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Article : Obama, Gorbatchev, Orwell et la liberté

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Bravo

Stephane

  28/04/2008

Je vous prie de m’excuser pour la pauvrete de ce commentaire, mais il est si dur de garder son plaisir pour soi. Oui, vous lire est parfois ca, du pur plaisir.

Libertés comparées

Ando

  30/04/2008

C’est une approche un peu conceptuelle des choses. C’est vrai qu’il est étrange qu’une classe politique et intellectuelle étasunienne qui se présente comme l’apôtre local et international de la Liberté repose sur un système politique où le choix n’existe pas: deux partis en tout et pour tout, animés par des personnalités issues pratiquement toujours des mêmes milieux, formés aux mêmes écoles et universités, partageant les mêmes convictions et la même manière de voir le monde. Certes, il existe des nuances entre démocrates et républicains, de même qu’il en existe entre leurs bases sociologiques respectives. Et pourtant, en prenant juste un petit peu de recul, il semble que l’on ait affaire à un semblant de démocratie avec un parti unique doté de deux entrées : l’une s’appelle « Démocrates », l’autre « Républicains ». Le meilleur exemple en est bien la politique étrangère des Etats-Unis qui semble ne jamais avoir varié quel que soit le clan au pouvoir (la politique étrangère d’un Clinton est la continuation de celle de Bush père). Le fait qu’il existe deux entrées ne signifie pas que l’on ait affaire à deux structures différente, deux systèmes de pensée différents. Quelle différence avec les systèmes politiques occidentaux, je veux dire ceux d’Europe, où il existe un vrai choix proposé aux électeurs : de l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par la droite atlantiste ou la gauche caviar !. La démocratie c’est aussi avoir le choix. C’est la diversité. Ce n’est pas avoir le choix entre ne pas voter ou voter pour un parti unique. Le système étasunien ressemble plus à une banale oligarchie issue du capitalisme local qu’à une démocratie au sens où on l’entend en Europe.

Sur un plan plus pratique, la première des libertés c’est encore celle d’aller et venir librement, sans entraves. Dans le système soviétique cette liberté existait peu ou très mal (système très contraignant de passeports intérieurs, obligation d’une autorisation pour sortir du pays). Sous le régime étasunien il me semble qu’elle a toujours existé (certes pour une raison économique évidente). Ensuite, la question de la hiérarchie des libertés entre elles est une question de philosophie personnelle (la liberté de pensée est-elle plus importante que celle d’aller librement ?).

L'Amérique c'est l'Amérique !

Jean-Philippe Immarigeon

  26/05/2008

Bonjour,

On peut effectivement s’interroger du degré de liberté de pensée entre la république américaine et n’importe quelle autocratie (puisque l’URSS post-Brejnev n’était plus totalitaire au sens où on l’entend habituellement). Il y a un paradoxe bien connu - quoiqu’à mon sens je sois comme Paul Valéry et que je pense que le recours à la figure paradoxale est une facilité de langage pour renoncer à résoudre une contradiction qui n’est qu’apparente - que Tocqueville développe et qu’il avait repris de Kant, qu’une république garantissant une liberté de pensée et d’expression apparentes fixe des limites bien plus infranchissables à la pensée d’un citoyen qui se croit libre, qu’un monarque ou un autocrate avec son sujet. Et c’est exactement ce qu’on a vu aux Etats-Unis depuis le soir du 9/11.

Mais le problème concret des Américains est plus prosaïque, et la différence d’avec nous ou les Russes est irréductible. Non seulement ils s’imaginent être seuls au monde, mais surtout seuls dans l’Histoire. Les compatriotes de Gorbatchev savaient qu’il existait autre chose que le communisme, dans le monde dans l’Histoire et même chez eux avant (même si ce n’était pas joli joli). Les Américains sont totalement sourds et aveugles et ne pourront jamais changer parce que l’idée ne leur vient même pas (et c’est là ou Kant et Tocqueville avaient raison). Il faudrait qu’ils commencent par apprendre le monde : or l’Amérique n’a de raison d’être que comme retranchement de ce monde (voir mon American parano).

Tentez par exemple d’expliquer que dans nos régimes parlementaires, le vote de la représentation nationale sur le retrait d’Irak n’aurait pas été annulé par le veto du “prince-président”, et que les Boys seraient déjà revenus, et vous verrez la peur abyssale des Américains de découvrir qu’ils ne sont pas seuls dans l’univers, et qu’ailleurs ça marche finalement pas si mal que ça.