Le pantalon rouge et la dernière mode de l'armée américaine

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Le pantalon rouge et la dernière mode de l'armée américaine

Le pantalon rouge, les guêtres, la vareuse, les galons et la passementerie pour faire joli dans les puanteurs épouvantées des sentiers de la gloire ont été rejoints par les tenues léopards caméléons des commandos hallucinés et héliportés de la jungle du 37ème parallèle vietnamien. Ce surplus militaire appartient à la rubrique souvenir couleur sépia des guerres maintenant antiques du début et du milieu du vingtième siècle.

Le fantassin nouveau a l’allure d’un alunisseur.

Son squelette endogène se double d’un exosquelette, harnachement qui répartit les charges de son poids et de celui de son sac sur des rotules externes à suspension hydraulique. Il gambade d’un pas léger, certes de façon un peu saccadée, sur les reliefs des montagnes afghanes, son heaume est devenu un casque bourré d’électronique et le viseur de son arme sans cesse ajusté par guidage satellitaire.

Les ordres lui sont soufflés à son oreillette depuis un centre de contrôle où des observateurs repèrent sa position depuis le Nevada, la Virginie ou le Texas.

Isolé dans son armure, il n’entend ni le pachtou ni le dari de ceux qu’il est venu combattre, encore moins leurs cinquante variantes vernaculaires qu’il aurait fallu pratiquer pour ne pas tomber dans l’embuscade mortelle tendue par quelques villageois venus à pied ou à dos de mulet avec leurs vieilles arquebuses, un peu de poudre et quelques mèches.

Le nouveau GI doublé de son appareillage coûteux n’a pas encore n’a pas encore été débarqué depuis le futur avion si furtif , le fameux F-35, il peine à quitter le monde de l’esquisse pour rentrer dans celui du réel, que le voilà déjà basculé dans le registre de la bizarrerie du vétuste et de la nostalgie.

La guerre menée par les US(a) actuellement contre le Pakistan, le Yémen et la Somalie s’effectue par drones interposés. Elle a rendu l’organisme bionique du GI simple support pour les ressources technologiques développées par le CMI superfétatoire.

Le rapport semestriel remis au Congrès étasunien faisant état des opérations militaires US menées à l’étranger confirme officiellement l’existence d’actions directes menées contre des terroristes au Yémen et en Somalie. Les frappes de missiles depuis des Predator n’ont rien de secret puisqu’elles assassinent plusieurs dizaines de civils chaque semaine sous prétexte de combattre des membres d’Al Qaida dans la péninsule arabique ou dans la province du Pakistan voisine de l’Afghanistan, pays pourtant allié. De prétendues listes d’hommes à abattre sont dressées, puis soumises à signature à Obama lui-même.

Cette guerre est aisée à gagner, d’abord elle n’est pas déclarée et elle est faite aux dépens de pays amis qui ne vont pas rétorquer. Les cibles à atteindre sont désignées plus ou moins aléatoirement sur la foi de renseignements privatisés et imprécis. Les meurtres ainsi décidés sont impunis et l’agent d’exécution qui contrôle l’appareil sans pilote est hors de portée des victimes, à plusieurs milliers de kilomètres.

Les coupes budgétaires qui restreindront obligatoirement l’expansion du budget du Pentagone n’affecteront pas le programme des avions sans pilote.

Une promotion d’officiers de l’armée de l’air, spécialisée dans la cyberguerre, vient de sortir de l’école de l’armée de l’Air du Nevada. Ils opéreront à plein temps dans cette nouvelle discipline d’armes, même si à terme, les formateurs espèrent réduire la distinction entre les armes traditionnelles et cette branche d’intervention.

Désormais, les outils cybernétiques sont largement répandus et de ce fait sont considérés comme pouvant constituent une menace réelle, en dehors des puissances rivales identifiées comme la Russie ou la Chine. La nouvelle doctrine d’enseignement et de formation des cadres de l’armée fera de chaque postulant un compétent en cyber-guerre. Il ne s’agit plus de surveiller et de protéger les réseaux nécessaires au fonctionnement de toutes les armées.

Ici aussi, une attitude préventive est préconisée.

L’attaque par le virus Stunext dès 2009 du système de programmation des automates industriels Siemens adoptés en Iran par les unités d’enrichissement de l’uranium en ses isotopes lourds donne un avant-goût des formes de la nouvelle guerre technologique, reléguant peut-être les anciennes au pavillon des archaïsmes.

Le récent logiciel espion Flame censé livrer des informations sur le nucléaire iranien, d’une grande sophistication, ne peut qu’être issu d’un dispositif émanant d’un État.

La référence biologique, un virus n’est qu’un paquet d’ADN ou d’ARN, n’est que partiellement impropre.

L’artefact de la cyberguerre est un pur produit de laboratoire, contrairement aux organismes viraux même si modifiés génétiquement. Leur nocivité partagée en revanche est proportionnelle au caractère ubiquitaire du véhicule les transportant et de la banalité de leur cible. C’est bien ce dernier trait qui en fait une arme à effet boomerang. Il contaminera les systèmes dans les sites géographiques visés mais aussi ailleurs. Les automates Siemens n’ont pas comme seul client les centrales iraniennes utilisatrices de centrifugeuses. La métaphore avec les épidémies des guerres biologiques est tout à fait pertinente car une fois disséminé le virus prendra en charge y compris les machines des pays émetteurs.

Flame aurait vite disparu par activation de son autodestruction, il a pour autant pu être étudié et cartographié par les spécialistes de cybersécurité, obligeant à l’élaboration de nouveaux outils.

L’octroi aux Us(a) de l’exploitation selon leur convenance des données du réseau de règlement interbancaire international SWIFT sous prétexte des attentats du 11 septembre sur le sol des États d’Amérique du nord est une arme redoutable aux mains de la puissance qui frappe d’embargo et de sanctions économiques qui elle veut. Elle est utilisée sans le bruit que suscitent ces vers informatiques. Elle étouffe lentement les pays cités comme appartenant à l’axe du mal buschien court-circuités par le commerce international agréé par eux. (1)

Une autre analogie biologique, celle des produits toxiques détenus par les banques responsables de contamination des institutions financières, voudrait naturaliser ou donner un semblant d’explication scientifique à des décisions politiques prises pour renflouer les banques privées. Elle n’est pas valide. Le vivant se signale par des mécanismes stabilisateurs qui lui assurent son homéostasie, ainsi en est-il des boucles de rétroaction négative décrites la première fois en hormonologie.

La centaine de milliards empruntés sur les marchés financiers par le FESF, garantis par les États européens contributeurs auraient été prêtés à l’Espagne. Ils sont allés directement renflouer les banques privées espagnoles qui avancent à la Banque Centrale européenne comme garantie les crédits à l’immobilier qu’elles ont consentis et qui ne seront jamais remboursés. Ces dernières sont censées acheter de la dette émise par l’État espagnol qui ne trouve preneur qu’à des taux très au-dessus de ses capacités de remboursement.

Les créances détenues par des banques assez peu regardantes quand elles ont alimenté une bulle spéculative immobilière, au lieu d’être déclarées pour ce qu’elles sont c’est-à-dire sans valeur, continuent d’alimenter un cycle qui va endetter les États, donc les citoyens européens.

Ce cycle perpétue des banques insolvables et renforce la dette des États bientôt insolvables à leur tour dans une boucle de rétroaction positive qu’aucune régulation ne vient freiner.

Cette économie vaudou qui a inventé le moteur perpétuel de la dette a pris naissance aux Us(a). Le niveau de sa dette publique, 15 000 milliards en 2011 soit 99,6% de son PIB, ne les place pas loin des pays européens.

L’aberration du placement de liquidités dans des bons du Trésor des Us(a) à taux négatif permet un prélèvement dans l’épargne mondiale à peu de frais pour faire rouler la dette.

Le démarchage commercial de la Chine en faveur de l’abandon du dollar comme monnaie d’échange et donc de réserve a encore porté ses fruits avec le Brésil. En marge du sommet de Rio de Janeiro, le Brésil et la Chine ont signé un accord qu’ils échangeront commercialement en riminbi pour 60 milliards soit l’équivalent de 29 milliards dollar US.

Pékin élargit la zone d’exclusion du dollar sur un autre continent que l’Asie pendant que Fabius responsable revendiqué de cession de matériel de transmission aux rebelles mercenaires de l’armée syrienne dite libre va être contraint de faire la sale guerre, toute gluante de sang arabe, kurde, tcherkesse, arménien, syrien en somme, pour le compte du Pentagone, pressé de changer la garde-robe de ses unités du futur antérieur.

Fabius, Hollande, toutes ces figurines mi-mollettistes prisonnières d’un presque antique phrasé émaillant un discours vieux de plus d’un siècle, continuent de vanter la ligne Maginot tout en faisant briller le cuivre des boutons de leur vareuse bleue. Cette ligne a pour nom l’OTAN.

Badia Benjelloun

Note

(1) Les évasions fiscales seraient difficiles à contrôler selon les tenants de l’idéologie libérale qui omettent la traçabilité de toute transaction passée par des chambres de compensation.