Les foudres caudines de Jupiter

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Les foudres caudines de Jupiter

Monsieur Jacques Sapir est connu comme un homme honorable, de commerce agréable, calme, soucieux de ne pas entacher ses jugements de passions trop emportées. Qu’il termine un commentaire sur “la dernière” en date de notre-Président par cette image révolutionnaire, après avoir évoqué Marie-Antoinette tout en reconnaissant qu’elle ne disait pas tout ce qu’on lui attribuait tandis qu’il (Macron) ne se prive pas de le dire, – « Qu’il ne s’étonne pas [Macron] si, par malheur, sa tête devait finir au bout d’une pique... », – que Sapir termine son texte par cette image pleine d’une violence à, peine contenue est l’indice qu’une cause extérieure extrêmement puissante suscite cette violence.

Il s’agit de Macron, du ci-devant Macron et de “sa dernière”, c’est-à-dire une fois de plus, et une fois de plus en terre étrangère comme s’il était lui-même “étranger en son royaume”, un cortège d’insultes adressées à ses compatriotes-malgré-tout, ceux dont il est très fortement débiteur. Bref mais d'une façon de plus en plus pesante, Macron se comporte comme un tire-laine, un producteur de haine et de colère chez ceux à qui est censé inspirer le respect qui permet à l’autorité de s’affirmer, un incendiaire qui crie “au feu”, un pyromane éthylique élu pompier-en-chef après avoir juré qu’il ne buvait que de l’eau. Drôle d’oiseau, peut-être envoyé par le Ciel pour déchaîner les foudres dont il serait censé nous protéger.

Nous reprenons le texte de Sapir sur les quelques mots macroniens prononcés hier à Athènes : « Je serai d’une détermination absolue, je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. » (Selon une analyse assez sobre d’un commentateur moyen, on ajoutera qu’il aurait pu ajouter, pour nous rafraîchir la mémoire, “je suis votre chef”, – non ?) Macron justifie pleinement et renforce, par avance, ce qu’il pourrait y avoir de colère lors des manifestations des 11 et 23 septembre ; il justifie et renforce l’extrême fermeté sinon la hardiesse de Mélenchon, presqu’en les légitimant, – ainsi que son statut de “chef de l’opposition”. A cet égard, la situation de Mélenchon est très avantageuse, dans la mesure où l’habituel réflexe de diabolisation qui est la défense principale du Système est quasiment impossible, puisque d’emploi quasi-exclusif contre l’extrême-droite. Au reste, l’attitude de Macron, cette perception qu’on a de plus en plus fortement de son absence de maîtrise, renforce l’idée d’un Système qui ne parvient pas à trouver la riposte contre les attaques qu’il essuie.

La situation promettrait donc de s’aggraver rapidement dans de telles conditions, où la communication bien plus que les actes constitue le principal facteur, voire l’unique facteur déterminant de l’évolution crisique de la situation. Il faut observer, presqu’admirer, la vitesse et le rythme de la dégradation de cette évolution crisique, grâce à Macron comme remarquable animateur de cette dégradation de sa propre position. La France est ainsi bien placée pour devenir un des théâtres d’opération les plus favorisés du  tourbillon crisique en cours.

Nous empruntons le texte de Jacques Sapir, sur son site RussEurope, en date du 8 septembre 2017.

dde.org

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Macron: le dérapage de trop

Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République, vient une nouvelle fois de déraper en public et d’insulter les Français. Du moins, ceux qui ne pensent pas comme lui. Il a, dans les jardins de l’EFA à Athènes, ce vendredi, réaffirmé la nécessité de la réforme mais avec des mots d’une violence inouïe : « Je serai d’une détermination absolue, je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. » Que le Président dise qu’il ne cèdera rien, c’est son droit. C’est une manière de gouverner, et l’on sait désormais ce que valent ses promesses de « dialogue social ». Néanmoins, c’est son droit. Aux opposants d’en tirer toutes les conséquences. Mais, qu’il le fasse en décrivant ceux qui ne sont pas de son avis de « fainéants, (…) cyniques, (…) extrêmes », ne me semble pas avoir de précédant. La violence verbale dont il a ainsi fait preuve appelle, et justifie par avance, d’autres violences. Au point que l’on se demande s’il a conscience de ce qu’il a dit.

Quand Emmanuel Macron persévère…

Ce n’est pas, hélas, la première fois qu’Emmanuel Macron se rend ici coupable de tels dérapages. Il avait commis un autre impair de la même veine depuis les jardins de l’ambassade de France à Bucarest, ajoutant à l’insulte le fait de la proférer sur un sol étranger. Pourtant, c’était le même Emmanuel Macron qui avait déclaré qu’il ne ferait aucun commentaire sur la politique française depuis l’étranger. On l’a déjà dit, il est parfaitement faux d’affirmer, que ce soit à Athènes ou à Bucarest, que les français se refusent aux réformes. Que ces dernières soient globales ou qu’elles concernent la sphère du travail, les français ont été soumis, et ont accepté, depuis ces vingt dernières années un nombre incalculable de réformes. Ce que les français refusent, c’est une réforme particulière, celle qui concerne le droit du travail. Or, cette réforme est justement hautement discutable comme on l’a montré sur ce carnet. On peut la considérer comme néanmoins nécessaire ; mais il importe, alors, de respecter ceux qui ne pensent pas comme vous.

Et ceci d’autant plus quand on a été élu sur un quiproquo, avec un faible nombre de voix. Emmanuel Macron est un président par défaut. Tout le monde le sait à l‘évidence, sauf lui-même semble-t-il…

Or, ne voilà-t-il pas qu’Emmanuel Macron récidive. Il le fait au lendemain de son discours qui se voulait programmatique sur l’Europe et qui ne fut qu’étalage de platitudes. Il le fait dans des mots qui, cette fois, sont directement insultants et ce à un degré des plus extrêmes. Quand on considère l’effondrement qu’il subit dans les sondages depuis maintenant deux mois, c’est folie. Mais, « Bien que ce ne soit folie, il y a là de la méthode » (1).

Quand l’insulte devient méthode

Les insultes, car il n’y a pas d’autres termes pour désigner les mots qu’il a employés pour désigner ses opposants ne sont pas nouvelles. Elles tendent à constituer une méthode pour Emmanuel Macron. Il en avait déjà usé, on l’a dit, que ce soit implicitement ou explicitement, lors de son discours à Bucarest. Il en avait usé, aussi, lors de la rentrée des classes, dans son voyage à Forbach. Emmanuel Macron y avait lancé, agacé, à un journaliste qui lui posait une question : « Les journalistes ont un problème. Ils s’intéressent trop à eux-mêmes et pas assez au pays. (…) Vous ne me parlez que des problèmes de communication et de problèmes de journalistes, vous ne me parlez pas de la France. » Pourtant, le Président de la République était en train de se faire filmer en train de déjeuner à la cantine avec des écoliers. Il était là, de manière évidente, et nul ne lui en fait reproche, pour tourner des images et montrer son visage. En un mot : il était là pour « communiquer ». Il n’y a rien de plus normal à cela ; mais il n’y a rien de plus normal, non plus, à ce qu’un journaliste lui pose alors une question sur sa communication. Ce qui apparaît bien comme anormal est la réponse du Président. Clément Viktorovitch, sur le site électronique du Point, remarque alors que plutôt de chercher à réfuter la position de ses contradicteurs, Emmanuel Macron s’emploie à disquali6er la légitimité de ceux qu’il présente comme des adversaires. Et c’est bien de cela dont il a donné un nouvel exemple, et il faut bien dire un exemple hideux, lors de sa déclaration de vendredi 8 septembre à Athènes.

Réflexe d’enfant gâté ou réflexe de classe ?

Habitude pour le moins, et sans doute méthode. Mais de quelle méthode s’agit-il ? On pourrait lire ces débordements de la part du Président comme le témoignage de son exaspération devant une réalité qui lui résiste, qui lui échappe. Pour tout dire, ces mots terribles ne seraient que l’expression d’un homme qui a « pété les plombs ». La jeunesse du Président va dans ce sens, de même que la vie protégée qu’il a menée jusqu’à son élection. Être une « premier de la classe », quelqu’un que des puissants repèrent et protègent, travailler avec un autre Président – François Hollande – puis devenir Ministre, enfin trahir son protecteur mais non sans s’en être trouvé de nouveaux et enfin arriver aux sommets du pouvoir, tout cela ne prépare pas spécialement à l’adversité. Chris Bickerton, dans son éditorial du 7 septembre dans le New York Times, dresse un portrait au vitriol d’Emmanuel Macron. Constatant son effondrement dans les sondages, il s’interroge si ce Président ne souffre pas d’une arrogance d’enfant gâté. Il y a, certes, de la condescendance très américaine dans cet éditorial, mais aussi beaucoup de vérité.

Pourtant il serait hasardeux d’attribuer cette « méthode » et ce comportement d’Emmanuel Macron, méthodes et comportement qui, n’en doutons pas, le rendront bien vite odieux aux Français, à une simple arrogance, à des traits personnels, même s’ils existent. Il y a derrière le sentiment de supériorité couplé avec celui d’avoir raison, d’incarner le « camp du bien » que l’on trouve largement répandu dans cette élite néo-libérale. Pace qu’elle se croit détentrice d’un savoir supérieur, parce qu’elle est persuadé que ce savoir se combine avec une bienveillance dont elle serait la seule à disposer, elle ne peut qu’éprouver du mépris pour ses adversaires.

En tout état de cause, cette méthode est inacceptable pour un Président. Elle est de nature à détruire complètement sa légitimité. Et, en ce cas, la légalité de son élection pèsera bien peu face à la légitime – elle – colère des Français.

Marie-Antoinette n’a probablement jamais dit « s’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ». Mais, cette phrase lui a collé à la peau et l’a condamnée aux yeux de l’opinion avant même qu’elle soit jugée. Emmanuel Macron a, quant à lui, bien prononcé les phrases qui lui seront à jamais reprochées. Qu’il ne s’étonne pas, alors, de susciter la haine et la rage. Qu’il ne s’étonne pas si, par malheur, sa tête devait finir au bout d’une pique…

Jacques Sapir

 

Note

(1) William Shakespeare, Hamlet (1601), Acte II, scène 2, Polonius

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