Ne le leur dites pas, ils pourraient s’affoler, – mais les Européens avaient raison contre les USA

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Parmi les multiples retombées de la divulgation de la NIE 2007, il y a la réflexion a posteriori sur la validité de la politique européenne (Allemagne, France, UK) entreprise en octobre 2003, et aussitôt suivie selon cette même NIE de la décision iranienne d’arrêter le programme nucléaire militaire. Nous notions la chose hier et l’historien Gareth Porter développe l’argument aujourd’hui sur Antiwar.com.

«Despite the White House spin that the new National Intelligence Estimate (NIE) supports its policy of increasing pressure on Iran, the estimate not only directly contradicts the George W. Bush administration's line on Iranian intentions regarding nuclear weapons, but points to a link between Tehran's 2003 decision to halt research on weaponization and its decision to negotiate with European foreign ministers on both nuclear and Iranian security concerns.

»By using unusually strong and precise language in characterizing its pivotal judgment that Iran ended work relating to nuclear weapons four years earlier, the estimate deals a serious blow to the administration's claim that Iran is determined to acquire nuclear weapons. The key judgment released Monday said, “We assess with high confidence that in fall 2003, Tehran halted its nuclear weapons program [and] that the halt lasted at least several years.”»

Après avoir décrit les multiples affrontements entre modérés et radicaux à Téhéran devant cette approche européenne, et l’inclination iranienne à finalement accepter les termes de cette approche, Porter conclut sur ces remarques significatives:

«The signal event of that period was the agreement in Tehran on Oct. 21, 2003, between the foreign ministers of Iran and the three European states.

»In the agreement, Iran renounced nuclear weapons, pledged to sign and begin ratification of the Additional Protocol, and “voluntarily to suspend all uranium enrichment and reprocessing activities as defined by the IAEA.”

»The three European foreign ministers pledged, in turn, to “cooperate with Iran to promote security and stability in the region, including the establishment of a zone free from weapons of mass destruction in the Middle East in accordance with the objectives of the United Nations.”

»The Bush administration had opposed the initiative of the European three in offering a political agreement with Iran that would offer security and other concessions as part of a broader deal. The administration wanted to bring Iran quickly before the United Nations Security Council so that it would be subject to international sanctions.

»Britain, France, and Germany reached an agreement with Iran in mid-November 2004 under which Iran pledged to “provide objective guarantees that Iran's nuclear program is exclusively for peaceful purposes” and the EU three promised “firm guarantees on nuclear, technological, and economic cooperation and firm commitments on security issues.”

»The European three then began to backtrack from that agreement under pressure from Washington. But the new evidence that Iran made the decision to drop all weapons-related research at that time appears to confirm the correctness of the original European negotiating approach.

»Paul Pillar, the former national intelligence officer for the Middle East who managed the 2005 NIE on the Iranian nuclear program and other NIEs on Iran, told IPS he considers it “plausible” that the decision to halt weapons-related work was part of a broader change in strategy that included a decision to enter into negotiations that promised security benefits in return for demonstrating restraint on enrichment.»

Ainsi peut-on mieux compléter quelques remarques déjà esquissées, et en ajouter d’autres:

• L’initiative des trois grands pays de l’UE (plus qu’une initiative UE, c’est là où il faut préciser et éventuellement corriger l’analyse de Porter) d’octobre 2003 représentait une percée diplomatique européenne majeure et un espoir de revenir à une diplomatie abandonnant la barbarie des méthodes américanistes. A l’époque, la chose était déjà perçue dans ce sens.

• Ce sont effectivement les pressions US qui mirent fin à cette orientation autonome et constructive des européens. Ce fut une bien belle chance gâchée, certes de résoudre la crise iranienne et de nous épargner quelques années de gâchis hystérique et stupide, cette bouillie pour chat sauvage et moralisateur faisant fonction de diplomatie occidentale, mais surtout d’établir les fondements d’une politique européenne basée sur l’évidence du “directoire à trois” des trois puissances européennes. Autant pour tous les grands “Européens”, des intellectuels aux ministres de service et bien en cours dans les dîners en ville qui recommandent de voter “oui” aux divers référendums européens, qui ont évidemment préféré l’inspiration élevée de la politique américaniste.

• Dans cette capitulation européenne des années 2004-2005, les Français n’ont pas la moindre des responsabilités. Britanniques et Allemands ont été égaux à eux-mêmes, – l’instant d’une tentation enivrée d’indépendance de Washington suivie d’une rapide rentrée dans le rang. Les Français, c’est différent puisqu’ils nous disent qu’ils sont souverains et indépendants. Il y aussi le fardeau accablant de leur intelligence. Ils avaient donc conclu qu’il était préférable de sacrifier cette occasion d’une politique européenne indépendante à un intelligent “retour en grâce” dans le giron US après l’escapade onusienne de 2002-2003. On remarquera que nous parlons ici de la présidence Chirac, – pas besoin d’attendre Sarkozy pour cette sorte de manœuvre. D’autre part, les Français étaient engagés dans l’intéressante affaire Clairstream, qui ne déplaisait pas vraiment à la CIA, et Chirac cultivait ses liens avec la famille Hariri, qui lui firent préférer une position commune avec les USA sur le Liban début 2005 à la tentative de poursuivre la politique iranienne autonome des Européens de 2003.


Mis en ligne le 5 décembre 2007 à 09H42

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