Du Christ et de la philosophie

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Du Christ et de la philosophie

Dans le christianisme l’opinion partagée par protestants, catholiques, évangéliques et sectes diverses, est que le Christ est venu effacer le péché du monde. Que donc, s’il n’était pas venu, le monde serait toujours peccamineux. Mais qui a imaginé parmi tous ces Chrétiens ce que serait un monde non sauvé du péché? Et qui, estimant que ce monde est à sauver mais ne l’est pas (pas encore!) l’habite sans problème? Les Juifs. Ils sont donc pour les chrétiens, à la racine d’un pur scandale puisqu’en même temps ils sont tenus pour être le peuple au sein duquel ce Christ est né. D’un autre côté, les personnes qui estiment notre monde sauvé se rendent bien comptent que les signes du sauvetage sont difficiles à voir dans le bruit, la fureur et les abominations qui rongent l’espèce humaine depuis deux mille ans et croissent avec le temps. Si sur cette question clé les avis sont tranchés et ne sont pas près de s’œcuméniser, par contre des convergences existent sur d’autres. Par exemple sur la liberté de l’homme dans ses actes, son libre-arbitre. Ceux qui le nient ou en ont donné l’impression, sont rares. Seul Spinoza, juif exclu du judaïsme. Personne dans le milieu philosophique par contre, ne s’est posé la question de savoir ce que serait notre capacité de connaître le monde aujourd’hui si Christ ne s’était pas incarné. La raison en est que personne ne s’est avisé de donner un sens autre que religieux, mystique, métaphysique au Christ. A ma connaissance, peu se sont posé la question de savoir si cet apport spirituel, avait eu une conséquence sur les capacités cognitives de l’être humain. Pourquoi? Certains n’ont-ils pas été tentés de voir dans la vie et la mort si symboliquement injuste du philosophe Socrate, mélange de penseur et de moraliste, l’annonce que la rigueur et la justesse du penser avait eu pour conséquence de fonder la morale, que le Bien avait fait cause commune avec le Vrai, préfiguration d’un Christ auquel Apollon apporte l’imagination païenne du troisième terme: la Beauté? Le rapprochement de ces deux figures, une mortelle, l’autre non, ne s’est fait que tardivement dans les premiers siècles chrétiens par les Pères de l’église. Ce n’est que plus tard, fin 18e et au delà, que la connaissance de la vie et des actes du Bouddha ont progressivement incité la pensée européenne – religieuse ou non – à tenter de rapprocher un bouddhisme, perçu comme contenant une croyance et une philosophie, à un christianisme porté essentiellement par la foi. La tentative de Thomas d’Aquin d’amarrer le christianisme à la raison philosophique ayant été entre temps mise aux oubliettes par l’Eglise elle-même. Mais qui a, dans le détail, à notre époque, essayé d’expliquer en quoi les paroles, la vie, et le sacrifice du Christ pouvaient être interprétés aussi à la lumière de la philosophie? Gautama Bouddha, malgré une "illumination" assez peu intellectuelle, n’a-t-il pas fait en sorte que se répande dans les consciences modernes quelque chose de secrètement philosophique et moral? Pourtant, son « Sentier Octuple », si difficile à suivre, n’a jamais eu la résonnance et le poids moral des dix commandements bibliques au cœur de notre culture. Si bien que la philosophie a pu s’en approcher, suivie par la psychologie et… la psychanalyse. Aujourd’hui, quand on interroge le bouddhisme avec les concepts philosophiques, il rend un son étrange par la mise en avant d’un Non-savoir. Plus au nord, en Chine, le Silence taôiste envisagé comme réponse à des questions que les mots ordinaires sont incapables de cerner, n’est pas loin de certaines sentences étranges des présocratiques qui, elles-mêmes, ne sont pas sans faire penser aux koans japonais ou à maitre Eckart. Si bien que s’opère un zigzag géographique et de pensée entre un occident concepteur de la philosophie au sens usuel et un orient qui la contiendrait peut-être, le jour où les penseurs s’entendront sur le sens qu’il faut donner à l’Être dans le Monde. C’est à ce point précis que surgit l’énigme de notre temps que l’incarnation du Logos chez les hommes n’ait pas eu plus d’influence sur l’acte de connaître, qui est le cœur du questionnement philosophique depuis les Grecs. Peu de gens ont explicitement rapproché le Christ de la philosophie dans le domaine spécifique de la connaissance alors que logos et logique ont la même source. Si bien que si on s’assurait que la séparation de l’homme avec le monde, le sujet avec l’objet, réflexion centrale de la philosophie depuis deux mille ans, n’est plus un problème, la conséquence en serait que l’incarnation du logos a bien eu lieu. Le Christ selon Jean affirmant « Avant qu’Abraham fut, je suis », est bien, ne peut être, que l’avènement terrestre, du « ehieh asher ehieh » entendu par Moïse (à suivre).

Pourtant, à l’époque des positrons, quark et autre boson de Higgs, il semblerait que la philo dût se remettre en question. Le cœur de sa démarche, n’est-il pas de savoir "qu’est-ce que l’homme dans le monde et comment il connaît le monde des phénomènes". Presque toutes les réponses apportées jusqu’à ce jour par les courants les plus divers, sont que l’homme connaissant se place devant le monde à connaître et que de cette distance, de cette dichotomie, de cette séparation de moi et du monde, nait la difficulté insurmontée à ce jour de savoir ce qu’est le monde et ce que je suis dans le monde. Et ce malgré le conseil avisé de Platon affirmant "connais-toi toi-même et tu connaitras l’univers et les dieux". Bien sûr, une analyse plus fine montre qu’il y a eu des éclats de pensée depuis les Grecs qui ont, au moins partiellement, levé le voile mais que ces "levées de voile", après une durée variable qui se compte en ans et pas en siècles, vont voir une chape de plomb retomber sur elles comme si une connaissance qui ne séparerait pas l’homme du monde, le connaisseur de l’objet qu’il cherche à connaitre, serait insupportable aux hommes. Prenons Parménide. Quelques dizaine d’années avant Platon, il nous assène dans son poème τὸ γὰρ αὐτὸ νοεῖν ἐστίν τε καὶ εἶναι. to gar auto noein estin te kai einai qu’on traduit dans la logique brutale du français rationnel par "être et penser, c’est la même chose". Dans cette perspective, nos esprits actuels ne sont pas vraiment capables de faire la part des choses entre être et penser. D’ailleurs "faire la part des choses" signifie exactement discriminer les choses, les séparer, car le philosophe de notre siècle énonce toujours: le pensé est pensé par le penseur et le penseur est, et reste interdit devant le monde depuis précisément le jour où il été "mis au monde", mis dans le monde, expulsé d’un lieu qui bien que du monde lui aussi, ne l’était pas tout à fait... Donc la séparation d’avec le monde est consubstantielle à la nature de l’homme et rien ne fera jamais que l’homme puisse réduire, ou dissoudre cette séparation d’avec le monde. Quelques siècles plus tard l’énigme irrite toujours au point qu’un Français faisant l’hypothèse aventureuse que ses sens le trompent absolument et toujours, énonce je pense donc je suis, et précise, la seule certitude que je suis est que je pense, ma pensée est la seule preuve de mon être. Là encore, la séparation agit, séparation de l’homme et du monde, séparation de la pensée avec ce qui peut être pensé. La pensée est dedans, le monde est dehors point ! On s’étonne que ledit philosophe après de tel débuts, ait pu encore considérer que l’existence de dieu était plausible, voire certaine et on peut se demander où il le fait se tenir en vérité ce dieu: dans le monde matériel ? Dans l’homme matériel ? Dans les deux, et si oui, comment ? Un juif hollandais poursuivra une voie semblable avec une rigueur plus grande encore. Il développe sa philosophie avec la force du raisonnement mathématique pour aboutir à l’inconnaissance de l’être humain mais à la vérité nécessaire d’un dieu créateur de l’homme… "cet inconnu".

Qu’il soit juif n’est pas sans importance à l’époque, non tant parce que ses coreligionnaires le répudient pour sa philosophie jugée contraire à la thora mais bien parce que la pensée hébraïque qui pourtant à ses débuts s’enflamme au buisson ardent du ehieh asher ehieh, je suis le je suis, continue d’instituer la différence de l’homme avec le monde, de l’homme avec son dieu. Toute la pensée hébraïque depuis la mort du Christ sur la croix a été de rebâtir la thora par le talmud pour arriver à la conclusion que le Messie n’est pas venu, ne peut pas être venu, sans pouvoir dire à quoi il ressemblerait, quelles seraient ses capacités, ses vertus, etc., et que ceux qui le pensent sont des sortes d’animaux sans intelligence. Si bien que la tentative d’unification de Spinoza qui, en grand esprit, finit par voir que mettre une barrière entre l’homme et le monde, c'est-à-dire rendre le monde inconnaissable et, par voie de conséquence, l’homme aussi, est rejetée sauf par quelques subtils. C’est pas parce que j’ai un corps dans le monde que je ne suis que du monde, que le monde et moi ne sommes pas unis, que Dieu n’ait pas pu se faire homme. Au contraire, tout puissant, il s’est séparé de lui-même pour, s’introduisant en l’homme, lui prouver qu’il est plus que ce qu’il croit être. D’où l’Homme-Dieu, le Dieu-Homme des chrétiens qui, après s’être préparé un corps "du monde" dans le peuple le plus apte, vient faire un court, un très court, séjour terrestre tant le pari est pascalien pour lui aussi... Pour les Juifs, Hegel, Kant, Schopenhauer, etc… le monde est inconnaissable et l’homme aussi puisqu’il n’a pu trouver la méthode, la clé, qui lui aurait ouvert les portes de la connaissance de soi et du monde et du soi dans le monde que Platon conseillait. On en est là. Le monde est aussi inconnaissable que Dieu, l’Aïn Soph des kabbalistes, le monde est aussi inconnaissable que l’homme qui marche dessus, c’est pourquoi imaginer "un dieu fait homme" est une insanité, un blasphème. Dieu est bien trop haut, trop mystérieux, trop puissant, trop en dehors de toute définition, pour se prêter à celle mascarade de vouloir nous faire croire qu’un type était son "Fils".  Cette mascarade s’appelle christianisme. C’est cet évènement historique que les Juifs considèrent comme une mascarade et qu’ils vont mettre en œuvre tout leur savoir, toute leur subtilité pour "démontrer" que la chose n’a pas eu lieu et ne pouvait pas avoir lieu pour la raison énoncé plus haut qu’entre Dieu et sa créature, la distance est infinie, que jamais dieu ne pourra revêtir un corps d’homme, qu’il se souillerait sans doute s’il le faisait tant notre nature est pécheresse, incomplète, arrogante, etc. Cette démonstration c’est le Talmud. Ainsi donc, les Juifs vont en quelque sorte mettre à profit leur sainteté disparue, leur élection terminée, au service d’un Messie à venir dont la venue sonnera l’heure du retour du peuple juif sur la terre de ses "ancêtres", c’est le sionisme, affabulation née essentiellement en terre allemande, sur le principe 19e siècle de la colonisation européenne des peuples inférieurs, d’esprit allemand (volkisch), le principe allemand selon lequel le sang est la détermination unique de l’homme, tout comme pour les Juifs, le sang l’était et l’est toujours, croient-ils.

Si bien que pour les Juifs, la "religion" est devenue une affaire de sang, de féminisme patriarcal dont la mère est le cœur atomique, la détermination que comme autrefois et à tout jamais, il y a peuple dès qu’il y a sang, hérédité, transmission physique des caractères et des idées et que donc la part immatérielle de l’homme – qui est bien sûr reconnue– n’est pas sujet à connaissance humaine, reste du domaine du divin auquel il faut rendre un hommage permanent en suivant rigoureusement les préceptes de la vie juive.

Marc Gébelin

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