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Article : Narrative US : l'URSS défaite en 1989 comme l’Allemagne en 1945

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Défaite ou mutation ∫

Ando

  02/07/2008

La thèse de la “victoire” étasunienne sur l’URSS est d’autant plus “décalée” qu’elle nie la réalisation principale du peuple russe entre 1941 et 1945, celle d’avoir vaincu l’Allemagne nazie (les pertes de l’Armée rouge représentent 80% du total des pertes alliées, moins de 3% pour les Etats-Unis; le cumul des pertes soviétiques et allemandes sur le front russe réprésentent, elles, plus de 80% du total de toutes les pertes militaires du second conflit mondial). Cette mention est importante sur le plan qui vous interesse: celui de la psychologie. La Russie soviétique a certes payé sa victoite d’un prix exhorbitant (30 millions de morts soit 17% du total de la population de l’URSS en 1941) mais elle a vaincu. Ce pays a intégré une posture de vainqueur historique, un résultat dont la Russie est légitimement fiére d’autant que sa contribution cruciale à la victoire alliée du Premier Conflit Mondial a été complètement occultée par son naufrage dans la révolution. Du côté ouest, les choses sont moins engageantes: tous ont été vaincus (excepté la Grande-Bretagne), peu ont vraiment résisté sur une échelle significative (excepté les Serbes et les Grecs), beaucoup ont collaboré, et en Allemagne shoah et extermination des Slaves ont laissé un héritage pénible à porter et à assumer. Du côté ouest nous avons donc culpabilité, défaite et honte, autant de failles qui sont peut-être la véritable raison qui explique la réticence de l’Europe à assumer un véritable rôle de puissance politique sur la scène internationale. Autant d’éléments qui font partie du paysage mental des Européens (l’une des trés nombreuses couches qui forment sa psychologie collective). Je crois que l’effondrement voulu de l’Union soviétique est donc plutôt la conséquence d’une confiance en soi “collective”, d’un acte de foi dans l’avenir (aux jours les plus durs de cet effondrement les Russes de base ont en majorité refusé un retour en arrière quoiqu’ils aient pu dire, par ailleurs, sur leur nostalgie de l’ex URSS). C’est bien parceque ce pays avait confiance en ses capacités et ses ressources qu’il a organisé et voulu la dissolution de l’URSS. C’est une mutation mais certainement pas une défaite.