L'idiotie congénitale d'un certain antiracisme

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L'idiotie congénitale d'un certain antiracisme

Les mérites d’un minimalisme en politique

La dernière élection présidentielle en France a permis une mise au net du paysage politique. Les partis qui animaient le champ médiatique de petites phrases lancées par leurs dirigeants, seule denrée au menu du débat public, y ont terminé leur existence.

Le parti socialiste et les Républicains ont littéralement été pulvérisés, et la comédie de l’alternance mise en place depuis le suicide assisté du PCF par l’OPA  mitterrandiste s’est achevée.

Le Front National, gardé en lice, a été carbonisé lors de l’assaut final, le duel (pugilat) télévisé qui allait consacrer l’un des deux candidats. Sa Présidente, préoccupée de déstabiliser un rhétoriqueur très entraîné dans la production de sophismes où se tiennent ensemble sans autre articulation logique qu’une contemporanéité des assertions antagonistes, s’est montrée non convaincante sur la question de la sortie de l’Union européenne. Son nationalisme, la raison d’être de son organisation politique, n’avait pas l’envergure qui assumerait la souveraineté du pays hors du carcan européen, voulu et construit par les Usa, bien avant la fin de la seconde guerre mondiale. Elle s’est montrée confuse et maladroite à souhait sur cette question, s’aliénant une bonne part de son électorat potentiel. Les accusations portées à son adversaire sur son éventuelle compromission avec des islamistes se sont révélées de piètres coups d’épée dans l’eau.

Les observateurs ‘critiques’ ont bien insisté sur la force de frappe économique et médiatique de ce parti, frappé aux initiales de son chef, sorti fraîchement des cartons des décideurs, ceux qui font les lois qui importent et configurent l’existence de chaque travailleur et retraité de ce pays. La création extemporanée d’un mouvement prétendant au pouvoir a parié sur cette innovation introduite dans le processus électoral et a emporté l’adhésion par la séduction d’un obligé des banques d’affaires, paré des charmes de la réussite et de la jeunesse. Et de surcroît gérontophile, ce qui n’est pas le moindre des atouts dans une démographie à pyramide des âges inversée.

Il a aussi réussi une performance, l’évincement d’un Premier ministre récemment converti au néo-conservatisme. Il s’était tout entier voué de manière particulièrement ostentatoire à la cause, non pas tant xénophobe, qu’islamophobe, attitude en congruence parfaite avec les prétentions sionistes qui fabriquent depuis Reagan et plus encore l’arrivée au pouvoir de Bush la concaténation des énoncés sémantiques, arabe, musulman et terroriste. Le système a rejeté l’hypothèse vieillotte d’une France traditionnelle avec manoir à la campagne et famille nombreuse, du tribun aux poses faussement internationalistes, de la mégère poissarde qui allait faire fuir le touriste et du surgeon anémié d’un socialisme décadent qui avait oscillé entre un violeur de femme de chambre et un coureur de jupon en mobylette.

Le Code du Travail brisé du haut de l’Olympie

Macron allait servir le système efficacement, car discrètement, et apaiser le conflit des communautarismes allumé et attisé par Sarközy et amplifié plus tard par Vals. L’inefficacité calculée et prévue des manifestations contre la loi travail a rendu caducs les affrontements sur des thèmes périphériques, gonflés périodiquement pour étouffer et rendre invisibles les transformations de la Loi qui affectera la vie de tous et de chacun. Depuis quelques mois, les médias se préoccupent moins des quartiers « hors contrôle » du gouvernement. Il est vrai que de nombreuses lois en faveur d’une laïcité radicale qui ne se contente pas de l’indifférence de l’Etat vis-à-vis des religions mais souhaite l’effacement de celles-ci de l’espace public (quand il s’agit du vêtement des femmes et des filles musulmanes) ont déjà été votées et admises. Il est vrai aussi que la révélation de mœurs prédatrices dans le milieu du spectacle et singulièrement du cinéma hollywoodien occupe pour le moment l’avant-scène. Tout un petit monde semble découvrir avec une naïveté feinte que promouvoir au cinéma et ailleurs la jouissance sans entraves trouvait les adeptes de cette pratique parmi les officiants du spectacle. Le monde de façon générale, le vrai, comprend le non-dit dans une invitation sans témoin d’une jeune femme en attente d’un rôle par un employeur tout puissant dans sa chambre d’hôtel. Démonstration est de nouveau faite que les « libérations » y compris des mœurs se font au profit des dominants.

L’élimination de la prétendante du FN n’est pas à porter au seul crédit d’un Macron qui serait un homme de dossier, les économistes lui reprochent assez de ne pas savoir faire une addition et de l’imbécillité d’une écervelée mal conseillée par d’obscurs stratèges, mais bien à la réaction du peuple français qui n’a pas osé l’abstention, pourtant la seule issue cohérente à cette mascarade électorale.

Il n’a sans doute pas été tétanisé par les ardentes implorations à ne pas laisser gagner le ‘fascisme’, il a surtout manifesté son aversion au racisme quand il risque de dégénérer en chasse à l’homme et en pogroms. Et, comme l’avaient fait les Espagnols après les terribles attentats à Madrid en mars 2004 en refusant de reconduire la droite sous l’impulsion de la terreur, les Français ont récusé l’orientation phobique toute indiquée après Charlie et novembre 2015. Les pédalages laborieux autour de la déchéance de la nationalité de l’exécutif ont été vains. L’émotivité des masses est manipulable, des techniques affutées ont été mises au point et déjà appliquées mais elles ne peuvent toujours être assorties de succès, la complexité des ressorts psychiques (et historiques) en est le facteur limitant. Peu de publicistes ont entrepris une mise au point analytique et prospective de cette aspiration surprenante, radicale et sans doute durable par le Néant des formations politiques qui occupèrent des décennies durant tribunes et chambres de représentation. La guerre des races promise par les adeptes du choc civilisationnel n’aura pas lieu. Les « identitaires » de tout bord peineront à approvisionner le marché des revendications sociétales de provocations racialistes et anti-racialistes, substitut très confortable pour le système des luttes réelles qui le mettraient en péril. Les médias ne moussent plus leur agitation insignifiante, peut-être obéissent-ils à une consigne d’apaisement, résultante de l’application d’au moins trois forces convergentes.

Trumper son monde

L’arrivée inattendue au pouvoir d’un Trump aux Usa, républicain par défaut, sans autre conviction que celle de ses pairs conservateurs donneurs de chèques, a ébranlé l’assise théorique de la foi démocratique. Privilégier la défense des minorités dans une société fondée sur l’exploitation pour mieux noyer celle-ci n’a pas suffi à mettre en orbite Hillary Clinton. Pourtant la séquence était idéalement construite, après le premier président afro-américain, la première présidente femme. Trump a eu le toupet de prétendre mettre fin à l’interventionnisme militaire des Usa, resserrer le budget autour d’une reconstruction des infrastructures du pays, rapatrier les activités industrielles et parfaire l’indépendance énergétique. C ‘était sans compter avec la puissance du capitalisme transnational qui a effacé les frontières depuis des décennies, se nourrit des guerres multiformes d’intensité variable implantées un peu partout et s’abreuve des flux migratoires. Le souverainisme et/ou le protectionnisme a été décrété de mauvais aloi, réactionnaire et à combattre par les penseurs du libéralisme.

Dans cette veine, Trump est le contre-exemple, le repoussoir. Son ‘racisme’ primaire est honni en place publique, il importe donc de ne pas laisser proliférer un discours qui évoquerait les effets de l’émigration en terme négatifs. Cela se faisait il y a peu encore.

Les agressions sexuelles commises par des réfugiés en Allemagne, même démenties par les récits policiers et les faits juridiques, avaient trouvé un écho considérable, celui de la rumeur – forcément mensongère- démesurément colportée. La réduction du nombre de titres qui affichaient des premières pages affriolantes sur une Europe voilée, islamisée, défigurée de minarets est une réponse anti-Trump, consentie à la demande sociétale libérale-libertaire.

La poudre de perlimpinpin

Très vite, dès son arrivée à l’Elysée, Macron a opté pour une politique extérieure un peu moins idéologique et plus réaliste que ses deux prédécesseurs. La destruction de la Libye par Sarkörzy pour le compte de l’OTAN puis celle de la Syrie achevée par Hollande ont induit une réplique défensive de la Russie, bouclier européen et moyen-oriental de l’Organisation de Coopération de Shanghai.  La traduction sur le terrain du Projet pour un Nouveau Siècle Américain, anéantissement de l’Irak, de l’Afghanistan, mise en péril du Pakistan, division du Soudan, éclatement de la Yougoslavie, révolutions colorées dans les ex-républiques soviétiques, interdit à une quelconque moyenne puissance le droit de se développer. La Russie, encerclée par des bases militaires et les défenses anti-missiles disposées un peu partout autour d’elle et cernée de plus en plus près de ses frontières, pays baltes, Ukraine, Pologne ne pouvait que réagir par une politique de défense. Elle se devait de préserver sa présence sur le littoral syrien et éviter la dislocation de cette zone qui aurait été un formidable couloir de transit pour un terrorisme qui aurait inondé le Caucase, l’Asie centrale avec des coulées vers la Chine. 

La résistance d’un peuple multiethnique et confessionnel autour de son Président qui peut garantir la pérennité de l’institution étatique a fait le reste. La Syrie, dans les limites absurdes de ses frontières définies par les accords de Sykes-Picot va survivre aux poussées takfiristes. La création, même éphémère, d’un Etat ‘califal’ sur plus de la moitié de la Syrie et un peu moins de la moitié de l’Irak, n’aurait pu voir le jour sans la transformation de l’Irak en trou noir par l’invasion des Usa en 2003, terme final de l’alliance entre un dirigeant arabe zélé puis berné et l’Occident. 

L’intervention de la Russie en Syrie à la demande de Bachar al Assad en septembre 2015 a été le frein à la fracturation en de multiples entités des pays de cette région, source certaine d’instabilité. Avec des mouvements oscillatoires, les affirmations contradictoires sur le maintien de Assad, conditionnant ou non le processus de paix, reflètent les espoirs mis dans de nouveaux engagements militaires dans des poches résiduelles, l’Occident accepte qu’il n’est plus le seul maître du jeu dans les affaires du Reste du Monde. Dans ce contexte de reconfiguration des politiques extérieures à la fois des Usa et des pays de l’Union Européenne, l’agitation du racisme, arme de division des peuples est pour l’instant remisée. DSK avec sa fameuse présomption que les immigrés sont tous des antisémites a été mis hors d’état de nuire, ses clones, Sarközy et Vals, au verbe plus abâtardi et plus direct, ont été rangés au grenier avec les épouvantails qui peuvent être ressortis si la saison l’exige. La croisade contre les pays de l’Axe du mal connaît un tournant, celle contre l’ennemi intérieur aussi.

Les migrants

La gestion des flux migratoires de par le monde devient un enjeu d’importance qui absorbe des budgets nationaux et transnationaux, requiert des institutions spécialisées et mobilise des unités de recherche en sociologie ainsi que des ressources associatives de plus en plus nombreuses. Pour ce qui concerne les pays de l’Union Européenne, le taux de croissance de la population est l’un des plus faibles au monde. Plusieurs Etats connaissent un déclin de leur population en raison d’un taux de natalité faible ou d’un solde migratoire négatif alors que l’espérance de vie est de plus en plus importante. Les taux de fécondité moyen est de 1,6 en Europe et ne permet pas le renouvellement de la population, les plus bas se trouvent dans les pays méditerranéens et en Europe de l’Est (inférieurs à 1,4). L’Allemagne avec un niveau de 1,5 ne réservera évidemment pas le même accueil aux migrants que la France qui se défend bien avec son taux à 1,98.

Des politiques migratoires sont donc consciemment entreprises et concertées en fonction des ‘besoins’ de remplissage des différents Etats. Merkel a été attaquée bien injustement pour avoir incorporé un million de réfugiés qui n’ont rien coûté à l’Allemagne pour leur entretien et leur formation alors qu’elle ne faisait que faire appliquer un programme décidé bien en amont. Les guerres en Irak et en Syrie ont été une aubaine, les Arabes, Kurdes et autres ethnies du Moyen Orients apportent une variété génétique supplémentaire par rapport aux Européens de l’Est, de surcroît européens de droit et moins faciles à exploiter qu’une masse instruite et précarisée. Aucune association ‘humanitaire’ ne vient contester ce mode de comblement du déficit démographique européen. Certaines, on le sait, elles ne s’en cachent pas, sont financées par l’Open Society de Georges Soros dont les prétentions à modeler l’architecture d’un monde ultralibéral ne connaissent pas de limites. Les commissaires européens doivent s’esclaffer quand de piètres écrivaillons dénoncent un grand remplacement des populations européennes ourdi par un Islam comploteur, ils savent qu’ils en sont les auteurs. Ceux qui, en Europe,  prétendent militer contre le racisme se préoccupent peu de contester les conditions qui conduisent des millions d’hommes, de femmes et d’enfants à quitter leur terre natale pour aller quérir sécurité et droit à la vie. Un certain antiracisme n’est donc qu’un faux nez pour la promotion des déplacements de populations qui offriront  leur travail contre un coût moindre sur un ’marché’ de l’emploi déjà engorgé par un chômage endémique et structurel. Il perpétue alors le circuit qui immanquablement fait se cabrer des populations autochtones déjà appauvries et précarisées par le néolibéralisme, ahuries de voir à leur porte sans cesse de nouveaux arrivants. L’antiracisme est coupable de ne pas se dresser contre les guerres impériales et les programmes du FMI, pourvoyeur  de ces mouvements que la misère semble rendre irrépressibles.

La réussite de Macron a eu pour dégât collatéral l’apaisement, peut-être transitoire, du cirque médiatique par rapport aux questions sociétales avancées pour motiver la ‘discorde’. Conçues comme un divertissement, les informations évoquent moins les incidents dans les banlieues et les cailleras. Macron est l’organe qui a substantivé la disparition des figures traditionnelles politiciennes et de leur maigre logiciel, matrice d’une partition populaire selon des lignes sans aucune pertinence pour une véritable transformation sociale. Jupiter, fils mal digéré d’un Temps aveugle, n’est que la version de l’adaptation locale du capitalisme transnational.

Place nette

La place est nette pour activer une problématisation de notre monde en vue de le transformer en faveur non de l’égalité, aberration du règne du quantitatif, mais de la justice. L’antiracisme tel qu’il définit et limite son fonds de commerce idéologique ne peut tarir son origine sinon il dépérirait. Comme un certain féminisme, il n’est qu’un outil au service de l’ordre implacable qui structure le monde dit globalisé car commandant l’orientation et la forme de la moindre de ses manifestations.

La France n’est plus depuis longtemps un Empire, elle est l’un des modestes et besogneux exécutants de l’ordre mondialisé, et ceux qui croient lire dans sa geste une continuité avec sa politique coloniale se trompent de plusieurs siècles. Ajuster leur lunette à la réalité leur ferait perdre la croyance en l’avantage de leur piètre étal.

Badia Benjelloun

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