Tempêtes transatlantiques

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Tempêtes transatlantiques

Le comportement de Trump au sommet de l’OTAN soulève des vagues considérables et très révélatrices. Nous en considérons deux, en sens contraires, extrêmement radicales et révélatrices du désordre créé par le comportement du président US, sous la forme de textes de deux personnalités très représentatives de deux courants intellectuels et politiques, voire de deux cultures politiques. Le phénomène affecte aussi bien des positions-Système que des antiSystème, comme c’est courant désormais avec Trump. De plus en plus progresse “la prise de pouvoir” de Trump, ce qui est une surprise importante : au lieu d’être phagocyté et neutralisé par le DeepState, comme on l’annonçait, c’est l’inverse qui se produit. Le rythme et les us et coutumes de Trump phagocytent le DeepState dans l’inattendu et l’imprévisible...

Ainsi, à mesure que Trump progresse dans “sa prise de pouvoir” en un sens, la complexité extrême de la situation apparaît parce que cette progression ouvre de nouvelles opportunités au désordre, donc à la complexité. D’anciens schémas d’affrontement, qu’on jugeait dépassés, retrouvent de la vigueur, mais nullement pour ramener la politique aux rythmes, us et coutumes anciens, mais plutôt pour s’adapter aux rythmes, us et coutumes nouveaux, favorisés en cela par le désordre que cause le parcours de Trump qui n’accorde aucune attention aux “codes” et pratiques institués par le Système dans son fonctionnement depuis la fin de la Guerre froide. C’est-à-dire que ne se modifient en rien la substance et le rythme de la GCES (Grande Crise d’Effondrement du Système), mais que s’élargissent les effets de son action à la logique des époques précédentes.

• Le premier de ces deux textes est de Patrick Buchanan, le 13 juillet 2018, et l’on ferait bien de le compléter par un éditorial du New York Times qui, ô surprise, félicite le président Trump pour sa performance au sommet qu’il place implicitement, – ô, ô surprise, – comme supérieure à ce que le président Obama obtint de ses alliés durant sa glorieuse carrière. Le texte de Buchanan est le plus révélateur bien sûr, le NYT ne révélant rien à personne même s’il change subtilement de position le temps d’un édito parce qu’il est si totalement le porte-voix du système de l’américanisme/du Système.

Buchanan fait partie de la droite paléo-conservatrice, antiguerre et isolationniste, très proche des libertariens localistes, également antiguerre et isolationniste (par exemple, Justin Raimondo). Dans notre classification, c’est un antiSystème mais il soutient une politique de pression des USA sur les pays européens, dans le cadre de l’OTAN qui est le principal instrument de contrôle des USA sur ces mêmes pays : de ce point de vue, l’antiSystème est du côté du Système. D’un autre point de vue qui a autant de pertinence et qui va plus loin, il est bien entendu que les pays européens de l’OTAN représentent, dans leur direction-Système, une dimension non négligeable du Système, et leur mise en cause doit être regardée avec faveur par l’antiSystème, comme la mise en cause de l’OTAN bien entendu. Buchanan pense que Trump a, avec cette intervention à l’OTAN, accéléré une logique de mise en cause de toutes les implantations militaires “impériales” US dans le monde, et qu’il a déclenché un processus très rapide auquel l’OTAN ne résistera pas, en s’appuyant sur une revendication nationaliste que la droite antiguerre et isolationniste soutient depuis longtemps, et qui est justifiée largement par la simple comptabilité des intérêts nationaux :

« ...Et pas seulement l'OTAN. La Corée du Sud, avec une économie 40 fois supérieure à celle de la Corée du Nord, consacre 2,6% de son PIB à la défense, tandis que la Corée du Nord dépense 22%, soit la part la plus importante de la planète. Le Japon, avec la troisième économie du monde, consacre une part encore plus faible de son PIB à la défense que l'Allemagne, 0,9%.[...] Nous sommes frappés dans les deux sens. Nous envoyons des troupes et payons des milliards pour leur défense, alors qu’ils limitent notre accès à leurs marchés et se concentrent sur la capture des marchés américains que contrôlent des producteurs américains.

» Nous donnons au monde une leçon sur la façon dont les grandes puissances déclinent. [...]

» Depuis la fin de l'accord nucléaire iranien, le président Trump a exigé que nos alliés européens se joignent aux États-Unis pour réimposer des sanctions. Maintenant, il exige que les Européens contribuent davantage à la défense [notamment en demandant de faire passer leur effort de défense à 2% puis à 4% du PIB]. Que fera-t-il s'ils nous défient? Plus que probablement, nous le saurons. »

• Le deuxième texte est de RT, qui apporte les passages essentiels d’une interview que l’ancien ministre des affaires étrangères (SPD) Sigmar Gabriel a donné au SpiegelGabriel aurait normalement dû rester ministre des affaires étrangères dans l’équipe actuelle, et son élimination, difficilement compréhensible dans le rapport des forces au sein du seul SPD, pourrait tout aussi bien pu être venue de pressions extérieures (de l’UE encore plus que des USA, mais tous les deux certes) pour éliminer un homme au point de vue extrêmement critique des USA. Cela bien compris, on comprend également l’orientation du propos de Gabriel, mais on remarque l’extrême violence de ce propos sur le fond. Cela constitue un changement considérable de la part d’un responsable allemand d’un des grands partis-Système, et l’on peut considérer que si le Spiegel, très proche du pouvoir en général, a réalisé un tel interview c’est que les opinions radicales de Gabriel commencent à avoir des soutiens dans la classe dirigeante allemande, désormais engagée dans une bataille à mort avec l’administration Trump, c’est-à-dire avec les USA pour le pire et le meilleur.

En gros, Gabriel demande une riposte de l’Allemagne à ce qu’il estime être une opération de regime change des USA contre l’Allemagne dans le chef des attaques d’une très grande violence de Trump contre l’Allemagne et Merkel. Cette riposte doit mettre en cause, non seulement des arguments de compensation face aux demandes US, mais la stabilité, voire l’existence même du régime US.

D'abord, Gabriel observe que puisque Trump « ne comprend que la force », il faut réagir par la force. « S’il nous demande des milliards pour des dépenses militaires, nous devrons lui demander des milliards pour faire face au problème des réfugiés produits par les interventions militaires ratées et déstructurantes des USA, par exemple en Irak. » Mais surtout, il y a ceci, qui semble un plaidoyer pour l’accroissement de la diversité ethnique et qui aboutit en réalité à la proposition de soutenir par des actions d’influence une véritable déstructuration du pouvoir US en traitant différentes minorités comme des adversaires du pouvoir central ; un programme qui s’apparente à une opération de regime change ou/et de déstabilisation de cette puissance à la structure extrêmement fragile : « L’Amérique change très rapidement et, en quelques années, la majorité des citoyens US n’aura pas des racines européennes, mais asiatiques, hispaniques d’Amérique Latine, africaines... Cela sera une Amérique très différente de celle que nous avons connue dans les dernières 70 ans, mais également de l’Amérique de Trump aujourd’hui, et c’est une grande opportunité pour nous. »

On doit mesurer et peser le poids considérable des effets des extraordinaires “performances” de Trump, alors que dans les esprits cheminent cette idée de l’écoulement de l’OTAN et de l’affrontement jusqu’entre les alliés les plus soudés les uns aux autres par des décennies de complicités actives, de méfiances et de chantages réciproques, de sentiments de fidélité terrorisée et d’estimes haineuses... Souvenez-vous du mot de Michael Moore, si bien trouvé malgré que Moore soit un adversaire acharné de Trump, et transcrivez-le du Système réduit à “D.C.-la-folle” au Système dans sa quasi-entièreté opérationnelle, c’est-à-dire au bloc-BAO : « ...Et ils [les gens qui vont voter pour Trump]voient Donald Trump comme leur ‘cocktail Molotov humain’ qu’ils vont introduire dans machines à voter pour le balancer dans notre système politique. Je crois qu’ils adorent l’idée de faire exploser le système»

(Ci-dessous, les textes de buchanan.org, sur le commentaire de Patrick J. Buchanan du 13 juillet 2018, et de RT le même 13 juillet 2018, sur l’interview de Sigmar Gabriel.)

dedefensa.org

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Is A Coming NATO Crisis Inevitable?

Of President Donald Trump’s explosion at Angela Merkel’s Germany during the NATO summit, it needs to be said: It is long past time we raised our voices.

America pays more for NATO, an alliance created 69 years ago to defend Europe, than do the Europeans. And as Europe free-rides off our defense effort, the EU runs trade surpluses at our expense that exceed $100 billion a year.

To Trump, and not only to him, we are being used, gouged, by rich nations we defend, while they skimp on their own defense.

At Brussels, Trump had a new beef with the Germans, though similar problems date back to the Reagan era. Now we see the Germans, Trump raged, whom we are protecting from Russia, collaborating with Russia and deepening their dependence on Russian natural gas by jointly building the Nord Stream 2 pipeline under the Baltic Sea.

When completed, this pipeline will leave Germany and Europe even more deeply reliant on Russia for their energy needs.

To Trump, this makes no sense. While we pay the lion’s share of the cost of Germany’s defense, Germany, he said in Brussels, is becoming “a captive of Russia.”

Impolitic? Perhaps. But is Trump wrong? While much of what he says enrages Western elites, does not much of it need saying?

Germany spends 1.2 percent of its gross domestic product on defense, while the U.S. spends 3.5 percent. Why?

Why — nearly three decades after the end of the Cold War, the collapse of the Warsaw Pact, the crackup of the Soviet Union and the overthrow of the Communist dictatorship in Moscow — are we still defending European nations that collectively have 10 times the GDP of Vladimir Putin’s Russia?

Before departing Brussels, Trump upped the ante on the allies, urging that all NATO nations raise the share of their GDPs that they devote to defense to 4 percent.

Brussels may dismiss this as typical Trumpian bluster, but my sense is that Trump is not bluffing. He is visibly losing patience.

Though American leaders since John Foster Dulles in the 1950s have called for a greater defense effort from our allies, if the Europeans do not get serious this time, it could be the beginning of the end for NATO.

And not only NATO. South Korea, with an economy 40 times that of North Korea, spends 2.6 percent of its GDP on defense, while, by one estimate, North Korea spends 22 percent, the highest share on earth. Japan, with the world’s third-largest economy, spends an even smaller share of its GDP on defense than Germany, 0.9 percent. Thus, though Seoul and Tokyo are far more menaced by a nuclear-armed North Korea and a rising China, like the Europeans, both continue to rely upon us as they continue to run large trade surpluses with us.

We get hit both ways. We send troops and pay billions for their defense, while they restrict our access to their markets and focus on capturing U.S. markets from American producers.

We are giving the world a lesson in how great powers decline.

America’s situation is unsustainable economically and politically, and it’s transparently intolerable to Trump, who does not appear to be a turn-the-other-cheek sort of fellow.

A frustrated Trump has already hinted he may accept Russia’s annexation of Crimea as he accepted Israel’s annexation of Jerusalem.

And he appears earnest about reducing our massive trade deficits in goods that have been bleeding jobs, plants, equipment, capital and technology abroad. The latest tariffs Trump has proposed, on $200 billion worth of Chinese-made goods, would raise the price of 40 percent of China’s exports to the U.S. and begin to shrink the $375 billion trade surplus Beijing ran in 2017.

Trump said upon departing Brussels he had won new commitments to raise European contributions to NATO. But Emmanuel Macron of France seemed to contradict him. The commitments made before the summit, for all NATO nations to reach 2 percent of GDP for defense by 2024, said Macron, stand, and no new commitments were made. As for Trump’s call for a 4 percent defense effort by all, it was ignored. Hence the question: If Trump does not get his way and the allies hold to their previous schedule of defense commitments, what does he do?

One idea Trump floated last week was the threat of a drawdown of the 35,000 U.S. troops in Germany. But would this really rattle the Germans?A new poll shows that a plurality of Germans favor a drawdown of U.S. troops, and only 15 percent believe that Germany should raise its defense spending to 2 percent of GDP. While Trump’s pressure on NATO to contribute more is popular here, apparently Merkel’s resistance comports with German opinion.

Since exiting the Iranian nuclear deal, President Trump has demanded that our European allies join the U.S. in reimposing sanctions. Now he is demanding that the Europeans contribute more to defense.

What does he do if they defy us? More than likely, we will find out.

Patrick J. Buchanan

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Trump wants regime change in Berlin...

Donald Trump, who “only understands strength,” wants regime change in Germany, ex-Foreign Minister Sigmar Gabriel said, calling for tit-for-tat actions on US soil, such as influencing elites and investing in young Americans.

Germany should become more assertive in dealing with the US and show strength, as there is only one language US President Donald Trump understands – the language of force – former Vice Chancellor and Foreign Minister Sigmar Gabriel told Spiegel magazine in a candid interview.

Sigmar Gabriel hit out at Trump, saying, “he gives the North Korean dictator [Kim Jong-un]a lasting guarantee,” and then “wishes for regime change in Germany, which we cannot stand for.” 

In dealing with the tycoon-turned-president, Germany should be free of any illusions and be tough, as he “only recognizes strength,”the ex-minister said. “If he demands billions in military spending from us, we will have to demand billions from him to spend them on refugees produced by failed US military interventions, for example in Iraq.” 

The US and Germany are currently locked in a lingering spat over trade, tariffs, and defense expenditures. Trump, who tends to measure the former in raw numbers, insists Berlin must spend two percent of its GDP on its military as part of its obligations to NATO, and claims the Germans owe much to the Americans in that regard. 
But Germany should not sit on its hands, Gabriel said. Berlin must invest heavily in the US economy and seek contacts with governors, senators, and young Americans in order to win the hearts and minds.

“Because America is changing, in a few years, the majority of US citizens will not have European roots, but Asian, Latin American and African roots,”he said, suggesting that Germany apply soft power on American soil. “That’s going to be an America different from what we’ve known for 70 years, but also different from Trump’s America of today, and this is a great opportunity for us,”Gabriel stated.

Sigmar Gabriel, who resigned as foreign minister last year following Angela Merkel’s cabinet reshuffle, has been a vocal critic of Trump in the past. In 2016, half a year before Trump’s surprise win in the presidential election, he called Republican candidate Trump “a right-wing populist”and “a threat to peaceand economic development.”

After Trump entered the White House, Gabriel predicted the age of America “is slowly becoming history.”The world order will changeunder Trump, and even after his departure, US-German relations “will never be the same.”He added: “Germany can no longer simply react to US policy but must establish its own position [in world affairs].”

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