Le commentaire devant le désordre

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Le commentaire devant le désordre

L’h(H)istoire se parcourt à pas de fictions qui circulent et lui donnent parfois sens.

Quelquefois se risquent des commentaires qui se donnent fonction de déplacer quelques termes, redistribuent des détails dans le tableau et exaltent ou ternissent la perspective.

Allons-y du nôtre.

L’idée est simple.

Les vaccins sauvent des vies, empêchent de souffrir et créent de la richesse.

GAVI Alliance (Global Alliance for Vaccines and Immunization) en collaboration avec le Results Development Institute, organisme de recherche basé à Washington se sont saisis de cette évidence énoncée par Richard Moxon professeur en pédiatrie à l’université d’Oxford en Grande Bretagne pour établir un programme ambitieux de vaccination. Il s’agit de sauver la vie de 4 millions d’enfants dans les pays pauvres d’ici 2015. Une conférence des donateurs s’est tenue à Londres ce 13 juin en vue de mobiliser 3,7 milliards de dollars en faveur de ce projet. Il concerne la fièvre jaune (52 000 morts en 2006 pour les pays africains concernés), l’infection à Hemophilus ib responsable de méningites (environ 386 000 décès par an), l’hépatite B, transmissible comme le Sida de morbidité isolée ignorée en Afrique et le pneumocoque. Selon l’OMS et les laboratoires Pfizer, 14 pour cent des décès des enfants de moins de 5 ans sont dus au pneumocoque pour lequel il existe un vaccin couvrant tous les stéréotypes dénombrés à ce jour.

La première cause de mortalité infantile dans le monde est la malnutrition. La dénutrition tue à elle seule, c’est à dire par dépérissement et non par une cause additionnelle, 1,5 millions d’humains par an.

La FAO estime que 925 millions d’humains ont souffert de faim en 2201.

En Afrique de l’Ouest et occidentale, pour 2010, une très grande précarité alimentaire a affecté 10 millions de personnes dont 1 million d’enfants. Dans cette zone, l’UNICEF avait estimé à 40 millions de dollars la somme nécessaire pour faire face à cette détresse nutritionnelle. Elle en a reçu 4,9 millions.

Les organisateurs de cette conférence ont-ils simplement sollicité les avis d’un nutritionniste ou d’un immunologiste de moyenne compétence qu’il leur expose qu’aucune réponse immune de qualité ne peut être obtenue sur un terrain malnutri ou dénutri. Aucune, ni naturelle ni spécifique induite par la vaccination. La malnutrition protéino-énergétique est devant l’infection par le VIH la raison majeure d’immunodéficience acquise dans le monde. Les enfants meurent de la moindre des infections car ils sont dénutris et les vacciner sera inutile car ils seront mauvais répondeurs. Sommes-nous face à un cycle futile comme décrit en bioénergétique ?

Les fabricants de vaccins réunis à Londres promettent de baisser leur prix si un débouché leur est garanti en nombre de doses à délivrer.

Un organisme financier international, IFFIm, a été créé ad hoc pour dégager rapidement des capitaux. Il émet des emprunts obligataires sur le marché boursier. Le remboursement est garanti par les États participant aux campagnes de vaccination. La prochaine question sera peut-être de créer des CDS liés à ces actions et de permettre une spéculation à la hausse ou à la baisse sur sa valeur.

La fondation Bill et Milenda Gates dispose d’un nombre de sièges suffisant aux conseils d’administration de GAVI Alliance, Results Development Institute et IFFim pour être l’initiatrice de leurs priorités et de leurs décisions.

La part de ses contributions au financement de l’OMS pour l’année 2010-2011, 220 millions, place la Fondation Gates juste derrière l’USAID des US(a), 280 millions. Là aussi, elle pèse et oriente les destinations des fonds en général vers les programmes de vaccination.

Ouvertement, l’un des hommes les plus fortunés de la planète dispose selon ses vues d’instances dites internationales. Exit la préoccupation des maladies orphelines, exit la recherche sur le paludisme qui tue aussi efficacement tue les diarrhées du péril fécal.

Pendant ce temps, inexorablement, la pandémie du surpoids et de l’obésité progresse dans le monde.

Elle concerne pas moins d’un milliard et demi d’humains avec son cortège des maladies cardio-vasculaires et métaboliques, véritable manne pour les laboratoires pharmaceutiques et coefficient d’augmentation vertigineux du PIB des pays développés. En France pour 2009, la classe thérapeutique des médicaments cardiovasculaires représentent le premier poste de dépense de la Sécurité Sociale, 3,1 milliards d’euros.

Le commentateur se prend parfois à s’interroger sur le désordre du sens.

Le terme ‘commentaire’ est dénué de son verbe ‘naturel’ commentir. Le participe commentus de comminiscor qui a donné commentarium est d’abord un geste du souvenir, avec le ‘mentus’, l’esprit. Le commentaire est écrit pour mémoire. À l’origine, le Commentaire ou les Annales relate dans la plus grande des sobriétés les faits tels qu’ils se sont déroulés. À cet égard Cicéron remarquait combien les ‘Commentaires’ de César étaient secs, comme dépourvus d’ornement. Les grammairiens se sont saisis ensuite du terme pour désigner leur travail sur les textes. Ils ont laissé au loin les champs ouverts par le ‘commentior’ (mentir) et commenticus (inventé, mensonger).

Se souvenir, écrire la mémoire filante et l’accrocher à quelques cieux rieurs parfois, foudroyants de beauté et qui laissent l’écrivailleur muet.

Badia Benjelloun