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Article : Subrepticement, la crise syrienne devient haute

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Mur, hallucination et grande divergence

Christian

  22/08/2012

A vous lire dans ce F&C du 22 août, on a l’impression que les Russes ont décidé de poser en Syrie un mur aux agissements de communication hallucinés du « bloc BAO » (et à son soutien matériel aux forces destructrices sur place, certes). Un mur pour éviter que ces « agissements de communication hallucinés » (et le « soutien matériel etc. ») ne s’étendent encore plus spatialement, pays après pays, comme une tâche d’huile… (Lybie, Syrie… jusqu’à la Russie elle-même, pourquoi pas) (1).

Il est vrai qu’avec le recul, on a aussi cette impression que ce qui change par rapport à la situation précédente (grosso modo la guerre froide et la période jusqu’en 1996-2000), ce n’est certes pas le « soutien matériel aux forces destructurantes sur place », qui a existé tout au long de cette séquence (dont les révolutions colorées, l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, Beslan, etc. etc. etc.). Mais bel et bien la « communication hallucinée », la déconnexion absolue entre la réalité du monde et la représentation, dans la tête des élites du « bloc BAO », du « monde-tel-qu’il devrait-être-et-donc-tel-qu’il-est » (à ce stade-là, ce n’est plus une « narrative ». Il faut lui trouver le terme psychiatrique adéquat).

Et on peut donc se demander s’il n’y a jamais eu, dans aucune période historique, des divergences de points de vue aussi grande qu’il ne semble exister aujourd’hui entre les uns (les « directions » et « élites » du bloc BAO, et ce qui reste de la presse occidentale qui suit) et les autres (les directions russes, chinoise, indienne (2)…

Comment ce grand écart de perception, cette divergence entre deux dynamiques du monde (enfin, entre une dynamique qui refuse la déstructuration et une dynamique du non-monde) va-t-elle se résoudre? Comment, en d’autres termes, l’hallucination du bloc BAO se résoudra-t-elle? Par l’implosion de cette hallucination et sa disparition dans un trou noir, comme vous le suggérer ?

Si cette hallucination trouve ses causes fondamentales dans certains biais de « l’épopée » du Moderne, depuis le carrefour du 15-16è siècle à sa cristallisation au 18/19è siècle puis au Système dans sa phase terminale actuelle, alors voilà une implosion qui risque de faire bien des vagues et des ondes, autant que d’être libératrice…

(1) Quand je dis « poser un mur », c’est une figure de style. Il faudrait dire : laisser faire la réalité et la vérité de la situation du monde ; ou (même chose) : ne plus entrer dans le jeu de l’hallucination de l’adversaire, pour ne plus le ménager… 

(2) ou d’autres directions, par exemple polonaise, égyptienne, ou chez des commentateurs qui réfléchissent encore comme M K Bhadrakumar , ou Emmanuel Todd, à quoi il faut ajouter en premier lieu dedefensa, bien sûr. Et, certainement, pour ce qui est de l’intuition de la perception et du contact avec une certaine vérité que trop tangible, les populations de nombreux pays elles-mêmes