Le Journal dde.crisis de Philippe Grasset, qui a commencé le 11 septembre 2015 avec la nouvelle formule de dedefensa.org, l’accompagne et la commente en même temps qu’il tient la fonction d’être effectivement un “Journal” pour l’éditeur et directeur de la rédaction de ce site.

L’eschatologie de Louis Michel

  jeudi 24 septembre 2015

’apprécie beaucoup la définition que donne Roger Garaudy de l’eschatologie, terme souvent rencontré sur ce site. Elle permet de se dégager des rets des religions qui usent de ce terme pour nombre de leurs grands récits, tout en ne se fermant aucune porte du côté du spirituel. Récemment, cette définition a été rappelée, sur ce site, dans lu texte dont le titre cite lui-même le mot (« Notes sur une “dialectique eschatologique” ») dans le sens où le conçoit Garaudy, débarrassé du religieux sans pour autant fermer aucune porte ; et un sens qui convient parfaitement à notre “époque eschatologique” où si peu de gens sinon personne dans les directions-Système ne contrôlent et ne dirigent encore les choses et les évènements qui les concernent et qui sont celles du monde, voire même ne connaissent pratiquement aucune situation de vérité à propos de ces choses et de ces évènements ... Voici la citation du passage, pour éviter de la rechercher dans le texte, et nous la reprenons jusqu’à la fin du passage (et du texte lui-même), qui n’implique pas vraiment une grande estime pour ceux dont on concluait qu’il font de l’“eschatologie” comme l’excellent monsieur Jourdain faisait de la prose  :

« ...Et, dans ce cas, nous nous référons à la définition que donnait Roger Garaudy de l’eschatologie, que nous rappelions le 14 mai 2008 : “[...N]ous voulons dire, si nous nous référons à cette définition pratique et concrète, et excellente en tous points, que donne Roger Garaudy de l’eschatologie (à côté de la définition théorique: ‘Étude des fin dernières de l’homme et du monde’): ‘L’eschatologie ne consiste pas à dire: voilà où l’on va aboutir, mais à dire: demain peut être différent, c’est-à-dire: tout ne peut pas être réduit à ce qui existe aujourd’hui.’ »

» C’est parfaitement ce que nous voulons dire  : nous nous trouvons dans un territoire et dans des évènements parfaitement inconnus dans leurs effets (et par conséquent dans leur signification), et précisément inconnus au sapiens qui prétend les contrôler, les maîtriser, les orienter, les occuper, etc. La ‘dialectique eschatologique’ est certes un ‘simulacre de ‘politique”’, puisqu’effectivement il n’y a plus de politique, mais ce n’est pas pour cela qu’elle est faussaire en elle-même, et détestable par conséquent. Au contraire, la dialectique eschatologique (cette fois sans guillemets) est la seule qui puisse rendre compte de cette situation qui est, pour ses acteurs-fantômes, pour ses figurants-zombies, une de ces ‘histoires pleines de bruits et de fureurs, écrites par un idiot et qui ne signifient rien’ ... C’est-à-dire que, pour les idiots qui l’écrivent (ils se sont mis à plusieurs ‘communicants’), effectivement elle ne signifie rien puisque, comme disait l’Autre, – “Seigneur, pardonnez-leur, ils ne savent pas, mais alors vraiment pas ce qu’ils font...” »

Cela écrit en guise d’introduction, j’en viens à mon héros du jour, le député du Parlement belge Louis Michel, Belge, ancien ministre des affaires étrangères de Belgique, ancien Commissaire européen, ancien président du parti libéral francophone (PRL à cette époque) et père de l’actuel Premier ministre du même pays. Qu’a donc fait Monsieur Louis Michel ? En tant que député européen, il a parlé au Parlement européen et s’est emporté avec une saine vigueur contre le Premier ministre hongrois Viktor Orban à propos, ou plutôt à l’occasion  de la crise des migrants-réfugiés, pour développer une très vive critique. Il a même été plus loin que la critique, pour proposer une mesure que certains, à la réflexion, qualifieraient de draconienne, qui est la proposition de l’application de l’Article 7 qui permet de priver un État-membre de son droit de vote au Conseil Européen, bref de la réduire à la non-existence dans le cercle supranational du niveau européen de l’UE, alors que son entrée dans ce niveau européen de l’UE l’a privé de son existence nationale pleine et entière, – de sa souveraineté nationale. (Ce monsieur, Pierre Verluise, dans cet article savant du 8 avril 2012 de La revue géopolitique, explique et décortique l’Article 7 qui représente, d’une façon complexe, civilisé, pleine de détours divers et d’appréciations juridiques nuancées, une attaque mortelle et furieuse contre la souveraineté ; en douceur, vous dirais-je, et l’on ne s’y est guère attaché depuis que le traité est en vigueur, et moi-même bien plus que d’autres, que les détails juridiques assomment. Mais l’esprit de la chose, cette attaque contre le principe, laisse pantois, enfin me laisse pantois parce que je le suis aisément, pantois, par les temps qui courent si vite, par ce que nous réservent ces gens qui prétendent contrôler, diriger et connaître en notre nom les choses et les évènements du monde.)

Parlant à l’occasion de la crise des réfugiés-migrants que vous savez, où la Hongrie a pris la position que vous savez, Louis Michel a proposé l’application de l’Article 7 contre la Hongrie ; il a assorti sa proposition de ce commentaire : « Jusqu'où laisserons-nous Orban plonger son pays dans ce populisme sordide et tourner l'Union en ridicule ? Quand la Commission va-t-elle mettre un terme aux extravagances anti-démocratiques et contraires aux valeurs et aux traités de Viktor Orban ? »

On me corrigera sans crainte de la polémique car je suis bien loin de prétendre avoir une bonne connaissance des débats européens mais il me semble que c’est une sorte de “première”, comme l’on dit ; je veux dire, une “première fois” qu’un parlementaire européen, par ailleurs personne d’un certain poids puisqu’ancien Commissaire et quoique Louis Michel ait considérablement maigri depuis ses temps d’excellence, propose une mesure pareille dans une crise si aigüe et promise à durer que, dans certains cas de tension extrême qui pourraient survenir, quelqu’un pourrait la reprendre de façon plus officielle et bureaucratiquement de façon plus efficace ; je veux dire que dans ce sentiment d’affectivisme et cette situation d’impuissance politique où se trouvent ces gens, on pourrait bien, à un moment ou l’autre, sortir l’Article 7 contre Orban et la Hongrie...  C’est cela que je nomme “l’eschatologie de Louis Michel” parce que ce député a introduit une idée qui pourrait produire des choses inconnues, qui implique la possibilité de ce que Garaudy observe à propos de l’eschatologie si son idée était reprise (« ...demain peut être différent, c’est-à-dire: tout ne peut pas être réduit à ce qui existe aujourd’hui »).

(Suite)

De la DIA à l’USAF, à la Fed...

  mardi 22 septembre 2015

Dans le flot gigantesque de la communication avec ses innombrables interférences d’interprétations, de tromperies, désinformation et mésinformation, ignorances assurées et certitudes trompeuses, etc., nous devons mesurer la difficulté que nous avons à accueillir et à identifier des informations que nous pouvons tenir comme représentant une vérité de situation. Ces informations peuvent très bien n’être même pas comprises dans toutes leur importance par ceux qui les communiquent, tant notre univers est devenu complètement, absolument relatif, subjectif, encombré d’orientations et de desseins divers, comme dans une immense circulation sur des autoroutes à six, sept bandes, avec des sorties constantes, et les uns et les autres sans aucun rangement, soudain passant d’une file à l’autre sans aucun avertissement préalable après avoir réalisé qu’il était nécessaire d’en sortir. Combien de fois ce sujet a-t-il été abordé sur ce site, au moins depuis le texte « Je doute donc je suis », mis en ligne le 13 mars 2003 mais datant du 10 janvier 2002. Pour mon compte, il s’agissait d’affirmer, presque symboliquement et dans tous les cas comme un principe de mon travail, qu’on ne pouvait plus désormais considérer quelque source que ce soit, notamment et surtout officielle, comme une référence de confiance. Cela revenait à affirmer que notre univers dépendant dans une mesure considérable de la communication était devenu complètement subjectif à cet égard, et cela impliquait certains constats qui devaient être transformés en principes de travail.

Désormais, le monde est devenu absolument subjectif et la conscience qu’on veut et qu’on doit en avoir doit absolument tenir compte de ce fait. L’on peut avancer que cette chose qu’on nomme “réalité” n’existe plus objectivement, et c’est pourquoi chacun doit trouver sa formule d’adaptation à cette nouvelle et complètement paradoxale “réalité” de l’absence de “réalité” objective ; pour mon compte toujours, j’ai déterminé qu’il faut s’orienter vers un concept que je nomme “vérité de situation” , à propos duquel divers précisions ont été données dans différents textes et sur lequel il faudrait revenir d’une façon générale, de toute urgence, pour  donner une définition précise. (Ce n’est pas la première fois que je fais une promesse destinée la rubrique Glossaire.dde, et il serait temps de la tenir.

L’expérience, l’intuition, le sens du détail révélateur, ce qu’on sait et ce qu’on devine de la logique interne des forces envisagées, le bon sens jouent chacun leur rôle dans cette démarche. Personne ne peut trancher à propos de la véracité de la conclusion mais la conviction sert de guide et constitue en la matière, si elle est formée d’une manière ferme et loyale, un juge qui a fait ses preuves... Toutes ces précautions méthodologiques que je prends concernent effectivement et précisément une conviction que je ressens de plus en plus fortement à propos de l’évolution psychologique je dirais collective, de l’américanisme, sinon du Système. Cette conviction, qui s’est forgée à partir d’une expérience sans cesse renforcée par l’attention portée aux évènements, se nourrit cette fois et plus précisément du rassemblement de trois situations faites de déclarations ou de posture venues de créatures du Système, à, la fois complices et victimes du Système, que je relie par une sorte de fil rouge que suggère ma conviction ; la chronologie es suffisamment resserrée (une année) pour justifier ce rassemblement...

• Il y a la déclaration d’août 2014 du général Flynn, directeur de la DIA, dont on a déjà beaucoup parlé et qu'on a rappelée à plus d’une occasion, pour son importance extraordinaire par rapport à la position de cette personne, au poids qu’il représentait dans l’appareil de sécurité nationale US lorsqu’il l’a faite. (« Ce que je vois, c’est la géographie stratégique et les frontières sur la carte du monde qui changent littéralement sous nos yeux. Ce changement est sans cesse en train d’accélérer à cause de l’explosion des médias sociaux. Et nous, dans la communauté du renseignement [US], nous essayons d’y comprendre quelque chose... »)

• Les déclarations du général de l’USAF Hesterman sur la présence russe en Syrie, signalée dans une Brève de crise, le 19 septembre. Plus j’y songe, plus je trouve dans cette déclaration, faite d’une façon mesurée, sans pression excessive des évènements ou des circonstances, l’absence complète de cette affirmation de puissance qui a toujours marqué l’attitude des manifestations de puissance, de l’hybris américanistes depuis des décennies, et plus précisément depuis 9/11. Le commentaire de dedefensa.org qui accompagne cette déclaration doit être répété, très fortement appuyé, renforcé, comme constituant une mesure significative d’un état d’esprit extraordinaire de la part d’un officier général US : « Sur ce dernier point, on peut comprendre qu’il y a là la crainte que la présence russe constitue une très sérieuse mise en cause de la prépondérance US qui régnait jusqu’alors dans la région, ce qui est notamment l’analyse israélienne. Mais Hesterman ne semble pas estimer que quoi que ce soit puisse, ni même doive être fait contre cela. C’est un des premiers signes que la direction militaire US est prête à reconnaître un sérieux déclin de son statut hégémonique dans la zone vitale contrôlée par CENTCOM, au profit de la Russie. »

• La même appréciation, je veux dire dans le même sens (avec rappel de la déclaration-Flynn) est faite hier, dans le texte sur la récente décision de la Fed : « La référence de la Federal Reserve à la situation internationale qui tient désormais une place essentielle dans ses analyses jusqu’à les influencer d’une façon décisive... [conduisant à...] une conclusion politique intéressante, sur la réduction accélérée de l’hégémonie US dans le système financier et le système économique mondial... [...] Le résultat, cette décision de la Fed, qui est vraiment une façon de décider de ne rien décider parce qu’on ne comprend rien à ce qui se passe, ressemble à s’y méprendre, selon notre point de vue de non-spécialiste de la chose, à l’aveu que faisait le directeur de la DIA, que nous avons déjà repris à deux reprises... »

On comprend qu’il n’y a rien d’assuré, de formel, de structuré selon les normes et les références du système de la communication lorsqu’il est manipulé par le Système, – normes et références nécessairement faussaires dans ce cas puisque manipulés par le Système. D’une certaine façon, cette absence me conforte, en fonction de ma conviction et de mon expérience énoncées plus haut concernant ces normes et ces références : puisqu’il n’y a rien d’assuré, de formel et de structuré dans ces déclarations et situations selon le normes et références du Système, c’est que nous sommes sur la bonne voie. Ce qu’il m’importe alors d’avancer, c’est la conviction intuitive que j’ai par rapport à ces trois situations/déclarations de responsables opérationnels de l’américanisme, qui sont alors comme un reflet inconscient d’une psychologie en pleine débâcle. Hors des faits dont on connaît aujourd’hui l’extrême relativité, hors des analyses des experts nécessairement orientées, des déclarations politiques encore plus, je parle d’une façon très différente d’une imprégnation sous-jacente des psychologies individuelles par un courant psychologique collectif qui prend acte d’une situation générale de l’américanisme/du Système, dont ces acteurs sont les témoins, sans doute en grande partie inconscients et par conséquent d’autant débarrassés de l’habituelle autocensure, cela rendant d’autant plus forte et véridique l’impression qu’il suscite.

Bien entendu, cette impression, ce rendu presque “impressionniste” à la manière des peintres de cette école, de la perception de l’effondrement accéléré de la puissance dans la psychologie profonde de ceux qui sont censées la manifester, s’accompagnent de la perception aussi forte du désordre général. Les deux phénomènes coïncident, aussi proches que des frères siamois, avec la même parenté dans le Système, et cela me renforce dans cette autre conviction que l’effondrement des USA et l’effondrement du Système sont liés jusqu’à être le même phénomène, et que l’événement unique auquel on parvient est producteur d’un désordre à mesure que nous devons et devrons tous affronter.

Les migrants, ou la Dissolution

  dimanche 20 septembre 2015

Un des caractères les plus remarquables de ce qui tient lieu de “la politique” dans notre époque, c’est le caractère de la dissolution. Cela n’a rien pour étonner, ou disons plus précisément pour n’impliquer personne “pour m’étonner”, puisque ce caractère se trouve dans cette formule théorique dd&e qui tient un rôle très-fondamental dans le corpus intellectuel général sur lequel repose le site dedefensa.org : “dd&e” pour “déstructuration, dissolution & entropisation”. Le trait remarquable de ces facteurs théoriques, c’est qu’ils doivent avoir, et qu’ils ont effectivement, une application opérationnelle immédiate. Je dirais plus encore, en inversant la chronologie : ils doivent avoir effectivement cette application opérationnelle parce qu’il ne s’agit pas à proprement parler d’une “application opérationnelle”, mais d’une “expérience opérationnelle” qui précède la théorie et d’où la théorie doit être tirée. Quoi qu’il en soit, l’aspect théorique établie, l’expérience opérationnelle qui le précédait et l’a enfanté se poursuit ; cela signifie que le phénomène de “dissolution” continue à se développer partout, à côté de la théorie qu’on continue à explorer, à expliquer etc.

Un des aspects également particuliers de cette “expérience opérationnelle” des caractères dd&e, et du caractère de la dissolution dans ce cas, c’est que le phénomène prend très souvent la voie de la communication, qu’il acquiert toute sa puissance par elle, qu’il s’exprime par elle. Non seulement la chose qui est l’objet de la dissolution se dissout elle-même, mais bien plus encore et bien plus important, c’est la perception que nous en avons qui se dissout encore plus vite si bien qu’on se demande si la perception n’est pas de la source du reste. (poser la question, hein...) Ce processus m’a paru étonnamment clair et puissant dans le cas de la “crise des migrants“, ou “crise des réfugiés”, – ou “crise des migrants-réfugiés”, et tout le monde sera content !

Après une montée en puissance durant quelques semaines, cette crise a atteint sa phase aiguë de paroxysme, dans le domaine de l’hystérie de l’humanitarisme (hystérico-humanitariste), disons autour du tout-début septembre, exactement au moment où la crise syrienne dans sa nouvelle phase commençait. (J’appelle “nouvelle phase” le moment, exactement autour du 1er septembre et d’un article paru ce jour-là dans Ynet.News, où commença la spéculation sur la présence militaire russe en Syrie.) Cette phase paroxystique de la “crise des migrants-réfugiés” doit être appréciée et résumée sous la forme de ce qui a été perçu comme un déluge humain vers l’Europe (l’afflux des réfugiés-migrants) auquel répondit instantanément un déluge du conformisme de l’esprit, je dirais sous la forme de cette sorte de réflexe pavlovien qui transforme les esprits en cette sorte de poulets qu’on regroupe par milliers dans des hangars où chaque pauvre animal occupe un espace de 10 à 15 cm2, où on les bourre de grains type-OGM à une hyper-vitesse pour pouvoir les vendre plus vite encore et faire les bénéfices hyper-rapides qui importent, – donc, un déluge humain provoquant en retour un déluge pavlovien d’affectivisme de la part de l’Europe. On avait ainsi parfaitement résumé l’équation de l’activisme apolitique de cette époque misérable autant que maudite, de cette activité où excelle l’Europe : aux causes interventionnistes et massacreuses et à ses conséquences directes et indirectes dont nous sommes incontestablement responsables répondaient les réactions humanitaristes et caritativistes d’une puissance considérable.

(En aparté : vous me permettrez ce néologisme de “caritativisme” avec tous ses dérivés car ce réflexe caritatif est devenu une sorte de doctrine opérationnelle interne qui fait le complément de la doctrine externe de l’humanitarisme interventionniste ; le caritativisme est le volet intérieur de cette conception postmoderne dont l’humanitarisme interventionniste est le volet extérieur, et qui a comme dénomination, ou comme “feuille de route” inspirée de la formule fameuse qui est, je crois, de notre ministre des affaires étrangères ou d’un de ses ministres lorsque lui était “le plus jeune Premier ministre de France” : “Responsables mais pas coupables”, – élégant résumé de l’esprit de la chose, lorsque l’esprit prend sa source claire et incontestable dans la lâcheté du caractère, dans la couardise de sa posture morale.)

Donc, ces tout premiers jours de paroxysme où s’exprima, comme on dit, un “immense élan de générosité”. Il n’était question de rien d’autre que d’accueillir bras et frontières ouverts, tous ces gens parmi lesquels, j’en suis sûr, l’on trouve tant de malheureux, tant de déracinés, d’êtres irrémédiablement blessés par une vie transformée en un enfer sur terre, cet enfer devenu leur Fin des Temps à eux ; effectivement nous avons réussi, nous et personne d’autre, à créer cela, nous autres qui les accueillions pendant ces quelques jours bras et frontières ouverts... Alastair Crooke, dans son Weekly Comment sur Conflicts Forum a écrit ceci le 18 septembre :

« It is not so surprising: As states fracture, as society tears apart, as violence, lawlessness and extortion explode, to whom can these civilians turn?  Of course, there are interests at play in facilitating this exodus:  ISIS is cleansing its territories of those who it sees will never assimilate into the IS.  Turkey and its protégés have long believed that only by creating a heart-rending, humanitarian crisis, will the West finally be spurred into taking (military) action in Syria to remove President Assad.  But somehow this present ‘exodus’ transcends these particular triggers.  More fundamentally, people see no end to crisis, no end to a widening cycle of violence, against which they feel unprotected, no end to worsening economic circumstances – except, as many believe, in a major regional war. There is ‘an end of time’ sentiment, widely felt. »

Pourtant, cet unanimisme de réactions caritativistes n’empêcha pas quelques écarts annonciateurs de la suite, également dès les premiers jours. Le premier d’entre eux, avec l’attitude de la Hongrie qui était le premier pays de “Notre-Europe” à être atteint par le déluge, fut confortable puisqu’on sait l’estime où l’“esprit public” pavlovien et européen tient le gouvernement de monsieur Orban. Pourtant, cette attitude (celle de Orban et de la Hongrie) avait la logique pour elle : non seulement la Hongrie ne se juge pas coupable d’être du parti de la Cause Première du déluge, comme l’enseigne le slogan de notre doctrine, mais elle se juge également n’être en rien “responsable”, ce qui est tout à fait juste ; elle n’a ni son BHL, ni ses Rafale, ni la moindre influence à l’OTAN et s’est en général tenue autant qu’elle est tenue hors des aventures humanitaristes-interventionnistes. (D’où la logique des accusations lancées contre eux : “Salopards de fascistes hongrois, hein ! Ils ne sont pas responsables, donc ils sont coupables !”) En même temps naissaient les premières rumeurs “complotistes” avec la présence de cohorte-Daesh disséminées dans le déluge migrant, et après tout et pour briser là, – la coïncidence parfaite entre la “crise des migrants-réfugiés” et la nouvelle “crise syrienne” (dite “invasion russe de la Syrie”) avait de quoi faire réfléchir. Je ne m’attarde pas là-dessus, car  si même tout cela est vrai, tout cela ne pèse pas d’un très grand poids... De toutes les façons, on sait très-bien qu’il suffit d’accuser les américanistes d’être à la tête d’un complot pour être dans le vrai comme un poisson dans l’eau : si on parle sans savoir et ignore de quoi l’on parle en parlant d’un complot des américanistes, eux, les américanistes, savent parfaitement de quoi l’on parle. (C’est un peu comme cet adage peu goûté de nos temps sociétaux, “Frappe ta femme, si tu ne sais pas pourquoi, elle, elle le sait.”)

A partir de ces premières manifestations, – quoi, 3-4 jours après le début quasiment hystérique (dans notre chef) du paroxysme de cette crise-là, – tout commence à se défaire. Les hypothèses politiques et complotistes deviennent des sujets de réflexion quasiment admis, on emprisonne des possibles terroristes ici et là, la querelle des quotas commence à ressembler à la fameuse Querelle des Investitures du temps du Moyen-Âge et de l’Église triomphante, les Allemands conquérants annoncent qu’ils laisseront passer tout le monde puis ils annoncent qu’ils ne laisseront passer plus personne, les incidents se multiplient à diverses frontières, entre États-membres de l’UE et États extérieurs, et entre États-membre entre eux. Les trains qui vont dans tous les sens, bourrés à craquer, ressemblent à des caravanes d’un Tour de France qui se grimerait en Croisade des Pauvres Gens. Paris acclame Schengen au moment où le modèle-Merkel balance Schengen par-dessus l’épaule en fermant ses frontières, ce qui oblige Paris à dire que Schengen a ses limites. Les débats et talk-shows sur les télévisions se transforment en d’interminables parlottes où triomphent les précieuses ridicules meneuses de débat qui conduisent les grandes enquêtes sociétales et géopolitiques qui s’imposent (France 24 s’en est fait une spécialité, avec sa horde de clones de Christine Ockrent) ; Assad “qui ne mérite pas d’exister” est extrait de son enfer parce qu’il peut encore servir puisqu’il existe bel et bien ; certains jugent même qu’on pourrait parler avec Poutine, et même qu’on doit parler avec lui ; ce dernier cas est celui du docteur Kouchner, le mari de l’Ockrent, qui juge qu’on ne peut plus rien faire sans les Russes. La bureaucratie de l’UE est plongée dans les délices d’une comptabilité qui a le mérite de démontrer ses vertus opérationnelles, – des quotas, encore des quotas, toujours des quotas...

(Suite)

Archives : Journal & 19 courant...

  dimanche 20 septembre 2015

Voici deux documents conservés pour vos et nos archives, et s’insérant dans ce Journal pour une meilleure compréhension des conditions de son installation. Il s’agit du texte de lancement initial de cette nouvelle rubrique Journal dde.crisis de Philippe Grasset, mais aussi (et même d’abord) le texte général présentant la nouvelle formule du site avec différents rappels importants du passé du site. (Notre “A propos” vous en dira beaucoup plus à cet égard.)

« • Le 11 septembre 2015, dedefensa.org a inauguré une nouvelle formule, une nouvelle présentation, en transformant une mise en page vieille de près de dix ans. • Nous avons choisi le 11 septembre pour cette opération, et l’on comprend qu’il s’agit d’un symbole et que ce symbole n’est pas gratuit. • Lancé en 1999 comme une extension de la Lettre d’Analyse dedefensa & eurostratégie (dd&e) existante depuis septembre 1985, le site a évidemment beaucoup évolué. • Pour nous, 9/11 a ouvert une nouvelle période historique, et même métahistorique, en transformant la politique en un phénomène crisique permanent. • Dans sa nouvelle formule, dedefensa.org achève sa transformation en un site d’analyse crisique permanent, appréciant la situation générale du point de vue de ses crises qui en constituent la principale manifestation, et à partir d’un point de vue qui cherche le plus possible une référence métahistorique. • Le Journal “dde.crisis” de Philippe Grasset, commençant avec cette nouvelle formule, l’accompagne et la commente en même temps qu’il tient la fonction d’être effectivement un “Journal” pour l’éditeur et directeur de la rédaction de ce site. »

Le second document est une reprise de la dernière Chronique du 19 courant..., annonçant la fin de cette rubrique. En effet, elle s’insère parfaitement dans le cours de ce Journal dde.crisis de Philippe Grasset et la maintenir à l’écart, en tant que rubrique spécifique, n’a pas très grand sens.

(suite)

Ma nostalgie et leurs $500 millions

  vendredi 18 septembre 2015

J’ai procédé ce matin à un exercice qui pourrait paraître étrange, ou bien qui paraîtrait finalement tout à fait logique dans le sens d’être humain ; c’est selon qu’on se situe par rapport aux habitudes qu’on n’a aucune raison de changer ou par rapport à l’intensité affreuse des pressions que fait peser sur nous cette époque maudite (j’y reviendrai). D’un côté, comme je fais chaque matin, je parcourais les nouvelles, à droite et à gauche, d’une source l’autre... Celle-ci m’a arrêté un instant, dont je vous donne la référence renvoyant à RT (peu importe la source) et qui concerne une audition devant la commission des Forces Armées du Sénat des États-Unis, certainement très solennelle comme sont ces choses, du général de l’US Army Lloyd J. Austin, qui est à la tête du puissant commandement CENTCOM (pas mal sur la sellette en ce moment, CENTCOM). Je donne ici quelques bribes de sa déposition où Austin se sentit fort mal à l’aise et qui donna l’occasion aux sénateurs de s’exclamer et de s’esclaffer à propos de la formation d’une force militaire syrienne (les fameux “modérés” opposés à Assad et destinés à combattre Daesh, et qui plus est extrêmement démocratique tout cela)...

Austin a dû « confesser que seuls “quatre ou cinq” combattants syriens formés par les Etats-Unis combattaient actuellement sur le terrain. Nous sommes bien loin de l’objectif de 5 000, initialement annoncé par le Pentagone en début d’année. Seuls 54 combattants ont été formés jusqu'à maintenant et la plupart d'entre eux ont été attaqués par un groupe lié à Al-Qaïda dès leur arrivée en Syrie. Une centaine de combattants seulement sont actuellement en cours de formation, selon les chiffres fournis par une responsable du Pentagone, Christine Wormuth. Ce chiffre ridiculement bas est en mettre en rapport avec le coût estimé du programme. Pas moins de 500 millions de dollars. De quoi en énerver certains. Kelly Ayotte, sénatrice républicaine, a qualifié ces résultats de “blague”. “Un échec total” pour son collègue Jeff Sessions. » (“Quatre ou cinq”, est-ce une erreur, ou bien une traduction traîtreusement erronée de RT ? Pourtant, voici AP : « No more than five U.S.-trained Syrian rebels are fighting the Islamic State, astoundingly short of the envisioned 5,000, the top U.S. commander in the Middle East told angry lawmakers on Wednesday. They branded the training program “a total failure.” »)

Je n’ai pas envisagé, dans l’immédiat, de faire précisément un texte là-dessus dans nos rubriques habituelles (peut-être l’humeur changera-t-elle ? On verra) ; je veux dire par là que la sottise et l’incompétence sont si répandues par les temps qui courent tellement vite, essentiellement dans le chef des pays du bloc BAO, qu’elles ne sont plus un objet de mobilisation immédiate pour la verve commentatrice du chroniqueur, s’il en a, dans les rubriques courantes du site. (Ils ont 4 ou 5 soldats qui se battent : à la fois la précision, les chiffres de 4 et de 5, et l’imprécision, c’est 4 ou 5, sont touchants dans le ridicule ; et à côté la précision très-comptable sur le programme qui a coûté $500 millions, ce qui fait autour de $100 millions par combattants, non ? On peut tellement trouver à en rire dans ces sottises contrastées que cela n’est plus vraiment drôle, que cela en devient effrayant.) Était-ce un peu d’agacement, de la lassitude puisque la sottise elle-même finit par lasser ? Je suis passé pour une petite heure à un autre travail, la suite d’une correction approfondie de la conclusion du deuxième tome de La Grâce de l’Histoire.

Pour ce cas, comme dans pas mal d’autres dans l’entreprise de La Grâce, le travail se nourrit de lui-même et devient gigantesque en excitant l’esprit et en sollicitant l’âme poétique : la correction prend très vite des allures de réécritures tandis que le thème de la conclusion, qui devrait être de conclure et que l’on n’en parle plus, s’est transformé en une exploration d’une orientation conceptuelle qui m’est devenue extrêmement chère. Elle s’insère dans le propos général, en prétendant annoncer le troisième tome autant que terminer le second, et elle implique le plus profond de moi-même dans cette énorme architecture qu’est devenue La Grâce. Il s’agit de l’idée, que je décris comme surgie de ce que je nomme “l’âme poétique” (expression déjà utilisée), de l’importance fondatrice pour moi de la nostalgie, comme un sentiment de l’esprit et un composant du caractère alimentés par la mémoire qui joue son rôle de Grand Mystère, pour percevoir avec une force de plus en plus grande et de plus en plus riche ce que j’identifie comme une conception de l’éternité. Tout cela est vite dit, au contraire de l’éternité, mais il ne s’agit ici que de résumer une démarche pour illustrer un contraste de la pensée en présentant la forme que peut prendre l’un des deux extrêmes que j’envisage ici.

Car pensez, justement, à la solennité de l’audition du brave général Austin, premier Africain-Américain à détenir ce rôle stratégique essentiel de la puissance américaniste qu’est le commandement de CENTCOM, et chargez-là du surréalistissime ridicule de ces 4-5 soldats en action en Syrie, à $100 millions le soldat ; et comparez cela avec une recherche de l’esprit tentant d’exposer cette idée qu’il a conçue de faire de la nostalgie une manifestation de l’éternité... Pensez aux deux occurrences, soupesez l’une et l’autre, et comparez. Il ne s’agit pas de solliciter l’appréciation, de s’attacher au contenu, – de susciter la dérision évidente quoique fatiguée dans un cas, l’attention admirative et interrogative dans l’autre ; il s’agit bien de soupeser ces deux formes de pensée comme l’on fait deux mesures et rien d’autre, sans juger de la signification du contenu mais en jugeant de la substance et de la forme du contenu ; cela fait, il s’agit d’apprécier les différences de l’apparat des lieux et de la solennité des circonstances par lesquels sont accueillis respectivement ces deux démarches... Partout règne le contraste, l’exceptionnelle inversion qui caractérise tous les actes possibles de notre vie intellectuelle et des circonstances sociales qui en rendent compte dans notre époque, dans cette époque maudite.

(suite)

La stratégie “Abracadabra”

  jeudi 17 septembre 2015

Je me rappelle encore combien j’avais été frappé par cette intervention du général Breedlove, commandant en chef suprême des forces alliées en Europe, en avril 2014, concernant l’investissement de la Crimée par les Russes... Voilà ce que disait le texte, très court (et en anglais), mais vraiment très expressif, – je veux dire qu’on a envie de dire “Abracadabra”...

«“We saw several snap exercises executed in which large formation of forces were brought to readiness and exercised and then they stood down,” [Breedlove] said. “And then…boom—into Crimea…with a highly ready, highly prepared force,” he said. [...]

»The general said it was clear that Russia had significantly improved its capabilities since the 2008 Georgia war. “The incursion of Russia into Georgia…was probably not the smoothest,” he said. “By way of comparison, the incursion into Crimea went very much like clockwork, starting with almost a complete disconnection of the Crimean forces from their command and control via jamming and cyberattacks and then a complete envelopment by the Russian forces inside of Crimea.”»

Ce qu’il m’importe de faire comprendre, c’est d’abord que je veux m’exprimer dans ce cas particulier en tentant de m’abstraire complètement de tout parti pris, de toute position politique ; et cela bien entendu, et qu’entendront effectivement ceux qui pensent que ce Journal est d’abord marqué par la bonne foi et la loyauté intellectuelle. Ces conditions posées, je dis alors mon sentiment qu’il y a vraiment dans cette affaire et dans l’inévitable domaine de la communication, dans le chef  des Russes, une singulière habileté, une remarquable souplesse, presque une tactique de caméléon d’une étonnante efficacité. On doit réaliser, surtout pour ceux qui en ont l’expérience, le contraste assez peu ordinaire, absolument radical, que cela forme avec le sentiment qu’on éprouvait d’un comportement d’une lourdeur incroyable, empesé, marqué d’une dialectique insupportable de mensonges grossier, encombrée d’une lourdeur bureaucratique, corrompue et pleine d’image de gaspillage et d’inefficience qu’on éprouvait lorsque l’Union Soviétique (celle du temps de Brejnev, par exemple et surtout !) “faisait” de la communication. (En effet, nous parlons vraiment ici de communication, c’est-à-dire de batailles dialectiques à ciel ouvert où il s’agit de convaincre une opinion générale, et non pas des manœuvres feutrées et secrètes des actions du renseignement pur.)

J’ai commencé par la Crimée parce que cet épisode est évidemment un précédent tout à fait remarquable dans la façon dont il s’est déroulé, – encore une fois, objectivement considéré, qu’ils (les Russes) aient raison ou pas : personne n’a rien vu venir, tout s’est passé avec une rigueur d’horloger tandis que la communication russe dosait ses déclarations en adoucissant constamment le débat, – et hop !, comme dit Breedlove, on découvrit qu’ils avaient terminé leur opération “en douceur“ et l’affaire était entendue... Mais le principal sujet de mon propos, c’est évidemment le Syrie et le déploiement de forces russes en Syrie, – si c’est le cas, ce déploiement, – ou bien non, après tout, même s’il n’est pas fait et en projet, – ou bien non encore, s’il est en train de commencer ; comme on le voit déjà, on ne sait pas très bien, une fois c’est sûr, une autre fois c’est sûrement le contraire et ainsi de suite ; tout le monde parle d’autorité, de bonne ou de mauvaise foi c’est selon et l’énigme russe reste impossible à percer sans que ce caractère d’énigme soit imposé par la fermeture complète mais au contraire que l’énigme subsiste dans une atmosphère qui sonne très ouverte et qui l’est effectivement, où tout le monde, selon ce mot magique qu’adorent nos communicants, entend agir en complète “transparence”.

Je dis cela presque avec une admiration objective qui n’aurait aucun rapport avec le jugement politique que je pourrais porter sur le comportement réel des Russes, comme on dit “Chapeau, l’artiste”, sans vraiment savoir, moi non plus, s’ils y sont vraiment, un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout... C’est d’ailleurs le but du processus mené de main de maître, “sans vraiment savoir”

Poutine est énigmatique. Parfois, il a l’air de détenir de lourds secrets mais “désolé, sincèrement, je ne peux rien vous en dire puisqu’il s’agit de secrets” ; parfois il a l’air de pouffer en-dedans lui, comme s’il nous faisait une bonne blague, et comme s’il le disait presque : “vous savez, c’est une bonne blague”. Depuis le 1er septembre, lorsqu’un deuxième article (celui de Ynet.News après celui de Meyssan une semaine plus tôt) a été publié et a ouvert véritablement la polémique, l’on s’interroge, et nous (moi) les premiers. Je n’écris pas ici pour dire que je crois qu’ils y sont ou le contraire, pour dire que c’est bien qu’ils y soient ou que c’est bien qu’ils n’y soient pas, etc., mais simplement pour rendre compte de l’extraordinaire imbroglio dans lequel ils nous emmènent, sans forcer et sans douleur, avec une sorte d’habileté de prestidigitateur, pour nous faire croire qu’ils n’y sont pas tout en nous conduisant à accepter l’hypothèse qu’ils y sont. On dirait qu’ils nous disent, ou qu’ils disent aux gens concernés dans les pays concernés : “Ah, vous voulez faire la guerre de la ‘com.’, eh bien allons-y messieurs et mesdames...”, – pour ajouter aussitôt, par une autre voie et un autre voix : “Allons allons, qu’est-ce que vous allez chercher, il n’y a pas de guerre de la com’ entre nous, tout se passe bien et il ne se passe rien...”. Vous vous dites : “Mais enfin les Russes confirment, c’est sûr” ; et vous vous apercevez que c’est plutôt deux fois qu’une, mais selon la technique “un pas en avant-un pas en arrière”, sans jamais rien dire de définitif, sans nul besoin de mentir finalement, ni même de faire de la propagande... D’abord ils se sont tus ; puis ils ont démenti les nouvelles les plus audacieuses et les plus farfelues ; puis ils ont signalé qu’effectivement ils livraient des armes et envoyaient des conseillers ; puis ils ont précisé qu’ils ne faisaient qu’honorer des contrats vieux de près de 10 ans et que ces livraisons et autres avaient lieu depuis des années ; puis ils ont observé que si la Syrie leur demandait plus maintenant, eh bien là ils verraient bien, et que le regard serait plutôt favorable nous fait-on comprendre ; puis ils ont conclu que s’ils disaient ça c’est que rien de nouveau n’avait eu lieu ; et puis, et puis... Et ainsi de suite, une espèce de tactique au goutte-à-goutte mais utilisé à très grande vitesse, un compte-goutte utilisé sans compter si vous voulez.

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Gustave Le Bon-1915

  mardi 15 septembre 2015

J’ai commencé à lire un livre fort peu couru de Gustave le Bon, dont on connaît la popularité comme le théoricien des psychologies collectives et du maniement des foules (justement par la psychologie collective) comme instrument de pouvoir. De Le Bon, on connaît principalement, mondialement dirais-je, le fameux Psychologie des foules de 1895 et divers autres ouvrages du même genre. On s’intéresse moins à son Psychologie de la guerre, publié en 1915, et publié à nouveau, presque un siècle plus tard (en 2006), aux éditions du Trident. C’est celui-là qui m’intéresse.

Je n’en suis qu’à sa première partie, disons au premier quart, il s’agit manifestement de l’une des parties les plus intéressantes, les plus passionnantes pour moi, et une partie qui fait que ce livre fut un peu oublié, – selon la méthode moderniste de la mise à l’index réalisée par le silence. Cette partie est presque entièrement occupée par l’analyse de la psychologie allemande, son histoire depuis la renaissance de la Prusse à Iéna, sa formation, sa conceptualisation, son adaptation à la modernité, au monde industriel, sa “conscience hégémonique”, enfin tout ce qui la prédisposait à la guerre. La thèse qui en ressort, – nullement sous forme d’hypothèse puisqu’exprimant un sentiment général de l’auteur, – est que l’Allemagne a voulu cette guerre, irrationnellement et irrésistiblement, avec ses tripes, avec une psychologie déchaînée, alors que, justement, l'analyse rationnelle de cette ambition lui eut signifié qu’elle n’y avait aucun intérêt parce que “la marche du Progrès” se faisait incontestablement à son avantage hégémonique.

Cet appel à l’irrationalité est absent de toutes les analyses “sérieuses” de la Grande Guerre, particulièrement dans l’époque depuis les débuts de la Guerre froide, et encore plus que jamais aujourd’hui, quasiment selon une partition absolument totalitaire. (Imaginez-vous ce qu’est une musique totalitaire, – non pas “totale”, ce qui confine au grandiose, – mais bien “totalitaire », ce qui vous enferme dans une prison privée de tout extérieur à elle ? Voilà la marque de notre époque, et En avant la zizique [Boris Vian].) Cette consigne impérative, hein, cela n’est pas indifférent et la chose explique la mise à l’index par le silence dont est l’objet ce livre. Pour mon compte, cette référence complète et sans discussion à l’irrationalité me convient parfaitement tant elle correspond à cette interprétation dans La Grâce de l’Histoire d’une Allemagne emportée par le vertige de l’idéal de puissance, marquée, et cela d’une manière historique qu’on préfère également oublier, par l’activisme hégémoniste extrême du pangermanisme dans les trois ou quatre décennies avant 1914. Cette irrationalité se retrouve parfaitement dans le destin des USA après 1919, comme il éclate aujourd’hui dans un vertige belliciste incompréhensible si l’on ne fait pas appel résolument à une psychologie totalement subvertie comme Le Bon fait pour l’Allemagne ; entretemps, le flambeau de l’idéal de puissance est passé de l’une à l’autre, de l’Allemagne à l’Amérique.

Cette vision a comme conséquence, absolument sacrilège pour la pensée postmoderne, de faire du nazisme non pas un accident indicible de l’histoire-Système, une monstruosité hors des normes qui ne concerne aucun des acteurs-Système du temps présent, et surtout pas l’Allemagne-Système de la chancelière Merkel, mais comme une progéniture naturelle quoique monstrueuse de l’Allemagne originelle devenue impériale et pangermaniste, de sa chevauchée jusqu’en 1914-1918, c’est-à-dire de l’Allemagne expansionniste absolument appuyée sur le Progrès et la postmodernité, de cette Allemagne injustement arrêtée dans son élan par une victoire “volée” en 1918 et qu’elle n’aura de cesse de rétablir dans sa justesse jusqu’en 1939 ; et au-delà alors, après 1945 et l’effondrement du nazisme, pourraient s’interroger des esprits malveillants, qui vous dit que l’Allemagne a changé jusqu’à n’avoir plus rien de ce qu’elle fut pendant un siècle et demi ?

Cette sorte de raisonnement, qui fait la part si maigre à l’influence des seules idéologies qui apparaissent plutôt comme des instruments de forces supérieures, qui se défie de l’analyse de la raison-seule surtout lorsque règne la raison-subvertie, renvoie complètement à l’analyse de La Grâce et de son auteur et contredit évidemment l’histoire-Système dont on nous abreuve à la louche, plus que jamais “histoire-narrative”, et même “histoire-narrativiste” par référence à ce concept opérationnel du déterminisme-narrativiste. (Ce concept qui ne cesse de me paraître toujours plus d’une importance fondamentale pour décrire, non pas l’histoire-narrative qui en résulte mais la façon dont la modernité dans sa section science historique aidée de la communication récrie constamment la narration des évènements qui se trouvent derrière elle, à la manière de ces gros camions répandant le goudron brûlant par l’arrière sur la route qu’ils refont conformément aux consignes des entrepreneurs en travaux publics.)

Cette façon d’emboîter les deux guerres, – car Le Bon ne cesse dès cet ouvrage et dans d’autres encore plus précis (Les Incertitudes de l'heure présente, 1924) d’annoncer déjà la suivante, jusqu’à y voir précisément le moyen dans le développement des dictatures, – est relevée  justement par son éditeur de 2006 (JGM) comme un jugement “politiquement incorrect” qui fait les livres maudits : « On remarquera également ici un parallélisme très fort entre les deux guerres mondiales : on est tenté de considérer que, de ce point de vue, elles en forment une seule, comme si la seconde était un prolongement de la première dont elle accentue les traits » ; c’est-à-dire, et c’est bien là l’essentiel du sacrilège, – comme si le nazisme était évidemment en germe dans le pangermanisme de l’Allemagne de 1914 et dans tout ce qui a suivi d’allemand, y compris la démocratie de Weimar, jusqu’en 1933-1939, – ce qui est, par ailleurs, une fois débarrassée des entraves-Système, rien de moins que l’évidence aveuglante.

Là-dessus, Le Bon se détache également de nombre de ses contemporains, y compris de ceux qui eurent une vision assez similaire de l’enchaînement des deux guerres en devinant celle qui suivrait mais en s’en tenant aux évènements politiques et économiques (Bainville, Keynes). Lui, Le Bon, va à l’essentiel, – je veux dire selon mon goût, selon ma façon d’en juger, selon mon ouverture intuitive telle que je l’ai fortement ressentie depuis des années, et particulièrement depuis mes aventures de Verdun (ce que je nommerais pour mon compte, – et gardons cette expression désormais, – “l’intuition de Verdun”). Il garde l’irrationalité sans la cantonner à l’hystérie ou à l’épisode maniaque, éventuellement pour la faire monter, avec la psychologie, au-delà du mysticisme vers la spiritualité, et lorsque cela s’impose, la transmuter à mesure. Ainsi observe-t-il que la Grande Guerre, dans le déchaînement de laquelle il se trouve lorsqu’il écrit ces lignes, ne peut être comprise par la raison, – on redécouvre régulièrement cette évidence depuis 100 ans, chaque fois s’abstenant d’aller au-delà, – mais qu’en raison de cela, justement, il faut encore plus chercher à la comprendre et utiliser pour cette tâche les outils et les références qui se rapportent à l’événement et qui sont d’une même nature. Le Bon sait parfaitement que la Grande Guerre est un événement métahistorique que les historiens-Système ne savent et ne sauront jamais expliquer parce que leurs lanternes se garde bien d’aller éclairer sous les tapis, dans les débarras et dans les caves, et au-dessus des toits où se trouvent les étoiles. Je cite pêle-mêle quelques-uns de ses jugements, quelque remarque ou l’autre, qui se trouvent rassemblées dans son introduction sur L’étude psychologique de la guerre et concernent donc l’essentiel du propos de son étude, – et l’on mesure aussitôt la dimension dont il habille la psychologie.

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L’Art de la Fugue-en-forêt

  dimanche 13 septembre 2015

Comme l’on peut voir un peu partout ou bien ici et là c’est selon, nous sommes dans le temps des crises et même dans le temps des signes du ciel. C’est seulement ce matin, c’est-à-dire aux premières heures de mon petit matin bien avant l’aube, que j’ai appris ceci : pendant que nous bouclions dans la fièvre la nouvelle formule de dedefensa.org, le Ciel et le sapiens terrestre, et sans doute les deux combinés, multipliaient les signes de connivences avec le “tourbillon crisique”, comme pour fêter dignement l’anniversaire du 11 septembre 2001. Laissant là ce texte que vous lisez et avant de poursuivre plus tard dans la journée, alors que s’en développait un autre, plus sérieux pour le “site des crises” qu’est dde.org, – il a été bouclé entretemps et l’on s’y référera pour une appréciation plus circonstanciée, – je suis allé, à la fine pointe de l’aube, faire ma coutumière promenade en forêt avec Klara, cette impériale beauceronne qui a suivi l’héroïque Margot dans la lignée de nos chères compagnes. (Je tiens au “K” de Klara, elle-même étant née dans une “année des K”...)

J’avais l’oreille aux aguets et, pénétrant dans la forêt, je me suis demandé si l’atmosphère n’était pas celle de la Fin des Temps, frappé par le silence qui y régnait ; mais non, j’étais le jouet de mon imagination impressionnée par les derniers évènements que j’avais brusquement découverts ; nous entendîmes bientôt quelques chants d’oiseau et, la promenade poursuivie, Klara faillit s’étrangler (et m’emporter avec elle, moi qui suis au bout de la laisse) à la vue d’une biche que je n’avais pas vue, moi, et qui disparut avec une grâce naturelle mais un peu pressée dans la profondeur des taillis complices. J’ai crié à la biche que nous étions des amis mais on sentait bien qu’elle tenait d’abord à vérifier certaines choses ; la prochaine fois, peut-être, qui peut le dire... Quant à moi, j’étais rassuré sur la marche du monde.

Ce curieux incident d’une banalité courante mesure l’embarras où l’on se trouve parfois, de devoir faire son métier de chroniqueur, dans des temps aussi évidemment extraordinaires. Il est vrai que le détachement complet de mon travail pour la “nouvelle formule”, de mercredi à samedi, m’a complètement détaché des évènements courants, ne gardant “sous la main” qu’un texte ou l’autre, en composant un autre de circonstance, etc. Pendant ce court laps de temps où je fus moins attentif aux nouvelles, je n’ai plus suivi la marche du temps comme je fais d’habitude et j’ai pu constater avec quelle rapidité extraordinaire on se trouve séparé de la vérité de situation qu’on a décidée de suivre. Les sources des nouvelles sont si nombreuses, si variées, – je parle de celles qu’un chroniqueur responsable se constitue pour son travail, – qu’elles forment une sorte de “bruit de fond” qui tient vos sens éveillés pour pouvoir saisir la chose importante (que vous jugez importante), pratiquement au vol ; pour la soumettre aussitôt au tribunal de votre raison avant de tenter de l’éclairer de la clarté de l’intuition, – si vous disposez de tout ce “matériel”-là. Ces conditions sont absolument spécifiques à notre époque totalement submergée par la communication, dans des conditions qui n’ont jamais existé auparavant, au centième, au millième du volume de communication dont nous disposons. Cette richesse exceptionnelle se transforme instantanément en une terrible pauvreté si vous vous éloignez de votre source vive. D’un point de vue intellectuel, je dirais de soi-même par rapport à soi-même et hors de la dimension sociale, vous passez brusquement de l’abondance où il faut débusquer son miel au dénuement le plus brutal, qui va jusqu’à l’angoisse de la famine quand vous en mesurez l’ampleur.

Observant cela, je ne m’en félicite nullement ni ne m’en réjouis, ni d’ailleurs ne m’en plains plus que de mesure ; je constate et j’apprécie la chose pour ce qu’elle est, et rien d’autre. C’est à la fois l’opportunité unique et le calvaire insensé de cette époque qui n’est semblable à aucune autre, définitivement et décisivement. Car là-dedans, dans cette époque, aucune certitude, aucune règle, aucune référence objective n’existe plus, et c’est pourquoi si votre destin courant vous fait perdre la voie que vous vous êtes tracée, surtout si elle est buissonnière, vous êtes à la dérive et en grand danger d’être pris dans les rets de ce qu’on nomme sur ce site “le Système”, et de voir votre pensée brusquement se glacer, s’immobiliser, devenir informe et méprisable, emprisonnée dans les commandements des gardiens de la prison.

Certains pourraient dire, arguant de l’antique sagesse : mais contentez-vous donc de votre promenade avec la sublime Klara, et un jour la biche acceptera de vous écouter, et peut-être même consentira-t-elle à vous parler. Cela, je le sais bien, mais il est vain d’y songer. Si l’on peut tracer sa voie buissonnière, y compris dans la forêt, on ne peut pas bouleverser son destin qui reste une loi immuable d’une vie, qui est au-dessus de vous, qui est votre seul espoir de vous hausser si vous vous en montrez digne. (Même dans cette époque complètement déstructurée, où plus rien d’immuable n’existe ? Justement, dans cette époque, parce qu’elle est complètement déstructurée et qu’il n’y a plus rien d’immuable en elle.) Je continuerai à faire fuir cette biche et cela m’attriste, mais avec l’espoir, simplement, qu’elle m’ait entendu dans sa fuite : “Nous sommes des amis” ; je veux dire, pour qu’elle s’en souvienne, elle, et pour me préparer, moi, dans un autre monde, à une autre existence avec un autre destin où la sagesse aura toute la place qu’elle mérite.

Puis nous rentrâmes, Klara et moi, notre promenade terminée. La Fugue faisait entendre ses dernières notes ; il est temps de se remettre au travail, me dis-je, à la manière d’un héros d’un “poème philosophique” de Vigny, c’est-à-dire revigoré par la perspective de l’épreuve.

Leur inculture m'épouvante

  samedi 12 septembre 2015

... Inculture comme l’on dit “rupture” et il se comprend bien que c’est avec le passé, donc avec tout ce qui a existé, comme l’on suggère “absence de racines” puisque refus de la culture, au propre et au figuré, mais surtout au propre comme une plante qui refuse ses propres racines ; “inculture” comme l’on dirait d’une terre morte qu’elle est inculte... L’inculture de ceux qui se prétendent nos élites par leurs fonctions, leurs notoriétés sociales, leurs vies publiques, cette inculture-là m’épouvante, me glace, fait naître en moi autant de fureur que de mépris, et parfois, si je ne me prenais par le collet pour me raisonner, une complète désespérance amère. Je ne dis pas cela pour pérorer dans le désert, à moins de considérer, ce qui n’est pas insensé, que ces gens-là sont complètement des créatures de type désertique. Leur inculture est une infécondité mortelle, l’indice de la Fin des Temps ; j’ajoute, soudain plein d’espérance, que c’est sans aucun doute la fin de leur temps car on ne peut survivre longtemps dans un tel état de dénuement intellectuel, une telle glaciation de la perception, une telle absence complète de caractère...

Mais venons-en au fait puisqu’il importe de se justifier. Je prendrais deux exemples récents, car l’affaire des migrants-réfugiés est, elle, au contraire, féconde quoique ce soit de ces manifestations d’inculture, comme le ventre mort de la bête qui crache ses rejetons mort-nés. Considérant ces deux exemples, on pensera que j’exagère dans mon propos, et l’on n’aura pas raison car ces deux exemples sont parfaitement ce que dit le mot : une manifestation (ou deux) d’une situation générale de la totale perdition intellectuelle sinon spirituelle d’une civilisation dont il y a tant d’autres manifestations par ailleurs... Les deux exemples prétendent être des parangons de moralisme, et c’est d’ailleurs ce qu’ils sont, – la morale érigée en idéologie, c’est-à-dire la morale torturée dans tous les sens pour la faire correspondre à l’idéologie qui vous dévore de l’intérieur, comme une bête impitoyable.

Le premier exemple vient du premier nominalement d’entre nous, c’est-à-dire de notre président-poire. Il y a quelque jour, Hollande tenait conférence de presse, sur le ton ferme et décidé qui est le sien. Il a consacré un passage aux “quatre de Visegrad”, d’après ce que j’ai compris, puisque s’adressant aux pays de l’Est du continent qui rechignent à recevoir des réfugiés. Il a dit ceci (voir notamment sur RT-français du 7 septembre 2015 le film du passage en question) :

« Il y a des pays qui voudraient faire des critères ethniques, qui voudraient accueillir certains réfugiés et pas d'autres au nom de religion, qui voudraient bâtir des murs et ne pas prendre un réfugié, mais qu'est-ce que ces pays auraient pensé si nous avions agi ainsi il y a 30 ans, si, au moment de la chute du mur de Berlin, nous avions dit, non pas tout de suite, pas comme ça, prenez votre temps, restez là où vous êtes ? »

D’abord, me dis-je, pourquoi “il y a 30 ans”? S’il voulait faire approximatif, ce Président-là, il aurait pu dire, d’ailleurs de façon fort majestueuse, “il y a un quart de siècle” (de 1989 à 2015, calculez...). Les communicants qui écrivent pour lui ont-ils confondu “chute du Mur“ (il y a vingt-cinq ans) avec “arrivée de Gorbatchev au pouvoir” (il y a trente ans) ? Difficile à croire puisqu’il ignorent qui c’est, ce Gorbatchev ... Enfin, passons, non sans observer qu’ils ne sont pas d’une rigueur impitoyable dans la connaissance, dans ce troupeau-là.

Ce qui est plus grave, si c’est possible, c’est tout le sens du propos du président-poire, alternant faux-sens et contresens ; car effectivement, nous leur avons bien dit cela  non pas tout de suite, pas comme ça, prenez votre temps, restez là où vous êtes »), pendant un ou deux ans, quand nous nous sommes aperçus de ce qui se passait. Quand nous découvrîmes le pot-aux-roses de la désintégration complète de l’Europe de l’Est (il nous en a fallu du temps), nous fûmes terrorisés à l’idée de ce qui était en train de survenir, particulièrement Mitterrand et Thatcher. (D’ailleurs, on peut concevoir que leurs craintes se justifiaient, là n’est pas la question.) En décembre 1989 encore, Mitterrand allait voir la direction communiste moribonde et pulvérisée de la RDA (Allemagne de l’Est), dans un vain effort de retarder l’effondrement de la dite-RDA... Là-dessus, on peut ajouter, pour achever la démonstration de l’extraordinaire contresens sorti de l’incertaine bouche de notre président, qu’il ne fut ni question, “il y a 30 ans” c’est-à-dire 25 ans, de migrants ni de réfugiés, mais de la part de ces gens d’Europe de l’Est d’installer la liberté dans chacun de leurs pays, ce qu’ils firent sans notre aide ni notre permission mais plutôt celles de Gorbatchev, et sans d’ailleurs que nous n’ayons rien eu à dire puisque nous n’y comprenions rien, et sans que l’événement leur donnât la moindre envie de se réfugier chez nous en flots impétueux de migrants. Notre rôle dans cette affaire (celui de l’Europe comme celui des USA, y compris dans les causes originelles qui ne doivent qu’au seul Gorbatchev) fut strictement nul et non avenu et nous n’aidâmes personne, à aucun moment. Qu’une telle autorité de l’État (je parle d’Hollande) fasse une analogie historique si faussaire, si invertie, si sotte et si bouffie d’inculture, nous éclaire sur l’imposture qui lui tient lieu de caractère, et ce simulacre qui lui tient lieu de souveraineté, – et imposture et simulacre comme par inadvertance, par indifférence, comme allant de soi selon l’administration des affaires courantes, comme bassesse médiocre dans sa pratique coutumière.

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Bienvenus à bord...

  vendredi 11 septembre 2015

Certes, ces lignes sont écrites alors que dedefensa.org-nouvelle version (New Age, si vous voulez) est toujours en radoub, encore interdit de vision à ses lecteurs. Elles n’en expriment pas moins l’annonce de ce qu’il faut espérer être un élément nouveau important de la pérennité du site : ce Journal dde.crisis dont ce texte sonne le premier jour de son existence, – un 11-septembre, comme cela été proclamé (voir le 19 août 2015), en même temps qu’il salue la nouvelle formule du site. (J’en profite, cela s’impose, pour rendre grâce à Sébastien Beuken pour son travail, pour son inspiration, pour sa capacité à trouver ce qu’il faut de “modernisation” nécessaire en évitant le piège de la modernité complète dont il sait bien l’horreur où dedefensa.org la tient, – je veux dire où dde.org tient la modernité... Bref, il fait du beau travail.)

Ce petit mot du principal protagoniste de la chose est aussi pour préciser les plus importantes modalités de cette nouvelle aventure buissonnière de dedefensa.org. Chaque fin de semaine (à partir du 19 septembre), en page d’accueil, dans le cadre du Journal dde.crisis de Philippe Grasset, on trouvera un texte décrivant les principales tendances de la semaine qui vient de s’écouler, telle que perçue par dde.org, notamment au travers de certains de ses articles mis en ligne pendant la période. Cela constituera un texte à part, qui restera affiché tout au long de la semaine, jusqu’à être remplacé par le suivant de la semaine écoulée, – comme Lapalisse lui-même n’aurait su dire mieux, aussi tranchant je veux dire. Le reste sera fait d’interventions de PhG soi-même, c’est-à-dire moi-même il faut bien le révéler, qui porteront sur autant de choses qu’il y a de sujets intéressants dans le monde, qui constitueront un peu mon “école buissonnière”, car l’on est élève à tout âge, et l’on continue toujours à apprendre, toujours et encore, avec le goût de faire part aux autres de ses étonnements, de ses passions, de ses réflexions, jusqu’au bout, sans désemparer.

(suite...)