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Article : Le Système contre l’Argentine

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..et plus si affinités

Franck du Faubourg

  04/05/2012

La Bolivie y va aussi:
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2012/05/01/la-bolivie-nationalise-le-reseau-electrique-gere-par-une-entreprise-espagnole_1693861_3222.html
La récente réelection d’Evo Morales permet de l’audace!
Schizophrénie de l’ambassade de France qui n’en fait pas mention, et préfère parler de ... TOTAL et de Cancun :
http://www.ambafrance-bo.org/-Actualites-

le doigt qui cache la forêt.

Vincent .

  04/05/2012

Il me semble que ce sont les “Anglais”  les premiers à avoir lancer l’assaut sur l’Argentine via les institutions européennes, notamment au sujet des Malvinas, et non les espagnoles.

Ensuite, la généralisation au niveau d’un bloc BAO me parait trop floue car les USA et l’Europe ont des intérêts divergents en cette partie du monde ; les USA ont plutôt intérêts à ce que l’Argentine et les nations d’Europe soient fâchées. Cela ne répond-il pas à la doctrine Monroe ?

Enfin, la témérité de la présidente Argentine pourrait signifier qu’elle bénéficie de soutien(s) suffisamment puissant(s) pour faire face à l’U.E., bien plus puissants que les nations d’Amérique latine qui ont manifesté leur solidarité ( Venezuela, Bolivie ...).

A mon sens, l’affaire Repsol est le glaçon qui cache l’iceberg et qui sert aussi bien de déclencheur que de catalyseur. les enjeux sont ailleurs.

la politique pétrolière de l'Argentine

Michel DELARCHE

  05/05/2012

Je suis rentré dimanche dernier d’un de mes fréquents séjours en Argentine et j’ai pu observer sur place la quasi-unanimité de la classe politique et de la population en faveur de la renationalisation, à part quelques politiciens néo-libéraux comme Macri, le maire de Buenos Aires (un mélange de Bernard Tapie pour ses attaches footballistique et de Boris Johnson pour son dilettantisme et ses faveurs aux privilégiés et aux spéculateurs immobiliers en matière de gestion municipale) et les habituels commentateurs ultra-libéraux et anti-kirchnéristes pavloviens de la Presse “sérieuse” c’est-à-dire soutenant l’opposition de Droite (La Nacion, équivalent local du Figaro en un tout petit peu moins outrageusement partial, et Clarin, quotidien appartenant à un groupe en bisbille de longue date avec le gouvernement, qui a réglementé énergiquement le monopole de ce groupe sur la distribution du papier journal pour lui imposer une tarification égalitaire.)
Sur le fond, YPF, comme son nom l’indique (F = Federal) était au départ une compagnie d’Etat créée dans les années 20 qui a eu une histoire récente chaotique sur fond de désinvestissement et d’épuisement progressif des ressources conventionnelles.
La décision improvisée de la présidente Fernandez et de son équipe (par exemple, le projet de loi initial n’avait pas envisagé le problème des multiples filiales d’YPF: c’est une bonne illustration de la légèreté et de l’amateurisme qui caractérisent ce système hyper-présidentiel devenu tout aussi dysfonctionnel que celui qu’a mis en place N. Sarkozy en France)  répond essentiellement à des considérations tactiques:
1°) faire un bras d’honneur à l’ancienne puissance coloniale est de nature à susciter la compréhension (voire l’imitation) des pays voisins, et c’est bien plus facile que d’affronter directement les Américains, par exemple
2°) susciter une vague d’unanimisme nationaliste en période de difficultés économiques (25% d’inflation annuelle pour 5% de croissance prévue cette année) est une vieille recette qui a fait ses preuves (cf. le vieux slogan “o Braden o Peron”, qui n’a d’ailleurs pas empêché le vieux démagogue en chef de brader aux Américains les intérêts pétroliers argentins juste avant d’être renversé...)
3°) profiter du considérable affaiblissement économique et politique de l’Espagne et plus globalement de l’UE, la faible intégration de l’Argentine au marché mondial des capitaux et la forte demande mondiale pour ses productions agricoles devenant ici des avantages-clés, car l’impact des mesures éventuelles de rétorsion restera tout aussi symbolique que les récentes gesticulations juppéo-sarkoziennes à propos de la Syrie

Il convient surtout de relever que cette décision de Mme Fernandez constitue la reconnaissance implicite de l’échec complet de la stratégie de privatisation mise en oeuvre par son prédécesseur et mari Nestor Kirchner, stratégie qui consistait à combiner un partenaire extérieur de seconde ou troisième magnitude (Repsol n’a jamais eu les moyens techniques et financiers, ni la volonté politique d’investir réellement en Argentine) avec un “capitaliste national” (la famille Eskenazi, dont les dirigeants étaient de longue date “en affaires” avec les Kirchner dans leur province de Santa Cruz).
Repsol (dirigé par l’ineffable Dufau, un manager-bankster aznaro-américaniste formé chez Arthur Andersen…) et les Eskenazi se sont entendus comme larrons en foire pour piller YPF (sur les 5 dernières années, les dividendes distribués ont représenté 144% des bénéfices de l’entreprise…) afin de pouvoir rembourser les dettes contractées pour cette acquisition (c’est un effet pervers classique du montage de type LBO utilisé par le groupe Eskenazi pour prendre 25% du capital d’YPF sans sortir de ses caisses un argent que de toute façon il n’avait pas.)
Après cette renationalisation à grand spectacle, le problème stratégique de l’Argentine reste entier: Total, Petrobras, Sinopec, Exxon et d’autres ont été approchés pour investir davantage, mais du point de vue de ces groupes multinationaux, il y a deux obstacles majeurs:
- le statut juridique des ressources du sous-sol en Argentine (le sous-sol reste toujours propriété de l’Etat, contrairement à d’autres pays où le propriétaire du sol devient ipso facto propriétaire du sous-sol)
- les maigres ressources existantes sont soumises à un prix de vente réglementé peu attractif (il y a des ressources non-conventionnelles importantes en Patagonie et peut-être aussi des gisements off-shore profonds du type de ceux découverts récemment au Brésil, mais cela demanderait des investissements initiaux importants et des années de délai de mise en exploitation.)
Or il y a urgence: l’impéritie combinée du gouvernement argentin et de “ses” industriels ont fait qu’en 2011 l’Argentine est devenue largement déficitaire en ressources pétrolières et gazières et le sera encore plus cette année.
Je crois donc que cette re-nationalisation en trompe-l’oeil est en fait une fusée à deux étages dont le second sera une reddition sans conditions aux multinationales du secteur (et celles des BRICS ne sont pas les moins avides…) qui n’ont qu’à attendre que le fruit soit mûr (et pour elles, contrairement au gouvernement argentin, rien ne presse.)
Quant à l’attitude présente de l’Union Européenne, que peut-on attendre d’autre d’une “Union” qui a mis à la tête de son service de diplomatie intégrée un ectoplasme libéralo-atlantiste du calibre de Catherine Ashton… ?

L'argentine , la Bolivie ??

Marie Caroline Porteu

  07/05/2012

Encore un sujet tabou , décidément ils sont de plus en plus nombreux.

Le problème argentin n’est sans doute que la façade d’enjeux beaucoup plus vastes : la maitrise énergétique du XXième siècle .

L’actionnariat de REPSOL était devenu particulièrement instable depuis un an et REPSOL avait rejeté une proposition argentine pour l’exploitation de son nouveau gisement Vaca Muerte.

http://www.romandie.com/news/n/_Investissements_petroliers__Repsol_YPF_rejette_une_proposition_argentine59210320122303.asp

PEMEX au Mexique avait également rompu ses accords de partenariat avec REPSOL à peine un mois avant la décision argentine.

http://www.romandie.com/news/n/_Repsol_Pemex_et_Sacyr_rompent_officiellement_leur_pacte_d_actionnaires310120121901.asp

L’un des gros actionnaires de REPSOL , la société Sacyr est dans une turbulence extraordinaire qui la fragilise considérablement.

Le risque de voir des intérêts et des partenaires non souhaités rentrer dans ce conglomérat a du paraitre trop important pour le futur énergétique argentin, sachant que Goldman Sachs avait mis la main sur 80 % d’Endesa en 2010 .

La problèmatique est d’ailleurs exactement la même en Bolivie avec REE et l’on retrouve une fois de plus des actionnaires communs entre REE et REPSOL

Si cela vous intéresse , sur le sujet des enjeux énergétiques , j’ai fait un billet de blog sur Mediapart : Plan de relance Monti/merkel : nouvelle servitude (http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-caroline-porteu/010512/relance-europeenne-ou-nouvelle-servitude-imposee-par-montimer), billet dans lequel je décris une partie de ces enjeux pour l’Europe de demain .

Et à l’appui de ce billet , en complément , mais je ne l’ai découvert que trop tard pour l’insérer dans le corps du texte , puis-je me permettre de vous livrer cette étude dont je suis certaine que vous avez déjà eu connaissance : Syrie : une guerre pour le gaz

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=30652

Je vous lis avec beaucoup d’intérêt depuis plusieurs mois .. et je vous remercie de la qualité de vos analyses auxquelles je me réfère souvent .