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Date : 22/07/2007 - Retour à cet article
Schnetzler - (bernard.schnetzler[at]free.fr)
24/07/2007
Aussi intéressant qu'il soit (et il l'est), sur un point, l'article de Johnan Galtung est désespérant, car les critiques de la politique US, aussi lucides et modérés soient-ils, n'ont hélas guère mieux à proposer en matière de stratégie dans un monde réel. Aux affirmations de l'auteur, nous nous contenterons d'opposer les nôtres : en particulier, il faut complètement abandonner l'Afghanistan et l'Irak, dès maintenant, et en payer le prix, car une défaite dans le futur n'en sera encore que plus coûteuse.
L'inévitabilité de la défaite (même sous la direction "idéale" de l'ONU, de l'Europe ou de n'importe quel autre machin) se déduit de deux facteurs politiques.
1) Dans une récente interview relative au Darfour, BHL affirmait que, sans le moindre doute, un embargo ferait plier le Soudan en quelques semaines, puis déclarait qu'il se montrait l'adversaire résolu d'une guerre. Ainsi, après que l'échec d'un embargo de plusieurs années contre l'Irak ait démontré sa totale inefficacité, BHL est sûr et certain de l'efficacité des embargos ! Le propos n'est même pas relevé par le journaliste. Surtout et c'est là le point important, IL EST HORS DE QUESTION DE FAIRE LA GUERRE.
C'est bien là le drame de notre civilisation. On n'a pas le moindre scrupule à envoyer à la mort des centaines de milliers de femmes et d'enfants, parce qu'ils resteront des victimes anonymes, mais on se refuse à faire la guerre à des tyrans, c'est-à-dire à donner un visage aux ENNEMIS (quel mot infâmant) que l'on tue. A la limite, on accepte de bombarder des ponts et des usines, nécessaires à la vie quotidienne des populations, mais tuer nominativement des dirigeants, ça c'est un crime. Autrement dit, on se refuse à endosser la responsabilité d'actes répressifs. Dans ces conditions, même avec les meilleures intentions du monde (purement théoriques), je ne vois pas comment gagner en Irak, en Afghanistan ou ailleurs.
2) Sans tomber dans le manichéisme imbécile, Johnan Galtung fait quand même preuve d'une naïveté déconcertante. Si on éliminait les Etats-Unis d'un coup de baguette magique, le monde ne connaîtrait pas la paix pour autant. Il resterait (par ordre alphabétique) : Ahmadinejad, Ben Laden, Bill Gates, Kadhafi, Mugabe, Poutine, Shinzo Abe, etc., etc., etc.
Dans le monde réel,l'intelligence et le courage consistent à reconnaître la défaite, battre en retraite et accepter d'en supporter les conséquences. A l'opposé, les malheurs de l'humanité viennent aussi des idéalistes incapables d'assumer leurs faiblesses et poursuivant des chimères.(Battre en retraite, c'est ce que Bush ne fera pas, car, de même que Galtung, c'est un idéaliste désireux de sauver le monde.)