1789-1795 ; dans la façon également puissante et mécanique, c’est-à-dire systémique, avec laquelle elle soumet et détruit tous les facteurs constitutifs de la chose qu’elle ravage, – la France, en l’occurrence, et les autres pays par conséquent, touchés par son rayonnement habituel. Le cas est d’autant plus frappant que la France est alors une entité de civilisation, d’organisation, d’esprit et d’inspiration d’une grandeur et d’une vertu historique extrêmes. Nous parlons ici de la substance de la chose, non d’un “régime” politique, de circonstances économiques et politiques, de mœurs sociales et du caractère des hommes, enfin de la pensée philosophique qui ne peut exister dans de telles circonstances où la civilisation est à un sommet qu’en cédant à la tentation de la subversion, – bref, parlant de la substance, pas des à-côtés. La France représente effectivement, à ce point de son histoire, une construction achevée d’une grande beauté, d’un équilibre remarquable et d’une influence sans égale dans le monde civilisé. (Le XVIIIème siècle est le “siècle français” par excellence ; le philosophe de l’histoire Jacques Barzun, Américain d’origine française, a pu écrire justement sur la naissance de ce siècle magnifique de ce point de vue, pourtant marquée à son début et paradoxalement par l’assombrissement catastrophique de la fin du règne de Louis XIV, ceci qui met en évidence la puissance de la structure française en dépit des avatars politiques, voire contre la logique de ces avatars : «Louis [XIV] failed in his try at universal monarchy, but without trying he conquered large territories outside France for French culture and the French language.») (2) A cette lumière, on en vient à accepter comme une évidence, on n’ose dire aveuglante mais presque, dans tous les cas aveuglante pour le plus grand nombre, que la Révolution est évidemment cette force déstructurante qu’on décrit, dont on a identifié le fil au début de cette réflexion avec la Grande Guerre, qui se développe d’événement en événement ; c’est la définition même de la chose déstructurante qu’ainsi soumettre son champ d’action à une action si complètement et mécaniquement destructrice, alors que le champ d’action est si complètement structuré. Poursuivant dans ce point de vue, qui est soutenu par le constat que cette approche systémique se pare d’un puissant habillage dialectique et repose sur un socle idéologique qui se veut universel et qui est évidemment radical, on est conduit à se convaincre qu’il s’agit, avec la Révolution, d’un phénomène effectivement spécifique, avec un sens, avec une cohérence, qui peut prétendre figurer comme une des “grandes forces de l’Histoire”, ou dans tous les cas qui s’insère comme un de ces Moments fondamentaux dans cette “grande force de l’Histoire”. Son importance est telle que ce Moment relève de l’Histoire quand elle peut être considérée comme métahistoire.
Les principaux phénomènes issus de la Révolution présentent ce même caractère, et elle-même répand et diffuse des effets avec ces caractères au-delà des frontières de la nation, dans toute l’Europe civilisée. Guglielmo Ferrero a montré (3) combien les campagnes de Bonaparte en Italie, à partir de 1796, sont “révolutionnaires” pour les structures de la guerre elles-mêmes, bien plus par la forme et l’inspiration mécanique que par les motifs politiques et les mots d’ordre idéologiques, – combien, en un mot, elles sont déstructurantes. Durant cette période révolutionnaire et bonapartiste, le phénomène de la déstructuration prend son envol, tout à son œuvre dévorante, et la conception, et l’idée même de la guerre en sont modifiées d’une façon radicale. Les Allemands, sous l’apparence des Prussiens, sont les premiers à comprendre cela et à en faire leur miel, ou leur schnaps si l’on veut, autour de la défaite catastrophique et effectivement déstructurante pour eux de Iéna comme point de départ, du Fichte de Reden an die deutsche Nation qui a si bien entendu l’enseignement de la Révolution, à Clausewitz qui est fasciné par ce Janus de la guerre qu’est Napoléon. Le grand courant déstructurant de la haute Histoire que représente la Révolution est achevé dans sa constitution, de l’Italie de Bonaparte au Iéna de Napoléon, pour se répandre comme c’est sa fonction au cœur de la civilisation, hors des frontières natales.
La vision conventionnelle, d’ailleurs avec bien des arguments, un regard appuyé sur la sagesse, un entendement convenable, voilà qui convient pour faire dire que l’Angleterre s’oppose à la France en tous points, dans cette période révolutionnaire. L’Angleterre représente la mesure, le conservatisme éclairé, ou, disons, bientôt éclairé, l’horreur du désordre vicieux et du sacrilège gratuit, le rangement des choses et des êtres ; l’Angleterre, avec le grand Burke dès 1790 (Reflexions on the revolution in France), est la première à avoir embrassé et dénoncé la monstruosité révolutionnaire. Ce point de vue est fort bien rapporté par l’historien français Pierre Chaunu, en conclusion d’un essai sur les dommages causés par le saccage des biens de l’Eglise par la Révolution française…
«La France, en dix ans de révolution et vingt-trois ans de guerre, me semble avoir perdu environ dix fois ce que représentaient en un an la formation du capital et l’accumulation annuelle de l’innovation à la fin de l’ancien régime. L’innovation, c’est tout. Il est indigne de faire croire que la régression vers le chaos ait créé un climat favorable à l’innovation. C’est en Angleterre, en Ecosse, alors, qu’elle fuse, et non plus en France. […] La guillotine est bien le vrai symbole de ce régime en cette période. […] De toute manière, c’est la tête qu’on coupe, l’intelligence, sous toutes ses formes, qu’on insupporte. Au moment vraiment mal choisi du grand décollage technique et scientifique. Entre la Révolution politique à la française et la Révolution innovatrice, industrielle et technique à l’anglaise, profonde est l’incompatibilité.» (4)
On comprend aussitôt la pensée conservatrice “éclairée”, classiquement française, classiquement “de droite”, à la fois conservatrice du point de vue politique, libérale du point de vue économique. Elle trace, de cette façon, un schéma assez souvent retrouvé, notamment et justement chez les Anglo-Saxons. Elle est ennemie du désordre de la Révolution, de son gâchis, de sa cruauté ; elle est sensible, selon la tradition de la pensée de la droite française, à l’arrangement britannique, avec la caution de Burke, qui apparaît alors comme un contraste absolument accusateur. Mais l’essentiel du propos, enfin, est que Chaunu emploie assez naturellement, comme l’on sollicite l’évidence, le même mot pour désigner les deux événements: il y a “révolution” en France comme il y a “révolution” en Angleterre.
Chaunu fait allusion aux “progrès” décisifs accomplis en Angleterre pendant la période de temps influencée directement par la Révolution, – disons entre 1780 et 1820, – dans le domaine du développement des techniques et du machinisme. C’est pendant cette période que s’est forgée la matrice technique du progrès industriel de l’époque moderne ; c’est pendant cette période que le choix est fait de la thermodynamique pour la production d’énergie et le développement de la machine qui va servir de fondement à notre ère technologique. Dans Le choix du feu (5), le philosophe des techniques Alain Gras montre combien ce choix n’était nullement inéluctable, combien le hasard et l’inconséquence y ont leur place, alors que les conséquences sont terribles au-delà de la description courante puisqu’elles conduisent effectivement à une dévastation de l’environnement à partir du processus de combustion. Le choix, montre-t-il encore, aurait aussi bien pu se faire de l’hydrodynamique comme producteur principal d’énergie, dans des conditions radicalement différentes pour la sauvegarde de l’environnement et pour le modèle de référence du développement, ou de ce que nous nommons plus généralement “progrès”. On ajoutera, pour compléter le propos, ceci que tout honnête homme devrait savoir, que les conceptions économiques et financières développées en Angleterre à partir de la deuxième Révolution (anglaise), aboutirent, notamment en notre temps, à une dynamique révolutionnaire, celle qui dévaste présentement le monde sous le nom de “globalisation”, dans l’esprit et dans la dynamique déstructurante si proches de la première Révolution (française). Cette progression modifie les jugements fondamentaux à mesure que l’on avance dans le temps, que l’on apprécie les effets de cette seconde “révolution” même si l’on en élargit le cadre au-delà de celui que nous lui donnons ici, effectivement pour aboutir à des appréciations radicales : «La Révolution industrielle fut simplement le début d’une révolution aussi extrême et aussi radicale que toutes celles qui avaient jamais enflammé l’esprit des sectaires…» (6)
Ces deux interprétations présentent une contradiction fondamentale. D’un côté, l’historien (Chaunu) nous assure que les deux “révolutions” sont absolument contradictoires, antagonistes, mortellement hostiles l’une à l’autre. La Révolution française amène le désordre, la rétrogression, dans un mouvement qu’on peut, qu’on doit désormais qualifier de déstructurant ; la révolution des techniques conduit à un progrès décisif qui, tel qu’il est décrit par l’historien dans ce cas, pourrait être qualifié en termes relatifs, selon la terminologie que nous avons proposée au lecteur, de “structurant”. De l’autre, le philosophe des techniques nous montre que la révolution des techniques conduit à un système général qui, pour être qualifié de système du progrès technologique et industriel, et pour l’être effectivement, n’en est pas moins, dans son évolution telle que nous pouvons l’apprécier – ou bien en est d’autant plus – d’une nature radicalement déstructurante.
La seule façon de retrouver la cohérence du propos, empêchée par l’appréciation initiale de l’historien lorsqu’elle est confrontée à la situation historique que nous observons aujourd’hui, c’est de se débarrasser des oripeaux de l’idéologie pour embrasser une appréciation que nous jugeons fondamentale des forces profondes de l’Histoire, entre les courants structurants et les courants déstructurants. Les prismes d’essence idéologique sont nécessairement soumis à la pression déformante de l’idée, renvoyant aux partis pris de l’esprit qui appréhendent une situation en fonction d’un choix antérieur d’appréciation du monde, et le plus souvent élaboré en théorie comme il sied si souvent avec l’esprit. Les références de la structuration et de la déstructuration, au contraire, rendent compte d’une situation objectivable, c’est-à-dire susceptible d’être insérée dans une famille de réalités toutes constitutives du vivant et qui peut alors être interprétée à différents niveaux. Ces références éclairent parfaitement la progression et la transformation historiques à la fois, depuis “les” Révolutions jusqu’à notre temps qui est le théâtre d’une crise générale qui ébranle jusqu’au cœur notre civilisation.
Au contraire, c’est l’addition des deux Révolutions, cette fois considérées pour ce qu’elles sont – deux sœurs jumelles en vérité, avec des atours différents et des coquetteries de langage qui divergent – qui donne toute sa force à la dynamique déstructurante qu’elles représentent. Il est aussitôt manifeste que, sans cette conjonction des deux, la dynamique déstructurante n’existe pas dans la férocité et dans la globalité que nous lui connaissons. A cette lumière, le jugement de l’historien sur les deux révolutions qui s’opposent, l’une maléfique et l’autre vertueuse, et le jugement de Burke sur la Révolution française, s’en tiennent aux apparences pour présenter un jugement exactement contraire à la réalité sur le terme et ne rendent pas compte de la puissance et de la véritable nature de la dynamique déstructurante à l’œuvre. Ces jugements ne sont pas stupides ni faux ; ils sont idéologiques. L’idéologie est une maîtresse trompeuse, une faiblesse ou une tentation de l’esprit pour conformer le monde à la volonté humaine perçue comme totalitaire (que ce soit au nom de Dieu ou contre Dieu n’importe pas en l’occurrence, nous parlons de choses bien terrestres même si, pour certains et selon certaines perceptions, l’influence divine se fait sentir). Nous importent, pour bien éclairer la trajectoire historique du monde, les forces effectivement liées à l’Histoire, et nullement à l’esprit humain.
A ce point du récit, il est nécessaire d’introduire dans la réflexion, pour l’enrichir et l’élever, une hypothèse qu’on doit considérer comme d’une importance fondamentale. Il faut d’abord apporter une appréciation et une précision à propos de cet événement aux multiples facettes qu’est la “deuxième Révolution”, l’anglaise, la plus discrète au point où on la prendrait, comme Chaunu, comme un don de l’esprit conservateur et structurant. Ce choix du feu de l’Angleterre, qui se fait au fond, comme on dirait, sans réelle intention de nuire, c’est-à-dire sans mesurer la diabolique perversité du choix, doit être placé dans le cadre bouleversant et universel qui est le sien. Ce choix ouvre l’ère géologique nouvelle de l’anthropocène, proposée dans les années 1990 comme étape nouvelle de l’évolution géologique, notamment selon le Prix Nobel de chimie Paul Crutzen et le professeur de biologie Eugene F. Stoermer. (7) Cette proposition de classement géologique est méthodologiquement révolutionnaire dans la mesure où elle se détache d’une proposition géologique normale où la référence est l’évolution naturelle, pour prendre comme référence quasiment exclusive l’activité humaine ; c’est en effet cette activité qui, par l’utilisation par combustion à partir du choix du feu de différentes matières organiques fossiles, par ses effets sur l’environnement, l’équilibre naturel, la composition et les variations de l’atmosphère et du climat, provoque des changements suffisants pour qu’on propose de marquer qu’il s’agit d’une nouvelle ère géologique. Certains scientifiques contestent cette classification selon le constat qu’ils font que les effets de l’activité de l’homme sur l’environnement sont beaucoup plus anciens. L’appréciation est honorable et argumentée, quoique d’une façon bien pointilleuse et sur le détail ; on songe parfois que la science gagnerait à se justifier de ses orientations fondamentales plutôt que s’ébrouer délicieusement dans les détails des détails pour entretenir l’illusion de sa rigueur ; quoi qu’il en soit, la réserve ne nous concerne pas. Nous tenons, nous, la proposition d’une nouvelle ère “anthropocène” comme singulièrement attractive, singulièrement justifiée précisément pour notre propos, pour la vision métahistorique qui nous importe. Elle impose sa vision transcendantale, par ses rapports avec le choix du feu (évidents par ailleurs pour Crutzen-Stoermer pour le phénomène environnemental). Dans le contexte général de notre hypothèse métahistorique, le caractère puissant, évident, et justement apprécié des phénomènes fondamentaux du monde au moment historique où l’action humaine prétend usurper le cours de la nature est en soi une justification de la vision de l’anthropocène. Pour faire bref et irréfutable, la rencontre entre les deux Révolutions et les débuts de l’anthropocène force le jugement par la puissance de l’évidence et emporte la conviction. (Je vois un signe inattendu et presque foudroyant, comme un éclair puissant qui illumine l’obscurité, dans ceci que le qualificatif correspondant à anthropocène soit “anthropique”, qui est une homonymie d’“entropique”, dont on connaît le sens ; ce qualificatif caractérisant, presque comme une accusation sans appel, et de la façon qui importe, qui va au cœur du propos, une “ère géologique” qui voit l’intrusion de l’imposture et de l’infamie humaines dans la marche du monde, pour imposer effectivement son dessein anthropique et entropique.)
Car c’est une occurrence extraordinaire qu’outre le rapport évident entre les débuts de l’anthropocène et la Révolution anglaise (le choix du feu), il y en ait un également, peut-être tout aussi puissant, entre cette ère de l’anthropocène et la Révolution française, comme matrices correspondantes et complémentaires du même courant déstructurant. Cet arrangement de circonstances au rapport de causalité dissimulé mais d’une puissance irrésistible donne à la Révolution française une allure que même un Saint-Just n’avait pas anticipée, à moins qu’il ne faille entendre différemment, et alors c’est mot pour mot, l’une de ses citations fameuses : «Ce qui constitue une République, c'est la destruction totale de ce qui lui est opposé.» Nous anticipons à peine, et l’on retrouvera des points de l’argument développés ci-après, bien plus complets, à d’autres occasions dans le récit. Nous n’offrons ici que l’essentiel mais nous jugeons que la substance et le poids de la chose y sont.
On a signalé plus haut combien nous paraît essentielle l’interprétation des guerres révolutionnaires que nous suggère Guglielmo Ferrero (“combien les campagnes de Bonaparte en Italie, à partir de 1796, sont ‘révolutionnaires’ pour les structures de la guerre elles-mêmes, encore plus par la forme et l’inspiration mécanique que par les motifs politiques et les mots d’ordre idéologiques”) ; nous la compléterons plus loin, notamment en accentuant le caractère de l’armement de la modernité, déstructurant et révolutionnaire par les destructions qu’il opère dans les structures de défense contre l’agression de la modernité. Par ce biais, le lien, déjà établi en théorie, de la Révolution française avec le début de l’anthropocène, autant qu’avec la deuxième révolution (l’anglaise), toutes deux liées encore plus dans ce cas, est confirmé aussi vite dans la réalité historique. A la réflexion, d’ailleurs rapide, le lien se noue avec un naturel confondant, qui accentue le bouleversement de notre vision de l’histoire. A partir de cette époque commence le développement des infrastructures et des mécanismes, tous grands dévoreurs de combustibles dont l’emploi détermine l’anthropocène, qui vont poursuivre, accentuer et achever le bouleversement de la guerre dans sa posture déstructurante qui nous importe complètement dans ce cas, notamment en introduisant des méthodes et des armements brisants, eux aussi spécifiquement déstructurants.
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