Venezuela et menaces de Trump

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Venezuela et menaces de Trump 

La crise vénézuélienne se poursuit, toujours sous la forme d’un gigantesque simulacre aux caractères très inhabituels, puisque complètement à ciel ouvert avec l’argumentation et l’action US exactement contraires à l’éclatante vérité-de-situation décrivant cette séquence. Pour autant, nous restons dans le champ de la communication du côté US, tandis que les Russes prennent certaines dispositions, modestes mais pas inutiles, pour soutenir le président vénézuélien.

L’événement “du jour” est l’intervention de Trump exigeant le retrait “des Russes“ du Venezuela, selon une phraséologie étonnante de désintérêt pour les événements tels qu’on les voit se dérouler depuis deux mois où les USA ne cessent d’intervenir directement pour fomenter un coup de force contre Maduro. Mais Trump reste à cet égard égal à lui-même, continuant à souffler dans son propre simulacre, ne doutant aucunement qu’il est beaucoup plus intéressant à suivre que les événements eux-mêmes.

La conséquence indirecte de la crise n’en reste pas moins un resserrement des liens déjà établis entre le Venezuela et la Russie, avec peut-être l’arrivée au Venezuela d’une équipe russe de guerre cybernétique destinée à lutter contre les cyberattaques lancées à deux reprises contre le réseau électrique du pays, – et ayant abouti à des pannes générales. Les Chinois se signalent de leur côté par une mauvaise humeur marquée à l’encontre des USA.

C’est une étrange particularité des USA postmodernes, en mode-turbo avec Trump, de déclencher des attaques subversives, jusqu'alors de type clandestin et désormais du type regime change, d’une façon qu’on passe du covert au overt, aboutissant à des tensions supplémentaires également ouvertes et même bruyantes avec les autres puissances disons “concurrentes”, essentiellement la Russie. Cette technique n’apporte guère de bénéfices au responsable initial (les USA), sinon celle de se représenter toujours comme une puissance “qui compte” plus qu'aucune autre, jusqu’à être irrésistible et indispensable. Certes, les USA sont “indispensables” dans une époque qui n’est que désordre et chaos, puisqu'ils y contribuent jusqu'à installer désordre et chaos chez eux.

Le texte ci-dessous est du 28 mars 2019, de WSWS.org,  pour nous donner un aperçu assez complet des événements de ces deux dernières semaines.

dde.org

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Venezuela : Tensions USA-Russie-Chine

Le président américain Donald Trump a déclaré mercredi à la Maison-Blanche que la “Russie doit se retirer” du Venezuela. Lorsqu'on lui a demandé comment Washington concrétiserait cette demande, il a répondu : “Nous verrons. Toutes les options sont sur la table”.

M. Trump a lancé son ultimatum lors d'une séance-photos à la Maison-Blanche avec Fabiana Rosales, l'épouse du leader de l'opposition de droite Juan Guaidó, qui, avec le soutien des États-Unis, s'est proclamé “président intérimaire” du Venezuela en janvier, demandant aux militaires de renverser le gouvernement actuel du président Nicolas Maduro.

M. Rosales, surnommé par les responsables de l'administration Trump la First Ladydu Venezuela, effectue une tournée internationale visant à relancer le soutien international de l'opération de regime change orchestrée par les États-Unis. La mobilisation initiale s'est sensiblement relâchée depuis le fiasco du mois dernier avec la tentative cynique de faire traverser la frontière colombo-néozélandaise aux camions transportant une aide humanitaire supposée. Guaido et ses patrons américains avaient prédit que la provocation déclencherait une insurrection des forces armées vénézuéliennes contre Maduro. Devant une poignée de partisans de l'opposition de droite et de membres de gangs divers se présentant sous l’étiquette d’‘humanitaire’, les forces de sécurité vénézuéliennes ont facilement contenu l'attaque.

La nouvelle provocation américaine est motivée par l'arrivée au Venezuela, ce week-end, de deux avions russes transportant environ 100 militaires. Un Antonov An-124 et un Ilyushin II-62 ont atterri samedi à l'aéroport de Maiquetía, près de Caracas. L’arrivée de cette poignée de militaires russes a déclenché une vague de dénonciations de la part des hauts responsables de l'administration Trump qui sont en charge de l’orchestration de la tentative de renverser le gouvernement vénézuélien. Le conseiller de la Maison-Blanche pour la sécurité nationale, John Bolton, a déclaré que les États-Unis “ne toléreront pas l'ingérence de puissances militaires étrangères hostiles” dans l'hémisphère occidental.

Plus tôt ce mois-ci, Bolton avait invoqué la doctrine Monroe comme fondement de la politique américaine au Venezuela. Cette déclaration de politique étrangère américaine du XIXe siècle visait à l'origine à s'opposer à toute tentative des empires d'Europe de recoloniser les républiques nouvellement indépendantes en Amérique latine. Au XXe siècle, elle a été invoquée par les gouvernements américains successifs pour autoriser l'impérialisme américain à utiliser la force militaire pour imposer sa volonté dans tout l'hémisphère, ce qui a donné lieu à quelque 50 interventions armées directes et à l'imposition de dictatures fascistes et militaires sur une grande partie de l'Amérique centrale et du Sud.

Le secrétaire d’État Mike Pompeo a déclaré à son homologue russe Sergueï Lavrov, lors d'une conversation téléphonique le 25 mars, que Washington “ne resterait pas les bras croisés alors que la Russie exacerbe les tensions au Venezuela”, selon un porte-parole du département d'État. Le département d'État a qualifié l'arrivée des troupes russes d'“escalade irresponsable” des tensions au Venezuela, ajoutant que “l'insertion continue du personnel militaire russe pour soutenir le régime illégitime de Nicolas Maduro au Venezuela risque de prolonger les souffrances du peuple vénézuélien...”.

Quelle hypocrisie ! Washington a imposé une vague sans cesse croissante de sanctions qui ont gravement exacerbé la crise intense de l'économie du pays, les travailleurs vénézuéliens en payant le prix. Vendredi dernier, un fonctionnaire de l'administration Trump s'est vanté : “L'effet des sanctions est continu et cumulatif. C'est un peu comme dans Star Wars, quand Dark Vador serre la gorge de quelqu'un, c'est ce que nous faisons au régime économiquement”.

Le ministère russe des Affaires étrangères a cité Lavrov comme ayant répondu à Pompeo en accusant que “les tentatives de Washington d'organiser un coup d'Etat au Venezuela et les menaces contre son gouvernement légitime sont en violation de la Charte des Nations Unies et une ingérence non dissimulée dans les affaires intérieures d'un Etat souverain”. Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré que l'arrivée des troupes russes s'inscrivait dans le cadre d'un “accord de coopération technique militaire” signé entre Moscou et Caracas en 2001.

Comme à l'époque coloniale, il y a 200 ans, “les États-Unis continuent de considérer l'Amérique latine comme une zone d'intérêts exclusifs, leur propre “arrière-cour” et ils exigent directement qu'elle obéisse aux États-Unis sans un mot et que les autres pays évitent la région”, a déclaré mardi Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères. Les États-Unis pensent-ils que les gens attendent qu'il leur apporte la démocratie sur les ailes de ses bombardiers ? Les Irakiens, les Libyens et les Serbes peuvent répondre à cette question.”

Entre-temps, un responsable américain s'adressant à Reuters s'est dit préoccupé par le fait que le personnel militaire russe qui est arrivé samedi comprenait une équipe de spécialistes de la cybersécurité. Cette préoccupation coïncide avec une nouvelle série de coupures d'électricité qui a commencé lundi et qui a touché une grande partie de Caracas et au moins 16 États. Le gouvernement Maduro a imputé les pannes au sabotage, y compris les cyber-attaques sur l'infrastructure informatique du système électrique.

La situation vénézuélienne a également exacerbé les tensions entre Washington et Pékin, les États-Unis ayant annulé la réunion du 60e anniversaire de la Banque interaméricaine de développement (BID), qui devait commencer le 26 mars à Chengdu. L'administration Trump avait exigé que la BID accepte un représentant nommé par son pantin Guaidó comme représentant du Venezuela à la réunion. La Chine a refusé de délivrer un visa à l'homme de Washington, Ricardo Hausmann, économiste à Harvard et ancien ministre du gouvernement du président vénézuélien Carlos Andrés Pérez, qui a supervisé le massacre de quelque 3 000 travailleurs et jeunes dans la répression de la révolte populaire de 1989 appelée caracazo. Hausmann a publiquement appelé les États-Unis à envahir le Venezuela avec une “coalition de pays-volontaires”.

Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a défendu l'action de Pékin mardi, déclarant que “Guaido lui-même n'est pas un président élu par voie démocratique et manque donc de légitimité”, ajoutant que “changer le représentant du Venezuela à la BID ne permettra pas de résoudre le problème vénézuélien”.

En réponse à une question sur les dénonciations américaines de la présence militaire russe au Venezuela, le porte-parole chinois a déclaré : “Tout d'abord, les pays de l'hémisphère occidental, y compris les pays d'Amérique latine, sont tous des États indépendants et souverains. Ils ont le droit de déterminer leur propre politique étrangère et leur manière de s'engager dans une coopération mutuellement bénéfique avec les pays de leur choix.” Il a ajouté, dans une critique acerbe de la politique impérialiste américaine, que “les affaires latino-américaines ne sont pas l'affaire exclusive d'un certain pays, pas plus que l'Amérique latine n'est le jardin d'un certain pays”.

Les échanges animés entre Washington, d'une part, et Moscou et Pékin d'autre part, exposent les intérêts géostratégiques qui sous-tendent l'opération de changement de régime de l'impérialisme américain au Venezuela. La Russie et la Chine ont établi des liens économiques et politiques importants avec le Venezuela, qui possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole de la planète.La Chine a investi plus de 50 milliards de dollars au Venezuela au cours de la dernière décennie dans des accords de prêt remboursés par les exportations de pétrole. Les investissements totaux de la Russie dans le pays sont estimés à près de 25 milliards de dollars, y compris dans l'exploitation d'une part importante des champs pétroliers du pays.

Washington voit la crise vénézuélienne à travers le prisme des conflits de “grandes puissances” avec les États “révisionnistes” qu'elle expose dans la Stratégie de sécurité nationale du gouvernement Trump et dans le document stratégique du Pentagone élaboré fin 2017. L'impérialisme américain est déterminé à arracher le contrôle des vastes ressources pétrolières du Venezuela aux monopoles énergétiques basés aux États-Unis et à les refuser à ses concurrents mondiaux, en particulier la Chine et la Russie. À cette fin, il est prêt à affamer le peuple vénézuélien et à faire de l'Amérique latine un champ de bataille dans une troisième guerre mondiale.

Bill Van Auken