La lance qui saigne

Ouverture libre

   Forum

Il y a 5 commentaires associés à cet article. Vous pouvez les consulter et réagir à votre tour.

   Imprimer

 2390

La lance qui saigne

Contrairement à l’économie, oiko-nomía, qui concerne oikos,la maison, et nomos, les règles qui régissent son fonctionnement, la chrématistique est l’art d’acquérir des richesses (chrémata) par définition hors de la maison, élargie à la cité. Les Anciens avaient donc usé de deux mots pour deux activités distinctes mais complémentaires, qui pour nous n’en font qu’une.

Si on s’étonne que la chrématistique ait été pensée par Aristote, philosophe et non "économiste", c’est parce que pour nous la philosophie n’a plus rien de cet acte fort de la pensée où se construit le premier concept propre à cette discipline – l’être–, en opposition fonctionnelle avec le concept d’avoir. L’être niche dans une contemplation émerveillée du monde, lové au secret de l’âme humaine, tandis que l’avoir nous invite au "sortir de soi" pour acquérir de l’inconnu. La chrémata suppose donc un extérieur où s’acquièrent des biens, pour en faire usage interne dans l’oïkos. Dit autrement, poussé par le désir, l’homme se résout à sortir de la maison de l’êtreen vue de découvrir et de s’approprier ce qui est au-delà puis à faire retour dans la maison pour en digérer l’acquisition. Dit encore autrement, si on veut remonter au-delà d’Aristote, à l’époque des chasseurs-cueilleurs de la préhistoire où l’économie était rudimentaire et immédiate, c’est "la lance et le panier" de l’anthropologie qui structure la séparation des sexes. La femme est économe de la maison, enfante, cuisine, l’homme s’élance dehors, guerroie, vole et s’approprie. Un est creux, l’autre en relief. Un consomme, l’autre fournit. Ils sont complémentaires.

A l’époque d’Aristote comme à la nôtre, on scandaliserait en prétendant que l’acquisition est du vol pur et simple tout en sachant que le pillage existe. Comme l’oïkos, la chrématistique est régie par des règles et nécessite des moyens. Le moyen de la chrémata, hormis le troc, est la monnaie, objet intermédiaire entre les différents extérieurs et les différents intérieurs. Objet qui est reconnu comme ayant une valeur en tant que tel (au moins au départ, par exemple argent ou or, choses rares, fascinantes, donc précieuses) et qui sert d’unité de compte pour apprécier et comparer la valeur de tous les objets proposés par ceux qui veulent les échanger. Car comme pour penser, pour échanger il faut comparer à un troisième terme. C’est la chrématistique dite naturelle. On pourrait dire qu’à l’époque d’Aristote régnaient – en théorie du moins – la concurrence libre et une monnaie non faussée.

La seconde forme de chrématistique, radicalement différente, est liée au fait de "considérer la richesse comme possession de monnaie en abondance". C'est l'accumulation de la monnaie pour la monnaie qui, selon Aristote, est une activité contre nature et qui déshumanise ceux qui s'y livrent. Pour Aristote, l'homme est par nature zoon politikon, animal politique, citoyen, c'est-à-dire fait pour vivre encommunauté. Suivant l’exemple de Platon, il condamne le goût du profit et l'accumulation de richesses ou chrématistique commerciale. Celle-ci substitue l’argent aux biens et subséquemment, engendre l’usure, crée de l’argent à partir de l’argent. Le cycle M-A-M (marchandise-argent-marchandise) est remplacé par le cycle A-M-A. C’est l’histoire du "pantalon à une jambe" du célèbre chrématologue Jacques Attali. Le marchand, agent de la chrématistique commerciale ne produit aucune richesse mais s’enrichit en faisant jouer la différence de valeur entre l’objet acheté puis revendu et thésaurisant ensuite à la maison, la plus value acquise en signes monétaires. Pour Aristote, en l'absence de règles strictes visant leurs activités et d'un contrôle de la communauté dans son ensemble, ces chrématisticiens sont condamnables d'un point de vue politique, éthique et philosophique. Partant de ce point de vue, Aristote traite la chrématistique comme un ensemble de ruses et de stratégies d’acquisition des richesses qui permet, aussi, un accroissement du pouvoir politique. Ainsi, il la condamnera en tant que telle. Il est sur ce sujet l’auteur phare de l’Antiquité. Il aura une très grande influence à la période médiévale et pour finir inspirera notre grand juif économiste-chrématologue Marx, qui produira le concept de valeur ajoutée, de valeur-travail de valeur d’usage(oikos) et valeur d’échange(chrématistique). Marx est, sans qu’ils s’en doutent, l’étendard de nos gilets jaunes !

Le chrétien médiéval savait cela. Il crut s’en libérer en laissant aux Juifs, race maudite selon lui, la responsabilité de la chrématistique commerciale, la responsabilité d’engranger la richesse sous sa forme monétaire puis de la prêter au taux le plus cher. Il leur refila en somme le mistigri. La richesse, il la mit lui dans de somptueuses cathédrales, dans le trésor des sacristies et de vastes domaines agricoles. Cette façon de faire de nos congénères d’antan est difficile à saisir pour l’homme d’aujourd’hui, mais quelle eût été l’alternative ? Proscrire l’endettement ? Interdire l’usure ? Nos rois n’ont-ils pas donné l’exemple en trafiquant la monnaie, en diminuant le pourcentage d’or dans les pièces, et en demandant l’aide des banquiers juifs pour boucher les trous de leurs budgets ? Et cet argent des Juifs, d’où venait-il ? de l’usure banale seulement ou du génial système bancaire qu’ils mirent en place dès avant la Renaissance ? L’usure, la dette, la manipulation financière, n’ont-elles pas été à travers le temps la principale source de richesse ? Rothschild a manipulé la banque d’Angleterre avant la défaite de Napoléon à Waterloo, a mis Pompidou et Macron à l’Elysée, Delanoë à la mairie de Paris. Les gilets jaunes dénoncent le président en partie pour ça, haïssent BFM Drahi pour la même raison. Ils ont compris que l’économie actuelle est une chrématistique dévoyée, une "Déconomie" selon le mot de Jacques Généreux. Et si l’on garde à l’esprit la métaphore de la lance et du panier d’il y a cent mille ans, on voit que les lanciers s’échinent sans pour autant que le panier correspondant des ménagères se remplisse, au contraire, il se vide et ne peut plus nourrir l’oikos. C’est pour cette raison que les ménagères se font lanciers et qu’elles se retrouvent en foule sur les ronds-points et défilent dans les rues. La condamnation d’Aristote, ce grand philosophe que d’aucuns disait dépassé, retentit à nouveau après deux mille cinq cent ans. Oui, les chrématisticiens sont condamnables d'un point de vue politique, éthique et philosophique. Oui, la chrématistique et un ensemble de ruses et stratégies d’acquisition des richesses qui permet, aussi, un accroissement du pouvoir politique. Emmanuel Macron en est l’illustration mortelle. Les porteurs de lances l’ont bien compris, leur nombre s’accroit sur toute la terre et rien ne pourra les réduire sinon une grande guerre accompagnée ou suivie d’une famine générale. Ce valet des Rothschild, serviteur des chrématiticiens, ne sert plus à rien car il est désormais haï. S’il s’obstine, les lanciers vont se transformer en porteur de piques et auront envie de mettre quelque chose au bout. La crise finale se rapproche où le chrématisticien arrogant et égoïste sera brûlé dans le vaste incendie qui s’annonce en France et ailleurs sur la planète. Depuis le commencement de l’humanité, dès les premières lueurs de l’être, les hommes ont voulu avoir, mais paspour avoir, plutôt pour enrichir l’être. Ils se rendent bien compte que sans un minimum d’avoiron ne peut pas être, que la dignité humaine se dissout lorsque la chrémata tue l’oikos, lorsque les banquiers détruisent l’économie, lorsque l’homme mendie au lieu d’acquérir des biens par son travail et son mérite. Comme les rôles sont aujourd’hui inversés ou interchangeables, les banquières ont cru malin de laisser leur panier à la maison et "se réaliser" dans la chrématistique. Avant que ne sévisse le gamin Macron, l’avocate Lagarde a spolié la France, l’ancêtre Beloubet trône aujourd’hui à l’injustice tandis que la craquante Penicaud, après Dassault et Danone, explique aux smicards et aux autres lanceurs de piques que relever le smic pour remplir le panier est irresponsable. Enfin la Buzin, autre avatar du basculement des rôles, au lieu de veiller à la santé des Français soutient la chrématistique des empoisonneurs que sont les laboratoires pharmaceutiques. Toutes ces lances brisées, ces paniers percés, seront brûlés avec toutes celles qui n’ont que mépris pour le panier ou admiration béate pour la lance, ou pire, qui vendent leurs paniers intimes pour pousser les porteurs de lance à toujours plus de chrémata gaspillées en vue de jouir à la fois des conquêtes de la lance et des joies sourdes du panier. La Schiappa en est l’immonde symbole. Macron s’est vu assimilé au dieu de l’Olympe maniant l’éclair, il en est à peine l’épouse, la jalouse et impuissante Héra. Par sa politique il prive les hommes et les femmes non seulement de l’avoir mais aussi de l’être. Tous il les étrangle par un manque à gagner qui fait qu’à la maison il n’y a plus d’être possible. Qu’il ait choisi un panier illégitime pour y faire surgir sa verticalité n’est que l’aboutissement de sa lance qui saigne.

Marc Gébelin

Donations

Nous avons récolté 1125 € sur 3000 €

faites un don