L’axe Russie-Iran-Inde

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L’axe Russie-Iran-Inde

• Une définition d’un nouvel axe de développement économico-stratégique, ou « pôle d’influence » de la nouvelle multipolarité qui se met en place : de la Russie à l’Iran et à l’Inde. • Contribution : dde.org et Andrew Korybko.

Le texte de Andrew Korybko sur le nouvel axe économico-stratégique Russie-Iran-Inde est intéressant autant par le sujet qu’il traite que par l’exemple qu’il donne de nouvelles structures en train de se mettre en place dans un éventuel “monde d’après” – disons “après-Ukrisis” ? L’expression “après-Ukrisis” vient à l’esprit, quoiqu’il nous semble extrêmement improbable qu’un tel “monde d’après” puisse déjà se structurer fondamentalement sans prendre en compte les chocs considérables qui sont à attendre, sinon à espérer, du côté du bloc-BAO engagés dans cette crise également considérable de déstructuration (pour lui, le bloc)

Disons que la structure envisagée ici par Korybko est un élément à considérer, ainsi que d’autres du même type dont on parle plus loin, mais qu’ils ne seraient que des compléments vertueux d’une hypothèse nécessaire sur la chute du monde américaniste-occidentaliste. Dans tous les cas, ces hypothèses et conceptions reflètent un état d’esprit bouillonnant de l’attente de nouvelles structures certes, ou plutôt dit de l’“attente de l’effondrement du monde américaniste-occidentaliste” tel qu’il se prétend être, avec son hégémonisme, son hubris, sa recherche sans fin du simulacre par la communication, son faux-nez progressiste qui n’est qu’un effort désespéré pour tenter de retenir le “monde d’avant” en le peignant d’une couche de ce qu’il voudrait être le “monde d’après”. En un mot, ce que nous présente Korybko, ce sont des matières conceptuelles “nécessaires mais pas suffisantes”. Il nous manque la catastrophe centrale. 

L’aspect le plus intéressant de cet axe Russie-Iran-Inde est bien qu’il se présente comme un élément d’un monde multipolaire permettant, non seulement d’enterrer l’unipolarité USA/BAO devenue grotesque et insupportable, mais d’éviter une bipolarité qui sauverait la mise des USA en intronisant une Chine qui accepterait cette sorte de “double jeu”, – ou “drôle de jeu” si l’on affectionne les jeux de mots, – dans tous les cas, un jeu déjà ancien qui n’a débouché sur rien car les USA ne peuvent accepter une “hégémonie partagée”... C’est donc ce que souligne Korybko dans ce paragraphe, où il montre combien un tel axe/un tel pôle contribuerait (contribue) à éviter un dialogue trop exclusif Russie-Chine, où la Russie serait perdante pense-t-il implicitement.

« Sans la participation de premier plan de l'Iran au NSTC, la Russie serait isolée de ses indispensables partenaires indiens dont l'intervention décisive lui a évité de manière préventive une dépendance potentiellement disproportionnée vis-à-vis de la Chine à l'avenir. Ce résultat, à son tour, a aidé le monde à dépasser l'actuelle phase intermédiaire bi/multipolaire de la transition systémique mondiale vers la multipolarité qui a vu les relations internationales largement façonnées par la compétition entre les superpuissances américaine et chinoise. Il est de plus en plus possible de parler d'un troisième pôle d'influence représenté par la grande convergence stratégique entre la Russie, l'Iran et l'Inde. »

 Ce passage, en introduisant une formule (NSTC), nous invite effectivement à détailler une sorte de glossaire d’abréviations, de sigles ou d’acronymes qu’emploie Korybko, dont la présentation et la rapide définition permettent de mieux appréhender ce que pourrait être ce monde multipolaire dont la venue est attendue semble-t-il avec une grande impatience, – mais dont la venue dépend effectivement, il faut le répéter, de chocs considérables qui sont en cours de développement mais sont loin d’être achevés, – en termes d’importance mais pas de temps si l’on considère la rapidité des circonstances propices.

• Ainsi, le NSTC, ou ‘North-South Transport Corridor’, – ‘Corridor de Trafic Nord-Sud’, – désigne l’axe Russie-Iran-Inde, dont on dura qu’ils constituent également un « pôle d’influence ». On notera que Korybko en parle en termes civilisationnels :

« ...corridor d'intégration entre les civilisations, reliant la civilisation historiquement chrétienne de la Russie, la civilisation islamique-chiite de l'Iran et la civilisation hindoue de l'Inde, sans oublier d'autres, comme celles d'Afrique et d'Asie du Sud-Est, qui peuvent se relier indirectement à la Russie par cette voie. »

• Ces pays NSTC peuvent aussi se considérer comme des “néoNAMM”, ou pays du “Neo-Non-Aligned Movement”, comme une résurgence du Mouvement des Non-Alignés du temps de la Guerre Froide. L’appartenance de la Russie à un tel concept marquerait sa volonté de mise en cause de l’orientation Est-Ouest qui a dominé le monde tout au long du XXème siècle, et l’abandon de son “européanité” à la suite de la brutalité à son encontre d’Ukrisis comme le manipulent les pays du bloc-BAO.

• On notera l’acronyme GPE, pour “Grand Partenariat Eurasiatique”, caractérisant également les pays NSTC et signifiant par là que la dynamique eurasiatique n’intègre pas nécessairement la Chine, ne fait pas de la Chine un verrou du concept.

• Enfin on trouve un antagonisme total et sans possibilité de compromis entre les MSC et les ULG. Cet antagonisme est lui beaucoup plus large et définit complètement la GrandeCrise elle-même, autant qu’Ukrisis : MSC pour “Multipolaire-Souverainiste-Conservateur“ et ULG pour “Unipolaire-Libéral-Globaliste”.

Ces divers acronymes donnent une idée assez précise de la forme des affrontements actuels et des positions antagonistes, largement en devenir ces dernières années, et auxquels Ukrisis a donné une forme et une dynamique opérationnelles

Le texte de Andrew Korybko est du 23 mai dans sa version originale, et du 27 mai dans sa version française.

dde.org

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Russie-Iran-Inde, pôle d'influence

Le ministre russe des Transports, Valery Savelyev, vient de reconnaître le rôle vital que joue aujourd'hui l'Iran pour la logistique de son pays grâce au corridor de transport Nord-Sud (NSTC - North South Transport Corridor). Selon lui, les sanctions occidentales sans précédent imposées par les États-Unis en réponse à l'opération militaire russe en cours en Ukraine "ont pratiquement brisé toute la logistique dans notre pays. Et nous sommes obligés de chercher de nouveaux couloirs logistiques".

La principale priorité de son pays est le NSTC à travers l'Iran, notant que trois ports de la mer Caspienne servent déjà de conduits commerciaux avec la République islamique, tout en reconnaissant qu'il reste beaucoup à faire en matière de connectivité terrestre.

Peu après le début de l'opération spéciale de la Russie, il avait déjà été prédit que l'Iran deviendrait beaucoup plus important pour la Russie. En effet, le NSTC fonctionne comme un corridor d'intégration entre les civilisations, reliant la civilisation historiquement chrétienne de la Russie, la civilisation islamique-chiite de l'Iran et la civilisation hindoue de l'Inde, sans oublier d'autres, comme celles d'Afrique et d'Asie du Sud-Est, qui peuvent se relier indirectement à la Russie par cette voie. Il s'agit d'une soupape irremplaçable à la pression économique et financière de l'Occident dirigée par les États-Unis, qui a créé tant de difficultés logistiques pour la Russie ces derniers mois, d'autant plus qu'elle est reliée à l'Inde, qui a défié la pression occidentale en continuant à pratiquer sa politique de neutralité de principe.

Sans la participation de premier plan de l'Iran au NSTC, la Russie serait isolée de ses indispensables partenaires indiens dont l'intervention décisive lui a évité de manière préventive une dépendance potentiellement disproportionnée vis-à-vis de la Chine à l'avenir. Ce résultat, à son tour, a aidé le monde à dépasser l'actuelle phase intermédiaire bi/multipolaire de la transition systémique mondiale vers la multipolarité qui a vu les relations internationales largement façonnées par la compétition entre les superpuissances américaine et chinoise. Il est de plus en plus possible de parler d'un troisième pôle d'influence représenté par la grande convergence stratégique entre la Russie, l'Iran et l'Inde.

Leurs diplomates ne le reconnaissent pas officiellement, de peur que les superpuissances américaines et/ou chinoises n'interprètent mal les intentions de leurs États-civilisation, mais tous trois tentent officieusement de réunir un nouveau Mouvement des non-alignés ("Néo-NAM"). Ils espèrent servir de centres de gravité égaux au sein du troisième pôle d'influence qu'ils souhaitent créer afin de faire évoluer les relations internationales au-delà de leur phase intermédiaire bi/multipolaire actuelle et vers un système de "tripolarité" qui, espèrent-ils, facilitera inévitablement l'émergence de relations multipolaires complexes. L'objectif de cette démarche est de maximiser leur autonomie stratégique respective dans le cadre de la nouvelle guerre froide vis-à-vis des deux superpuissances.

Les implications internationales de la réussite de leur plan changeraient littéralement les règles du jeu, ce qui explique pourquoi des efforts sont déployés pour les arrêter. Elles ont pris la forme d'une campagne de guerre de l'information menée par l'Associated Press à la tête des grands médias occidentaux dirigés par les États-Unis contre le partenariat stratégique Russie-Iran, tandis que d'autres médias mènent une campagne complémentaire contre le partenariat stratégique Russie-Inde. Les deux ont échoué alors que leurs dirigeants s'appuient sur leur vision du monde multipolaire-conservatrice-souverainiste (MCS) commune pour maintenir le cap malgré une pression considérable après que leurs stratèges leur aient soi-disant assuré que tout finirait par payer, pour peu qu'ils restent patients.

Cela contraste avec son voisin pakistanais, qui semble de manière convaincante être en train de recalibrer sa grande stratégie et le rôle associé envisagé dans la transition systémique mondiale suite à son changement scandaleux de gouvernement. Les signaux contradictoires que ses nouvelles autorités ont envoyés à la Russie, parallèlement à leur rapprochement enthousiaste avec les États-Unis, suggèrent fortement que la vision du monde MCS précédemment épousée par l'ancien premier ministre Khan est progressivement remplacée, à un degré incertain, par un libéralisme unipolaire favorable à l'Occident mondialiste (ULG - Unipolar Liberal-Globalist). Cela complique les processus multipolaires en Asie du Sud et risque d'en isoler le Pakistan dans le pire des cas.

Cependant, le Pakistan n'a aucune intention d'interférer avec le NSTC, même s'il devait s'engager dans un rapprochement complet et extrêmement rapide avec les États-Unis. Cette observation signifie que la grande convergence stratégique entre la Russie, l'Iran et l'Inde va se poursuivre, les deux derniers devenant encore plus importants que jamais pour Moscou en tant que soupapes à la pression occidentale et alternatives fiables pour éviter de manière préventive toute dépendance potentiellement disproportionnée vis-à-vis de la Chine. Le Pakistan était censé jouer un rôle complémentaire dans le Grand partenariat eurasiatique (GPE) de la Russie en servant également à équilibrer la dépendance croissante de Moscou vis-à-vis de Téhéran et de New Delhi, mais cela semble peu probable à la lumière des récents développements.

Avec des relations virtuellement gelées sur le front énergétique qui était conçu comme la base de leur partenariat stratégique espéré, il y a peu de chances que la Russie considère un jour le Pakistan comme plus important pour son "pivot vers l'Oumma" que l'Iran ne l'est aujourd'hui, alors qu'il est en train de le devenir, à moins que ces questions ne soient résolues de toute urgence. Selon toute vraisemblance, elles ne le seront pas, et cette prédiction désastreuse découle de la conjecture selon laquelle les nouvelles autorités pakistanaises considèrent le ralentissement du rythme de son rapprochement avec la Russie comme une "concession unilatérale acceptable" en échange de la poursuite des pourparlers sur l'amélioration des liens avec les États-Unis, qui est leur nouvelle priorité en matière de politique étrangère.

Bien que de petits pas vers le rétablissement des relations aient été constatés récemment, l'interview du ministre des Affaires étrangères Bhutto à l'Associated Press lors de son voyage inaugural aux États-Unis pour assister à un événement de l'ONU et rencontrer personnellement Blinken a jeté le doute sur l'intérêt d'Islamabad à reprendre les pourparlers sur l'énergie avec la Russie. Selon les médias, il a révélé que "lors de ses entretiens avec Blinken, il s'est concentré sur l'augmentation des échanges commerciaux, en particulier dans l'agriculture, les technologies de l'information et l'énergie". Cela suggère que les États-Unis tentent d'exercer un effet de levier sur le prétendu accord conclu par la Russie avec le Pakistan pour lui fournir des denrées alimentaires et du carburant à un prix réduit de 30 %, et peut-être même d'offrir un rabais moins important, le cas échéant, comme "coût nécessaire" pour améliorer les relations...

Le résultat prévisible de la décision du Pakistan de ne pas reprendre les pourparlers sur l'énergie avec la Russie est que l'importance de l'Iran et de l'Inde dans la grande stratégie russe continuera à croître sans que le facteur d'équilibre pakistanais, que Moscou considérait auparavant comme acquis, ne puisse être contrôlé. Ce ne sera pas un problème, à moins qu'ils ne politisent leur rôle de soupape pour la pression occidentale, ce qu'ils sont réticents à faire de toute façon, car cela pourrait nuire à leurs intérêts communs de MSC dans la transition systémique mondiale par le biais du Néo-MNA. Cependant, il reste important de noter que l'élimination pratique de l'influence équilibrante du Pakistan dans ce paradigme accroît la dépendance de la Russie vis-à-vis de l'Iran et de l'Inde.

Que les relations russo-pakistanaises deviennent stratégiques ou non, comme Moscou l'espérait, et qu'elles contribuent par conséquent à équilibrer le Néo-NAM qu'elle envisage, il ne fait aucun doute que l'axe que la Russie est en train de constituer avec l'Iran et l'Inde continuera à se renforcer, ces trois pays poursuivant conjointement la création d'un troisième pôle d'influence dans les relations internationales. La réussite de ce projet aidera le monde à dépasser la phase intermédiaire bi/multipolaire actuelle de la transition systémique mondiale et, par conséquent, à créer davantage d'opportunités pour les autres pays de renforcer leur autonomie stratégique dans la nouvelle guerre froide.

Andrew Korybko

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