La déconstruction rampante des USA

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La déconstruction rampante des USA

Wayne Madsen fait un travail des plus intéressants, en présentant, en comptabilisant et en commentant les conflits existant actuellement entre Trump (Washingtons D.C. et sa bureaucratie, centre fédéral des USA) et différents États de l’Union, essentiellement ceux qui ont des gouverneurs démocrates mais aussi quelques-uns avec des gouverneurs républicains (notamment le Maryland, le Massachussetts et le Vermont). Bien entendu, Madsen étant ce qu’il est, – un farouche opposant à Trump, – il fait cette description en condamnant l’attitude de Washington D.C., mais il le fait à bon escient d’une façon générale... De toutes les façons ce n’est pas ce qui nous intéresse, – “bon escient” ou pas, – mais de façon très différente la description d’une crise interne aux USA déjà "en marche” depuis plusieurs années, qui s’apparente plus à une dynamique de “déconstruction” (déstructuration-dissolution) qu’à une dynamique de sécession.

En effet, l’intérêt de cette présentation est de nous faire réaliser qu’au lieu de nous trouver dans une situation où une grande crise interne US conduit un certain nombre d’États à s’opposer le plus sopuvent en s’unissant entre eux (phénomène pouvant conduire à leur sécession), il s’agit d’un certain nombre de conflits entre D.C. et des États divers selon divers regroupements, sur différents aspects des politiques fédérales intérieures et extérieures que ces États refusent d’appliquer.

Madsen commence et termine sur des analogies de situations historiques permettant de mesurer la crise qu’il décrit, et qui pourtant montrent qu’il s’agit aujourd’hui d’une crise différente de celles qyui servent de références :

• en introduction, il signale que c’est la crise la plus grave depuis celle des années 1950-1960, lorsqu’il s’est agi d’imposer le respect des droits civiques constitutionnels pour les Africains-Américains dans certains États du Sud : « Depuis le mouvement pour les droits civiques des années 1950 et 1960, les tensions n'ont jamais été aussi fortes entre une administration américaine et les États de l’Union. Pendant l'ère des droits civiques, c’est le gouvernement fédéral qui jouait le rôle de protecteur de la Constitution américaine en faisant pression sur les États ségrégationnistes comme l’Arkansas, le Mississippi et l’Alabama pour qu’ils se conforment à la loi fédérale sur les droits civiques. Aujourd'hui, les rôles sont renversés. Une administration fédérale raciste et xénophobe a en fait commencé à imposer des sanctions de déplacement et autres à des États comme New York et la Californie, simplement parce qu’ils respectent la législation américaine et internationale sur les droits de l’homme, en particulier celle qui traite de l'asile pour les réfugiés étrangers. » ;
• en conclusion, Madsen évoque la référence la plus importante et la plus tragique de l’histoire des USA, bien entendu la Guerre de Sécession : « La dernière “guerre entre les États” a opposé le gouvernement fédéral de DC et les États restés dans l’Union d’un côté et les États confédérés pro-esclavagistes du Sud. Si Trump poursuit sa guerre contre certains États, cette politique pourrait se transformer en une guerre entre les États les plus peuplés et l’administration Trump, avec de nombreux sympathisants des États au sein du gouvernement fédéral et de l'armée. C’est une voie vers un désastre pour Trump et ses loyalistes. »

Madsen développe considérablement l’actuel conflit, qui vient de prendre un tour aigu après l’échec d’une conciliation le 13 février, entre la Maison-Blanche et le gouverneur de l’État de New York, avec divers à-côtés peu aimables de Trump pour la personne du gouverneur, de la famille Cuomo, et donc Italien-Américain. Effectivement comme on pourrait le deviner , la querelle porte sur des processus de déplacement de personne que l’État de New York veut développer selon des conventions et programmes internationaux divers, tandis que Washington veut qu’on abandonnez ces pratiques. (Tout cela, entrecoupé d’exigences personnelles de Trump, bien mal accueillies par New York.) Des occurrences semblables existent avec la Californie, d’autres territoires et villes auto-déclarées “sanctuaires”, c’est-à-dire refusant d’appliquer les restrictions fédérales sur l’immigration. 

« Trump traite la Californie, New York et Porto Rico comme des nations étrangères avec lesquelles son gouvernement serait en guerre », observe Madsen, précisant que des sanctions sont prévues ou prises, comme Washington décide des sanctions contre l’Iran, la Russise et une multitude d’autres pays. (Voilà qui donne une singulière image de l’unilatéralisme” trumpiste, et de son idée venue d’“America First”.)

Encore, Madsen qui est très à gauche dans ses positions (mais il reste un indépendant assez libre de jugement) insiste-t-il sur la question de l’immigration. Il existe d’autres contentieux très actifs entre des États et D.C., sur des aspects de politique extérieure. Ainsi, nombre d’États ne veulent pas suivre la politique tarifaire protectionniste de l’administration et entretiennent des bureaux qui les représentent dans des pays étrangers, comme des sortes d’ambassades, et qui cherchent à établir directement des accords commerciaux. Vingt-quatre États de l’Union ont refusé la décision de Washington de retrait de l’Accord de Paris sur le climat et suivent les décisions de cet Accord.

Plus encore, nous voulons dire sur un terrain plus délicat directement connectés à la politique de sécurité nationale de Washington, diverses entités (États ou villes) refusent la rupture complète avec l’entité palestinienne et poursuivent des relations par divers canaux tout en prenant leurs distances avec la politique pro-sioniste de l’administration. Le caractère extrêmement politique de ce cas conduit Madsen à faire un commentaire particulièrement révélateur des dynamiques en cours, et des situations auxquelles elles pourraient conduire : « Si Trump continue à attaquer des États de l’Union, en particulier ceux qui ont des gouverneurs démocrates, les missions commerciales[établies directement par ces États dans des capitales étrangères] pourraient facilement être transformées en bureaux diplomatiques de facto qui pourraient contester dans diverses capitales mondiales des politiques particulièrement destructrices de Trump émanant de Washington. »

On comprend alors combien est justifiée la remarque ci-dessus selon laquelle il s’agit d’“ une crise interne aux USA qui s’apparente plus à une dynamique de ‘déconstruction’ (déstructuration-dissolution) qu’à une dynamique de sécession” puisqu’il n’y a pas un groupe d’États impliqués dans un seul désaccord ou une diversité d’États en désaccord avec le centre sur une seule question. Il y a une mosaïque d’États en mésentente parfois aigue sur une multitude de décisions et de politiques du centre, et qui refusent effectivement de les appliquer ou de les suivre. Il y a donc bien une dynamique autant qu’une logique de déconstruction (déstructuration-dissolution) de l’ensemble américaniste connu sous le nom des États-Unis d’Amérique. Le processus conduit beaucoup plus au désordre, à la perte de légitimité et d’autorité de centre, qu’à des oppositions ou des affrontements bien identifiés et opposant des blocs.

Effectivement, ce qui est en jeu concerne les principes (légitimité, autorité) qui tiennent ensemble les États au sein d’une fédération (d’une Union) dont le centre s’est hypertrophié jusqu’à devenir une sorte d’entité autoritariste, une structure dictatoriale ou dans tous les cas de plus en plus ressentie comme telle, – et qui, selon nous, est directement un instrument, une courroie de transmission de l’entité-maîtresse qu’est le Système. Bien entendu, la personnalité de Trump, par sa façon de gouverner, à la fois hors des normes, capricieuse et autoritaire, à la fois intransigeante et souvent sous forme d’ultimatum et de pressions brutales (“The Art of the Deal” !), constitue une fois encore l’élément qui met à jour, et même au grand jour et d’une façon brutale, un conflit latent qui, à notre sens, a toujours existé aux USA ; qui a paru réglé en 1865 pour n’être en fait qu’exacerbé.

On comprend évidemment, parce que c’est l’évidence, que si Trump gagne sa réélection, il va devenir de plus en plus exigeant et autoritaire, surtout à l’intérieur, contre le parti démocrate certes, mais aussi contre les pouvoirs concurrents. Quant aux États rétifs, ayant constaté dans ce cas que la tactique générale du parti démocrate de l’élimination de Trump a échoué, ils vont se trouver de plus en plus tentés de jouer leur carte personnelle, et donc d’accélérer un mouvement vers une certaine autonomie, donc un mouvement de déconstruction. 

Bien entendu, si l’on élargit la vision de cette situation avec l’assimilation au Système du pouvoir du centre, on arrive au schéma désormais classique d’une structure qui est devenu le constituant d’un outil du Système, donc le Système lui-même. Et la poussée centrifuge déconstructrice qui s’exerce aujourd’hui fait du phénomène de la déconstruction qui porte toute la charge de la Grande Crise Générale notamment avec son rôle dans l’organisation ultime du Système, un facteur brusquement vertueux et antiSystème en développant l’acte de déconstruction de la structure mise en place pour réaliser la déconstruction du monde, donc en faisant de la Grande Crise Générale la Grande Crise d’Effondrement du Système.

(Le texte de Wayne Madsen a été publié le  16 février 2020 sur le site Strategic-Culture.org, sous le titre complet de « Constitutional Tensions Flare Between Trump and the States ».)

dedefensa.org

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Tensions Flare Between Trump and the States

Not since the civil rights movement of the 1950s and 60s have tensions been so high between a U.S. administration and the states of the federal republic. During the civil rights era, it was the federal government that was playing the role of protector of the U.S. Constitution in pressuring segregationist states like Arkansas, Mississippi, and Alabama to comply with federal civil rights law. Today, the shoe is on the other foot. A racist and xenophobic U.S. administration has actually commenced imposing travel and other sanctions on states like New York and California, merely because they are upholding U.S. and international human rights law, particularly that dealing with asylum for foreign refugees.

A major rift has opened up between the Trump White House and the Governor of New York, Andrew Cuomo, over Trump’s decision to prohibit residents of New York from participating in Trusted Traveler Programs, including Global Entry, Free and Secure Trade for Commercial Vehicles (FAST), NEXUS, and SENTRI, which speed Americans through immigration controls at airports and land borders with Canada and Mexico. At issue is New York’s Green Light Law and more than a dozen other states’ policies that permit undocumented immigrants to obtain driver’s licenses. Acting deputy secretary of Homeland Security Ken Cuccinelli, a racist and xenophobe Republican Party hack from Virginia, banned New York and other states from participation in Global Entry because the states barred U.S. immigration officials of accessing state motor vehicle databases to determine the identities of undocumented immigrants.

Banning New Yorkers from participation in Global Entry will have a drastic effect on New York truck drivers who regularly cross the U.S.-Canadian border. A leaked Department of Homeland Security memo stated that the Trump administration is intent on “punishing” states that refuse federal access to their driver’s databases and offer “sanctuary” to undocumented immigrants fearful of arrest and detention by federal law enforcement authorities.

Cuomo offered Trump and compromise, stating that New York could offer federal agencies limited access to New York driver’s records in the Department of Motor Vehicles database. That was insufficient for the increasingly authoritarian Trump. Trump tweeted a response to Cuomo’s offer on February 13, just prior to a scheduled meeting between the New York governor and impeached president at the White House. The tweet stated: “New York must stop all of its unnecessary lawsuits & harrassment [sic], start cleaning itself up, and lowering taxes. Build relationships, but don’t bring Fredo!”

Trump’s reference to Fredo, an Italian Mafia character in “The Godfather,” is a bigoted anti-Italian nickname for Chris Cuomo, the governor’s brother and an anchor on CNN. The Cuomos’ father was New York Democratic Governor Mario Cuomo, a major political force in the Democratic Party in the 1980s and 90s.

In an open display of extortion, Trump demanded that New York, through its Attorney General, Letitia James, drop all lawsuits against him in both his role as president and as a principal of the fraudulent Trump Foundation and Trump University. The extortion, which is how Governor Cuomo referred to it, is a clear attempt to run roughshod over a state’s independent judicial and law enforcement authority as enshrined in the separation of powers clauses in the U.S. Constitution. The Trump-Cuomo meeting on February 13 yielded no agreement or compromise by Trump.

New York Attorney General James had a pointed response to Trump’s extortion tweet. She tweeted back, “When you stop violating the rights and liberties of all New Yorkers, we will stand down. Until then, we have a duty and responsibility to defend the Constitution and the rule of law. BTW [By the way], I file the lawsuits, not the Governor.”

Trump’s war with New York is not limited to that state. There have been federal threats made to California over everything from environmental protections to that state’s sanctuary policies. The Republican Party was once fond of championing states’ rights. However, as the Trump administration adopts more fascistic policies, states’ rights has been replaced with the diminution of the authority of state, county, municipal, tribal, and territorial governments and its transfer to the central government.

Trump has been nothing but vicious with California. During Trump’s 2020 State of the Union speech to Congress, he singled out California for “costing taxpayers vast and unaffordable amounts of money” and also criticized the state’s sanctuary law protecting undocumented immigrants. While cutting massive amounts from the federal budget for firefighting and housing support for the homeless, Trump has lambasted Newsom and California for the state’s handling of homelessness and wildfires. Trump treats California, New York, and the Commonwealth of Puerto Rico as foreign nations with whom his government is at war.

States that have been ostracized and alienated by Trump have set forth their own policies, even those affecting U.S. foreign relations. After Trump withdrew the U.S. from the Paris climate agreement, twenty-four states and Puerto Rico joined the U.S. Climate Action Alliance. The state governors vowed to commit to the Paris accord’s original carbon emission reduction goals, regardless of Trump pulling out of the agreement while scoffing at climate change as a “Chinese hoax.” To the chagrin of Trump, the alliance includes three Republican governors who oppose Trump: Larry Hogan of Maryland, Charlie Baker of Massachusetts, and Phil Scott of Vermont.

Even municipalities have bolted from the anti-Palestinian and pro-Zionist policies of the Trump administration regarding Palestine. Despite the Trump administration severing all diplomatic links with Palestine, including expelling the Palestinian diplomatic mission in Washington and freezing all aid to the Palestinian Authority, U.S. municipalities have maintained “sister cities” relationships with Palestinian towns and cities. These include Joplin, Missouri; Burlington, Vermont; Sacramento, California; and Orlando, Florida with Bethlehem; Boulder, Colorado with Nablus; Muscatine, Iowa with Ramallah; Camden, New Jersey with Gaza City; and Olympia, Washington and Madison, Wisconsin with Rafah.

While Trump has imposed draconian trade tariffs on China, Canada, Mexico, the European Union, and other nations, U.S. states have opened their own trade offices and missions in capitals around the world, thus bypassing the increasingly feeble U.S. Commerce Secretary Wilbur Ross and Trump’s senior trade adviser, Peter Navarro. Twenty-seven U.S. states have trade missions in China, all of which act relatively independent of the U.S. Departments of Commerce and State. The United Kingdom may have exited from the European Union, but that has not deterred U.S. states from opening trade missions to the EU in Brussels. These include Alaska, Ohio, Oregon, and Tennessee. North Dakota maintains its only trade office abroad in Ukraine, wile Maryland’s only trade office is in Nigeria. Florida, Iowa, Pennsylvania, Washington state, Maryland, Hawaii, and Missouri have trade missions in both China and Taiwan. If Trump continues to attack individual states, particularly those with Democratic governors, trade missions can easily be turned into de facto diplomatic offices that can challenge in various world capitals particular destructive Trump policies emanating from Washington.

Pushback against Trump’s renewed embargo on Cuba has seen pushback from some states, which once sent trade delegations to Cuba and participated in the Havana International Trade Fair. Bolting from Trump’s embargo, Virginia Agriculture Secretary Bettina Ring thumbed her nose at the anti-Cuban interests in the White House and led a state trade delegation to the 2019 fair in Cuba. Other states may follow suit in advancing sister cities and other relationships with Palestine and Cuba, regardless of the bluster and chest-beating from the Trump White House.

The last “war between the states” was between the federal government in Washington, DC and the states remaining in the United States on one side and the pro-slavery Confederate states in the South. If Trump continues his war against certain states that policy may develop into a war between the most populous states and Trump’s Washington, with a lot of state sympathizers within the federal government and military. That is a recipe for disaster for Mr. Trump and his loyalists.

Wayne Madsen