Actualité de Pearl Harbor

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Actualité de Pearl Harbor

On trouvera ici et là, sur ce site autant que dans nos publications-papier, des références et des analyses concernant la question de Pearl Harbor.

Bien entendu, nous intéresse essentiellement ce qui fait l'actualité de cette question: non pas la version larmoyante et sempiternelle de la propagande officielle, normalement répercutée par Disney et son cinéma (Pearl Harbor) et, à la suite, par tous les grands médias européens; plutôt, le mystère qui entoure cet événement historique, avec le rôle trouble de Franklin Delano Roosevelt (FDR), qui apparaît de plus en plus, dans la perspective historique, comme un politicien trouble désormais presqu'au même titre que l'image d'homme d'État de dimension historique qu'on en a fait.

Et cela est complètement actuel, en effet. La question de Pearl Harbor (complot de FDR ou pas?) est, à notre sens, l'un de ces points, politique, symbolique, historique bien sûr, qui touchent le plus précisément un nerf sensible de l'establishment libéral (progressiste) américain, la gauche institutionnalisée. Un signe de ce phénomène, c'est une lettre de lecteur du site Antiwar.com (dont nous donnons ici le lien) rapportant comment un intellectuel libéral américain célèbre (Daniel Ellsberg, l'homme des Pentagon Papers dont la publication en 1971 ébranla la présidence Nixon) classe un commentateur (Justin Raimundo) sous l'étiquette infamante de right-winger (alors que Raimundo est un libertarien): à la lecture d'un article de Raimundo sur Pearl Harbor, et qui développait effectivement la thèse du complot. La réaction de Ellsberg nous apparaît à cet égard très révélatrice.

Il faut dire que la thèse du complot a du poids, et qu'elle ne cesse de se muscler, et surtout qu'elle est extraordinairement intéressante dans la mesure où elle rend bien compte du climat d'une époque, des orientations politiques, des intrigues, etc. (Encore une fois, un des plus importants apports récents à l'histoire de cette période, autour de FDR, de Washington et de l'isolationnisme américain en 1941, c'est le livre The New Dealer's War. La description en détails des manoeuvres, des arrière-pensées, des projets des uns et des autres, et essentiellement de FDR, est particulièrement éclairante, — et cela, notamment parce que l'auteur, Thomas Fleming, détermine sa période d'étude, non en fonction du découpage officiel (avant 1941, rupture de décembre 1941, la guerre), mais en fonction d'une cohérence qui va de 1936, avec la première réélection de FDR, jusqu'à la mort de ce dernier, en 1945. On mesure à cette lecture combien il est difficile de renvoyer toute l'affaire à l'explication arrangeante de complot-obsession.)

L'intérêt de cette passion des progressistes américains de l'establishment pour le maintien de la thèse officielle renvoie finalement à la crise générale de la gauche américaine. (On parle ici, effectivement, des progressistes du systèmes, acceptant le systèmes. La gauche américaine “hors-système”, extra-parlementaire si l'on veut, avec des gens comme Gore Vidal, Alexander Cockburn, Noam Chomsky, etc, accepte évidemment la mise en cause de la version officielle de Pearl Harbor, et même soutient les thèses de la manipulation de FDR.) La gauche américaine de l'establishment, surtout après l'expérience Clinton dont la politique fut plus républicaine que nombre de présidents républicains, a besoin de maintenir vivace la fiction de ses engagements humanitaires, de ses options progressistes en général. Ses références historiques sont, pour ce faire, extrêmement importantes, en assurant une sorte de racine historique, c'est-à-dire une légitimité incontestable, à ces prétentions morales. D'une façon générale, cette gauche institutionnelle a (avait) deux références historiques fondamentales au XXe siècle, références à la fois politique, charismatique, médiatique, etc: FDR et JFK (Kennedy, bien sûr). On sait qu'il ne reste plus grand'chose de JFK, au travers du décorticage systématique du personnage depuis 40 ans. Reste donc FDR, le président mythique, à la fois l'homme du New Deal et l'homme de la grande guerre antifasciste. On peut alors comprendre le cataclysme que constituerait, pour cette conscience de la gauche institutionnalisée, la mise à jour éventuelle d'un comportement trompeur, manipulateur, anti-démocrate, et, au bout du compte, quasiment criminel, du président Franklin Delano Roosevelt. Il s'agirait d'un événement politique actuel d'une très grande importance, qui contribuerait à une menace de rupture de l'establishment politique de Washington tel qu'il est organisé aujourd'hui.

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