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Article : La leçon d’histoire de Notre-Président

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A la gloire des vainqueurs

Ni ANDO

  08/06/2009

La contribution étasunienne à la victoire du 9 mai 1945.

Cette question peut être abordée sous trois angles: celui de la contribution militaire aux pertes (critère imparfait certes), celui de la chronologie des opérations et celui du poids respectif des fronts. Nous citons Omer Bartov, historien dont la notoriété et les travaux sont incontestables.

1- Contribution militaire aux pertes.

Question délicate car s’il existe un certain nombre d’études réalisées depuis 1945 elles n’utilisent pas la même méthodologie et recourent à des contenus et des critères différents. En outre, chaque pays a tendance à réviser au fil du temps ses méthodes d’évaluation de sorte qu’une appréhension globale et unifiée de ces pertes est difficile à percevoir. Par exemple, les Etats-Unis ont tendance à inclure dans leurs pertes les hommes morts de maladie et n’ayant pas participé aux combats. Une évaluation étasunienne plus récente donne 400.000 pour les pertes de l’US Army dont sans doute 230.000 en Europe et en Afrique du Nord. Les pertes de la Wehrmacht ont été revues à la hausse ces dernières années (de 4.000.000 initialement à 5.533.000 aujourd’hui). Les pertes de l’Armée rouge ont été recalculées à trois reprises entre 1945 et 1991. Les tués au combat de l’Armée rouge représentent près de 5.000 morts par jour, soit des pertes journalières quatre fois plus élevées que celles subies par l’armée impériale russe sur ce même front de 1914 à 1917.

Ne sont données ici que les pertes subies en Europe (des pertes britanniques, mais aussi étasuniennes, françaises et allemandes sont subies à la fois en Europe et en Afrique). S’agissant de l’Union soviétique, ces pertes n’incluent pas 18.000.000 de blessés.
La commission d’historiens constituée en 1987 évalua le bilan des pertes à 26,6 millions dont près de 10 millions de tués pour l’Armée rouge, 10 millions pour les pertes civiles directes et 7 millions pour les pertes civiles indirectes (surmortalité). Les chiffres donnés pour l’extermination de civils concerne des civils abattus individuellement ou collectivement par le Reich dans les territoires soviétiques conquis en 1941, 1942 et 1943.

Les chiffres donnés ci-dessous ont donc surtout pour vertu de donner des ordres de grandeur.

Tués de l’Armée rouge. 9.450.000.
dont tués directs. 6.400.000
dont prisonniers de guerre soviétiques exterminés. 2.500.000.
dont morts d’accidents et fusillés par le NKVD. 550.000.

Extermination de civils (Fédération de Russie actuelle). 1.800.000.
dont Juifs. 170.000.
Extermination de civils (Ukraine). 3.500.000.
dont Juifs. 1.430.000.
Extermination de civils (Russie Blanche - Biélorussie). 2.200.000.
dont Juifs. 810.000.
Pertes civiles (siège de Leningrad). 700.000.
Famines, bombardements, maladies, etc… 7.465.000.
Extermination de civils (Lettonie). 670.000.
dont Juifs. 220.000.
Extermination de civils (Lituanie). 650.000.
dont Juifs. 77.000.
Extermination de civils (Moldavie). 165.000
dont Juifs. 130.000.

Union soviétique. Pertes totales. 26.600.000. Militaires. 9.450.000. Civils. 17.150.000.
Royaume-Uni. Pertes totales. 388.000. Militaires. 326.000. Civils. 62.000.
Tchécoslovaquie. Pertes totales. 405.000. Civiles. 405.000.
Pays-Bas. Pertes totales. 249.500. Militaires. 13.500. Civiles. 236.000.
Belgique. Pertes totales. 84.500. Militaires. 9.500. Civiles. 75.000.
Yougoslavie. Pertes totales. 1.000.000. Militaires. 300.000. Civiles. 700.000.
France. Pertes totales. 610.000. Militaires. 250.000. Civiles. 360.000.
Pologne. Pertes totales. Militaires. 5.420.000. Militaires 120.000. Civiles. 5.300.000 (Juifs 3.000.000).
Etats-Unis. Pertes totales (Europe). 230.000. Militaires. 230.000.
Canada. Pertes totales. 39.000. Militaires. 39.000.
Grèce. Pertes totales. 687.000 (partisans et civils).
Allemagne. Pertes totales. 8.533.000. Militaires. 5.533.000. Civiles. 3.000.000.
Italie. Pertes totales. 400.000. Militaires. 300.000. Civiles. 100.000.
Hongrie. Pertes totales. 1.050.000. Militaires. 750.000. Civiles. 300.000.
Roumanie. Pertes totales. 680.000. Militaires. 520.000. Civiles. 160.000.
Bulgarie. Pertes totales. ?. Militaires. ?. Civiles. 10.000.

Total pertes en Europe:  46.422.000 dont militaires 17.877.000 et civiles 28.545.000.
Total pays camp des Alliés: 35.749.000 dont militaires 10.774.000 et civiles 24.975.000.
Total pays de l’Axe:  10.673.000 dont militaires 7.103.000 et civiles 3.570.000. 

Constats:

.Le total des pertes militaires et civiles de l’Allemagne et de l’Union soviétique réunies représentent 75% du total des pertes humaines subies en Europe (87% avec la Pologne, en quatrième vient la Yougoslavie avec 2,1%).

.Si l’on ne considère que les pertes militaires, tous camps confondus, les tués de l’Armée rouge constituent 53% du total des pertes militaires connues en Europe, ceux de la Wehrmacht 31% et ceux de l’armée nord-américaine 1,3% (Royaume-Uni 1,8%, France 1,4%). Le total des pertes militaires seules de l’Allemagne et de l’Union soviétique réunies représentent donc 84% du total de toutes les pertes militaires subies en Europe.

.Les pertes militaires de l’Union soviétique représentent 88% du total des pertes alliées en Europe (Royaume-Uni 3% - France 2,3% - Etats-Unis 2,2%).

.De 1941 à 1945, 80% des pertes de la Wehrmacht sont subies sur le front russe. “Fin mars 1945, la totalité des pertes de l’Ostheer (la Wehrmacht sur le front russe) s’élevait à 6.172.373 hommes, soit prés du double de ses effectifs initiaux, au 22 juin 1941. Ce chiffre représentait 80% des pertes subies par la Wehrmacht sur tous les fronts depuis le déclenchement de l’invasion de l’Union soviétique. En termes relatifs, les unités combattantes sur le front russe avaient subi des pertes encore plus importantes”. O. Bartov.

2- La chronologie des opérations.

Début 1944, l’Armée rouge met en ligne deux fois plus de chars, quatre fois plus d’avions d’assaut que le Reich. Engagée dans une guerre totale contre la Russie, l’industrie de guerre allemande « tourne » pourtant au maximum de ses capacités et ne cesse de se développer jusqu’au début de 1945 (ses dépenses militaires passeront de 35% du PNB en 1940 à 65% en 1944). Dés 1943, la poussée des armées soviétiques vers l’Allemagne, parsemée de batailles dont l’ampleur et la férocité sont sans équivalent à l’Ouest, apparaît irrésistible. Même si en 1943 la Wehrmacht peut encore aligner 258 divisions en Union soviétique (5 millions d’hommes sur le papier, en fait probablement moins de 3 millions, soit prés de 80% des effectifs totaux de l’armée allemande qui compte en tout 320 divisions fin 1943) il s’agit d’une armée saignée à blanc, anémiée, qui a perdu ses capacités d’initiative et ses meilleures troupes, et que les Russes détruiront méthodiquement au terme de grandes batailles d’anéantissement.

Les armées soviétiques attaquent sans interruption depuis août 1943, sur un front continu de plus de 2.000 km. La Wehrmacht subi défaite sur défaite. Les Russes ont adopté les techniques de la guerre-éclair, et font des centaines de milliers de prisonniers (en mai 1945 on dénombre plus de 3 millions de prisonniers allemands détenus en URSS). Le 5 août 1943 une salve d’honneur fête la libération d’Orel.

Le 5 août 1943 est ainsi le début du temps des « Salves de la Victoire ».

Minsk est libérée en juillet 1943, Smolensk en septembre. Le 8 avril 1944, alors que les alliés n’en sont qu’aux préparatifs de leur débarquement en France, une salve de 324 canons marque, à Moscou, l’arrivée de l’Armée rouge en Roumanie et en Tchécoslovaquie. Fin avril 1944, les Russes sont aux portes de la Prusse orientale. En juin 1944, avec 124 divisions et prés de 6.000 chars d’assaut, ils infligent sur un front de 600 km une défaite totale aux divisions allemandes qui combattent en Biélorussie. L’“opération Bagration” aboutit à la destruction complète du groupe d’armées Centre, et constitue la plus grande défaite de la Wehrmacht de la Seconde Guerre Mondiale (380.000 tués et 150.000 prisonniers, 25 divisions anéanties). En juillet 1944, les fantassins russes sont sur la frontière polonaise. Le 28 août ils pénètrent en Hongrie (conquise en décembre au terme de combats acharnés), en septembre les pays baltes sont libérés, les divisions russes entrent en Finlande. En octobre, les Russes sont en Yougoslavie. Pour la seule année 1944, les armées russes anéantissent 136 divisions allemandes et 50 des pays satellites.

La Russie lance l’offensive finale sur l’Allemagne en plein hiver, sur un front s’étendant de la Baltique à l’Adriatique, avec 6,7 millions de combattants, prés de 8.000 chasseurs et bombardiers, 5.000 pièces d’artillerie autotractées, 7.000 chars contre 3.500, 50.000 canons. Varsovie est libérée le 17 janvier 1945. Le 19 janvier 1945, les premières unités pénètrent en Allemagne. Les chef militaires soviétiques ont la possibilité de foncer sur Berlin dés février (le 30 janvier 1945 les armées de Joukov sont sur l’Oder, à 70 km de la Chancellerie du Reich) mais ils préfèrent d’abord liquider le corps d’armées de la Wehrmacht en Prusse-Orientale, puis le réduit de Poméranie, qui menace leur flanc nord, et nettoyer le flanc sud (Europe centrale). 60 divisions allemandes ont été anéanties lors de ce premier assaut. Pour ralentir la poussée furieuse des Russes, le commandement allemand transfère encore 29 divisions du front ouest vers l’Est, dégarnissant encore un front ouest qui, pourtant, mobilisait déjà moins de 25% des forces du Reich depuis juin 1944.

Le 13 janvier 1945, l’Armée rouge se lance à l’attaque de la Prusse Orientale avec 1,6 million de soldats. La Wehrmacht attend l’assaut avec 45 divisions, soit 580.000 soldats. Au termes de combats d’une incroyable férocité les poches de résistance de l’armée allemande sont liquidées les unes après les autres. Le désastre est total pour l’armée allemande. Il ne reste pratiquement plus rien de son corps d’armées de Prusse-Orientale après seulement trois mois d’offensive russe. Toute l’Allemagne s’ouvre alors à l’Armée rouge.

Les Nord-Américains ne parviennent à traverser le Rhin que le 7 mars 1945 (le 31 mars pour la 1ère Armée française). Le 13 avril 1945 les Russes ont déjà conquis Vienne. Le 16 avril, la Stavka lance à l’assaut de Berlin (3,3 millions d’habitants) une armée de 2,3 millions de combattants équipée de 41.600 canon, épaulés de 6.200 chars et canons autopropulsés, 7.200 avions (quatre armées aériennes). La préparation d’artillerie sur les hauteurs de Seelow, à 60 km de Berlin, est terrifiante (prés de 9.000 pièces d’artillerie). Le 9 mai, l’Allemagne, représentée par Keitel, signe à Berlin (Karlshorst), devant son vainqueur représenté par Joukov, sa capitulation sans conditions.

3- L’importance respective des fronts.

« C’est en Union soviétique que la Wehrmacht eut les reins brisés, bien avant le débarquement des Alliés en France; même après juin 1944, c’est à l’Est que les Allemands continuèrent à engager et à perdre la majorité de leurs hommes. Pour l’écrasante majorité des soldats allemands, l’expérience de la guerre fut celle du front russe ». O.Bartov.

De juin 1941 à juin 1944, le front de la Seconde Guerre Mondiale, en Europe, est le front russo-allemand. Du déclenchement de l’opération « Barbarossa » aux dernières étapes de la guerre, en mars 1945, la Wehrmacht consacre l’essentiel de ses ressources en hommes et en matériels au front de l’Est. 34 millions de Soviétiques furent mobilisés dans les rangs de l’Armée rouge de 1941 à 1945 tandis que quelques 20 millions d’Allemands portèrent, à un moment ou à un autre, l’uniforme de la Wehrmacht sur le front russe.

Pour la Wehrmacht, c’est en Russie que la Seconde Guerre Mondiale commence vraiment tant les pertes en hommes ont été faibles durant les campagnes de Pologne, de France ou des Balkans. Alors que pendant les deux premières années de la guerre (1939 et 1940), 1.253 officiers seulement étaient morts au combat, entre juin 1941 et mars 1942, 15.000 officiers furent tués, ce qui indique un changement radical dans l’évolution des pertes.

Selon Keitel, la moyenne mensuelle des pertes allemandes sur le front russe, en dehors de toute grande bataille, était de 150.000 à 160.000 hommes. Les renforts venus des dépôts d’Allemagne et des garnisons françaises permettaient de remplacer les pertes par 90.000 ou 100.000 hommes. Ainsi, tous les mois, la Wehrmacht fondait de 60 à 70.000 hommes.

La comparaison est donc difficile entre la guerre sur le front russe, depuis 1941, et celle menée sur le front ouest, essentiellement à partir de juin 1944. Sur le premier, on assiste à une « Guerre de Titans » démesurée et sans merci. La « guerre industrielle » y atteint un paroxysme jamais égalé depuis, parsemée de gigantesques batailles d’anéantissement. Sur le front ouest, on voit des combats d’arrière-garde, sans influence sur l’issue d’une guerre que l’état-major allemand sait avoir perdu face à la Russie dés 1943.

Le choc frontal impitoyable qui voit se heurter la Russie et l’Allemagne de 1941 à 1945, devient immédiatement une guerre de nations, qui saigne à blanc les peuples de ces deux géants européens. Catherine Merridale relève que seuls 25% des équipages de chars de l’Armée rouge survécurent à la guerre. Ce taux de perte de 75% est supérieur aux taux de perte des sous-mariniers de la Kriegsmarine (60%) et donne une idée de la cruauté du conflit.

L’ampleur de l’engagement allemand fut gigantesque de sorte que c’est toute la société allemande qui fut impliquée dans l’expérience de la guerre contre la Russie, tant pendant la guerre qu’après. « La guerre sur le front de l’Est fut conçue comme une lutte à mort, exigeant un engagement mental sans limites, une obéissance absolue, la destruction totale de l’ennemi. A ce titre, la guerre contre la Russie constitue non seulement le sommet du régime nazi, mais aussi l’élément essentiel de son image dans la mémoire collective des Allemands après la guerre ». Omer Bartov. Pour la Wehrmacht, la Seconde Guerre Mondiale c’est avant tout la guerre sur le front russe. « Pour l’écrasante majorité des soldats allemands, l’expérience de la guerre fut celle du front russe ». O.Bartov.

La part du front russe dans les opérations de la Wehrmacht fut écrasante, y compris jusqu’en mai 1945. La comparaison des pertes subies par la Wehrmacht sur les deux fronts à partir de juin 1944 montre bien, encore une fois, la part presque exclusive du front russe même après le débarquement des Alliés. Du 1er juillet au 31 décembre 1944, pendant cinq mois, lors de la grande offensive soviétique contre le groupe d’armées du Centre, les Allemands perdirent chaque mois en moyenne 200.000 soldats. A l’Ouest, au cours de la même période, c’est-à-dire après le débarquement allié en Europe, la moyenne des pertes allemandes s’élevait seulement à 8.000 hommes par mois (soit un rapport de 1 à 25).

Quand les Alliés débarquent le 6 juin 1944, la capacité militaire allemande a déjà été anéantie par l’Union soviétique. Enfoncée par l’Armée rouge, exsangue et battant en retraite sur tous les segments du front Est, elle ne peut plus guère opposer aux troupes alliées qui viennent d’être débarquées en Normandie (150.000 hommes) que 30 divisions, réparties dans un rayon de 250 km autour de la zone de débarquement. Il s’agit de divisions dont la valeur opérationnelle n’a plus grand chose à voir avec celle des 200 divisions qui attaquèrent la Russie en juin 1941, d’unités ramenées à 25% de leurs effectifs de combat, avec peu de matériels, et composées de rescapés du front russe et d’adolescents n’ayant pas connu le feu. En juillet 1944, plus d’un million d’hommes auront été débarqués en France (60 divisions nord-américaines, 18 anglaises, 10 françaises). La seule vraie réaction d’envergure de l’Allemagne sera la contre-offensive des Ardennes de décembre 1944 où elle ne parviendra pourtant qu’a engager… 21 divisions, qui suffiront cependant à stopper la progression américaine, alors que depuis octobre 1944 l’Armée rouge se trouve déjà à 70 km de Rastenburg, QG de Hitler en Prusse Orientale.

« En 1944, l’étendue du front soviéto-allemand était quatre fois plus grande que celle de tous les fronts sur lesquels nos alliés se battaient. A l’époque, jusqu’à 201 divisions ennemies à la fois ont combattu sur le front russe, alors que seulement 21 divisions allemandes s’opposaient, au cours de cette même période, aux troupes américano-britanniques. Somme toute, l’ouverture du deuxième front par l’Occident n’a en fait changé que très peu de choses dans ce rapport de forces ». Et encore, « depuis mars 1945, le deuxième front, à l’Ouest, n’existait plus ni formellement ni réellement. Les unités allemandes ou bien se rendaient ou bien reculaient vers l’Est, sans opposer de véritable résistance aux alliés. La tactique des Allemands consistant à conserver, autant que possible, leurs positions le long de toute la ligne de confrontation soviéto-allemande jusqu’à ce que l’Occident virtuel et le Front de l’Est réel se rejoignent, après quoi les troupes américaines et britanniques prendraient la relève des unités de la Wehrmacht en repoussant la « menace soviétique » suspendue au-dessus de l’Europe ». Vladimir Simonov - historien (Russie - cité par RIA-Novosti – avril 2005).

Le front ouvert en juin 1944 aura donc eu, militairement, environ neuf mois d’existence contre 47 mois pour le front russe où, là, les combats resteront acharnés jusqu’au tout dernier jour.

L’ouverture d’un second front obligera le Reich à dégarnir le front russe. Mais le front ouest ne mobilisera jamais plus de 75 divisions allemandes, dont une minorité de divisions combattantes, à comparer aux 220 divisions de la Wehrmacht début 1944, qui subissent les assauts des armées russes.

Au plus fort de leur engagement en Europe, à la fin de 1944, c’est-à-dire à la fin d’une guerre déjà gagnée, les Etats-Unis mettront en ligne 90 divisions, à comparer aux 360 divisions de l’Armée rouge qui combattent l’Allemagne nazie depuis 1941.

L’apparente facilité de la progression des armées nord-américaines en Europe en 1944 (la chevauchée de Paton…), le faible niveau des pertes en vies humaines de ces forces, font simplement pendant au désastre qui a emporté la Wehrmacht sur le front russe. Ainsi que le souligne P. Miquel, les opérations de l’année 1944 ressortent avant tout d’une volonté de « conquêtes territoriales » (avec des implications majeures concernant le partage politique de l’Europe continentale après le conflit) puisque la question qui se pose en 1944 n’est déjà plus celle de la victoire sur l’Allemagne.

Le débarquement allié de juin 1944 n’eut ainsi aucune importance sur l’issue militaire du conflit en Europe. On sait, dans les états-major des armées alliées, que la décision militaire sur le continent européen a été emportée par les Soviétiques en 1943. A partir de 1945, l’état-major de la Wehrmacht décide d’opposer une résistance de faible intensité à l’avance des troupes alliées en Allemagne tout en poursuivant une guerre féroce et acharnée contre l’Armée rouge (600.000 soldats soviétiques tués pour la libération de la Pologne, 700.000 autres tués dans les combats pour les pays baltes). Les forces britanniques (Montgomery – 20 divisions et 1.500 chars) traversent le Rhin en Hollande à partir du 23 mars 1945 sans rencontrer de résistance sérieuse. On mesure le peu d’opposition rencontrée si on considère que la 9ième armée américaine, qui fournissait la moitié de l’infanterie d’assaut, a eu alors moins de 40 tués.

La défaite militaire du Troisième Reich face à l’Union soviétique ne trouve son explication ni dans une carence en matériels (la Wehrmacht de 1945 à l’Est est bien mieux dotée en matériels de guerre, à la fois en quantité et en qualité, que ne le fut celle de 1941 – la production mensuelle de fusils en 1944 égale la production annuelle de fusils en 1941) ni dans les grands bombardements aériens menés par les Anglo-américains sur l’Allemagne : ceux-ci ne prennent un caractère véritablement intensif qu’à partir de l’année 1944 et la production de guerre allemande ne commence à fléchir, de ce fait, qu’à partir de décembre 1944, c’est-à-dire quand tout est déjà joué. En outre, « la perte des mines et des usines de Silésie [conquises par les Russes en janvier 1945] représentait, pour la production de guerre allemande, un coup sans doute plus important que celui infligé par deux années de bombardement aérien de la Ruhr par les Alliés ». A.Beevor.

4- Conclusion générale.

La Seconde Guerre Mondiale en Europe a été, pour l’essentiel, une guerre germano-russe (à 80% si l’on veut). C’est le constat d’un rapport de proportion et non celui d’une valeur donnée à tel ou tel camp.

L’intervention des alliés, beaucoup trop tardive pour vraiment peser militairement, a essentiellement une motivation politique et économique. Elle permet seulement de hâter de quelques mois une victoire militaire déjà acquise par l’Union soviétique et a pour objectif d’empêcher Staline d’occuper toute l’Europe de l’Ouest : en mai 1945 l’Armée rouge occupe l’Autriche et campe aux portes de l’Italie et de la Suisse.

La contribution militaire étasunienne est négligeable (moins de 3% des pertes alliées en Europe) et n’a pas pesé dans un résultat final déjà acquis même si cette contribution a certainement accéléré la victoire finale.

La reconstruction, à partir des années 50, (guerre froide aidant) d’une réalité devenue phantasmée (“les Etats-Unis vainqueurs du Second conflit mondial”) n’enlève rien à ce fait.

Pour les Français, s’il faut rendre un hommage, c’est donc aux soldats soviétiques qu’il faut le rendre puisque c’est leur sacrifice qui a permis le débarquement allié de juin 1944 qui les a “libéré”.

Comme en 1917, en misant très peu, les Etats-Unis ont beaucoup récolté: une gloire usurpée (puissance des représentations), une Europe peu ou prou sous tutelle (la leur), la préservation de leurs débouchés économiques en Europe, l’éviction et le remplacement des positions commerciales occupées par l’Europe en 1940, l’imposition du dollar. Enfin, en livrant essentiellement une “guerre de matériels”, les Etats-Unis ont réussi à s’extirper de leur grande crise des années 30.