Qui ne dit mot consent…

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Qui ne dit mot consent…

Consentez-vous à prendre pour époux untel? À prendre pour épouse une telle? La réponse est toujours oui ou non. Elle concerne la libre volonté de chaque personne et la question vient d’une tierce qui a autorité pour enregistrer légalement le consentement. Consentir à l’impôt est-ce tout à fait synonyme d’être imposable? Pas tout à fait bien que dans les deux cas vous n’avez pas trop le choix. Je donne mon consentement équivaut à autoriser, à être d’accord, à accepter une proposition qui vous est adressée: Je consens à vendre mon chat, je consens à écouter vos arguments, mais je n’y suis pas obligé. Là, on est déjà dans un autre registre du consentement. Enfin, tout le monde connaît la formule utilisée parfois pour culpabiliser ou pousser à s’exprimer quelqu’un qui y répugne par sagesse ou désintérêt : "Qui ne dit mot consent".

Consentir n’est pas être d’accord, consentir n’est pas accepter et encore moins se soumettre. Toutefois, l’origine du mot fait réfléchir. -Con-, avec, et sentir. Ce qui montre qu’on sent avec quelqu’un, même si, bien sûr, on peut (con)sentir à sa déchéance ou à son humiliation tout seul. Qui prétendrait que le consentement à s’épouser est de nature comparable au divorce par consentement mutuel? On voit bien ici que le mot consentir est chargé de quelque chose d’infiniment subtil et/ou d’infiniment contradictoire. Si je consens à épouser, mon consentement n’est pas celui d’une froide raison (il peut l’être certes mais ce n’est pas le sujet), d’une décision strictement intellectuelle ou juridique. Quand deux amants décident de s’unir, même au nom de la loi, c’est d’abord leur loi à eux avant d’être celle de la Loi. Ce consentement est du cœur qui a ses raisons que souvent la raison ignore, emportée qu’elle est par le consentir, le sentir avec, le partage du senti avec une autre personne. Divorcer par consentement mutuel vient de la froide raison de deux personnes raisonnables qui se sont peut-être épousés par consentement mais où il y avait trop de sentir illusoirement partagé et qui comprenant que le –con- était faux ou insuffisant, se séparent par manque de sentir. Il y a bien sûr une inflexion dans la sémantique du mot consentir. Le génie de la langue le souligne en parlant d’une vergue qui a consenti, qui s’est laissé courbée, qui a cédé sous la force du vent. Si bien que dans le domaine à la fois clair et obscur du consentement, nos contemporains seraient bien inspirés de ne pas se précipiter. D’un un fait divers scabreux, d’un homme abusant de son pouvoir pour séduire des femmes ou les obliger, on passe à la dimension claire-obscure de "consentir", en général, à un rapport sexuel. Sous quelle forme les petits malins et petites malines qui, outrés, s’expriment sur la toile ou sur les ondes pourraient-ils nous exposer la nature précise de ce consentement? Quand deux êtres s’attirent suffisamment (et une attirance peut-être malsaine, perverse, ambigüe) à partir de quel moment chacun sera-t-il conscient de son consentement à aller plus loin? Dans le désir sexuel, toute personne moyennement sensible, et à plus forte raison toute personne informée, un médecin, un psychologue, dont le métier consiste souvent à expliquer à ceux qui le souhaitent le pourquoi de leurs maladies, ou de leurs maladresses, sait qu’il n’y a en ce domaine ni de oui radical, ni de non radical, que le désir est influençable, contradictoire, labile, et que donc parler de consentement à une relation sexuelle –tout particulièrement à notre époque où chacun se vautre dans le tout est permis et se croit malin de faire ce qu’il veut–, est réducteur pour ne pas dire absurde. Personne, homme ou femme, n’a-t-il jamais regretté un jour ou un an après avoir couché avec telle ou telle personne alors que sur le moment son "consentement" était indiscutable? Et tous ceux qui ont eu ce regret sont-il aller porter plainte pour "abus" ou pour "viol", se sont-il battus de verges, se sont-ils suicidés? A contrario, combien ne se battent-ils pas la coulpe d’avoir refusé, ou laissé passé, une occasion servie sur un plateau par un "consenteur" ou "consentrice" ?

Faudra-t-il un jour demander en bonne et due forme (si on est homme), son consentement dans la langue de Racine à une femme avant d’avoir l’insondable privilège de la pénétrer? Et si cela était si simple, imagine-t-on que ladite femme trouverait la méthode à son goût ? Le désir ne fait-il pas comme le souligne le génie de la langue plier les volontés, effondrer les murailles, favoriser les consentements, c'est-à-dire le sentir ensemble, comme l’intelligence fait comprendre, fait cumprehendere, fait prendre l’autre avec soi? L’intelligence peut convaincre, le désir se contente souvent de vaincre et ce n’est pas forcément au détriment du vaincu.

Le tragique de l’époque, c’est que beaucoup de femmes (heureusement pas toutes) se laissent guider par des abstractions juridiques et plus beaucoup par le sentiment qui consent. J’espère ne déclencher que la hargne des ignorants en disant que la première grande erreur de notre temps c’est d’avoir fait croire qu’il y avait, ou plutôt qu’il devait y avoir, égalité entre l’homme et la femme. Le beau concept (chrétien) d’Egalité de tous les Hommes entre eux, concept de nature d’abord spirituelle (aux yeux de Dieu tous les Hommes sont frères et donc égaux devant leur créateur et égaux entre eux parce qu’égaux devant leur créateur), s’est laissé rétrécir, diminuer, capturer, par le juridique dans la déclaration des droits de 1789 qui indique que les hommes naissent libres et égaux en droit. Il y a deux mots importants : "naissent" on l’oublie un peu trop, et surtout, "ils ne sont pas égaux en fait, mais en droit". On est donc descendu d’un degré si on mesure à partir du spirituel. De plus, égaux en droit suppose que le droit est le même pour tout le monde. En théorie oui, en pratique non et tout le monde le sait au moins depuis La Fontaine. Encore un cran vers en bas. La présomption d’innocence deviendra bientôt de culpabilité si on est homme et la femme redeviendra l’ange tombé… malheureusement pourvu d’un sexe! Enfin, tout individu non paralysé du cerveau se rend vite compte quand même qu’il y a un abime entre liberté et égalité. Si je mets liberté au premier plan je ne tiendrai guère compte de ceux que je jugerai inférieur à moi et si je mets égalité au premier plan j’aurai tendance à niveler un peu trop et à bafouer la liberté, surtout celle de ceux qui ne se sentent absolument pas égaux à moi, mais supérieurs. Et si à toutes ces contradictions et inégalités, j’ajoute celle de la différence des sexes, je suis bien obligé de reconnaître que je dois descendre d’un cran encore. Les hommes et les femmes ont des qualités et des défauts qui ne sont pas les mêmes et c’est d’ailleurs pourquoi, ils se mettent ensemble pour essayer courageusement et amoureusement de les compenser. Il est clair qu’ils n’y arrivent plus, ou de moins en moins, que le consentement à ce que l’autre soit différent de moi, n’est plus admis. C’est ainsi que la guerre des faux égaux et des vrais ego s’amplifie, et continuera de le faire jusqu’aux plus grandes violences, tant que chacune de ces créatures n’aura pas la sagesse et la décence de comprendre que dans le consentement de deux époux (ou de deux amants, concubins, compagnons, que sais-je) à s’unir il s’agit toujours d’une union pour le meilleur et pour le pire. Un pire relativement à la destinée qui peut être terrible, et un meilleur si on est assez généreux pour se "consentir". En tout cas, une chose est sûre, le pire sera toujours au rendez-vous si on se prépare dès le début à balancer son porc ou sa truie pour la simple raison que le porc et la truie se croyaient égaux, fait du même bois, grandis dans les mêmes aspirations, remplis de la même sensibilité, attirés par les mêmes plaisirs, étreints par les mêmes joies. L’homme et la femme sont des êtres humains semblables, ils ne sont pas égaux. Ils méritent chacun le respect à condition qu’ils en soient capables l’un envers l’autre. Il y a des veinstein, ils sont légions. Il y a aussi des prostituées d’un nombre à peu près équivalent qui les aiment pour faire carrière et qui, une fois carrière faite, les rides venues, les frustrations naturelles de la vie bues jusqu’à la lie, se vengent. Alors les sorcières de la fausse pudeur et de la haine rentrée, enfourchent leur balai et sillonnent le ciel médiatique pour le plus grands plaisirs des frustrés de la terre et des haineuses du ciel.

"Qui dit mot", ne consent pas à accepter la légèreté inculte de ceux et celles qui glosent sur le consentement dans les relations sexuelles. Honorons les gentils petits cochons et les non moins gentilles petites truies qui leur courent après et ayons la décence de ne pas lorgner indument dans le lit du voisin parce que dans le nôtre il ne se passe rien.

Marc Gébelin

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