RapSit-USA2021 : Biden pire que Trump ?

Brèves de crise

   Forum

Il n'y a pas de commentaires associés a cet article. Vous pouvez réagir.

   Imprimer

 2051

RapSit-USA2021 : Biden pire que Trump ?

Jonathan Turley, ce juriste indépendant extrêmement expérimenté et que tout le monde à Washington D.C. s’entend à désigner comme le meilleur aux USA en matière de droit constitutionnel, a donné le 21 juin une chronique dévastatrice pour l’administration Biden. Son titre le montre à suffisance : « La mauvaise course de Biden : l’administration Biden est-elle en train de faire pire que l’administration Trump devant les tribunaux ? »

Turley a acquis une grande notoriété ces derniers mois pour ses interventions écrites lors des querelles nombreuses entre Trump et les démocrates, à l’occasion de l’élection présidentielle et des troubles qui ont suivi. On rappellera avec insistance que Turley, impeccable dans l’objectivité de ses analyses, est pourtant démocrate, libéral-progressiste, et a toujours voté contre Trump. Son avis est donc à prendre en considération, quasiment d’une façon objectivement péremptoire, et l’on peut être assuré que ses critiques contre Biden, dites sur un ton extrêmement mesurée, indiquent une situation catastrophique de cette administration, qui évolue dans la plus complète inconstitutionnalité... Comme dit Turley, sur un ton qu’on jugera évidemment ironique (notre utilisation de la police en gras) : « Il s’agit de la continuation d’un modèle intéressant où les démocrates adoptent les mêmes raisonnements qu’ils dénonçaient auparavant, dans le chef de Trump. »

Puisque nos dirigeants aiment tant monsieur Biden et l’État de Droit conjointement, et qu’ils ont une tendance extrêmement lourde à confondre l’un avec l’autre, la lecture du texte de Turley pourrait leur rafraîchir l’esprit. On doute qu’ils le fassent (la lecture), estimant sans doute leurs esprits assez frais.

« Vous trouverez ci-dessous ma chronique dans ‘The Hill’ sur le nombre croissant d’échecs subis par l’administration Biden devant les tribunaux du pays, y compris un échec particulièrement embarrassant devant la Cour suprême des États-Unis.

» Ce qui est remarquable, c’est qu’une série semblable d’échecs dans les premiers jours de l’administration Trump avaient donné lieu à une couverture médiatique selon le thème que l’administration Trump avait déclaré une guerre contre “the Rule of the Law” et qu’elle laissait même paraître des comportements d’autoritarisme. Les échecs devant les tribunaux de Biden ont été peu couverts par les médias, malgré ce qui pourrait être le pire bilan des débuts de son administration.

» Certes, de telles décisions défavorables ne sont pas rares lorsque les administrations à leurs débuts tentent de lancer les changements prévus à son programme. Quoiqu’il en soit, le fait est que l’administration Biden a enregistré des échecs très graves, y compris certains qui ont été en appel. Pourtant, de nombreux experts juridiques habitués à s’exprimer ouvertement contre ces transgressions du pouvoir exécutif ont plutôt choisi soit de blâmer des juges conservateurs, soit tout simplement d’ignorer ces manquements de l’administration Biden. Il s’agit de la continuation d'un modèle intéressant où les démocrates adoptent les mêmes raisonnements qu’ils dénonçaient auparavant, dans le chef de Trump. »

Il y a donc ensuite le texte de la chronique régulière que Turley donne à “The Hill”, un site extrêmement lu dans les milieux parlementaires de Washington (le titre se référant au surnom donné au Capitole où siège le Congrès des États-Unis). 

» Le président Biden a, à plusieurs reprises, présenté sa campagne et son administration comme défenderesses de “l’État de droit” après ce que lui et d’autres ont dépeint comme le règne sans loi du président Trump. L’idée d’un Biden ramenant le ministère de la Justice dans la conformité à la loi et aux tribunaux est régulièrement proclamée dans les médias.

» Ce qui fait l’objet de bien moins de publicité, c’est le fait que Biden a accumulé une litanie d’échecs judiciaires notables, qui pourraient maintenant dépasser celles de son prédécesseur au cours de ses six premiers mois. En effet, l’administration Biden a été reconnue coupable d’avoir violé la Constitution dans un nombre surprenant d'affaires et dans un laps de temps étonnamment court.

» Dans tout le pays, les tribunaux de première instance ont constaté des violations de la Constitution par l’administration Biden dans des domaines allant de l’immigration à l’environnement en passant par la lutte contre pandémie et ses effets. L’administration a en fait commencé avec le même modèle judiciaire que l’administration Trump, qui avait perdu dans l’affaire d’une première contestation de son interdiction de voyager. (La Cour suprême avait par la suite confirmé les éléments essentiels de l'interdiction de voyager et rejeté les revendications générales soulevées à son encontre.) Biden a également perdu un combat crucial, dans ce cas en matière d'immigration lorsqu’un tribunal fédéral a interdit son moratoire de 100 jours sur les déportations. Dans un avis de 105 pages, le tribunal a estimé que l’administration avait omis “toute explication rationnelle fondée sur les faits examinés et les facteurs pris en compte” et n’avait justifié sa politique que selon le “choix arbitraire et capricieux” du président dans ce décret d'immigration si précipité. Cela vous semble-t-il familier ? Cela devrait l’être, puisque c’est le même argument qui fut avancé contre Trump... »

Suivent quelques exemples de cas que Turley juge exemplaires, de défaites de Biden contre des plaintes et des décisions d’autres autorités le contestant. Les cas détaillés renvoient au Wisconsin, au Texas, à la Louisiane, à la Floride, et même à Washington D.C. où pourtant toutes les autorités sont démocrates et souvent de tendance extrémiste. Dans ce dernier cas, la Cour a rejeté la prétention de l’administration fédérale à avoir toute autorité en matière de pandémie, selon une position adoptée par d’autres tribunaux dans d’autre États (mais rejetée dans d’autres cas). Le tout forme un litige de la plus haute importance sur l’autorité respective du centre fédéral et des États, et l’affaire a de fortes chances d’aller devant la Cour Suprême. 

« Ces décisions contre l’administration Biden concernent les mêmes domaines que ceux qui ont été largement couverts par les médias au cours de l'administration Trump, notamment les conclusions de violations constitutionnelles et de pratiques discriminatoires. Lorsque les premiers arrêts ont été rendus contre Trump, les experts juridiques et médiatiques ont déclaré qu’il s’agissait d’une guerre contre l'État de droit, voire d’un début de tyrannie. Dans le cas de Biden, les médias n’ont accordé qu’une faible couverture aux échecs judiciaires de Biden. »

Turley s’attache à une affaire très significative et portée devant la Cour Suprême, – “l’affaire Terry v. United States”. Le cas lui-même est anodin : un détenu dans une affaire de drogue demandant une réduction de peine en vertu de la ‘First Step Act’ (loi dite “de la première infraction”). L’administration Trump s’était opposée à la demande du défendeur, et c’est une des premières positions fédérales que l’administration Biden a complètement renversée, selon le principe du “tout ce qu’a fait Trump est mauvais, décidons du contraire”.

Turley décrit alors l’action de l’administration Biden, maladroite, improvisée, entrecoupée de reculades et de changement d’arguments, de demandes de report pour des motifs ridicules, etc., pour en arriver à excéder la Cour Suprême et à faire son unanimité contre elle (l’administration) ! Turley poursuit jusqu’à l’épisode final, qui ridiculise l’action du département de la justice de Biden qui devait restaurer “the Rule of the Law” mise à mal par Trump-Hitler durant un mandat qui n’aurait été qu’une forfaiture pour établir une dictature :

« ...Au lieu de cela, l’administration Biden a avancé une argumentation si faible que les ‘Justices’ [titre des juges de la Cour Suprême] l’ont qualifiée de “tour de passe-passe” sans la moindre valeur, visant à éluder le sens clair et évident de la loi. Ils ont statué à l'unanimité contre l'administration et le défendeur. Huit Justices ont adhéré entièrement à l'opinion du Justice Clarence Thomas, et la Justice Sonia Sotomayor a souscrit à son interprétation de la ‘First Step Act’. Le ministère de la Justice de Biden a reconnu son erreur et a abandonné une argumentation qui avait finalement fait l’unanimité de la Cour contre lui.

» Alors qu’elle ne cesse de se prétendre championne de “l’État de droit” en public, l’administration Biden se révèle être [un “serial transgressor” en la matière]. Ces échecs devant les juges constituent un début peu propice pour toute administration.

» Dans les premiers mois de l’administration Trump, j’ai noté que “la Maison Blanche a donné aux tribunaux un environnement riche en cibles dans sa première directive sur les déplacements, qui était mal rédigée, mal exécutée et mal défendue”. Il en va de même pour l'administration Biden ; elle a accumulé les échecs pour s’être livrée à une discrimination raciale et sexuelle systémique, pour avoir outrepassé son autorité constitutionnelle et pour avoir agi de manière arbitraire et capricieuse dans l'application de la politique fédérale.

» Bien sûr, elle peut encore gagner en appel dans certains de ces cas, comme l’a fait Trump... Quoi qu’il en soit [et]à l’instar de l’administration précédente, l’administration Biden a montré de sérieuses lacunes dans la défense de ces premières affaires devant les tribunaux.

» Le président Biden a déclaré que “chaque pays est confronté à des défis en matière d’État de droit, y compris le mien”. Son administration a, jusqu’à présent, prouvé à quel point ce défi peut être difficile à relever. »

On s’induit en erreur en jugeant souvent la situation aux USA selon les normes européennes. Ainsi, les craintes de dictature trumpiste, – thème-bateau de nos éditorialistes conduits par le déterminisme-narrativiste, – sont trop souvent exposées, par paresse intellectuelle et certitude de soi, selon des données seulement politiques, voire de coercition par la force. Le tableau est très différent, dans la mesure de la pression énorme que la référence à la sacro-sainte “Rule of the Law” et donc à la Constitution, et par conséquent à l’“État de droit” perçu comme facteur fondateur du pays, impose à tous les acteurs, fussent-ils mécontents de cette influence, fussent-ils les plus extrémistes d’un bord comme de l’autre. Cela ne signifie nullement que la situation effectivement chaotique des USA soit destinée à être régulée par ce règne et cette psychologie de la Loi, mais qu’elle subit un désordre d’une autre forme que celui qu’on voit ailleurs. Pour cette raison, les remarques de Turley, maître du droit constitutionnel aux USA, sont d’un poids considérable, d’un point de vue juridique, – c’est-à-dire, parce que nous sommes aux USA, d’un point de vue politique.

Un point remarquable émerge aussitôt de ces remarques : la place de plus en plus confrationnelle que la Cour Suprême est amenée à tenir, face à l’administration Biden. On l’a déjà noté, la Cour Suprême réagit avec force contre certains projets démocrates de la restructurer en ajoutant cinq Justices pour faire d’elle un instrument du programme démocrate de politique générale. L’on voit, dans les cas analysées par Turley, que la Cour arrive à des votes à l’unanimité réunissant des personnalités d’orientation politique aussi opposées que le conservateur Thomas et la progressiste-sociétale Sotomayor. Les Justices réagissent de moins en moins en fonction de leurs options politiques, et de plus en plus en tant qu’ils s’estiment gardiens de la Loi Suprême, contre ce qui devient à leurs yeux des tentatives de subversion fondamentaux. Le complet paradoxe est que cela se manifeste avec l’administration Biden, censée rétablir l’“État de Droit” et qui apparaît de plus en plus comme pire que Trump à cet égard. Il va falloir souquer avec une grande vigueur pour conserver à ce gouvernement ce maquillage de vertu enfermé dans un simulacre, dont toute la presseSystème et le Système lui-même, aux USA et dans le bloc-BAO, l’ont paré avant même qu’il n’existât. Aujourd’hui, l’administration Biden, qui proclame avoir débusqué le plus terrible terrorisme antiaméricaniste dans le pseudo-extrémisme des pseudo-suprémacistes blancs, devient elle-même, par légèreté, inconséquence & incompétence, cynisme et idéologisation, et enfin par subversion narrativiste, – quelque chose de bien plus terroriste qui menace la structure et l’âme de l’Amérique (et de l’américanisme également, cerise paradoxale sur le gâteau). Sur son chemin se trouve la Cour Suprême.

… Tout cela, bien entendu, sans encore mentionner, pour nos futurs-proches, le fait que certaines affaires allant jusqu’à la Cour Suprême peuvent mettre sur le tapis la redoutable bombe à retardement du conflit d’autorité entre le centre et les États. Turley nous en donne le premier cas possible avec ce désaccord sur l’autorité suprême dans chaque État pour ce qui concerne la pandémie. On peut conjecturer qu’il y en aura d’autre(s), sur des cas encore plus brûlants, notamment et sans aucun doute pour ceux qui concernent la politique d’immigration et la sécurisation des frontière (la “mexicanisation” menaçante). La prospective-bouffe de nos grands esprits sur le rétablissement d’une certaine normalité et d’un ordre rénové avec Biden chassant Trump est totalement, absolument battue en brèche. Dans tous les domaines, Biden accroit le désordre de l’ère trumpiste, radicalise les problèmes, approfondit les fractures.

Enfin, nous ferons une dernière remarque, qui porte sur une question qu’on a l’habitude de traiter hors de celle des USA, comme s’il y avait deux mondes, celui des USA-intérieurs, celui de la politique étrangère (alias politiqueSystème) des USA. Du fait de tous les éléments que nous avons développés, on peut avancer en effet que les différents commentaires sur la politique extérieure de Biden, et notamment ceux qui furent faits sur le sommet de Genève, devront de plus en plus être amendés par cette référence de la situation intérieure aux USA. Non seulement le chaos du wokenisme, la dissidence affichée des électeurs de Trump, mais aussi et surtout la situation juridique et constitutionnelle du pouvoir à Washington D.C., sont en train d’atteindre le poids-limite à partir duquel ils vont peser trop pour ne pas être pris en compte dans tous les actes de gouvernement ; surtout cela, alors que tous les organismes de la sécurité nationale, du Pentagone à la CIA, sont absurdement et frontalement balayés par la vague wokeniste qui érode, affaiblit et désoriente toutes ces structures qui ont besoin d’ordre et de discipline en fonction des seuls objectifs extérieurs d’agression et de subversion.

Il nous apparaît alors que le facteur intérieur doive être conduit à peser de plus en plus fortement pour pousser à la recherche d’une situation de verrouillage des différentes politiques étrangères dans des situations plutôt statiques qui ne requièrent plus que de l’attention accessoire. Il apparaît désormais probable sinon assuré que la poursuite du désordre intérieur va bientôt décisivement supplanter tous les autres aspects de la politique américaniste. D’ores et déjà, on peut soutenir la pertinence, au moins autant que d’autres arguments plus spécifiques, de l’argument de la neutralisation des questions extérieures, comme par exemple la volonté de demander, voire de mendier un sommet avec la Russie pour tenter de se donner “un peu d’air” de ce côté ; tout cela n’amenant d’ailleurs qu’une grosse poignée de contradictions et de polémiques de plus de la part des centres bellicistes (essentiellement aux USA, d’ailleurs, encore un signe que le domaine intérieur l’emporte sur le domaine extérieur).

 

Mis en ligne le 22 juin 2021 à 15H10

Donations

Nous avons récolté 400 € sur 3000 €

faites un don