Vers l’“insurrection sociale globale”, selon l’ONU

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Vers l’“insurrection sociale globale”, selon l’ONU

Un aspect remarquable de la situation économique actuelle, – dito, de la crise économique actuelle, se trouve dans les différences d’analyses et de recommandations aux niveaux professionnels, des directions politiques et, surtout, des grandes institutions internationales. Ainsi l’ONU vient-elle de publier un rapport (ST/ESA/334) sur la situation sociale dans le monde, qui constitue une attaque extrêmement marquée contre les politiques d’austérité suivies, sur recommandation et même sous la pression extrême d’organisations telles que le FMI et la Banque européenne centrale.

Le rapport est publié sous l’autorité du secrétaire général adjoint de l’ONU, chargé des affaires économiques et sociales, le Chinois Sha Zukang. Avant d’entamer une carrière internationale à l’ONU en 2005, Sha Zukang a été en poste au ministère des affaires étrangères chinois, où il a occupé des fonctions de hautes responsabilités. (Voir sa biographie.) On peut estimer que certains aspects des documents publiés sous sa responsabilité représentent un point de vue assez proche de celui de la direction politique chinoise.

Le titre du document («The Global Social Crisis – Report on the World Social Situation 2011) indique assez la préoccupation de l’ONU devant la “crise sociale globale” en train de se développer, puisque son énoncé même n'indique ni un risque, ni une possibilité, mais bien une réalité d'ores et déjà cours. La “crise sociale globale” est d'ores et déjà un fait. On se permettra de penser que cette “crise sociale globale” est largement en cours de transmutation vers le stade d'une “insurrection sociale globale”.

L'agence AFP donne quelques indications sur le rapport : «Les politiques d'austérité comme celles menées en Espagne et en Grèce menacent l'emploi et mettent en péril la reprise économique, a estimé l'ONU dans son rapport annuel sur la situation sociale dans le monde publié mercredi. “Les mesures d'austérité prises par certains pays comme la Grèce et l'Espagne face à un endettement public excessif non seulement menacent l'emploi dans le secteur public et les dépenses sociales, mais rendent la reprise plus incertaine et plus fragile. Les gouvernements doivent réagir avec prudence aux pressions en faveur de la consolidation budgétaire et de l'adoption de mesures d'austérité s'ils ne veulent pas risquer d'interrompre le redressement de leur économie”, explique le rapport.

» Ce problème ne concerne pas uniquement les économies avancées, avertissent les économistes des Nations Unies qui estiment que “de nombreux pays en développement, notamment ceux qui bénéficient de programmes du FMI, subissent également des pressions pour réduire leurs dépenses publiques et adopter des mesures d'austérité”. L'une des principales conclusions du rapport est que les pays doivent pouvoir mettre en œuvre de manière systématique des politiques contracycliques. Pour cela, il est “indispensable” de revoir “la nature et les objectifs de base des conditions” imposées par les organisations internationales pour fournir une assistance aux pays en difficulté. “Il est essentiel que les gouvernements tiennent compte des conséquences sociales probables de leurs politiques économiques” sur la nutrition, la santé et l'éducation afin de ne pas pénaliser la croissance économique à long terme, insiste l'ONU.»

L’agence Associated Press présente le rapport effectivement comme le constat d’une “crise sociale globale” en train de se développer, avec des troupes abondantes (plus d'un milliard de personnes souffrant de la faim en 2009).

«A U.N. report says the world faces an emerging “global social crisis” from widespread unemployment, high food and fuel prices and other effects of the 2008-2009 economic downturn. The U.N. assistant secretary-general for economic development said Wednesday that governments are falling behind in helping the more than 200 million unemployed people in 2010 and those left hungry because of high food prices. Jomo Kwame Sundaram said that a sharp rise in food and fuel prices that immediately preceded the global financial crisis brought the number of hungry people in the world to over a billion in 2009, the highest on record. He said that raises questions about the validity of economic figures showing global poverty is decreasing. »

Le secrétaire général adjoint Sha Zukang signe lui-même l’introduction du rapport. Cette introduction présente un avertissement extrêmement clair contre les conséquences sociales des politiques d’austérité et de rigueur budgétaire. En voici un extrait :

«…It is essential that Governments take into account the likely social implications of their economic policies. It has been shown, time and again, that economic policies considered in isolation from their social outcomes can have dire consequences for poverty, employment, nutrition, health and education, which, in turn, adversely affect long-term sustainable development. The disconnect between economic policies and their social consequences can create a vicious circle of slow growth and poor social progress. Universal social protection systems and active employment generation programmes should become permanent measures, not merely temporary components of national crisis response measures.

»At the same time, social progress, one of the three pillars of sustainable development, is particularly important as governments and stakeholders gear up for the 2012 United Nations Conference on Sustainable Development (Rio + 20). As Secretary-General for the Conference, I understand the need for social investments to be accorded priority in recovery strategies and development policies. Increasing expenditures to expand social protection and improve access to education and health services will help ensure more inclusive development with stronger domestic demand and a more solid foundation for future growth.

»This Report on the World Social Situation identifies the immediate and long-term social impacts of the current crisis and strongly underscores the need for inclusive social policies. As challenging as it may be, the crisis offers an opportunity for achieving social progress by making universal social protection a reality, revisiting the social aspects of globalization and ensuring more inclusive and sustained growth, very much in line with sustainable development’s commitment to achieving economic development, social progress and environmental sustainability.»

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